Šolta (prononcé Cholta en croate, et en italien) est une île de l'Adriatique et une municipalité de Croatie située en Dalmatie, dans le Comitat de Split-Dalmatie. Au recensement de 2001, la municipalité comptait habitants, dont 94,59 % de Croates. L'île est située sur la côte dalmate en face de la ville de Split et fait partie d'un archipel qui comprend notamment à l'est les îles de Brač et de Hvar et à l'Ouest Drvenik. Son nom original vient du grec olyntha (figue non mûre), mais il est aussi parfois rapproché du latin Solenta qui signifie l’« Île du Soleil ». L'ancienneté de son peuplement est attestée et l'île accueillit des pêcheries de l'empereur romain Dioclétien alors installé à Split.

L'administration de la municipalité siège à Grohote.

Histoire Des recherches archéologiques récentes menées par l’université de Birmingham ont recensé plus de 200 sites sur l’île, dont 33 sites préhistoriques. Parmi ces derniers, on a identifié plusieurs sites funéraires près de Gornje Selo dans lesquels ont été trouvés des restes de métaux datant de l’âge du bronze tardif. Des sites encore plus nombreux datent de l’époque romaine allant de villas romaines à des restes de poterie, souvent localisés à proximité des terres les plus fertiles non loin de Grohote et suggérant donc une forte activité agricole. Des fragments de mosaïques, de colonnes ou de sarcophages ont été identifiés, mais également ceux d'une église chrétienne. L'île est mentionnée (sous le nom d'Olyntha) dans le grand Périple de Pseudo-Scylax, qui décrit en détail le littoral dalmate aux alentours du

L'île devint chrétienne avant l'arrivée des populations croates, puisqu'on trouve aux abords de l'église actuelle de Grohote les ruines d'une basilique ancienne du . D'autres églises anciennes se trouvent à Necujam () ou encore à Gornje Selo. La vie religieuse a trouvé sur l’île une forme de développement original par l’apparition des confréries villageoises, dont les premières virent leurs statuts (ou matriculas) enregistrés en croate avant le . Ces confréries, fondées sur le strict respect des normes religieuses et sociales, établirent une forte solidarité entre les villageois et acquirent progressivement des biens fonciers par legs des membres. Les confréries de village furent dépossédées de leurs terres et bâtiments lors de la formation de la Yougoslavie socialiste en 1947 et certaines luttent encore aujourd’hui pour récupérer leurs biens, réattribués à l’Eglise lors de l’indépendance de la Croatie.

L’île reçut au fil des siècles de nombreux immigrants du continent, notamment ceux chassés de Salon par les Avars ou encore des chrétiens de Bosnie fuyant l’avancée ottomane. Elle a été également régulièrement menacée par pirates, comme ceux d’Omiš dont l’attaque contre Šolta en 1240 est décrite par le chroniqueur Thomas l’Archidiacre dans son Historia Salonitana. Plus tard, les Uskoks au , pirates luttant originellement contre les Turcs, mais qui attaquèrent également les territoires sous contrôle vénitien, constituèrent une nouvelle menace d’agression contre l’île et ses richesses. À la Biblioteca Marciana à Venise, on trouve une carte manuscrite de Šolta de cette époque (1590, carte d'Antonio Millo), avec un commentaire qui évoque les villages de l'île. La petite citadelle défensive de Rogac date du , de même que les tours de Grohote (abritant aujourd'hui la municipalité) et celle du port de Maslinica. Un petit château baroque attenant y a ajouté en 1708, portant le blason de la famille des Martinis-Marchi, et la formation du village de Maslinica ne date que de cette époque. Certaines localités mentionnées sur la carte de 1590 comme Porto Rosso au sud ont perdu toute importance, mais une carte vénitienne plus récente, datant de 1787, indique fidèlement le nom des principales localités en italien : Grochotte (Grohote), Villa sup. (Gornje Selo), Villa di Mezzo (Srednje Selo), Villa inf. (Donje Selo), et Olivetto (Maslinica).

