Les « Nouvelles en trois lignes » sont une rubrique publiée dans le journal Le Matin entre Voir Le Matin du mardi . et Voir Le Matin du jeudi .. Cette rubrique est restée célèbre pour avoir bénéficié de la collaboration de Félix Fénéon, entre et . Elles ont depuis fait l'objet de plusieurs publications indépendantes en volumes.
Rubrique originale du Matin La rubrique intitulée « Nouvelles en trois lignes » était constituée de dépêches de dernière minute reçues au journal Le Matin, et qui étaient publiées sous forme de « brèves » dans les pages intérieures du quotidien. Ces « nouvelles » étaient divisées en sous-sections en fonction de leur provenance géographique (banlieue parisienne, départements, étranger), et portaient tant sur les faits divers que sur les flux de marchés financiers ou sur le commerce maritime. Le quotidien pouvait ainsi se vanter d'être le seul journal français de l'époque à pouvoir faire bénéficier ses lecteurs des dépêches reçues par fils spéciaux du monde entier.
Les « Nouvelles en trois lignes » se présentaient sous la forme d'une information rédigée de la manière la plus condensée possible, entre cent et cent trente-cinq signes typographiques, comme dans les exemples suivants extraits de l'édition du Reproduits dans . :
Subversion de Fénéon vignette|Portrait de Félix Fénéon par Félix Vallotton (). C'est dans ce cadre qu'à partir de , entre deux dépêches anodines, les lecteurs du Matin pouvaient en découvrir d'autres, également authentiques, rédigées dans le style des exemples qui suivent :
Ces nouvelles anonymes, dont le caractère insolite de la présentation ne fut semble-t-il pas toujours perçu par le lectorat du Matin, étaient l'œuvre du critique d'art Félix Fénéon, qui s'était rendu célèbre douze ans plus tôt, alors que, accusé de complicité dans un attentat attribué aux anarchistes, il avait ridiculisé le tribunal par l'ironie cinglante de ses réparties. Loin de se contenter de rapporter des faits divers de la façon la plus ramassée possible, Fénéon imagina pour les « nouvelles en trois lignes » qu'il rédigea, de mettre à leur service toutes les ressources de la rhétorique, d'en peaufiner le rythme et la prosodie afin de les transformer selon certains en autant de haïkus modernes, repris dans .. L'esprit de ces « brèves » n'a toutefois pas de rapport avec celui du haïku.
Dans les fragments de Fénéon, le contenu référentiel , devient secondaire par rapport aux virtuosités stylistiques, :
Parfois, le drame porte en lui-même sa charge burlesque, et le travail de l'écrivain consiste à transformer l'ironie du sort en figure de styleCf. ., comme dans ce malheureux accident :
Dans ce fragment, l'effet comique produit par la « chute » est préparé par une mise en forme soignée, constituée de :
Comme on le voit par ces exemples, les « nouvelles » de Fénéon se caractérisent souvent par leur férocité et leur cynisme ; le style elliptique, apparemment imperturbable et factuel, qui est à la base de l'« esthétisme décadentFénéon est qualifié d'esthète et de décadent par dans sa préface. » de l'auteur, ne fait que les exacerber ironiquement. Parfois, c'est plutôt le côté dérisoire de l'information qui est ainsi mis en avant :
La juxtaposition de toutes les nouvelles en trois lignes de Fénéon, qui paraissaient originellement au milieu d'autres de forme plus anodines, a conduit le critique d'art Jean-Yves Jouannais à les rapprocher de ce qui en apparence en constitue l'exacte antithèse : chacun de ces poèmes en trois lignes, qui sont , mis bout à bout, formeraient .
Daniel Grojnowski, qui a étudié la structure de ces fragments dans le cadre de son étude sur « l'esprit fumiste » fin de siècle, fait de Fénéon à la fois le premier , et le de celle-ci.
Déjà en 1914, Guillaume Apollinaire voyait en l'auteur des Nouvelles en trois lignes celui qui, avant les futuristes, avait inventé les .
Publication en volumes Hormis une plaquette de , Les Impressionnistes en , tirée à et extraite de la revue La Vogue, Félix Fénéon n'a publié aucun ouvrage de son vivant. Les Nouvelles en trois lignes ne dérogent pas à la règle, et ce n'est qu'en que fut publiée chez Gallimard une édition (établie par Jean Paulhan) des Œuvres de Félix Fénéon, contenant notamment les chroniques du Matin. Celles-ci avaient été retrouvées sur un cahier appartenant à Fénéon et dans lequel il avait collé, découpées après leur parution dans le quotidien, celles qu'il avait écrites. sont ainsi retenues. Il demeure néanmoins une incertitude quant à d'autres Nouvelles dont Fénéon pourrait aussi être l'auteur.
Les Nouvelles en trois lignes ont ensuite été republiées plusieurs fois en volumes indépendants, parfois agrémentées d'illustrations, dont celles réalisées en par Roland Topor, contenant dix lithographies réalisées à l'atelier Clot, Bramsen et Georges, exposées à la Bibliothèque nationale de France à Paris :
, à propos de l'exposition, site François-Mitterrand, ; et à la Bibliothèque nationale du Luxembourg : ..
Postérité Le style des Nouvelles en trois lignes est réactivé par le genre des micronouvelles qui émerge dans les à la faveur de réseaux de microblog comme Twitter.
Notes et références
Voir aussi Gaston Vassy (), et ses « nouvelles excentriques » pour Le Figaro
Bibliographie Éditions des œuvres complètes de Fénéon, contenant les Nouvelles en trois lignes . .
Éditions des Nouvelles en trois lignes en volumes indépendants . ; , 121 . .
Bibliographie critique . . . (les Nouvelles en trois lignes sont traitées ). . . . , repris dans .
Liens externes
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