Alexandre Aleksandrovitch Alekhine (en ) est un joueur d'échecs russe naturalisé français (en 1927), né le La date erronée du qui se trouve sur sa tombe à Paris, est due à une erreur de conversion du calendrier julien au calendrier grégorien. à Moscou et mort le à Estoril (Portugal).
Champion du monde des échecs de 1927 à 1935 et de 1937 à sa mort, il est le premier champion du monde à reconquérir son titre et le seul jusqu'à présent à mourir en en étant le détenteur. Il domine le monde des échecs au début des années 1930, remportant toutes les compétitions (championnats du monde, olympiades et tournois) auxquelles il prend part de 1929 à 1934 (à l'exception du tournoi de Hastings 1933-1934 où il finit deuxième).
Alekhine est réputé pour son style d'attaque féroce et imaginatif, alliant à une grande habileté positionnelle une virtuosité combinatoire ainsi qu'un grand talent en fin de partie. Il est également renommé comme journaliste, auteur de livres (dont plusieurs écrits en allemand) et théoricien d'échecs, ayant produit des innovations dans un large éventail d'ouvertures d'échecs. Son nom a été donné à une ouverture du jeu d'échecs : la défense Alekhine, qu'il employa pour la première fois en 1921 à Budapest, et plusieurs autres variantes d'ouvertures. Il a également composé quelques études ou fins de partie.
Biographie Jeunesse thumb|left|Alexandre Alekhine, alors étudiant en droit. thumb|left|Alekhine en 1909, photographie de Karl Bulla.
Alexandre Alekhine naît le à Moscou dans une famille aisée de l'Empire russe : son père est propriétaire terrien et sera député à la Douma d'État de l'Empire russe. Il a un frère aîné, Alexeï, contre lequel il jouera des parties, et une sœur, Varvara. Il apprend à jouer aux échecs à sept ans. Il fait ensuite de brillantes études et apprend le français et l'allemand au lycée.
Après quelques tournois par correspondance, il dispute son premier tournoi important à Düsseldorf en 1908 et termine quatrième. En 1909, il entre dans l'école de Droit pour la noblesse de Saint-Pétersbourg, où les élèves internes portent l'uniforme militaire.
Il obtient ses premiers succès en 1909 au championnat de Russie amateur disputé à Saint-Pétersbourg, puis aux tournois internationaux de Stockholm en 1912 et de Scheveningue en 1913. En 1914, il remporte le championnat de Russie, ex æquo avec Aaron Nimzowitsch et, la même année, termine troisième du très fort tournoi international de Saint-Pétersbourg remporté par le champion du monde Emanuel Lasker devant son futur successeur José Raúl Capablanca.
Alors qu'il participe au tournoi de Mannheim, la Première Guerre mondiale éclate et interrompt le tournoi. Alekhine est arrêté par les autorités allemandes. Il parvient cependant à rentrer en Russie, est blessé deux fois à la guerre et est ensuite plusieurs fois médaillé en tant que collaborateur de la Croix-Rouge..
Ascension vers les sommets vignette|redresse|Alexandre Alekhine au début des années 1920.
Après la guerre et la Révolution russe, Alexandre Alekhine remporte le championnat de Moscou et le premier championnat de la RSFSR en 1919-1920. Arrêté une première fois par la Tchéka, il échappe par chance au peloton d'exécution. Selon la légende, en prison, il aurait joué une partie contre Léon Trotski lui-même., qui était un très bon joueur d'échecs. Il quitte la Russie soviétique pour l'Ukraine mais revient à Moscou, où il obtient un poste de traducteur.
Le , il est arrêté une seconde fois par la Tcheka, mais réussit à persuader la police qu'il est innocent des charges qu'on lui reproche..
