vignette|Étudiants observant l'avifaune dans la « lagune de Nador », au Maroc, pendant une activité organisée par SEO/BirdLife à l'occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides. vignette|La recherche et l'enseignement en environnement et développement durable au Muséum de Paris. vignette|Salle consacrée à l'environnement et au développement durable au Muséum de Vienne en Autriche. vignette|L'éducation nationale française propose un baccalauréat d'environnement et de développement durable sous l'acronyme « STI-2D ».

L'éducation à l'environnement, aussi appelée éducation relative à l'environnement (ERE) est très différente de l’éducation au développement durable (EDD), les deux se superposent dans le temps et répondent à des logiques différentes (Sauvé, 2022; Barthes, 2023). L’ERE est un domaine de recherche, de formation et d'action pédagogique pluridisciplinaire qui s'intéresse à la relation des êtres humains à l'environnement d'un point de vue écologique, social, culturel, politique, économique et esthétique..

L’EDD répond de son côté aux politiques onusiennes des objectifs de développement durable.

Il ne s’agit pas de disciplines, mais d’éducation à (voir dictionnaire critique des "éducations à", 2017, 2014) qui prennent essor au tournant des années 1970. Elle concerne tous les âges de la vie et se déploie dans le milieu formel et informel. Elle vise à transformer nos manières de penser et d'agir dans nos relations à notre milieu et, principalement, dans nos relations aux autres.. Pour ce faire, elle investit l'ensemble du réseau notionnel de l'éducation : formation, sensibilisation, prise de conscience, mobilisation, animation, interprétation ou médiation, information, vulgarisation, communication et marketing social.

L'éducation à l'environnement et au développement durable relève de plusieurs conceptions de l'environnement et de l'éducation. En effet, elle ne consiste pas simplement à intégrer au sein des programmes d'enseignement des contenus tels que le changement climatique, la pauvreté ou la consommation durable ; elle génère des méthodes d'enseignement et des cadres d'apprentissage interactifs, centrés sur l'apprenant.. Elle correspond à diverses pratiques et sous-domaines distincts qui ont tous pour objectif commun le développement d'une posture responsable vis-à-vis des enjeux socio-environnementaux..

Perspectives historiques Premières mentions dans la littérature Les plus anciennes mentions de l'éducation à l'environnement en Occident semblent remonter au début du : Jean-Jacques Rousseau met en relief l'importance d’une éducation basée sur la notion d’environnement dans Émile ou De l'éducation. Il évoque les trois maîtres de l'éducation que sont la nature, les hommes et les « choses ».

Plusieurs décennies plus tard, Louis Agassiz, naturaliste suisse, fait écho à la philosophie de Rousseau en encourageant les jeunes gens à « étudier la nature et non les livres » : ses écrits font référence à l'apport parental et aux perceptions de la « mémoire biologique individuelle » qui, selon lui, relie chaque personne au milieu dans lequel elle a grandi.

Rousseau et Agassiz auraient contribué à jeter les bases d'un programme concret d'éducation environnementale, connu sous le nom d'étude de la nature, qui s’est développé à la fin du et au début du . Le mouvement d'étude de la nature utilisait des fables et des leçons de morale pour aider les étudiants à développer une appréciation de la nature et à embrasser le monde naturel.

L’expression « éducation à l'environnement » n'est réellement employée que dans la seconde moitié du , époque à laquelle l'être humain commence, encore marginalement, à comprendre que la Terre a des ressources qui ne sont pas infinies et des capacités de recyclage limitées. Le think tank appelé Club de Rome publie en 1972 le rapport Les Limites à la croissance (ou rapport Meadows), qui met en exergue le fait que l'Humanité table sur une croissance économique infinie dans un monde aux ressources naturelles finies. Cette prise de conscience prévoit une pénurie des ressources énergétiques et minérales en conséquence du développement industriel. Les premières notions de développement durable et d'empreinte écologique apparaissent.

Très progressivement, cette préoccupation se diffuse auprès des scientifiques et des protecteurs de la nature, aux éducateurs, aux professionnels de la santé, aux organismes de solidarité, puis aux élus et à des cercles de plus en plus larges de citoyens, jusqu’aux entreprises. Elle va progressivement donner lieu à des forums internationaux. L’éducation à l'environnement devient ainsi une réponse nécessaire aux inconvénients des sociétés industrielles et commerciales qui n’observent plus le principe de respect des ressources et de responsabilité de nos gestes vis-à-vis des générations à venir.

Rôle de l'ONU et de l'Unesco dans l'essor international de l'ERE Après la Seconde Guerre mondiale, des organismes internationaux sont créés et permettent de généraliser l'éducation relative à l'environnement. Durant les dernières décennies, plusieurs rencontres internationales ont également contribué à définir l'éducation à l'environnement.

