vignette|redresse=1.2|Expansion du royaume du Bosphore. Le royaume du Bosphore ou du Bosphore cimmérien (en grec ancien : Βασίλειο τοῦ Κιμμερικοῦ Βοσπόρου) est un royaume grec antique établi sur les rives du Bosphore cimmérien, nom antique de l'actuel détroit de Kertch, qui reliait le Pont-Euxin (l'actuelle mer Noire) au lac Méotide (l'actuelle mer d'Azov), et sur la Tauride, l'actuelle Crimée. Il est fondé au par les Archéanactides. Les Spartocides leur succèdent de 438 à environ 110 av. J.-C. Le royaume est ensuite intégré dans les possessions de Mithridate VI du Pont avant de retrouver son autonomie comme protectorat romain. Il est détruit par les Ostrogoths et les Huns au milieu du .
Étymologie
Le nom « Bosphore », tout comme dans le cas du détroit du Bosphore, vient des mots grecs bous (ou buzō), « resserrer », et poros, « passage ». Les Cimmériens peuplent la région dans la première moitié du
Histoire
Influence grecque thumb|upright=2|Dates de fondation et métropoles des colonies grecques du Pont Euxin (mer Noire), dont Panticapée, Nymphaion, Théodosie, Chersonèse, Phanagoria, Hermonassa, Gorgippia et Tanaïs. L'histoire de ce royaume est assez mal connue sur la période avant le Lors de la fondation des cités, les contacts avec les tribus indigènes sont pacifiques, ce qui permet le développement rapide des relations de ces nouvelles villes avec le reste du monde grec. Les cités sont ensuite détruites vers la fin du lors de l'expédition de (522-486 av. J.-C.), à laquelle elles participent, contre les Scythes. Puis, au début du , plusieurs poleis (cités-États) de la région du Bosphore Cimmérien se regroupent sous la domination de la dynastie des Archéanactides. Alexander Podossinov attribue cette dépendance nouvelle à la pression qu'exerçaient les Scythes .
Spartocides
En 438/437 av. J.-C. selon Diodore de SicileDiodore de Sicile, livre XII, chapitre 31., (ou Spartakos ou Spartocus) succède à cette dynastie, prend le pouvoir et s'installe à Panticapée, nouvelle capitale de son nouveau royaume. De là, il peut contrôler le passage entre le Palus Méotide et le Pont-Euxin, ce qui l'enrichit considérablement et renforce son influence dans le monde grec, les villes de Grèce ayant constamment à partir de ce moment des ambassadeurs auprès de lui. Les exportations du royaume du Bosphore reposent principalement sur le blé et le poisson. Les importations concernent la céramique, le vin, l'huile et le métal. Malgré sa position périlleuse, sa dynastie, les Spartocides, exerce son pouvoir plus de trois siècles. Leur royaume s'agrandit peu à peu au fil des conquêtes, intégrant des peuples barbares, comme les Méotes ou les Torètes, et des cités grecques comme Panticapée. Succèdent à Spartakos Séleucos et , qui règnent conjointement, puis Satyros seul jusqu'à sa mort Hatto H. Schmitt, Ernst Vogt, Lexikon des Hellenismus, Otto Harrassowitz Gmbh & Co, Wiesbaden, 2005 , « Bosporanishes Reich 4 », 206.. Les échanges économiques se font surtout avec Athènes. L'importance des Athéniens dans le royaume se manifeste aussi au travers des privilèges que lui accordent les rois, ainsi que du soutien des nobles à Panticapée.
