Hugo Banzer Suárez, né le à Concepción (Bolivie) et mort le à Santa Cruz de la Sierra, est un général et homme d'État conservateur bolivien. Il est président de la République à deux reprises : du au , comme dictateur militaire, et du au , comme président constitutionnel.

Banzer renverse le président Juan José Torres en 1971, instaurant un régime marqué par la répression des syndicats, du clergé, des indigènes et des étudiants. Les méthodes de répression comprenaient les arrestations injustifiées, l'exil, la torture et les disparitions. Son régime répressif entraîne une importante émigration bolivienne. Sous Banzer, l'État bolivien collabore avec d'autres dictatures sud-américaines et les États-Unis pour traquer et capturer les dissidents, dans le cadre d'une coordination connue sous le nom de Plan Condor. En 1975, il conclut l'accord de Charaña avec le général chilien Augusto Pinochet afin de redonner à la Bolivie un accès à la mer. Bien que vain, cet accord est l'effort le plus abouti que le pays ait réalisé afin de ravoir cet accès.

Banzer est renversé par un coup d'État militaire en juillet 1978, mais reste une figure influente de la politique bolivienne, se présentant aux élections présidentielles de 1979, 1980, 1985, 1989, 1993 et 1997, pour être finalement élu lors de cette dernière. Son deuxième mandat est constitutionnel, mais marqué par un caractère autoritaire. Il déclare l'état d'urgence en 2000, dans le cadre de la guerre de l'eau de Cochabamba. En 2001, Banzer démissionne de la présidence après avoir été diagnostiqué d'un cancer du poumon, et est remplacé par son vice-président, Jorge Quiroga.

Origines

Famille Hugo Banzer Suárez est le fils de César Banzer et Luisa Suárez, et son grand-père, Georg Banzer, est un immigrant allemand originaire d'Osnabrück. Avant la naissance d'Hugo Banzer, son père, agriculteur et campagnard, s'adonne à l'exploitation du caoutchouc et avait importé en Bolivie les premiers moulins mécaniques pour l'industrialisation de la canne à sucre. Après son mariage avec Luisa Suárez en 1925, une femme de Santa Cruz de la Sierra, le couple acquiert un domaine à Concepción sur lequel sont produits du sucre de canne raffiné, du saindoux, du maïs et du riz. Ils possèdent également plusieurs centaines de bêtes pour l'élevage du bétail. César occupe également les fonctions de sous-préfet de la province de Ñuflo de Chávez durant quelques années.

Jeunesse Hugo Banzer Suárez naît le dans le village de Concepción, en Chiquitania, dans le département de Santa Cruz. Bâti sur une ancienne mission jésuite, le village est à l'époque un centre agricole et d'élevage assez prospère relié par des routes rudimentaires aux autres localités de la région, les automobiles et les avions ne s'y rendant pas encore. En 1933, sa mère déménage avec ses trois enfants à Santa Cruz afin qu'ils puissent fréquenter l'école primaire. Son père reste à Concepción afin de s'occuper du domaine. Le voyage jusqu'à Santa Cruz, long de 300 kilomètres, dure deux semaines, transportés par des charrettes à boeuf sur des routes périlleuses traversant des zones marécageuses et sablonneuses souvent impraticables selon la température. Santa Cruz est à l'époque une ville d'un peu plus de 30 000 habitants dont les rues non pavées sont bordées de peu d'automobiles, mais de plusieurs charrettes. La route vers Cochabamba et les chemins de fer vers Corumbá et Yacuiba ne sont pas encore construits et la ville demeure plutôt isolée du reste du pays.

Après des études au Séminaire Ovidio Santistevan au niveau primaire, Hugo Banzer fait son entrée au Collège national Florida, l'une des écoles les plus prestigieuses du pays qui accueillait la crème de la jeunesse de Santa Cruz. Hugo Banzer y étudie deux ans sans y obtenir de diplôme : celui-ci voulait devenir soldat comme son oncle ou comme Germán Busch, le fils d'un ami de son père, dont il avait entendu parler des exploits. Durant cette période, Hugo Banzer voit peu son père.

