Le cinquième gouvernement Pierre Laval ou gouvernement Pétain II est le premier gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain après le vote du lui donnant les pleins pouvoirs constituants. Il se termine le par le renvoi de Pierre Laval.
Il n'est pas reconnu comme légitime par le Conseil de défense de l'Empire, gouvernement de la France Libre, reconnu quant à lui par le gouvernement britannique.
Formation du gouvernement
Le gouvernement de Pétain ayant signé l’armistice puis mis fin à la République le par le vote des pleins pouvoir constituants à Pétain, suivi des trois premiers actes constitutionnels, le général de Gaulle crée le , le Conseil de défense de l'Empire qui est reconnu par le Gouvernement britannique, comme successeur légitime de la République alliée de la Grande-Bretagne dans la guerre.
Le , Pierre Laval, second ministre d'État de l'ancien gouvernement. est appelé par Pétain comme vice-président du Conseil. et l'acte constitutionnel fait de Laval le dauphin de Pétain en cas de vacance du pouvoir..
Le même jour, Philippe Pétain forme le premier gouvernement du régime de Vichy et maintient Pierre Laval comme vice-président du Conseil.
Composition initiale du gouvernement Laurent Joly qualifie ce gouvernement comme une « union des droites » faite de personnalités d'extrême droite comme Maxime Weygand, Raphaël Alibert et de Adrien Marquet, promoteur d'un néo-socialisme autoritaire et nationaliste qui évolue vers l’extrême droite, de catholiques conservateurs comme Yves Bouthillier ou d'hommes de centre droit comme Pierre Laval. On note aussi la présence de René Belin, syndicaliste de la CGT pacifiste et anticommuniste. Belin est le seul nouveau nom que Laval a obtenu pour composition de son cabinet, avec François Piétri, car Alibert et Pétain n'avaient pas de nom pour le poste.
Portefeuille Titulaire Parti Chef de l'État français, président du Conseil Jérôme Cotillon, « Les entourages de Philippe Pétain, chef de l’État français, 1940-1942 », Histoire@Politique – Politique, culture, société, 8, mai-août 2009. Philippe Pétain SE Ministre secrétaire d'État, vice-président du Conseil, chargé de l'Information, de la presse et de la radiodiffusion (à partir du ). Pierre Laval DVD Ministres secrétaires d'État Garde des Sceaux et ministre secrétaire d’État à la Justice, chargé des services de secrétariat général de présidence du Conseil et de la direction générale des services d'Alsace et de Lorraine (à partir du ) Raphaël Alibert DXDRaphaël Alibert est un royaliste traditionaliste proche de l'Action française et suspecté d'appartenir à La Cagoule . Ministre secrétaire d'État à l'Intérieur Adrien Marquet DXDAdrien Marquet est un néo-socialiste, maire de Bordeaux exclu de la SFIO en 1933 après avoir publié un manifeste avec Marcel Déat prônant « Ordre - Autorité - Nation ». Il co-fonde en 1933 le Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès d'orientation néo-socialiste puis il refuse de s'associer au Front populaire en 1936. Selon Laurent Joly, historien spécialiste de l’antisémitisme durant le régime de Vichy et de l’histoire de l’extrême droite en France, . Ministre secrétaire d'État aux Affaires Étrangères Paul Baudouin.DVDAdmirateur de Mussolini, Paul Baudouin est proche de la droite et est l'homme de confiance de Paul Reynaud, s'éloignant de lui en juin par sa position pro-armistice. Ministre secrétaire d'État aux Finances Yves Bouthillier DVDYves Bouthillier est un haut fonctionnaire ouvertement hostile au Front populaire. Conservateur, il se rapproche de Paul Reynaud en 1938 qu'il trahi en juin 1940 pour rejoindre Pétain. Ministre secrétaire d'État à la Défense nationale Maxime Weygand DXDMaxime Weygand avait été relevé de son commandement au Liban en 1924 car il communiquait des articles