À la mort de Satyros , son fils arrive sur le trône. Celui-ci, entretenant toujours de bonnes relations avec les Athéniens, reçoit d'eux le titre de citoyen pour leur avoir expédié du blé lors de la famine de 357 av. J.-C., lors de la Guerre sociale. Ses fils, Spartokos II et , prennent sa suite et règnent conjointement jusqu'en 344 av. J.-C., puis Pairisadès seul Hatto H. Schmitt, Ernst Vogt, op. cit., 207.. Ce dernier est aussi connu pour avoir reçu des Athéniens le privilège d'enrôler au Pirée des soldats pour sa flotte. Au cours du , à la suite de l'élargissement du monde grec grâce aux conquêtes d'Alexandre le Grand, les relations commerciales entre le Bosphore Cimmérien et Athènes déclinent doucement. Le royaume se tourne vers de nouvelles puissances comme Délos ou l'Égypte pour ses échanges commerciaux. Arrive ensuite sur le trône , qui règne un an conjointement avec Prytanis. Mais quelques mois après la mort de celui-ci, leur frère Eumélos s'empare du trône, qu'il conserve jusqu'en 304 av. J.-C.. À cette date, son fils Spartokos III lui succède et règne pendant 20 ans Peter Truhart, Regents of Nations, K. G. Saur Münich, 1984-1988 , « Crimea/Krim » (2635)..
thumb|Phiale retrouvée à Hermonassa,
À partir de ce moment, du fait de la perte de l'œuvre de Diodore de Sicile, les informations manquent sur la succession des souverains et la chronologie selon laquelle elle s'est effectuée. Les seules informations certaines reposent sur l'épigraphie et les émissions monétaires. Le dernier prince de la lignée est qui, ne pouvant résister aux attaques des Scythes du roi Saumakos, demande l'aide de , roi du Pont, VII, 4 (« La Chersonnèse »).. Celui-ci réussit à mettre un terme au conflit et, à la mort de Pairisadès V, récupère le trône du Bosphore Cimmérien, qu'il confie en 82 av. J.-C. à son fils, Macharès. En 66 av. J.-C., pendant la grande invasion de Pompée lors de la troisième guerre mithridatique, le fils du roi déserte son père pour se ranger du côté romain. À cette époque commencent les défaites successives de Mithridate VI ( comme roi du Bosphore) jusqu'à sa mort en 63 av. J.-C.
Protectorat romain
Son autre fils, , est alors couronné par les habitants du Pont roi du Pont et roi du Bosphore. Il est soutenu par les Romains, mais les trahit rapidement. Rome envoie alors une armée commandée par César, victorieux à Zéla en 47 av. J.-C. ; il est tué peu après. Son royaume du Pont est ensuite partagé par Rome : une partie est rattachée à la province romaine de Bithynie et une autre attribuée sous Marc Antoine (83/30 av. J.-C.) à une dynastie vassale de Rome, les Polémons (royaume du Pont Polémoniaque); les territoires du royaumes sont ravalées au rang de province, tandis que Trébizonde s'affirme comme capitale.
Durant cette période, le royaume du Bosphore (Regnum Bospori) garde alors son autonomie interne, mais l'influence romaine s’exerce de diverses façons selon les régions.
Le gendre de Pharnace II, Asandros, prend le pouvoirAppien, Guerre mithridatique, XVII, chapitre 120., mais, détrôné par César, il est remplacé par Mithridate II de PergameAppien, op. cit., chapitre 121., puis, après la mort du prétendant, il est rétabli sur son trône. Son fils Aspourgos lui succède. Il va se chercher de nouveaux alliés et se tourne vers la Thrace, dont il épouse Gepaepyris, la fille du roi (12-19) et petite-fille par sa mère, Antonia Tryphaena, de Polémon du Pont. Il signe aussi en 14 un premier traité d’amitié avec l'empereur romain Tibère, puis un deuxième peu de temps après (selon Natwoka). Ces traités engagent les rois du Bosphore à reconnaître comme leurs souverains les empereurs romains. Ses deux fils Claudius Mithridate III et Cotys lui succèdent.
Le premier à prendre le pouvoir est Mithridate III. À la mort de Tibère en 37, Caligula, le nouvel empereur romain, veut réunifier le royaume du Pont et le royaume du Bosphore sous la tutelle du roi du Polémon II du Pont. Mais les habitants du Bosphore se rebellent, ne voulant pas d'un roi étranger (38). Cela pousse l'empereur Claude, successeur de Caligula, à renoncer au projet de réunification. Polémon II décide alors d'attaquer le Bosphore, mais son action est contrecarrée par Rome, et Mithridate est confirmé sur son trône, tandis que la Cilicie lui est donnée en compensation.
thumb|left|Ruines de Panticapée, la capitale du royaume.