Rencontre avec Germán Busch À l'été 1937, alors qu'il est à Concepción, on annonce que le héros de la guerre du Chaco, Germán Busch, viendra rendre visite à son père. Remarquant l'attention avec laquelle Hugo écoutait ses anecdotes de guerre, il s'exclame : « César, quand ce garçon sera assez grand, nous devrions l'envoyer à l'Académie militaire, car il fera un bon officier », venant ainsi en quelque sorte sceller le sort de l'enfant, qui voyait son rêve de devenir soldat de plus en plus fort.

Collège militaire En 1940, à l'âge de 14 ans, il postule au et y est admis l'année suivante. Il doit en conséquence déménager à La Paz et se séparer de sa famille qui demeure à Santa Cruz. C'est au cours de ce voyage vers La Paz que Hugo Banzer connaîtra une Bolivie qu'il ne connaissait jusqu'alors pas : une végétation plus rare, la température des montagnes, l'aridité des paysages, le calme des paysans, des langues – l'aymara et le quechua – qu'il ne comprenait pas.

Au collège militaire, le cadet Banzer excelle dans toutes les matières et semble déterminé à se surpasser afin de devenir commandant militaire. Après avoir passé une année d'études en Argentine, il revient avec le grade de sous-lieutenant. Les morts tragiques des présidents Germán Busch et Gualberto Villarroel l'incitent à se tenir loin de la politique.

Carrière militaire Progressant au sein de l'appareil militaire bolivien, le , il est nommé officier instructeur à Challapata, une ville de l'altiplano près d'Oruro et de la frontière chilienne. Les gouvernements qui se succèdent impliquent inévitablement l'armée dans leurs actions contre des groupes leur étant opposés ou des manifestants, ceci obligeant Banzer à prendre connaissance des enjeux politiques qui ont cours. C'est peu après son transfert à Roboré qu'il fera connaissance de Yolanda Prada, avec qui il se mariera à Cochabamba.

Refus d'adhésion au Mouvement nationaliste révolutionnaire En , Banzer est nommé instructeur au Collège militaire de La Paz, un poste réservé aux meilleurs officiers de l'armée. Orchestrée par le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) et face à un gouvernement affaibli – dirigé par Hugo Ballivián –, la Révolution nationale éclate deux mois plus tard. L'armée bolivienne est alors noyautée par d'éléments subversifs fidèles au MNR. Banzer reste cependant fidèle aux forces gouvernementales et combat les révolutionnaires jusqu'à ce que ceux-ci réussissent leur entreprise. Après cette victoire, la structure de l'armée est réformée pour faire place à des acteurs ayant soutenu la révolution et à des couches sociales jusque-là non représentées au sein de l'appareil militaire. L'un des rares à refuser d'adhérer au MNR et voulant plutôt se concentrer strictement à sa profession militaire, Banzer est rétrogradé et envoyé diriger des opérations de ravitaillement, ceci lui permettant de parcourir pendant deux ans les recoins les plus reculés du pays. Après avoir été finalement promu capitaine par ancienneté, il est affecté à l'École d'armes de Cochabamba comme élève de cavalerie en 1954.

Progression au sein de l'armée En 1960, il fait son entrée à l'École militaire des Amériques, une institution dirigée par les États-Unis, mais située au Panama, qui vise à former des officiers latino-américains pour des opérations contre d'éventuelles insurrections extrémistes. Dans le contexte de la guerre froide, c'est à cet endroit qu'est exacerbée l'aversion qu'entretient Banzer contre l'extrémisme de gauche. Banzer y fera également la rencontre d'officiers d'autres nationalités, dont certains qu'il rencontrera dans d'autres contextes. Le , il revient en Bolivie et entre à l'École de commandement et d'état-major de Cochabamba, où il obtient son diplôme d'officier d'état-major. Il demeure le meilleur élève de sa promotion. Il est ensuite successivement nommé à de hauts grades militaires.