En , à l'occasion de son mariage il obtient l'autorisation d'un voyage en Lettonie ; il quitte définitivement la Russie, d'abord pour BerlinUn haut lieu de l'émigration russe à l'époque.. En 1921, il remporte les trois tournois auxquels il participe en Europe (Triberg, Budapest et La Haye) sans perdre une partie. Il arrive en France en . Par la suite, il refusera toujours de revenir en Union soviétique (nom adopté par la Russie soviétique en 1922). En 1922, il remporte le tournoi de septembre de Hastings puis, l'année suivante, le tournoi de Carlsbad 1923.
En 1924, il termine troisième du tournoi de New York derrière les champions du monde Emanuel Lasker et Capablanca.
Le premier à Paris, où il habite désormais<ref>Alexandre « Alekhine (1892 - 1946), champion du monde des échecs ». Résumé d'un article de Dimitri Vicheney in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris – </ref>, il dispute une partie simultanée et à l'aveugle sur 28 échiquiers, avec un score de 22 victoires, 3 défaites et 3 nulles. Le lendemain, il reconstitue précisément, de mémoire, les vingt-huit parties disputéesL. Alfödy, Les Champions du monde d'échecs, tome 1, .. L'année précédente, il avait déjà disputé une autre séance record à l'aveugle sur 26 échiquiers, à l'issue du tournoi de New York 1924. Son record dans ce domaine sera porté à 32 parties lors d'une simultanée à l'aveugle disputée lors de l'Exposition universelle de 1933.
En 1927, il termine deuxième du tournoi de New York derrière le nouveau champion du monde Capablanca . Avec ce résultat, Alekhine devient le challenger naturel du champion du monde, qu'il rencontre à Buenos Aires en 1927.
Naturalisation Alexandre Alekhine demande pour la première fois son admission à résidence en France et sa naturalisation le , mais le dossier est classé sans suite, en raison de ses multiples voyages à l'étranger pour participer à des compétitions internationales d'échecs, et parce qu'il avait été signalé en comme un .
En , la Fédération française des échecs intervient auprès du ministère de la Justice pour qu'Alekhine puisse participer, à la tête de l'équipe française, au premier « Tournoi des Nations »Ultérieurement, ces tournois seront rebaptisés « Olympiade d'échecs ». qui doit avoir lieu en à Londres. Mais, la nouvelle loi sur la naturalisation, facilitant l'acquisition de la nationalité française en raison de la baisse de population consécutive à la Première Guerre mondiale, n'est publiée que le . Le décret de naturalisation d'Alekhine (et de plusieurs centaines d'autres postulants) est signé le et publié au Journal officiel du 14-.
Championnats du monde Match contre Capablanca (1927) vignette|redresse=1.2|Alekhine (à gauche) face à Capablanca en 1927.
Alexandre Alekhine devient champion du monde en 1927 en battant à Buenos Aires le tenant du titre, le Cubain José Raúl Capablanca sur le score de 18,5 à 15,5 (+6, -3, =25), au terme d'un match marathon de plus de 2 mois et 34 parties. En dépit de multiples négociations, le match revanche, promis au Cubain par Alekhine, ne fut jamais organisé. À l'époque, c'était encore les champions qui choisissaient leurs challengers.
Matchs contre Bogoljubov (1929 et 1934)
Alexandre Alekhine domina le monde des échecs pendant toute la période entre 1929 et 1933 : il réalisa l'exploit de se classer premier sans interruption dans les 15 tournois auxquels il participa, cette série étant arrêtée par une deuxième place au tournoi de Hastings, derrière Salo Flohr. Au lieu de défier Capablanca comme il l'avait pourtant promis, il choisit comme challenger son ancien compatriote Efim Bogoljubov, moins redoutable.
Il conserva facilement son titre face à Bogoljubov en 1929 sur le score de 15,5 à 9,5 (+11, -5, =9), puis en 1934 sur le score de 15,5 à 10,5 (+8, -3, =15).
Matchs contre Max Euwe (1935 et 1937)
vignette|gauche|Alekhine face à Euwe en 1937. thumb|thumbtime=0:26|Film montrant Alekhine, ainsi que Euwe, lors de la cérémonie du match revanche en 1937.
