est le huitième album studio du groupe britannique de rock progressif , sorti le aux États-Unis et le au Royaume-Uni chez Harvest Records. Le groupe présente une première version de l'album, principalement développée lors de prestations en public, plusieurs mois avant le début de l'enregistrement. Le concept de l'album repose sur les pressions subies par le groupe au cours de sa vie et traite des problèmes apparents de santé mentale dont souffrait l'ancien membre du groupe, Syd Barrett, ayant quitté la formation en 1968. est enregistré en deux sessions en 1972 et 1973 aux studios Abbey Road à Londres.
Le disque s'appuie sur des idées explorées dans les enregistrements et les performances antérieures de , tout en omettant les longues instrumentations qui caractérisaient leurs premiers travaux. Le groupe utilise l'enregistrement multipiste, des boucles de bande et des synthétiseurs analogiques comme les EMS VCS3 et Synthi AKS. L'ingénieur Alan Parsons est responsable de nombreux aspects sonores et du recrutement de la chanteuse Clare Torry, que l’on découvre sur .
Album conceptuel, explore des thèmes tels que les conflits, la cupidité, le temps, la mort et la maladie mentale. Des bribes d'interviews de l'équipe de route du groupe sont présentées aux côtés de citations philosophiques. La pochette, qui représente un spectre de prisme, est conçue par Storm Thorgerson en réponse à la demande du claviériste Richard Wright qui souhaite un graphisme , représentant l'éclairage du groupe et les thèmes de l'album. L'album est promu avec deux quarante-cinq tours : et .
fait partie des disques les plus acclamés de l'histoire par la critique, figurant souvent sur les listes professionnelles des plus grands albums de tous les temps. Il contribue à propulser vers la gloire internationale, apportant richesse et reconnaissance à ses quatre membres. Véritable succès de l'ère des albums, il propulse également les ventes de disques dans toute l'industrie musicale des années 1970. Il est certifié quatorze fois platine au Royaume-Uni et est en tête du classement Billboard « » aux États-Unis, où il a figuré pendant au total. Avec des ventes estimées à plus de d'exemplaires, c'est l'album de qui a connu le plus grand succès commercial et l'un des albums les plus vendus dans le monde. En 2013, il est sélectionné pour être conservé dans le par la bibliothèque du Congrès, car il est jugé .
Histoire Contexte À la suite de la sortie de Meddle en , Pink Floyd entame une tournée aux États-Unis. Conscients qu'ils jouent les mêmes morceaux depuis près d'un an, les membres du groupe décident de commencer l'écriture d'un nouvel album. Lors d'une réunion chez Nick Mason, à Camden Town, Roger Waters propose de jouer l'album durant la tournée de 1972. Ses bases naissent alors pendant des répétitions aux Broadhurst Gardens de Londres.
Waters, seul auteur du concept de l'album, crée alors une tragédie moderne en trois parties, séparées par des thèmes précis : d'abord l'aliénation de l'enfance, inspirée de sa propre expérience, puis une critique de la politique, de l'argent et de la religion et, enfin, la course contre la mort et le néant qu'elle induit.
Écriture
Globalement, les trois autres membres sont d'accord avec Waters sur l'idée d'unifier l'album sur une idée centrale. Ils participent donc à quatre à l'écriture des paroles et de la musique. Waters amène alors la première démo de l'album, avec , qu'il tire d'improvisations datant de la fin des années 1960, notamment audible lors du direct de la BBC lors de l'atterrissage d'Apollo 11 sur la Lune sous le titre de .. n'est pas le seul titre à utiliser des travaux préexistants : la ligne d'ouverture de provient d'un travail de Waters avec Ron Geesin sur l'album , et la structure du piano sur est écrite par Richard Wright lors du travail sur le film . Le groupe répète dans une salle de répétition qui appartient alors aux . Pour compléter les chutes d'anciens projets, le groupe improvise lors de , Gilmour ayant expliqué :
Pour ses concerts à venir, le groupe fait l'acquisition d'un nouveau système de sonorisation, avec une table de mixage à vingt-huit canaux et un système quadriphonique à quatre canaux ; ce nouveau matériel permet dès lors d'enregistrer des boucles sonores jouées en concerts. Les membres de achètent également leur premier équipement d'éclairage sur mesure qu'ils confient à leur nouvel éclairagiste Arthur Max. Au total, le matériel de tournée des Floyd pèse plus de neuf tonnes et doit être transporté par camion. Wright a commenté cette situation :
vignette|alt=Un bâtiment rectangulaire beige avec deux traits verts horizontaux à son sommet.|Le Rainbow Theatre, à Londres.