En 1964, alors en fonction à Roboré (Santa Cruz), devant une police impuissante, Banzer est désigné pour combattre un mouvement de guérilla qui est mené contre le gouvernement de Víctor Paz Estenssoro. Ayant réussi cet exercice avec brio, le président Paz Estenssoro demande qui est l'officier responsable de cette opération et s'étonne de savoir que celui-ci, Banzer, n'est pas membre du MNR. Il lui envoie néanmoins une bouteille de whisky en guise de remerciements, ne sachant pas que le principal intéressé est sobre.

Avant la présidence

Coup d'État contre Paz Estenssoro En , Hugo Banzer Suárez rencontre René Barrientos, général et vice-président de la République, qui l'informe vouloir renverser le gouvernement de Víctor Paz Estenssoro pour y installer un gouvernement purement militaire qui mettrait, selon lui, fin à « l'anarchie syndicale qui menaçait de détruire l'économie et d'instaurer le communisme ». Banzer, qui éprouvait peu de sympathie pour le MNR, notamment en raison du traitement qu'avait réservé le parti à l'armée et à ses dirigeants, accepte de soutenir le coup d'État, qui se concrétisera le . Il s'agit de l'entrée dans le monde politique pour Banzer.

Balbutiements en politique Banzer est appelé par le nouveau président René Barrientos afin d'occuper la fonction de ministre de l'Éducation publique. Au cours des deux années où il occupe cette fonction, Banzer tente de réduire l'analphabétisme dans le pays – qui touche plus de 60 % de la population adulte – et d'améliorer le système d'éducation publique : les salaires des enseignants sont augmentés, l'année scolaire de 200 jours est imposée et les programmes scolaires au niveau primaire modernisés. Après l'élection démocratique de Barrientos à la présidence du pays en , avec Luis Adolfo Siles Salinas comme vice-président, Banzer démissionne de son poste de ministre et demande d'être réintégré dans l'armée à titre de chef d'état-major à la garnison de Roboré. Après avoir été muté commandant de régiment, il est nommé en attaché militaire à l'ambassade de Bolivie à Washington. Au cours des présidences subséquentes de Siles Salinas et d'Alfredo Ovando Candía, Banzer continue à œuvrer au sein des forces armées boliviennes.

L'établissement d'une Assemblée du peuple par le général et président socialiste Juan José Torres suscite du mécontentement parmi les partis de droite, les forces armées et d'autres acteurs comme le gouvernement des États-Unis, qui sont préoccupés par le pouvoir accordé à cette nouvelle structure qui ne bénéficie d'aucun statut constitutionnel et qui concurrence les prérogatives du Congrès national. Banzer partage ces préoccupations et appréhende une déstabilisation de la démocratie. Les membres de cette assemblée défient cependant rapidement l'autorité de Torres et certains parlent même de la lutte armée comme « moyen le plus rapide de parvenir à un gouvernement socialiste », ce qui continue de harasser l'armée. Craignant de perdre le soutien des travailleurs, Torres abdique à leur demande et ferme temporairement l'académie militaire en même temps de réaffecter Banzer, qui avait précédemment défié ouvertement Juan Lechín Oquendo, un chef syndical influent. vignette|Banzer, sa femme Yolanda et sa fille Gabriela en 1972.

Coup d'État manqué contre Torres Le , de plus en plus mécontentes de la direction prise par le gouvernement de Juan José Torres, des factions de l'armée soutenues par Banzer préparent un coup d'État contre le pouvoir présidentiel. Mal préparé et coordonné, celui-ci échoue et les militaires rebelles sont contraints de déposer les armes, dominés par les forces aériennes gouvernementales. Les rumeurs de coup d'État étaient parvenues au gouvernement. Alors que plusieurs responsables rebelles avaient été arrêtés et forcés à l'exil, le chef du soulèvement, Banzer, réussit à s'échapper et à se rendre à l'ambassade d'Argentine. Un mois plus tard, il part en exil dans ce pays et rendra publique une lettre dans laquelle il assume la responsabilité du coup d'État manqué.

Deuxième coup d'État contre Torres