À la surprise générale, Alexandre Alekhine perd son titre en 1935 face au « modeste » champion néerlandais Max Euwe sur le score de 14,5 à 15,5 (+8, -9, =13). Alekhine, qui souffrait d'alcoolisme et était un grand fumeur, ne parvenait pas à contrôler sa dépendance.
À la suite de cette défaite, il arrêta de boire et de fumer et reprit son titre de champion du monde deux ans plus tard en 1937, lors du match revanche, sur le score de 15,5 à 9,5 (+10, -4, =11).
En 1938, le tournoi AVRO est organisé pour départager les éventuels candidats à un match de championnat du monde contre Alekhine, ce dernier conservant néanmoins la possibilité de désigner son challenger. Le tournoi est remporté par l'Estonien Paul Keres et l'Américain Reuben Fine, mais Alekhine entreprend des négociations avec le troisième du tournoi, Mikhaïl Botvinnik. Les pourparlers sont interrompus par la Seconde Guerre mondiale.
Activités pendant la Seconde Guerre mondiale (1939 à 1943) vignette|redresse|Alexandre Alekhine en 1936.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le titre de champion du monde d'Alekhine ne fut pas remis en jeu.
En , lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Alekhine participe à l'Olympiade de Buenos Aires. En , il arrive à Lisbonne et demande à être mobilisé comme interprète dans l'Armée française. Il rentre en France en février. Après l'Armistice, démobilisé, il transmet à Capablanca en sa proposition de disputer un match. La communication se fait par l'intermédiaire du consulat de Cuba à Marseille ; les négociations se poursuivent jusqu'en 1941 et l'entrée en guerre des États-Unis.
À la fin de , Alekhine est autorisé à se rendre en Espagne. Il a l'espoir de partir au Brésil ou à New York. Sa quatrième épouse, Grace Alekhine, reste dans leur château près de Dieppe pour sauver les biens du champion. Pour délivrer un visa à Alekhine et protéger sa femme, née américaine et naturalisée britannique, les autorités allemandes d'occupation auraient alors demandé à Alekhine de rédiger plusieurs articles sur les échecs pour le quotidien allemand d'occupation en France Pariser Zeitung, parus sous son nom en .
Quand Alekhine arrive à Lisbonne en , il apprend que son projet de match avec Capablanca a échoué ; il devient malade et se remet à boireJacques Le Monnier, 75 parties d'Alekhine, Paris, Payot, 1973, .. À ce moment, les articles d'Alekhine sont repris avec d'importantes variantesArticle de Edward Winter sur Chesshistory.com dans la Deutsche Schachzeitung et dans d'autres journaux nazis comme Deutsche Zeitung in der Niederlanden, d'avril à , sous le titre , sous-titré . Ces articles provoquent l'indignation dans le monde. Max Euwe refuse ensuite de participer aux tournois dans lesquels apparaît aussi AlekhineAlexander Münninghoff, Max Euwe, The Biography..
À la fin de la guerre, Alekhine est accusé d'avoir collaboré avec les NazisAlexander Alekhine sur Larousse.fr. pour protéger sa femme et sauver ses biens en France, notamment son château à Saint-Aubin-le-Cauf. Après la libération de la France en 1944, Alekhine affirma à plusieurs reprises que de ces articles n'était de sa main et qu'ils avaient été manipulés. Cependant, lors d'entretiens accordés pendant son séjour en Espagne en 1941, il aurait ajouté qu'il avait été . Dans ces articles, il écrivait que les étaient et considérait la défense comme la conséquence d'une erreur antérieure, et le fait que l'on pouvait gagner avec la , un .
En , il quitte le Portugal pour disputer le deuxième tournoi Europa à Munich. De 1941 à 1943, il multiplie les tournois en Europe occupée : à Cracovie, Lublin et Varsovie (en 1941 et 1942), à Munich (1941 et 1942), à Salzbourg (en 1942 et 1943), à Prague (en 1942 et 1943) ainsi que des conférences et des exhibitions en Allemagne, Autriche, Pologne, Espagne et au Portugal.