L’ancienne abbaye Saint-Pons est l'un des plus antiques monastères de la Côte d'Azur avec l’abbaye de Lérins. Elle est située dans l'enceinte de l'Hôpital Pasteur sur la commune de Nice, dans le département français des Alpes-Maritimes en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du . Les façades et les toitures de l'abbatiale et du cloître sont inscrites au même titre par arrêté du .

Histoire La vie légendaire de saint Pons

On connaît une trentaine de manuscrits de la Passion de saint Pons, tant dans les bibliothèques françaises qu'étrangères C. Passet, 1977, .. Celle-ci fut transcrite ou imprimée des dizaines de fois depuis le ou le , date des deux plus anciens manuscritsC. Passet, 1977. Ces deux manuscrits sont le Codex Parisinus lat. 5299 conservé à la Bibliothèque nationale de France, et la Passio Brevis d'Apt conservée aux Archives départementales du Vaucluse, sous la cote GII94. la concernant. D'après l'examen littéraire du texte, la rédaction initiale ne pourrait être antérieure au ou au C. Passet, 1977, .

Selon la tradition, le chevalier romain Pontius, fils d'un sénateur romainL'existence d'une famille sénatoriale à Rome, les Pontii, est attestée au . L'un de ses membres exerça la charge de consul en -144 et celle de magistrat à Orange par deux fois (source : C. Passet, 1977, )., se convertit très jeune au christianisme sous l'impulsion du pape Pontien (230-235). Sa conversion entraîne celle de son père et de sa maison. À la mort de ce dernier, Pontius devient sénateur à son tour. Il donne ses biens au pape Fabien (236-250) pour les distribuer aux pauvres. Sa position sociale lui permet de convertir l'empereur Philippe l'Arabe (244-249) et son fils mais les règnes de Valérien (253-260) et Gallien (253-268) voient bientôt les chrétiens soumis à des persécutions. Pontius quitte l'Italie pour s'installer à Cimiez. Pontius n'est pas pour autant à l'abri, car le gouverneur des Gaules ClaudiusUn autel du cité comme une découverte récente par l'historien niçois Pierre Gioffredo (1629-1692) a livré une inscription dédiée par un certain Tiberius Claudius Demetrius, , une sorte d'agent de la police impériale chargé de la surveillance de la région côtière. Fernand Benoit et Claude Passet évoquent l'hypothèse qu'il puisse s'agir du Claudius de la Passion de saint Pons (source : C. Passet, 1977, ). Voir l'article sur cet autel : A. Barety, « nicehistorique.org Un autel romain du à Nice (quartier du Ray) », in Nice Historique, , octobre 1909, . met en œuvre la politique impériale de persécution des chrétiens dès son arrivée en cette cité. Pontius est arrêté. Refusant de sacrifier aux dieux païens, il est soumis au supplice du chevalet sans aucun dommage, puisque l'engin se brise. Il est alors jeté en pâture à deux ours dans l’amphithéâtre de Cimiez, mais les fauves se retournent contre leurs gardiens. Le bûcher se révélant tout aussi inefficace, il est finalement décapité sur un rocher qui domine la rive du Paillon et son corps est précipité au bas de la falaise. Valerius, qui avait été converti en même temps que Pontius, enterre de nuit le corps du martyr là où il gît. Puis, réussissant à racheter aux greffiers les actesLes interrogatoires des chrétiens faisaient l'objet de procès-verbaux judiciaires dont étaient chargés des greffiers (exceptores). Ces actes étaient recherchés par les chrétiens qui tentaient d'en obtenir des copies pour attester des passions de leurs martyrs. du martyre, il les emporte avec lui et, fuyant la persécution, s'éloigne en bateau vers le pays des LibyensÀ la Libye d'Afrique est privilégiée désormais l'hypothèse d'une localisation dans le secteur de la Camargue. Un peuple des Libii est cité dans la liste des oppida latina de la Gaule Narbonnaise par Pline, qui nomme par ailleurs ora libica deux embouchures du Rhône (C. Passet, 1977, ).. Le martyre de Pons est traditionnellement placé en 257 ou 258.