La paix, à la suite de la décision de l'empereur Claude, est de courte durée. De nouvelles discordes apparaissent entre Mithridate et les Romains, Mithridate voulant rompre le traité le liant à eux. Selon Dion Cassius (Histoire romaine), il aurait même préparé une offensive militaire contre Rome, mais aurait été trahi par son frère Cotys . Les Romains doivent dépêcher une armée en Chersonèse et, en 44, le légat de Mésie, Aulus Didius Gallus, est envoyé à Panticapée avec des troupes. Mithridate est battu, il doit fuir sa capitale, et son frère Cotys est proclamé roi du BosphoreDion Cassius, livre LX, chapitre 28, § 7.. Didius Gallus repart alors vers Rome, ne laissant à Panticapée que quelques hommes sous les ordres de Julius Aquila. Mithridate profite de la situation pour essayer de reprendre son royaume. Il rassemble des partisans et, avec l’appui des Siraces (tribu sarmate), marche sur la capitale. Cotys et Aquila, en infériorité numérique, passent alors alliance avec les Aorses (autre tribu), les ennemis traditionnels des Siraces. Cette coalition l'emporte et Mithridate, vaincu, doit de nouveau prendre la fuite. Puis il choisit de se rendre au roi des Aorses, Eunonès, mais l'empereur Claude le fait emmener en captivité à Rome. Après la victoire sur son frère, Cotys accentue ses rapports avec les Romains qui lui donnent le gentilice de « Tibérius Julius » Cotys. Lors de son règne, on peut assister à un afflux important d'Aorses dans le royaume.
Son fils Rhescuporis lui succède, mais seulement en 68, en raison d'un interrègne de cinq ans pendant lequel Rome aurait annexé le royaume. Sauromatès est son successeur. Il est contemporain des empereurs romains Trajan et Hadrien.
La période qui suit, s'étalant jusqu'à la disparition du royaume, reste floue. Les rois du Bosphore ne sont connus essentiellement que par l'épigraphie et leurs pièces de monnaie. Celles-ci représentent plus généralement sur le revers la tête de l'empereur romain régnant et sur l'avers celle du roi du Bosphore. À partir de ce constat, les historiens spécialistes tentent de définir la chronologie des rois suivants, très approximative et très discutée ; de plus, il semble qu'il y ait eu des règnes conjoints.
Après Sauromatès Sergeï Saprykin, « Le roi Sauramace du Bosphore Cimmérien », 47-52 dans l'ouvrage collectif de Michel Kazanski & Vanessa Soupault, Les sites archéologiques en Crimée et au Caucase durant l'antiquité tardive et le haut Moyen Âge, Brill, Leiden et Boston, 2000 ., son fils Cotys II monte sur le trône, suivi par Rhœmétalkès, fils de Cotys II, puis Eupator, frère de Rhœmétalkès et son neveu, Sauromatès II. Son fils Rhescuporis IIGregori Bongard-Levine, Gennadi Kochelenko, Vladimir Kouznestov, « Les fouilles de Phanagorie : nouveaux documents archéologiques et épigraphiques du Bosphore », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, , N. 1, 2006, 278. lui succède, puis le fils de celui-ci, Cotys III pour un règne très court et conjoint avec son frère Sauromatès III.
Fils de Sauromatès III, Rhescuporis III est le roi suivant, régnant conjointement avec Ininthimeos. Suit Rhescuporis IV, qui doit se plier aux commandements des Boranes et des Goths, qui envahissent le royaume, et leur laisser l'usage des ports, d'où leur flotte part pour des raids de piraterie en Asie MineureZosime, livre I, chapitre 31.. Rhescuporis IV a un fils (ou un frère), Teiranès, qui lui succède. Teiranès remporte une victoire contre les Goths, mais, en fin de règne, il doit faire face à un prétendant, son frère (?) Sauromatès IV, et régner conjointement avec lui. Sous son règne, les relations avec Rome se dégradent et des accrochages ont lieu entre les deux États. Thothorsès, fils de Rhescuporis IV, lui succèdeSelon une chronologie différente, après Rhescuporis IV, son frère Teiranès puis un usurpateur sarmate (?), Pharsanzès, enfin Thothorsès, le fils de Rhescuporis IV..