n'a pas l'habitude de jouer ses albums en entier en tournée, mais cette méthode de travail lui permet de revoir et parfaire chaque morceau. Après trois jours de répétition au Rainbow Theatre, le , les y jouent la première représentation de ce qu'ils appellent alors ; des problèmes de bandes préenregistrées les empêchent cependant de jouer l'album dans son intégralité ce soir-là. Le lendemain, après une prestation complète au Plymouth Guildhall, le magazine New Musical Express publie une critique des nouveaux morceaux très positive : À ce stade, l'album est déjà très proche du résultat final : l'ordre des titres est déjà le bon, bien qu’ ne soit pas encore écrit, et et s'appellent encore respectivement et . Ces derniers sont également différents musicalement par rapport à leur version finale : ne comporte pas de synthétiseur et des passages bibliques préenregistrés sont lus pendant , qui est alors principalement un solo de piano électrique.
est joué à la presse le au Rainbow Theatre. Michael Whale, du , écrit alors que l'album . .. Derek Jewell, du , écrit quant à lui : est cependant moins enthousiaste :
Le nom de l'album est changé temporairement car Medicine Head, un autre groupe britannique, vient de sortir un album appelé , une coïncidence qui embête Gilmour : L'échec commercial de l'album de Medicine Head décide finalement à utiliser le nom .
Enregistrement La longue tournée de à travers l'Europe et l'Amérique du Nord lui permet d'améliorer constamment l'ampleur et la qualité de ses représentations. Le travail sur l'album est interrompu fin alors que le groupe se rend en France pour enregistrer la musique du film de Barbet Schroeder La Vallée, qui devient l'album . Il se produit ensuite au Japon et revient en France en mars pour terminer son travail sur le film. Après une série de concerts en Amérique du Nord, le groupe s'envole pour Londres afin de commencer l'enregistrement.
vignette|alt=Un homme avec une légère barbe et des cheveux longs bruns, de profil, jouant de la guitare et chantant dans un micro.|Alan Parsons (ici en 2017), l'ingénieur du son de l'album. est enregistré aux studios 2 et 3 d’Abbey Road, selon Povey à partir du , selon Vernon Fitch à partir du , en une quarantaine de séances. Alan Parsons tient le rôle d’ingénieur du son, alors qu'il a déjà travaillé avec en tant qu’assistant sur le titre et sur les albums Ummagumma et , et qu’il est également connu pour avoir enregistré les albums Abbey Road et des Beatles. Le batteur Nick Mason apprécie particulièrement son travail : déclare t-il.. L'enregistrement est réalisé au moyen de techniques peu communes pour l’époque : le studio dispose d’un enregistreur à seize pistes, ce qui offre une flexibilité bien plus importante que les huit et quatre pistes, plus courants à l’époque et que le groupe a utilisés jusqu’alors. À certaines occasions, le groupe a besoin de tellement de pistes que certaines bandes sont enregistrées en parallèle les unes des autres, pour pouvoir être lues comme une seule bande.