du quotidien parisien royaliste et nationaliste L'Action française et est toujours resté proche de ce parti malgré son légalisme qui le fait publiquement rester neutre. Il entre en 1936 dans le Rassemblement national pour la reconstruction de la France, groupe traditionaliste et réactionnaire. Il signe en 1937 un manifeste pro-franquiste. Il est membre du Cercle Fustel de Coulanges. En juin 1940, il écrit une note-programme qui demande un nouveau régime avec pour devise « Dieu, Patrie, Famille, Travail ». Ministre secrétaire d'État à l'Instruction publique et aux Beaux-Arts Émile Mireaux RIÉmile Mireaux est co-directeur du journal Le Temps, sénateur en 1935 de l'Union démocratique et radicale. Il se rapproche à la fin des années 30 de l'Alliance démocratique en même temps que les autres radicaux indépendants. Ministre secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Famille Jean Ybarnégaray PSFJean Ybarnégaray est député à partir de 1914, au sein de la Fédération républicaine, il milite dans les ligues nationalistes comme les Jeunesses patriotes. Il intègre les Croix-de-Feu, devenant un cadre de l'organisation. Il devient en 1936 l'un des dirigeant du Parti social français. Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement Pierre Caziot SEPierre Caziot est un ingénieur agronome, président de l'Association des ingénieurs agronomes de 1921 à 1938. Ministre secrétaire d'État à la Production industrielle et au Travail René Belin (à partir du ) DVGMembre du Syndicat national des agents des PTT, associé à la CGT dont il devient en 1933 un secrétaire général adjoint. Il y tient une ligne pacifiste et anticommuniste. En 1938, sa tendance « Syndicats » défend les accords de Munich. Il est donc associé à l'aile droite de la CGT et devient une « caution de gauche » dans ce gouvernement. Ministre secrétaire d'État aux Communications François Piétri AD Ministre secrétaire d'État aux Colonies Henry Lémery DVDHenry Lémery est un avocat martiniquais d'abord proche du centre-gauche, député entre 1914 et 1919 puis sénateur à partir de 1920. Il défend une ligne sécuritaire et de puissance nationale contre la sécurité collective d'Aristide Briand. Il s'oppose aux sanctions contre l'Italie et au soutien à la République espagnole. Il participe en 1934 au projet de réforme autoritaire de la Constitution d'André Tardieu. Il doit quitter en 1936 le groupe de la Gauche démocratique et devient donc un non-inscrit, opposant au Front populaire. Il est ouvertement anticommuniste et à la fin des années 30 se rapproche des milieux conservateurs. Secrétaires d’État Secrétaire d'État à la Guerre Louis Colson SELouis Colson est polytechnicien ayant été chargé de l'envoi d'équipements aux républicains espagnols mais n'a pas d'affiliation politique. Secrétaire d'État à la Marine François Darlan SEFrançois Darlan est issu d'un milieu républicain progressiste, conservateur socialement. Il est anticommuniste et méprise l'antiparlementarisme. Secrétaire d'État à l'Aviation Bertrand Pujo SEBertrand Pujo est un aviateur avec deux citations à l'ordre de l'armée. Il est président d'Air France en 1936.
Remaniements 7 septembre 1940 Une nouvelle loi relative à la composition du Gouvernement est décrétée par Pétain le , elle réorganise la forme et le fond du gouvernement. La nomenclature des « ministres secrétaire d'État » changent tous pour « secrétaires d'État ». Cependant, seul le vice-président, Laval, et huit secrétaires d'État sont des ministres de pleins droits et forment le conseil des ministres, les autres n'ont qu'une voix délibératives lorsqu'il s'agit d'une loi intéressant leurs départements. Un conseil de cabinet est créé, composé du vice-président du Conseil et des secrétaires d'État. Il prépare les décisions du conseil des ministres.