Šolta est passés en de nombreuses mains, ayant été vénitienne de 1418 à 1797, puis autrichienne jusqu’en 1918, et brièvement française (1805-1813) pendant la période de la République illyrienne. La langue administrative et paroissiale de l’île devient officiellement le croate à partir des années 1870 et remplace ainsi l’italien ou le latin. L’île est devenue yougoslave après la première guerre mondiale jusqu’en 1991, avec un dernier petit épisode italien en 1941-43 quand l’État indépendant de Croatie (NDH) avait « cédé » des morceaux de la Dalmatie au régime de Mussolini. La plupart des noms de villages avaient d’ailleurs des équivalents, aujourd’hui oubliés, en italien : Grohote/Grocote, Srednje Selo/Villa media, Gornje Selo/Villa Superiore, Maslinica/Porto Oliveto, Rogač/Porto Carober etc.

La population de l’île a enregistré un déclin dramatique durant les cent dernières années, passant de en 1900 à aujourd’hui. Comme ailleurs dans les îles dalmates, souvent affaiblies par la crise de la viniculture (phylloxéra, importation italienne, etc.), les habitants de Šolta ont émigré en grand nombre à partir de la fin du vers le continent mais également vers des destinations plus lointaines comme l'Australie, le Chili ou le Canada où de nombreuses communautés d'origine dalmate se sont installées. Une des grandes figures de l’émigration est Marin Ante Bavčević, né en 1791 à Gornje Selo et mort en 1873 à Constantinople après avoir fait fortune dans le commerce des bateaux. En 1943, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'île a été évacuée par les britanniques et une large part de sa population civile a été transférée jusqu'en 1946 dans les camps de réfugiés égyptiens de El-Shatt dans le Sinaï. D'intenses combats entre Allemands et Alliés (Anglais et Partisans) ont eu lieu sur l’île durant le premier semestre 1944, de nombreuses maisons ayant notamment bombardé par les Britanniques.

De nombreux Croates originaires de Šolta et aujourd'hui installés au Canada, aux États-Unis ou encore en Australie (notamment dans la région de Perth) manifestent leur attachement à l'île en dépit de leur éloignement et s'y rendent en touristes à la recherche de leur village ancestral. Peu d’entre eux se réinstallent durablement sur l’île. Du fait de cette émigration séculaire, de nombreuses maisons de famille ont toutefois été abandonnées. Les familles des émigrés laissent souvent les demeures à l'abandon, pour des questions d'héritage non réglées. Elles se trouvent aujourd'hui partiellement détruites, avec une toiture en pierre plate effondrée ou des fenêtres éventrées, même si un autre pan de la maison est au contraire parfaitement entretenue et habitée. Cela donne aux villages traditionnels du centre de l'île comme Donje Selo, Grohote ou encore Srednje Selo un aspect parfois fantomatique.

Les villages côtiers ont au contraire connu un fort renouveau immobilier du fait du tourisme depuis les années 1960 : cela est particulièrement vrai à Nečujam qui accueille un complexe touristique et reçoit désormais des milliers de visiteurs durant l'été même si l'architecture récente a moins de charme que les grandes bâtisses de pierre épaisse aux volets verts qui décorent les villages de l'intérieur de l'île. Rogač a particulièrement bénéficié de la mise en place d'un service de bateaux régulier avec Split dans les années 1950 avec l’introduction de bateau à vapeur (vapor). L’électricité est arrivée dans l’île à la même période, suivie par les routes carrossables et le service des bus durant la décennie suivante et le téléphone dix ans plus tard. L’eau courante n’arrive progressivement sur l’île que dans les années 1990. La fin de la guerre de Croatie, dont le principal événement a été l’incursion de bateaux de la marine yougoslave à Šolta en , a annoncé une très forte reprise de l'activité touristique qui a largement profité à l'île avec l'arrivée de nouveaux touristes venant d'Europe centrale.