La première chanson à être enregistrée est , suivie six jours plus tard par . et sont enregistrées ensuite, suivies d’une pause de deux mois durant laquelle les membres du groupe passent du temps avec leurs familles et préparent la tournée aux États-Unis à venir. Malgré tout, l’enregistrement souffre de nombreuses interruptions : Waters, supporter inconditionnel d’Arsenal Football Club, quitte régulièrement les studios pour voir son équipe jouer, et le groupe s’arrête occasionnellement de travailler afin de regarder le à la télévision, laissant Parsons s’occuper des pièces enregistrées. Ces moments de solitude ne dérangent cependant pas Parsons qui a déclaré en avoir profité pour . Waters réfute cependant ces affirmations lors d’une interview en 2003 :
De retour des États-Unis, en , ils enregistrent , , et , bien que les finitions soient déjà décidées lors des sessions précédentes. Le groupe appelle Lesley Duncan, Doris Troy, Barry St. John et Liza Strike, un quatuor de femmes choristes, afin de chanter sur , et , et les services du saxophoniste Dick Parry sont requis pour et . Avec le réalisateur Adrian Maben, le groupe enregistre également les passages studio du long métrage . Une fois les sessions d'enregistrement achevées, le groupe entame finalement sa tournée en Europe.
Instruments
Pour l'enregistrement de , Waters utilise sa Fender Precision Bass sunburst comme à son habitude. Gilmour expérimente en échangeant les manches de ses deux guitares Stratocaster, utilise une Fender 1000 à double manche et, pour le troisième solo de , joue avec une Bill Lewis . Il réalise la saturation sur ses titres avec une pédale d'effet Colorsound Powerboost, et pourrait également avoir utilisé un Kepex Valley People pour le trémolo de et un Hi-Fli d'.
Mason joue sur sa batterie Ludwig, en ajoutant des Rototoms pour la première fois pour . Wright utilise ses claviers habituels, en plus d’un Hammond RT-3, un synthétiseur Minimoog et un Wurlitzer EP-200, et fait également un usage intense de synthétiseurs, notamment du EMS VCS3 sur , et du EMS Synthi AKS sur et sur .
Effets sonores vignette|redresse|alt=Pièces d'argent brunes trouées et jointes par une ficelle.|Chaîne de pièces utilisée pour la boucle de . Nick Mason crée une maquette de chez lui avant de la revoir et de la compléter en studio ; c'est l'une des rares chansons sur lesquelles il est crédité comme soliste. Cette chanson, qui ouvre l’album, contient des fondus de diverses parties d’autres chansons de l'album, ainsi que des battements de cœur créés avec une grosse caisse rembourrée frappée avec une mailloche ; l'idée initiale de Mason est d'utiliser un vrai cœur, mais cela se révèle trop stressant à l'écoute. Les effets sonores développés sur sont créés par Waters et Mason. Il s'agit alors de sept sons d'une seconde chacun qui se suivent pour donner une boucle en sept temps. Les sons qui se suivent sont ainsi : du papier déchiré, un unisélecteur (la partie des vieux téléphones permettant de choisir un numéro de téléphone), des pièces, encore l'unisélecteur, un collier de pièces, à nouveau des pièces, et enfin une caisse enregistreuse.
Le groupe conçoit et enregistre également des sons peu conventionnels, comme celui d'un ingénieur du son courant autour de la chambre à écho du studio sur . Sur ce même titre, un bruitage d'avion semble avoir été réalisé en combinant un enregistrement tiré de la sonothèque d'Abbey Road et d'un effet à la guitare par Gilmour. Les horloges et le carillon synchronisés, accompagnés par une série de rototoms, et sonnant en même temps au début de , sont à l'origine un test créé par Alan Parsons afin d'expérimenter la quadriphonie. L'ingénieur du son enregistre séparément chaque montre, horloge et carillon chez un antiquaire, et, bien que l'enregistrement ne soit pas créé spécifiquement pour l'album, il est ajouté au mixage final.
Chants vignette|redresse|alt=Une femme de face, vue entière, avec des cheveux courts gris et tenant dans sa main un album musical.|Clare Torry en 2003.