Il aurait été inhumé dans une nécropole située à l'emplacement de la future abbayeLe promontoire qui domine le Paillon et sur lequel a été construit l'abbaye est un lieu où des découvertes anciennes attestent l'existence de plusieurs nécropoles païennes et peut-être chrétiennes. Elles étaient, comme c'est fréquent à l'époque romaine, situées à proximité d'une voie, la via Julia Augusta qui traversait ce secteur (source : Luc Thévenon 1999 ).. Selon la légende, sa tête roula dans le torrent et fut emportée par la mer jusqu'à Marseille, où la relique fut recueillie par les moines de l'abbaye Saint-Victor. Le lieu supposé du martyre se situait sur un roc surplombant le Paillon par un à-pic et sur lequel a subsisté jusqu'en 1925, date de sa destruction et de l'arasement du roc, une chapelle-martyrium dédiée à saint PonsUne photographie de la chapelle a été publiée dans Passet, 1977, planche VIII..

Les origines traditionnelles de l'abbaye

Dans son essai historique intitulé L'Abbaye de Saint-Pons hors les murs de Nice publié pour la première fois en 1925, Bonaventure Salvetti, alors curé responsable de la paroisse Saint-Pons, fait remonter la fondation de l'abbaye en 775 et indique le nom de saint Siagrius comme premier abbéLa liste des abbés de Saint-Pons donnée par avec l'année de leur nomination est la suivante : saint Siagrius (777), Jean (1004), Bertrand (1028), Ébrard (1078), Bertrand (1159), Pierre (évêque de Nice, 1184), Guillaume (1200), Bertrand (1205), Guillaume de Comptes (1206), Gilbert (1212), Pons (1223), Hugues (1232), Lamtelme (1235), Barthélémy (1245), Guillaume de berre (1261), Hugues de Cuébris (1291), Pierre Peleti (1301), Manuel Ranulfi (1320), Guillaume Ranulfi (1346), Jean de Tournefort (1362), Laurent de Berre (1365), Alphante (1370), Raymond d'Agout (1379), Jacques Provana (1390), Jean Burla (évêque de Nice, 1411), Paul Laugier (1406), Louis Badat (1413), Robert de la Roquette (1428), Guillaume Grimaldi de Beuil (1464), Sébastien d'Orly (1468), Jean de Chesne (1470), Barthélémy Chuet (évêque de Nice, 1473), Jean Uriol (évêque de Nice, 1503), Claude de Seyssel (1509), Innocent Cibo (1520), Paul de Médicis (cardinal diacre de Cresis, 1523), Honoré Martelli (1528), Honoré Martelli le jeune (1556), Louis Grimaldi de Beuil (1592), Honoré Laugier (1609), prince Maurice de Savoie (fils du prince Thomas, 1649), Gaspard Lascaris (1658), Jean-Thomas Provana (1688), Pierre Gioffredo (1690), François-Dominique Bencini (1727), Joseph-Jean Colombani (1746)..

La tradition fait de Charlemagne le fondateur de l'abbaye de Saint-Pons par l'entremise de son neveu, l’évêque de Nice Siagrius. Elle s'appuie pour une grande part sur la Vita Siacrii, dont on n'a aucune trace avant le début du Première publication par Vincent Barralis dans son ouvrage Chronologia Sanctorum…, 1613. et qui est jugée des plus suspectes par la critique. Le texte fourmille d'invraisemblances. Ce SiagriusL'orthographe du nom varie : Siacrius, Siacre, Syagrius, Syagre., qualifié même de comte de Brie, n'est attesté ni en tant que neveu de Charlemagne, ni en tant qu'évêque de Nice dans aucune source historique. Ce serait à l'occasion d'une expédition de Charlemagne contre les païens et les infidèles dans la région de Nice et de Cimiez que le souverain aurait accédé à la demande de son neveu de construire une abbaye à proximité de la chapelle déjà dédiée à saint Pons. On a certes évoqué des passages de Charlemagne par Nice, que ce soit à l'occasion de son expédition contre les Lombards (773-774)L'armée de Charlemagne divisée en deux corps franchit les Alpes durant l'été 773, d'une part par le col du Mont-Cenis, et d'autre part par le col du Grand-Saint-Bernard (source : Georges Bordonove, « Charlemagne », Pygmalion, 1989, ). ou lors de son voyage à Rome pour son sacreQuand il se rendit à Rome pour être couronné empereur d'Occident par le pape Léon III, il partir en août 800 de Mayence et passa par Ravenne (source : Georges Bordonove, « Charlemagne », Pygmalion, 1989, ). mais ces relations sont de pures fantaisies sans aucune source historique fiable.

