thumb|* Vert clair : les États ukrainiens historiques : principauté de Galicie-Volhynie et hetmanat Zaporogue.* Vert foncé : régions traditionnelles ukrainiennes.* Orange : zones contrôlées par les forces russes en 2023.
L'histoire de l'Ukraine remonte à la fondation de la Rus' de Kiev au , mais avant cela, le territoire ukrainien a joué un rôle important dans les événements eurasiens. L'Ukraine centrale est devenue le cœur de la Rus' de Kiev., et Kiev a atteint sa plus grande puissance et prospérité sous Volodymyr le Grand, qui a baptisé l'État, et Yaroslav le Sage. La prospérité de Kiev s'est maintenue pendant des siècles, mais au , elle a été quelque peu freinée par la fragmentation féodale et les conflits entre les princes kièvanne pour le trône principal, ainsi que par les attaques des tribus turques du sud-est de l'Ukraine. Le cœur de la Rus de Kiev a été dévasté par l'invasion mongole de 1240. À l'ouest, le royaume de Rus (la principauté de Galicie-Volhynie) a poursuivi les traditions de l'État précédent, mais à la suite de conflits et de rébellions de boyards, il est tombé en décadence..
Aux s, le territoire de l'Ukraine est en grande partie cédé au grand-duché de Lituanie, où les Ruthènes peuvent préserver leurs traditions et même influencer la Lituanie elle-même. Cependant la Lituanie ne tarde pas à subir l'influence polonaise et l'union de Lublin aboutit à la formation de la république des Deux Nations, dans laquelle les terres ukrainiennes sont dominées par la couronne polonaise.
En 1648, les cosaques ukrainiens se rebellent contre la Pologne et forment un Hetmanat d'Ukraine souverain, qui ne reste toutefois pas centralisé et est rapidement divisé entre les zones d'influence de ses voisins. L'État prospère à nouveau sous Ivan Mazepa, qui se range du côté de l'Empire suédois dans la grande guerre du Nord mais perd, ce qui amène la Russie à restreindre la liberté des Cosaques et à détruire l'Hetmanat dans les années 1760. Aux , l'ensemble du territoire ukrainien est sous le contrôle de l'Autriche et de l'Empire russe, et le nationalisme ukrainien commence à se développer au .
Au , dans la « Nouvelle-Russie » conquise sur le khanat de Crimée et l'Empire ottoman, un afflux important de colons russes et ukrainiens peuple la steppe pontique à tchernoziom, que les Tatars de Crimée avaient utilisée pour le pâturage extensif. Cette région devient le « grenier à blé » de l'Empire russe, qui développe aussi l'industrie et l'extraction minière dans ce qui est aujourd'hui appelé le Donbass (mot-valise soviétique pour le bassin du Don). C'est ainsi que la majorité ukrainienne a commencé à se former dans la région.
En 1918, l'Ukraine retrouve son indépendance avec le soutien de l'Empire allemand, mais après leur défaite, elle n'est pas en mesure de la conserver et est occupée par l'Union soviétique et la Pologne.
Devenue l'une des républiques de l'Union soviétique en 1922, l'Ukraine connait une brève embellie dans les années 1920 avec la « nouvelle politique économique » qui permet aussi le développement de sa langue et de sa culture. Mais la prise de pouvoir de Staline est rapidement suivie par une collectivisation forcée assortie de confiscations, qui réduit les populations rurales à la misère et ont culminé avec le génocide de masse de la population ukrainienne, l'Holodomor, dont sont victimes selon les historiens 3 à 4,5 millions de paysans, au moment où l'URSS exporte massivement ses céréales afin d'accumuler des capitaux pour son industrialisation, y compris dans le Kouban, alors fortement peuplé d'Ukrainiens. La terreur rouge s'abat par ailleurs sur les élites pour éradiquer tout sentiment national ukrainien et toute velléité d'indépendance. La Seconde Guerre mondiale transforme l'Ukraine en un champ de bataille particulièrement sanglant pour les militaires des deux camps comme pour les civils. Les conventions de Genève y sont totalement ignorées et les minorités du pays sont pratiquement décimées. En particulier, l'importante population juive ukrainienne est quasiment exterminée par les nazis tandis que les Tatars et les Allemands de la mer Noire sont déportés par le NKVD.
Au sortir du conflit le pays n'est plus qu'un champ de ruines et subit une nouvelle famine, celle de 1946-47, car les dirigeants soviétiques donnent la priorité à la reconstruction de l'outil industriel. L'Ukraine devient le pôle majeur de l'industrie lourde de l'Union soviétique et de son complexe militaro-industriel. Durant les années 1960 et 1970 les élites communistes ukrainiennes (Nikita Khrouchtchev, Leonid Brejnev) occupent les plus hautes fonctions de l'Union soviétique.
En dépit des tentatives de réformes du système menées par Gorbatchev dans les années 1980, les différentes républiques de cet état fédéral reprennent leur indépendance. La population de l'Ukraine vote à 92 % en faveur de son indépendance. Mais le développement d'un état viable est fortement handicapé : les apparatchiks soviétiques sont toujours au pouvoir et accaparent les principales entreprises ; de ce fait et en raison de l'existence d'une forte population russe sur le territoire, l'économie du pays est complètement imbriquée dans celle de la Russie et les dirigeants russes interviennent indirectement pour mettre fin à une indépendance qui leur semble illégitime. L'identité du pays est floue du fait des sept décennies de propagande soviétique (considérant comme « exogènes » tous les aspects non-russes et non-soviétiques de l'histoire ukrainienne, à commencer par ses régions historiques) : selon cette vision russe, la république des Deux Nations, et la principauté de Moldavie sont des , les Cosaques Zaporogues sont des , les Hetmans et la Rada de 1918 sont des , le tsarat de Russie est une , et l'Ukraine soviétique est la . Dans ce contexte, le système politique est secoué par plusieurs crises où la question centrale est celle de l'appartenance à la sphère d'influence russe ou bien le rapprochement avec l'Europe. Les tensions avec la Russie génèrent plusieurs interventions armées de ce pays sur le territoire ukrainien : en 2014 dans le Donbass et en Crimée, en 2022 l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Ces conflits ont également conduit à la renaissance de la conscience nationale ukrainienne.
