vignette|upright=1.5|Les arènes de (Nîmes, France) : . vignette|upright=1.5|L'amphithéâtre d' (Mérida, Espagne). vignette|upright=1.5|L'amphithéâtre d' (Trèves, Allemagne).

Un amphithéâtre romain est un vaste édifice public de forme elliptique, à gradins étagés, organisé autour d'une arène où étaient donnés des spectacles de gladiateurs (munus gladiatorium), de chasses aux fauves (venationes), ou très exceptionnellement de batailles navales (naumachies).

À la différence des cirques et des théâtres, extrapolés des édifices homologues de la Grèce antiqueL'étymologie du mot remonte au , « amphithéâtre [] (théâtre des deux côtés) » et désignant la scène et le plateau., les amphithéâtres sont des monuments nés dans le monde romain pour y accueillir des spectacles inventés par les Romains et pris en charge par l'évergétisme officiel. Ces spectacles sont d'abord des combats rituels en lien avec des cérémonies funéraires au Peu à peu, les spectacles s'affranchissent de ces rites, se complexifient et se codifient en même temps que le lieu où ils se déroulent s'organise en une aire d'affrontement entourée par un espace où les spectateurs peuvent jouir du spectacle dans d'excellentes conditions. Les premiers amphithéâtres ainsi constitués d'une arène entourée d'une datent de l'époque républicaine et les constructions sont devenues monumentales pendant la période impériale..

Environ 230 amphithéâtres romains ont été découverts dans le territoire de l'Empire romain. Les premiers d'entre eux sont construits en Italie, mais ils essaiment dans l'ensemble du monde romain, avec des différences de rapidité et d'intensité liées aux cultures locales, au cours des deux premiers siècles de notre ère. S'ils ne survivent pas comme monuments de spectacle à la chute de l'Empire romain, certains d'entre eux sont réutilisés comme forteresses au Moyen Âge ; d'autres sont abandonnés et servent de carrière de pierres. Au , il en reste de très nombreux vestiges. Origines de l'amphithéâtre Les amphithéâtres sont à distinguer des cirques et des hippodromes qui sont généralement de forme sub-rectangulaire et sont conçus principalement pour accueillir des courses, et des stades édifiés pour l'athlétisme. Toutefois, plusieurs de ces termes ont de temps en temps été utilisés pour désigner un même lieu. Le mot vient du latin , lui-même emprunté au grec qui signifie « théâtre des deux côtés », comme si on avait accolé deux théâtres : un amphithéâtre se distingue d'ailleurs des théâtres romains semi-circulaires traditionnels par sa forme circulaire ou ovale.. Cette architecture spécifique est une invention romaine qui ne s'inspire pas, comme les théâtres ou les cirques, des créations de la Grèce antique..

Les combats funèbres vignette|gauche|Scène de combat sur une tombe de (Italie). vignette|Scène de combat sur une urne funéraire étrusque. Dès le , des cérémonies funéraires s'accompagnent de combats d'hommes destinés à honorer les mânes du mort. De tels combattants, représentés sur des tombes à , en Lucanie, sont semblables à des militaires équipés de manière identique, dans une sorte de démonstration sanglante de leur art. Rien, par contre, ne laisse entrevoir si le terrain où se déroule ces combats est aménagé spécifiquement ; c'est peu probable..

Des preuves d'engagements semblables se retrouvent en Étrurie mais témoignent d'une évolution du genre : les combattants représentés sur des urnes funéraires sont équipés de panoplies différentes, indiquant, par une amorce de code vestimentaire, une mise en scène des combats. Si les preuves manquent, il faut considérer que l'aire sur laquelle se déroule ces spectacles doit bénéficier d'un minimum d'aménagement (terrain vaste, plat et non glissant), permettant aux combattants d'évoluer librement et au public de bénéficier d'une bonne vue.