L’île est également connue pour ses peintres naïfs, à commencer par Eugen Buktenica de Grohote (1914-1997), dont la tradition est aujourd’hui poursuivie par le poète et érudit local Dinko Sule. Un peintre paysagiste renommé, Boris Mihovilović, vit et travaille à Srednje Selo.

Géographie thumb|right|Maslinica Šolta a une superficie de ou avec les sept îlots en face de Maslinica qui lui sont rattachés. Elle est formée d'un plateau central cultivé en partie (vignes, olives) et dont le point culminant (Vela Straža, Grande garde en référence à l'époque où l'on protégeait l'île des incursions des pirates) est à d'altitude. Ce sommet offre une vue panoramique sur l'île, le continent ainsi que de nombreuses îles voisines comme Brač, Hvar ou Vis. Le littoral est découpé de nombreuses baies dont les plus animées sont celles de Rogač et de Nečujam. La côte méridionale de l'île est comprend de nombreuses petites anses calmes et elle est plus sauvage et difficile d'accès à partir du plateau central par manque de chemin et la présence de falaises. Les collines de l'intérieur de l'île et les pentes côtières restent toutefois largement inhabitées et sont recouvertes d'une garrigue typiquement méditerranéenne parsemée d'oliveraies. La colline faisant face à Srednje Selo était auparavant occupée par l'armée yougoslave a accueilli depuis les actions de l'ONG écologiste croate Zelena Akcija. L’armée surveillait l'Italie depuis ses bunkers, dont on trouve les vestiges sur certaines falaises de la côte méridionale. L'île a été fortement déboisée depuis le , y compris dans les parties les moins habitées où l'on venait par voie de mer installer des fours à chaux (japjenic) alimentés par le bois local. Elle est comme les autres îles de Dalmatie très vulnérable aux feux durant l’été et en a souffert à plusieurs reprises récemment. On trouve une faune variée, avec de nombreux faisans et chouettes (čuvita, ou petit-duc scops), ces dernières étant l’animal mascotte de Šolta.

Population Šolta comptait lors du recensement de 2001 une population de personnes. Le chef-lieu Grohote, situé sur le plateau au centre de l'île, est le village le plus peuplé avec 425 habitants et accueille la municipalité de l'île, l'école et de nombreuses boutiques. Les autres villages sur le plateau sont Donje Selo, Srednje Selo et Gornje Selo. Les quatre ports de l'île sont Maslinica, Nečujam, Rogač et Stomorska. Maslinica et Stomorska sont des ports de pêche traditionnels, alors que Rogač qui s’étale le long d’une très grande baie est devenu le premier port de l’île en raison du débarcadère des ferries. et Stomorska. Nečujam, bien que possédant une bâtisse liée au grand humaniste Marko Marulić (1450-1524), est une localité récente, construite autour d’une plage et d’un complexe touristique. Durant l'été, la population se trouve multipliée par plus de dix en raison de l'afflux de touristes venant de Split, du reste de la Croatie ainsi que du reste de l'Europe.

L’histoire de l’évolution démographique de l’île est désormais mieux connue, grâce au travail méticuleux de reconstitution généalogique entrepris par Mladen Andreis à partir des registres paroissiaux et d’autres sources nominatives. On y découvre oscillant entre 600 et habitants pendant les , avec Grohote abritant plus du tiers du total de la population. Au début du , les estimations se font plus précises et on dénombre 1300 habitants en 1807, puis un total de habitants en 1825 selon la reconstitution généalogique détaillée de Mladen Andreis. Grohote compte alors 470 habitants, contre respectivement 250, 219 et 319 à Gornje Selo, Srednje Selo et Donje Selo. En raison du caractère principalement agricole de l’île, les établissements côtiers sont beaucoup moins peuplés, avec seulement 66 habitants à Maslinica, 77 à Stomorska et 11 à Gornja Krušica, cette dernière localité ayant accueilli des villageois de l’île d’Ugljan au .