Claus Philipp Maria Schenk Graf von Stauffenberg est un officier de la Wehrmacht, né le à Jettingen-Scheppach et mort le à Berlin. Il est l’une des figures centrales de la résistance militaire contre le nazisme.
Alors qu’il est chef d’état-major auprès du commandant de l’Armée de réserve et de l’intérieur (Ersatzheer), Stauffenberg participe à un complot contre Adolf Hitler, organisant personnellement l’attentat du , dans le cadre du coup d'État militaire avorté, connu aussi sous le nom d’opération Walkyrie. Stauffenberg a tout d’abord montré sa sympathie pour différents aspects du national-socialisme, comme le nationalisme ou le révisionnisme concernant le traité de Versailles, jusqu’à ce que le caractère criminel du régime le pousse à la résistance à dater de .
Jeunesse et formation thumb|left|Vue du château de Jettingen, lieu de naissance de Claus von Stauffenberg. Claus von Stauffenberg est né au château de Jettingen à Jettingen-Scheppach en Souabe, entre Augsbourg et Ulm. Il vient au monde dans l’une des familles les plus anciennes et les plus distinguées de l'aristocratie catholique du Sud de l’Allemagne, la famille Schenk von Stauffenberg. Il est le troisième fils et le benjamin. Ses parents sont Alfred Schenk, comte von Stauffenberg (-) et Caroline née von Üxküll-Gyllenband (–). Son père était le dernier « maréchal de la cour » (Oberhofmarschall) du royaume de Wurtemberg. Du côté de sa mère, Claus von Stauffenberg compte parmi ses ancêtres plusieurs Prussiens célèbres, dont le réformateur de l’armée prussienne August Neidhardt von Gneisenau. Son oncle Nikolaus von Üxküll-Gyllenband a influencé sa future participation à la résistance. Sa tante , qui était infirmière en chef à la Croix-Rouge allemande, était également une personnalité reconnue.
Claus von Stauffenberg passe son enfance essentiellement à Stuttgart et au château Lautlingen, la résidence d’été de la famille à Albstadt-Lautlingen (aujourd’hui musée) avec ses deux frères jumeaux aînés Berthold et Alexander. Claus von Stauffenberg a eu lui aussi un jumeau, Konrad Maria, mort à la naissance.
Après des études au Eberhard-Ludwigs-Gymnasium de Stuttgart, il devient membre de la ligue de jeunesse Bund Deutscher Neupfadfinder où il est influencé par le mysticisme du Reich (Reichsmystizismus). Par la suite, il fait partie avec ses frères du cercle d’amis de Stefan George et de son Opposition conservatrice. Ayant reçu une éducation choisie, il s’intéresse à la littérature, mais opte pour la carrière militaire, malgré une santé fragile : en , il s’enrôle dans le régiment familial à Bamberg en Bavière, le Reiter und Kavallerieregiment 17 ( de cavalerie et de cavaliers). Parcours militaire thumb|Claus von Stauffenberg au de cavalerie de Bamberg en 1926. Après le baccalauréat (Abitur), Stauffenberg s’engage dans la Reichswehr le . Il commence son service au de cavalerie de Bamberg où il est incorporé comme FahnenjunkerEnseigne porte-drapeau ou aspirant officier.. Après un an de service, il est envoyé à l’école d’infanterie de Dresde où tous les aspirants officiers doivent suivre une formation d’un an. En , il est muté à l’école de cavalerie de Hanovre puis retourne à son régiment de Bamberg où il devient lieutenant le après être reçu à l’examen en sortant major de promotion.
Vers la fin de la république de Weimar, Stauffenberg, tout comme son frère Berthold, est proche des cercles de la révolution conservatrice. Même s’il montre du mépris pour le parti nazi qui monte, de nombreux points de cette pensée politique l’intéressent :
Dans : Steven Krolak, Der Weg zum Neuen Reich. Die politischen Vorstellungen von Claus Stauffenberg. Ein Beitrag zur Geistesgeschichte des deutschen Widerstandes. Dans : Jürgen Schmädeke/Peter Steinbach (Éd.), Der Widerstand gegen den Nationalsozialismus. Die deutsche Gesellschaft und der Widerstand gegen Hitler, Piper Verlag, Munich, 1986, ..