Organisation de la gladiature vignette|Vue partielle de l'arène du à Rome. C'est à Rome, sur le , que se déroule en le premier combat attesté de gladiateurs.. À partir du , la gladiature se professionnalise. Les combats ne sont plus des rites funéraires. Les cérémonies funèbres ne sont plus que le prétexte au déroulement de spectacles qui vont bientôt s'en affranchir totalement. Les différents stéréotypes de combattants se mettent en place et les spectacles se codifient, l'encadrement évolue avec l'apparition des lanistes, organisateurs de combats et managers des gladiateurs, la création des écoles de combat , comme celle dans laquelle Spartacus s'entraîne à Capoue avant de se révolter en ..

Le lieu où se déroule ces spectacles évolue graduellement, tout en conservant un principe de base immuable : les combattants évoluent sur une aire centrale entourée par les spectateurs. L'aire centrale doit être suffisamment vaste et sans obstacle pour que les gladiateurs y évoluent à l'aise mais de dimensions raisonnables pour que les spectateurs suivent sans effort les évolutions des combattants ; le respect d'une bonne acoustique, indispensable dans les théâtres, n'est ici pas essentielle..

Premiers édifices temporaires à Rome vignette|Restitution possible d'un plan de sur le .

Il est difficile de dater précisément la construction des premiers amphithéâtres, à l'époque républicaine.. Du fait de la réticence de l'aristocratie vis-à-vis des spectacles de combats d'origine étrusque, les premiers amphithéâtres à Rome ne sont que provisoires. Le forum romain accueille semble-t-il des constructions temporaires en bois () où se déroulent les spectacles dès le milieu du .. Les gladiateurs évoluent sur un espace central recouvert de sable pour éviter qu'ils ne glissent sur les dalles du . Les spectateurs prennent place sur des gradins en bois et des balcons appuyés sur les bâtiments formant les grands côtés du . Si ces gradins peuvent être rectilignes au droit des bâtiments, ils sont semi-circulaires au deux extrémités. Les nécessaires montages et démontages successifs participent certainement, peu à peu, au perfectionnement de l'édifice, définissant les dimensions et la forme de l'aire de combat compte tenu des limites topographiques, optimisant la disposition des gradins et des tribunes..

Dans son Historia naturalis, Pline l'Ancien prétend que l'amphithéâtre a été inventé durant les spectacles de Gaius Scribonius Curio en . Si le terme est une allusion à la forme générale de l'édifice, Curion applique cette définition à la lettre. Il fait construire deux théâtres en bois qui, en pivotant autour d'un axe, se referment pour ne former qu'un seul monument circulaire, au gré des spectacles qu'on y propose.. Trop sophistiqué et fragile, ce système n'a pas de suite..

Apparu tardivement, l'amphithéâtre ne s'impose pas comme le seul cadre des chasses et des combats de gladiateurs. Le premier amphithéâtre à Rome, construit en 29 av. J.-C., est longtemps concurrencé par le forum romain puis par le Champ de Mars.

Innovations techniques majeures vignette|Vue aérienne de l'amphithéâtre de Pompéi (Italie). À Pompéi se trouve le seul amphithéâtre républicain à être précisément daté. Construit en maçonnerie et en deux temps, il se caractérise par un soubassement, édifié vers , présentant deux côtés rectilignes reliés par deux demi-cercles comme les premiers édifices temporaires romains. Sa et son arène, par contre, adoptent, de manière inédite pour un monument en dur, la forme ellipsoïdale. La dédicace de l'amphithéâtre datant de Inscription des duumviri quinquennaux datée de 70 ou 65 av. J.-C., le laps de temps nécessaire à cette évolution architecturale n'est que de dix ans. L'ellipse s'avère optimale pour permettre aux gladiateurs d'évoluer sans angle mort et pour offrir au spectateur, où qu'il se trouve, une vision parfaite. L'ellipse de l'arène est probablement née à Rome sur le trapézoïdal resserré entre les basiliques qui en délimitent les grands côtés, d'où elle a été adoptée dans le monde romain ; Pompéi a construit son amphithéâtre à ce moment précis. Les autres amphithéâtres républicains, intégralement ellipsoïdaux, sont donc postérieurs même si leur datation reste à préciser..