L'autre source possible de la tradition pourrait provenir du « tombeau » dit de saint Pons. Bernard Gui, au , signale que le corps du martyr avait été déposé dans un tombeau aménagé dans la crypte située sous le chevet de l'église et nommé ConfessioC. Passet, 1977, ..

S'il est plausible qu'une basilique paléo-chrétienne avec martyrium ait pu être édifiée sur la tombe présumée du saint, les données archéologiques n'attestent, pour l'instant, qu'un aménagement d'époque carolingienne. Dans l'église où reposaient les reliques du saint, on peut supposer un autel construit directement sur l'emplacement de la tombe, entouré d'un chancel destiné à contenir les fidèles. Ce sont précisément cinq fragments de ce chancel carolingien qui nous sont parvenus. Une inscription courait sur son bord supérieur comme en témoignent trois des fragments. Elle commémore la restauration du tombeau de saint Pons sous l'impulsion de Charlemagne dont la titulature (roi des Francs et des Lombards) permet de situer l'événement entre 774 et 800.

Dès sa fondation, le monastère fut confié aux bénédictins et richement doté. Ses abbés, nommés par le souverain pontife, jouissaient de toutes les prérogatives épiscopales. La ferveur des moines à observer la règle édictée par saint Benoît alliant harmonieusement travail et prière, fit de cette abbaye un foyer de développement spirituel, intellectuel et économique, dont la renommée se répandit vite et loinDurante, Histoire de Nice (Turin, 1822), vol.1, , cité par ..

Mais vers la fin du les Sarrasins débarquèrent dans le golfe provençal de Saint-Tropez et installèrent près de l'actuel village de La Garde-Freinet une place forte appelée Fraxinet ou Fraxinetum (de l'arabe Farakhshanit) à partir de laquelle ils razzièrent durant environ un siècle toute la Provence jusqu'aux vallées alpines. En 890, leur expédition échoua devant les murs de Nice mais ils détruisirent complètement l'abbaye de Saint-Pons. Les Sarrasins furent finalement vaincus à la bataille de Tourtour en 973 par Guillaume de Provence avec l'aide des seigneurs locaux et furent définitivement expulsés de Provence en 975. Ces temps troublés firent disparaître toute trace d'archives portant sur cette période de l'histoire de l'abbaye jusqu'en 999.

Premières références et apogée Avec l'expulsion des Sarrasins de Provence et la proximité de l'an mil, la prospérité de l'abbaye bénédictine se rétablit. Elle se voit dotée d'immenses domaines (terrains agricoles, oliveraies, vignes, commerces, entrepôts, maisons), car nombreux sont les membres de la noblesse locale à vouloir « racheter » leurs péchés avant la fin présumée du monde par la restitution d'anciens biens ecclésiastiques jadis octroyé par Charlemagne à l'abbaye de Saint-Pons, et que la fortune des armes avait fait changer de mainsChroniques de Lérins, , citées par .. Dans son ouvrage Nicaea Civitas, l'historien Pierre Gioffredo (1629-1692, nommé abbé de Saint-Pons en 1690) reproduit un acte de donation rédigé en latin à Lurs en date du par Miron, sa femme Odile de Nice et leurs fils Pons (futur évêque de Nice de 1011 à 1030), Bertrand et Miro. Ce document est comme la charte lapidaire de la renaissance du monastère de Saint-Pons… l'importance des dons et les fautes de rédaction dans les différentes chartes parvenues jusqu'à nous mettent en lumière la décadence matérielle et intellectuelle dans laquelle un siècle d'incursions sarrasines avaient plongé l'abbaye.