L'implication de l'Organisation des Nations unies (ONU) dans l'éducation relative à l'environnement remonte aux tout premiers débuts de l'Organisation, avec la création en 1948 de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), la première grande ONG mandatée pour aider à préserver l'environnement naturel. La première référence au terme « éducation à l'environnement » est apparue en 1948 lors d'une réunion de l'UICN tenue à Paris lorsque Thomas Pritchard, directeur adjoint de la conservation de la nature au Pays de Galles, a suggéré de remplacer le terme « éducation à la conservation » par « éducation à l'environnement » afin de réaliser une synthèse des connaissances des sciences naturelles et des sciences socialesJ.F. Disinger, « Environmental Education's definitional problem », Journal of Environmental Education, (2), 1983, p. 17-32.

L’ONU à travers son agence spécialisée basée à Paris créée en 1945, l'Unesco, a ensuite défini la notion d’éducation à l'environnement en contribuant à son essor international. À compter de 1983, avec le rapport Brundtland, le courant particulier de l'éducation au développement durable, devient prééminent au sein de ces instances internationales.

L’Unesco promeut l'éducation en vue du développement durable (EDD) depuis 1992. Après avoir été le chef de file de la Décennie des Nations unies pour l'éducation au service du développement durable de 2005 à 2014, elle est maintenant le fer de lance du Programme d’action global pour l'éducation en vue du développement durable qui lui a succédé.

Premières tentatives de définition internationale (1972) et Charte de Belgrade (1975)

Déclaration de Stockholm (1972) La Suède est le premier pays à avoir suggéré, en 1968, au Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC), d’organiser une rencontre sur le thème des interactions entre les humains et l'environnement. L'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) a été étroitement associée à la convocation de cette Conférence internationale des Nations unies sur l'environnement humain à Stockholm (Suède), qui a conduit à la création du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

La conférence des Nations unies connue sous le nom de Conférence de Stockholm s'est tenue du 5 au . Elle a été la première d'une série de rencontres décennales, les Sommets de la Terre. Elle a produit une Déclaration de la Conférence des Nations unies sur l'environnement humain qui met en évidence « la nécessité d’adopter une conception commune et des principes communs qui inspireront et guideront les efforts des peuples du monde en vue de préserver et d’améliorer l'environnement ». La recommandation 96 de cette déclaration réclamait le développement de l'éducation en matière d’environnement, considérant qu’il était « essentiel de dispenser un enseignement sur les questions d’environnement aux jeunes générations aussi bien qu’aux adultes ».

Charte de Belgrade (1975) Trois ans après cette rencontre, un autre colloque international s’est tenu à Belgrade, alors capitale de la Yougoslavie (aujourd’hui la Serbie) du 13 au . La Charte de Belgrade s'appuie sur la Déclaration de Stockholm et précise les buts, les objectifs et les principes directeurs des programmes d'éducation à l'environnement. Elle établit également que l'éducation à l'environnement concerne aussi le grand public. La Charte de Belgrade appelle à une « éthique qui reconnaisse et ressente vivement les rapports complexes, en continuelle évolution, de l'être humain avec son semblable et avec la nature » et à « remettre en question ces politiques qui visent à intensifier au maximum la production économique, sans se soucier des conséquences sur la société et sur la quantité de ressources disponibles pour améliorer la qualité de la vie ». Deux objectifs préliminaires à l'éducation relative à l'environnement y sont formulés :

Pour chaque nation, préciser, selon sa culture et à son propre usage, la signification de concepts de base tels que la qualité de vie et le bonheur humain, dans le contexte de l'environnement global, en s'attachant aussi à préciser et à apprécier ces notions telles qu’elles s’expriment dans les autres cultures, hors des frontières nationales ; Déterminer les mesures qui garantiront la préservation et l'amélioration du potentiel de l'humanité et qui développeront le bien-être social et individuel en harmonie avec l'environnement biophysique et avec l'environnement créé par l'homme.

Le but de l'ERE était précisé comme suit : former une population mondiale consciente et préoccupée de l'environnement et des problèmes qui s’y rattachent, une population qui ait les connaissances, les compétences, l'état d’esprit, les motivations et le sens de l'engagement qui lui permettent de travailler individuellement et collectivement à résoudre les problèmes actuels, et à empêcher qu’il ne s'en pose de nouveaux. Huit principes directeurs des programmes d’éducation relative à l'environnement sont définis :

L'ERE devrait considérer dans sa totalité cet environnement - naturel et créé par l'homme - écologique, politique, économique, technologique, social législatif, culturel et esthétique ; L'ERE devrait être un processus continu, étendu à la vie entière, tant scolaire qu'extra-scolaire ; L'ERE devrait adopter une approche interdisciplinaire ; L'ERE devrait souligner l'importance d'une participation active à la prévention et à la solution des problèmes posés par l'environnement ; L'ERE devrait examiner les principales questions d'environnement dans une perspective mondiale, tout en respectant les différences régionales ; L'ERE devrait être axée sur les situations actuelles et futures de l'environnement ; L'ERE devrait examiner les questions de développement et de croissance du point de vue de l'environnement ; L'ERE devrait insister sur la valeur et la nécessité d'une coopération locale, nationale et internationale pour résoudre les problèmes de l'environnement.

Programme international d’éducation à l'environnement (1975-1995)