Lors de l’élection présidentielle de 1932, Stauffenberg se prononce alors contre le président en exercice, le conservateur et monarchiste Paul von Hindenburg et pour Adolf Hitler dont il salue clairement la nomination au poste de chancelier du Reich le . Stauffenberg participe à la formation militaire des membres des SA et organise la remise de dépôts d’armes à la Reichswehr.
Le , il épouse à Bamberg, à l'âge de 25 ans, Elisabeth von Lerchenfeld, dite "Nina", âgée de 20 ans, avec qui il a cinq enfants : Berthold (*Bamberg, ), Heimeran (* Bamberg, - ), Franz-Ludwig (*Bamberg, ), Valerie (*Bamberg, - décédée à Munich le d'une leucémie), ( *Francfort-sur-Oder, ). Sa femme Nina meurt le à l’âge de quatre-vingt-douze ans, à Kirchlauter, près de Bamberg. Carrière sous le régime nazi vignette|Stauffenberg (au garde-à-vous à l'extrême gauche de la photo) avec Hitler et Keitel (de profil à droite), le à la Wolfsschanze. En , Stauffenberg est muté à l’école de cavalerie de Hanovre en tant que Bereiter-Offizier (officier qui s’occupe des chevaux). À Hanovre, il se qualifie grâce à ses études sur les armes modernes (chars blindés et troupes aéroportées). Par la suite, il s’intéresse toutefois à l’utilisation militaire du cheval. Le , il est envoyé à l’académie militaire de Berlin-Moabit pour y suivre une formation au sein de l’état-major général. Le , il est promu Rittmeister. En juin de l’année suivante, il sert comme deuxième officier d’état-major général à l’état-major de la division légère à Wuppertal sous les ordres du lieutenant-général Erich Hoepner avec lequel il prend part à l’occupation des Sudètes la même année.
Avec le début de la Seconde Guerre mondiale que Stauffenberg accueille comme une « rédemption », il est incorporé à la division légère (plus tard division de blindés de la Wehrmacht) dans la campagne de Pologne en . De là-bas, il écrit à sa femme : Cité dans : Heinrich August Winkler, Der lange Weg nach Westen, volume 2 : Deutsche Geschichte vom „Dritten Reich“ bis zur Wiedervereinigung, Beck, 2000, ..
L’historien Heinrich August Winkler cite cette lettre afin de prouver qu’à cette époque, Stauffenberg souscrit à la politique raciale des nazis, pour ne pas dire qu’il la souhaite. Même l’historien israélien Saul Friedländer suppose que l’attitude de Stauffenberg envers les Juifs ne se distingue de l’antisémitisme nazi que graduellement, et non sur le principe Saul Friedländer, Das Dritte Reich und die Juden. Bd. 2: Die Jahre der Vernichtung 1933–1945, Bonn, 2006, f.. Le biographe de Stauffenberg, Peter Hoffmann, réfute en revanche le terme d’antisémite pour Stauffenberg. Pour lui, la méthode d’interprétation de la lettre comme antisémite est insuffisante : Entretien avec le biographe de Stauffenberg, Peter Hoffmann (Magazine online Telepolis)..
Peter Yorck von Wartenburg, un parent éloigné, et Ulrich Wilhelm Schwerin von Schwanenfeld demandent à Stauffenberg de se faire nommer adjoint du commandant en chef de l’armée de terre Walther von Brauchitsch, pour pouvoir prendre part à une tentative de renversement. Stauffenberg refuse. En , il participe, en tant qu’officier d’état-major général, à la bataille de France. Le , il reçoit la croix de fer de première classe. Il est ensuite muté à la section d’organisation du commandement suprême de l’Armée de terre. En , Stauffenberg approuve le fait que Hitler réunisse dans ses mains le commandement suprême de l’armée de terre (après le limogeage de Brauchitsch, à la suite de l’échec de la bataille de Moscou) et celui de l'ensemble des forces armées.
