Daniel Cordier, né le à Bordeaux et mort le à Cannes, est tour à tour soldat de la France libre puis résistantCordier a « partagé [sa] guerre en deux périodes égales : deux ans soldat de la France libre et deux ans officier dans la Résistance » ()., marchand d'art et historien français.

Après avoir été membre de la Fédération nationale des Camelots du roi, il s'engage dans la France libre dès . Secrétaire de Jean Moulin en 1942-1943 , il consacre à celui-ci une biographie en plusieurs volumes d'une grande portée historique.

Après la guerre, il est marchand d'art, critique, collectionneur et organisateur d'expositions, avant de se consacrer à des travaux d'historien et à la rédaction de son autobiographie Alias Caracalla (en trois tomes), de ses Mémoires Rétro-chaos et de Les Feux de Saint-Elme.

Il confie à la fin de sa vie que son engagement dans la France libre, d'une part, et les trente ans consacrés à l'étude de cette histoire et à son écriture, d'autre part, « sont les deux périodes de [s]on passé [qu'il] recommencerai[t] à l'identique » si la possibilité lui en était donnéeDaniel Cordier & Paulin Ismard, De l’Histoire à l’histoire, Gallimard, 2013, ..

Lors de sa mort, à 100 ans, il était l'un des deux derniers compagnons de la Libération encore en vie.

Biographie Enfance, adolescence et Action française Daniel Bouyjou est né le à Bordeaux. Son père René Bouyjou, après avoir rejoint la florissante entreprise de commerce de café familiale, dont il est le représentant dans toute l'Europe, se marie en 1919 au Bouscat (Gironde) avec Jeanne Gauthier, issue d’une famille de riches propriétaires et négociants bordelais. En 1924, Jeanne quitte René Bouyjou et va vivre chez ses parents avec Daniel. C'est alors la grand-mère maternelle de Daniel, Pauline Adèle Gauthier, née Vidal, qui va s'occuper de lui en le gâtant. En 1925, le divorce de René et Jeanne est prononcé. Celle-ci se remarie en 1927 avec Charles Cordier, du même milieu social.

En 1928, René Bouyjou obtient la garde du petit Daniel et le met en internat à l’école Saint-Elme à Arcachon ; sa mère lui rend visite tous les 15 jours, tandis que son père car toujours en voyage d'affaires. Daniel s'étant fait renvoyer de l'école Saint-Elme en , son père le met à la rentrée en pension au collège Saint-Genès, à Bordeaux ; mais il en est à nouveau renvoyé en , pour cause de possession de livres mis à l'index. Son père inscrit alors Daniel dans une boîte à bachot de Bordeaux, où celui-ci découvre Rimbaud, qui le libère de sa . En été 1939, Cordier est reçu à l'écrit du baccalauréat.

En , lors de la déclaration de guerre, Cordier, qui est encore mineur, veut rejoindre l'armée, mais ses parents s'y opposent ; en décembre, comme son père continue à refuser que Daniel devance l'appel sous les drapeaux, celui-ci se fâche définitivement avec lui

En , il a un coup de foudre pour une jeune fille surnommée Moineau, dont le l'ont conquis. Il pense à elle tous les jours et son amour pour elle dure de nombreux mois.

Influencé par les idées maurrassiennes de son beau-père.. que Daniel admire, il milite à 17 ans à l'Action française et fonde à Bordeaux le cercle Charles-Maurras.. En effet, comme il le reconnaît dans Alias Caracalla, en tant qu'admirateur de Charles Maurras, il est, au début de la guerre, antisocialiste, anticommuniste, antisémite, antidémocrate et ultranationaliste, souhaitant même, après son ralliement à la France libre, que Léon Blum soit fusillé après un jugement sommaire à la fin de la guerre. Mais, contrairement à son maître à penser, il refuse d'emblée l'armistice par patriotisme.

Engagement dans la France libre et mission dans la Résistance Défaite de 1940 et engagement dans la France libre En , il se trouve avec sa famille à Bescat (Basses-Pyrénées), attendant avec impatience son incorporation prévue le . Le , il écoute à la radio le premier discours de chef du gouvernement du maréchal Pétain, qui déclare notamment : . Étant donné que Cordier s'attendait de la part du vainqueur de Verdun à une volonté de poursuivre la guerre, il est totalement révolté par l'annonce de la demande d'armistice, qu'il considère comme une véritable trahison. Le jour même, il imprime et diffuse un tract « contre Pétain »..

Après avoir rassemblé seize volontaires et espérant que l'Empire français continuera la guerre, Cordier embarque avec ces volontaires le à Bayonne, grâce à l'aide de son beau-père, sur un navire belge, le cargo Léopold II, qui devait se rendre en Algérie, où Cordier et ses camarades voulaient rejoindre l'armée française d'Afrique. Mais le bateau fait finalement route vers l'Angleterre.