Portefeuille Titulaire Parti Chef de l'État français, président du Conseil Philippe Pétain SE Ministre secrétaire d'État, vice-président du Conseil, chargé de l'Information, de la presse et de la radiodiffusion et de la coordination des différents ministères Pierre Laval DVD Secrétaires d'État, ayant prérogative de ministre Garde des Sceaux et Secrétaire d’État à la Justice, chargé des services de secrétariat général de présidence du Conseil et de la direction générale des services d'Alsace et de Lorraine (à partir du ) Raphaël Alibert DXD Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères Paul BaudouinDVD Secrétaire d'État à la Production industrielle et au Travail René Belin DVG Secrétaire d'État aux Finances Yves Bouthillier DVD Secrétaire d'État à l'Agriculture et au Ravitaillement Pierre Caziot SE Secrétaire d'État à la Marine François Darlan SE Secrétaire d'État à la Guerre Charles Huntziger DVD Secrétaire d'État à l'Intérieur Marcel Peyrouton SE Secrétaires d’État Secrétaire d'État à l'Aviation, rattaché au ministère de la Marine Jean Bergeret SE Secrétaire d'État à l'Instruction publique et à la Jeunesse, rattaché au ministère de la Justice Georges Ripert DVD Secrétaire d'État aux Colonies, rattaché au ministère des affaires étrangères Charles Platon SE Secrétaire d'État aux Communications, rattaché au ministère des finances Jean Berthelot SE
Changements du 28 octobre 1940 Ministre secrétaire d’État à la présidence du conseil : Paul Baudouin Ministre secrétaire d’État à l'Intérieur : Pierre Laval
Actions gouvernementales Été 1940 : mise en place du régime Dès l'été 1940, l'antisémitisme est présent, Raphaël Alibert étant lui-même antisémite et appelle dès le départ à un « statut des juifs ». Laval ne cache pas sa xénophobie et son racisme dès le au sein de la commission constitutionnelle. Le , après une sollicitation de Dommange et Vallat pour abolir la franc-maçonnerie et mettre en place une législation contre les juifs, Laval répond par une obligation d'avoir un père français pour les emplois publics ainsi que le ministère, texte paru dès le . Le et le , cette obligation est étendue aux médecins et aux avocats. Le , une commission est chargée de réviser les naturalisations faites depuis 1927, cette commission frappera en priorité les juifs.
Le , une loi permet sur simple rapport du ministre de démettre tout magistrat, fonctionnaire, agent civil ou militaire qui doit en théorie ne rester en action qu'au est en réalité prorogée pendant toute la durée du régime. Plusieurs milliers de fonctionnaires sont limogés, dont plus de 3 000 dans le ministère de l'Intérieur. Le , la franc-maçonnerie est interdite et tous les membres sont exclus des emplois publics et les biens des loges sont réquisitionnés. Via un message public de Pétain le puis le , celui-ci commence un procès du régime républicain et le cinquième acte constitutionnel instaure une Cour suprême qui doit se réunir à Riom. Le , plusieurs responsables politiques sont arrêtés dont Paul Reynaud, Léon Blum et Édouard Daladier ainsi que le général Gamelin. Septembre marque un premier tournant dans le régime car la victoire rapide de l'Allemagne sur l'Angleterre s'éloigne, l'opinion se fait alors plus timorée sur l'anglophobie, voire espère la victoire britannique.
Le , pour répondre au besoin de remplacer le service militaire qui est supprimé, est instauré les Chantiers de la jeunesse française, obligatoire pour tous les jeunes de 20 ans pour une durée de six mois. Le but est de prôner les valeurs de la révolution nationale.
Le , est créé la Légion française des combattants en remplaçant toutes les autres organisations d'anciens combattants sous la direction de Xavier Vallat. L’État français lui assigne comme mission de « régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 ». En dépit de la dissolution de leurs associations, tous les anciens combattants ne rejoignent pas la Légion mais elle compte tout de même 1 150 000 membres en zone libre et 300 000 dans l'Empire au plus fort du régime. Le succès ne commence cependant qu'à partir de décembre..