En tant que chef du de la division d’organisation au sein du commandement suprême de l’Armée de terre, Stauffenberg fait partie des officiers importants qui ont consciemment travaillé à un changement de politique dans les territoires occupés. Il s’occupe de la question des volontaires dans la Légion de l'Est, en particulier lors des opérations militaires du Groupe A dans le Caucase. Il s’agit alors de rallier des prisonniers libérés et des déserteurs à la cause allemande. Sa division donne des directives, le , concernant le traitement des soldats du Turkestan et du Caucase, et commande, en , l’organisation et le déploiement des légions de l’Est.
À la mi-novembre , la division de blindés prend encore part à l’occupation de la zone française jusque-là restée libre. Immédiatement après, la division est envoyée à Tunis. Entre-temps, Stauffenberg est incorporé à l’état-major de l’armée et est promu Oberstleutnant à l’état-major général le . En , il est muté en tant que premier officier d’état-major général à la division de blindés, qui doit alors couvrir la retraite de l’armée du maréchal Rommel contre les Alliés qui viennent de débarquer en Afrique du Nord. Pendant une mission de reconnaissance, son véhicule est mitraillé par un chasseur-bombardier allié. Il est grièvement blessé. Il passe trois mois à l’hôpital, où il est opéré par le célèbre chirurgien Ferdinand Sauerbruch et perd son œil gauche, sa main droite, ainsi que l'annulaire et l'auriculaire de sa main gauche — il en plaisantera ultérieurement, prétendant qu’il ne se souvenait pas de ce qu’il faisait de ses dix doigts quand il les avait encore. Sa convalescence se déroule à Albstadt-Lautlingen.
Ses mutilations et ses blessures ne l’empêchent pas de se battre pour être de nouveau apte au service armé. Son dernier grade dans l’armée est Oberst dans l’état-major général. Éloignement idéologique par rapport à Hitler
Il commence à prendre ses distances par rapport aux nazis et à leur chef. Stauffenberg est conscient que seule la Wehrmacht possède les moyens nécessaires au renversement, puisqu’elle est peu infiltrée par la Gestapo et par le Sicherheitsdienst. Comme beaucoup d’autres militaires, il se sent lié à Hitler par son serment de fidélité. Avec son frère Berthold et les membres du Cercle de Kreisau, il prend part à la rédaction des déclarations gouvernementales censées être prononcées après le renversement. Les conjurés visent la fin de la guerre et de la persécution des Juifs ainsi que le rétablissement d’un État de droit comme avant 1933. Ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la forme que prendra le nouveau régime. Une grande partie des conjurés venant des cercles conservateurs de la bourgeoisie, de la noblesse et de l’armée, dont Stauffenberg, refusent la démocratie parlementaire. D’un autre côté, Stauffenberg exige la présence de sociaux-démocrates comme Julius Leber dans le futur gouvernement. Par l’intermédiaire de son cousin Peter Yorck von Wartenburg, Stauffenberg avait fait la connaissance de Leber et il s’était alors établi entre eux un rapport de confiance mutuelle Marion Yorck von Wartenburg, Die Stärke der Stille. Erinnerungen an ein Leben im Widerstand, Moers, 1998, .. Après l’arrestation de Leber au début de , Stauffenberg ne cesse de répéter à Adam von Trott zu Solz : . Aucun prix ne semblait trop élevé pour sauver Leber« Ich hole ihn heraus » Dans : Clarita von Trott zu Solz, Adam von Trott zu Solz. Eine Lebensbeschreibung, Berlin: Gedenkstätte Deutscher Widerstand, 1994, .. Il finit par penser que le plus important était la disparition du régime nazi.
D’après le conjuré Hans Bernd Gisevius, le cercle étroit formé autour de Stauffenberg visait à partir de 1944 une alliance avec les communistes Hans Bernd Gisevius, Bis zum bittern Ende, volume 2, Zurich: Fretz & Wasmuth, 1946, .. Julius Leber, le confident de Stauffenberg, avait été arrêté par la Gestapo en raison d’une rencontre avec les dirigeants du Parti communiste d'Allemagne. Il était alors très proche de Fritz-Dietlof von der Schulenburg. En , Stauffenberg formule avec son frère Berthold un serment qui essaie de traduire le consensus entre tous les participants au coup d’État. On peut y lire entre autres :
Cité dans Eberhard Zeller, Geist der Freiheit. Der 20. Juli., Munich, 1963, f..
L’opération Walkyrie Planification