En 2024, hors perturbations actuelles, l'Ukraine, sur un territoire d'environ , abrite une population d'environ d'Ukrainiennes et Ukrainiens, parlant très majoritairement l'ukrainien, avec de nombreuses minorités, souvent d'immigration ancienne. La population russe et/ou russophone s'élevait à 17 %. La démographie de l'Ukraine aurait atteint son apogée vers 1990 avec une population de . La diaspora ukrainienne, en partie ancienne, s'est accentuée dès 1991, et accélérée dès 2022.
Préhistoire vignette|Reconstitution d'une hutte en os de mammouth construite par des chasseurs-cueilleurs il y a environ dont les restes ont été découverts dans le village de Mejyritch (Ukraine).
Vers la fin de la dernière glaciation (Paléolithique supérieur), il y a environ , le climat devient particulièrement rude. Les régions méridionales de la plaine d'Europe orientale, qui comprend la plus grande partie de l'Ukraine contemporaine, est constituée de vastes prairies fournissant un fourrage abondant qui permet aux mammifères herbivores de proliférer : mammouths, rhinocéros laineux, bisons… Ces ressources animales sont exploitées par des groupes d'hommes modernes (Homo sapiens) chasseurs-cueilleurs qui disposent d'outils élaborés et se rattachent au complexe culturel de l'Épigravettien. Les archéologues ont trouvé des huttes bâties à l'aide d'os de mammouth (village de Mejyritch en Ukraine)..
Au cours de la transition néolithique, les habitants de la région de la basse vallée du Dniepr montrent une continuité sur 4 000 ans, du Mésolithique à la fin du Néolithique, contrairement à presque toutes les autres parties de l'Europe où le renouvellement de la population a accompagné ce changement culturel. Ainsi, les zones steppiques et les zones forestières du nord de la région pontique sont habitées par des communautés de chasseurs-cueilleurs encore au Néolithique se nourrissant principalement de ressources aquatiques.. La taille de la population reste stable entre le Mésolithique et le Néolithique, alors que le reste de l'Europe voit ses populations augmenter.
Durant le Néolithique, plusieurs populations nomades et agricoles ont occupé les régions plates, fertiles et bien irriguées de l'Ukraine contemporaine : la culture Dniepr-Donets (5000 à 4200 av J.C.) est une culture du Mésolithique qui s'est développée au nord des mer Noire et mer d'Azov, entre les fleuves Dniepr et Donets. Cette culture est caractérisée par la présence de villages de pêcheurs semi-sédentaires le long des rivières, spécialement le long des rapides du Dniepr. Les vestiges de cette culture sont des poteries et des tombes sous forme de fosses. la culture de Sredny Stog (4500 à 3500 av J.C.) est une culture marquant la jonction du Néolithique au Chalcolithique (Âge du cuivre). Les populations plutôt nomades se déplaçaient le long du fleuve Dniepr. Les morts étaient enterrés dans des fosses sans tumulus où le mort était placé en décubitus dorsal avec les genoux repliés, et son corps recouvert d'ocre. La phase II de la culture connaissait les poteries à céramique cordée et des haches de guerre en pierre du type que l'on associe aux cultures indo-européennes du nord de l'Europe. vignette|Poterie typique de la culture de Cucuteni-Trypillia. La culture de Cucuteni-Trypillia (5100-2750 av J.C.) est une culture du Néolithique centrée sur la Moldavie actuelle qui s'étendait à l'est jusqu'à la vallée du Dniepr (ouest de l'Ukraine contemporaine). Elle est caractérisée par la pratique d'une agriculture de subsistance, la création de villages pouvant compter jusqu'à plusieurs milliers d'habitations et l'absence de stratification sociale. La disparition de cette société restée stable durant près de deux millénaires est controversée : invasion par les nomades Yamna, refroidissement climatique… Les populations de la culture Yamna (3600 à 2300 av J.C.) occupent les rives de la mer Noire et les bassins des fleuves Boug, Dniepr, Don et basse Volga. Ce sont des peuples semi-nomades qui pratiquent l'agriculture le long des fleuves et fortifient parfois des sites. C'est une culture du Néolithique final et de l'Âge du bronze ancien. La caractéristique la plus notable de cette culture est l'inhumation dans des kourganes (tumulus) recouvrant des fosses à tombes où le mort est placé en décubitus dorsal avec les genoux repliés avec son corps recouvert d'ocre. Les plus anciens restes d'un char à roues en Europe de l'Est ont été découverts dans le kourgane, associé à cette culture près de Dnipro.
Proto-histoire et Antiquité
Après les populations préhistoriques que les Grecs désignaient comme « Pélasges », les principaux groupements venus peupler ce qui est aujourd'hui l'Ukraine, durant le , sont des Indo-Européens : les Cimmériens, les Scythes et les Sarmates, rejoints et influencés par les Grecs en Crimée. Un royaume Scythe hellénisé, la Bosphoranie (royaume du Bosphore, royaume des Cimmériens du Bosphore), se forme au avant notre ère, autour du « lac Méotide », dont la brillante capitale est Panticapée (Kertch). Au de notre ère, celui-ci devient un état-client des Romains, devenus par la suite les « Byzantins ».