Quelques années plus tard, sur le de Rome, Jules César fait construire vers un amphithéâtre en bois, toujours temporaire, mais dont le sol de l'arène est équipé de galeries et de monte-charges permettant de faire apparaître en surface hommes, décors et animaux. C'est la première fois que des combats d'animaux se déroulent hors des cirques. Un protège probablement tout ou partie de l'amphithéâtre..

Ces deux avancées marquantes fixent définitivement l'architecture générale des amphithéâtres romains construits par la suite. Ce sont des monuments maçonnés ; leur arène ellipsoïdale est entourée par une adoptant la même forme où se placent les spectateurs sur des rangées superposées de gradins ; des sous-sols peuvent être aménagés sous cette arène pour y accueillir les machineries nécessaires à des spectacles de grande ampleur dépassant le simple cadre des combats de gladiateurs..

Architecture de l'amphithéâtre Plan général L'ellipse comme règle générale thumb|Plan-type d'un amphithéâtre romain. vignette|gauche|L'amphithéâtre de Leptis Magna (Libye). Jean-Claude Golvin, en 2008, explique qu'en réalité un certain nombre d'amphithéâtres romains ne décrivent pas une ellipse parfaite, mais une forme pseudo-ellipsoïdale composée d'une succession d'arcs de cercles raccordés. Cette disposition est guidée par la nécessité de disposer d'une de largeur identique quel que soit le point de l’amphithéâtre considéré, pour que les gradins soient tous de dimension semblable.. Les dimensions observées ou restituées de plusieurs amphithéâtres de l'Empire romain, dont celui de Capoue, semblent confirmer cette théorie, modélisée par Gérard Parysz..

De rares amphithéâtres ne suivent pas le plan d'ensemble d'un édifice ellipsoïdal, comme celui de Leptis Magna. Cet édifice, intégralement creusé dans une ancienne carrière et inauguré en 56, donne l'impression d'être composé de deux théâtres accolés et son arène comme sa ont la forme de deux demi-cercles reliés par de très courts segments de droite. Cette configuration lui aurait permis d'accueillir des spectacles d'un genre nouveau voulu par Néron, associant combats, démonstrations équestres et concours musicaux..

Amphithéâtre massif et amphithéâtre à murs rayonnants

Un premier type d’amphithéâtres est qualifié de plein ou massif comme à Samarobriva (Amiens, France), Octodurus (Martigny, Suisse), Emerita Augusta (Merida, Espagne) ou (Syracuse, Italie). ; dans ces constructions, la n’est pas portée par des murs rayonnants et des voûtes, mais par un remblai qui descend en pente de l’extérieur de l’amphithéâtre vers l’arène ; ce remblai peut être constitué en partie par les terres d’excavation de l’arène à l’intérieur d'une petite colline au sommet de laquelle l'amphithéâtre est construit ; c'est le cas à Tours ().. Les spectateurs doivent alors prendre place directement sur la pente gazonnée, mais le remblai peut aussi accueillir des gradins en bois dont la découverte des vestiges, s'ils ont jamais existé, serait exceptionnelle. Les maçonneries sont réduites au strict minimum : le mur extérieur, le mur de l’arène, les galeries des accès ou vomitoires, également inclus dans le remblai, quelques murs de soutènement rayonnants délimitant des caissons destinés à recevoir les remblais, ainsi que les cages d’escalier. Des escaliers externes plaqués contre la façade de l'amphithéâtre, comme à Pompéi, permettent d'accéder à la partie supérieure de la .. vignette|gauche|Reconstitution de l'amphithéâtre de Taurus, 1663 (Rome, Italie).