Daniel Cordier atteint Falmouth (Cornouailles) le et s'engage avec ses camarades dans les premières Forces françaises libres de la « Légion de Gaulle » le . Il découvre que des socialistes et des communistes comptent parmi ces engagés patriotes. Il rencontre parmi ceux-ci Raymond AronCordier rencontre Aron à Delville Camp entre le 18 et le 21 juillet 1940 (Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, Folio, Paris, mai 2023, ). et Stéphane HesselCordier fait la connaissance de Stéphane Hessel à Camberley, en avril 1941 ()., puis Georges Bidault, auxquels il reste lié. En transit pendant quelques jours au palais d'expositions de l'Olympia (West Kensington, Londres), il est affecté au bataillon de chasseurs alors en formation et arrive début juillet à Delville Camp (Aldershot), pour y suivre un entraînement de base pendant trois mois. En , le bataillon est installé au camp d'Old Dean (Camberley), où Daniel Cordier complète sa formation militaire et obtient, en , le grade de sergent, puis en août celui d'aspirant, c'est-à-dire d'élève officier.

Son camarade François Briant lui ayant annoncé qu'il s'est engagé dans les services de renseignements de la France libre afin de pouvoir partir en mission et enfin combattre, Cordier en fait autant et se porte volontaire pour des missions en France ; il est accepté par le commandant Passy, chef du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), et quitte enfin Camberley en . Il subit alors plusieurs mois d'entraînement spécial, notamment de sauts en parachute, de sabotage, de transmission radio, afin d'être préparé à une mission en France.

Mission dans la Résistance Cordier est parachuté près de Montluçon le . Il gagne rapidement Lyon et est choisi comme son secrétaire personnel par Jean Moulin, membre (nommé secrètement par de Gaulle) et délégué du Comité national français, officieusement seul représentant de ce comité en Zone libre. Cordier avait été muni par le BCRA de faux papiers au nom de « Charles Dandinier » et il prend alors le pseudonyme d'Alain en référence au philosophe. Il fonde et dirige le secrétariat de Jean Moulin et pendant onze mois, il est au quotidien l'un de ses plus proches collaborateurs. Il gère son courrier et ses liaisons radio avec Londres. Il l'aide à créer divers organes et services de la Résistance, et assiste aux patients efforts de celui-ci pour unifier la Résistance intérieure française et la placer sous l'égide du général de Gaulle, basé à Londres puis à Alger.

Paul Schmidt - qui avait été le sergent de Cordier à Delville Camp et est alors officier de liaison de Rex auprès du mouvement Libération - obtient du couple André et Marguerite Moret qu'il héberge Cordier.

À Lyon, Cordier recrute, chronologiquement, Laure Diebold (secrétariat), Hugues Limonti (courrier), Suzanne Olivier (fille de Marguerite Moret), Joseph Van DievortJoseph van Dievort, né à Anvers en 1922, est envoyé en 1940 pour le travail obligatoire dans une usine à Brême (Allemagne), où ayant commis des sabotages il est condamné à mort, mais il s’évade et se réfugie en Suisse. En décembre 1942, il rejoint la Résistance à Lyon. Recruté par Daniel Cordier comme agent de liaison (pseudonyme Léopold), il transporte du courrier et des armes. Il épouse Hélène Vernay. Cf. Christine Levisse-Touzé, in Actes du Colloque « Les Compagnons de la Libération du Rhône », Lyon, 16 octobre 2019, (consulté le 21.05.2025)., Georges Archimbaud, Laurent GirardLaurent Girard - pseudonyme Lambert - (1925-1945) est recruté en novembre 1942 comme agent de liaison (transport de messages, armes et matériel radio), puis muté en juin 1943 à la Délégation générale de Paris. Il y est arrêté le 23 septembre 1943, interné à Fresnes et Compiègne, puis déporté en janvier 1944 à Buchenwald, puis à Dora où il meurt en avril 1945. Médaillé de la Résistance (décret du 11 mars 1947, signé Alexandre Parodi).Cf Christine Levisse-Touzé, , Charles RappCharles Rapp - pseudonyme Louis - (1922-?) est envoyé par le STO à l’usine d’Ingolstadt, où ayant fait du sabotage il est condamné à mort, mais s’évade et est recruté par le secrétariat de la Délégation générale comme courrier. Arrêté le 24 septembre 1943, il est interné à Fresnes, torturé, puis déporté à Buchenwald et Dora, d'où il est libéré par les Alliés à la fin de la guerre. Médaillé de la Résistance (décret du 17 novembre 1945, signé Alexandre Parodi).Cf. Christine Levisse-Touzé, . et Hélène VernayHélène Vernay, fille du secrétaire de la mairie de Trévoux (Ain), apporte son aide, dès 1941, à des personnes pourchassées et, en 1942, à des filières d’évasion vers l’Espagne. Daniel Cordier la recrute en janvier 1943 comme secrétaire à la Délégation générale. Après l'arrestation de Jean Moulin, elle continue son travail au secrétariat jusqu’à la fin juillet 1943. Elle épouse Joseph Van Dievort.Cf. Christine Levisse-Touzé, .. Cordier et ses camarades font le dur apprentissage de la solitude - -, de la méfiance et du constants, de la , de la fatigue et de la malnutrition : .

Lors de son voyage à Londres en février et , Jean Moulin est nommé par de Gaulle son seul représentant pour l'ensemble du territoire métropolitain ; il décide donc d'installer à Paris la direction de ses services et donne l'ordre à Cordier d'y déménager. Le , celui-ci part pour Paris afin d'y organiser le nouveau secrétariat, et emmène avec lui Laure Diebold, Hugues Limonti, Georges Archimbaud et Charles Rapp. Jean-Louis Théobald, Claire Chevrillon et Jacqueline Pery d'Alincourt se joignent à cette équipe. Ne parvenant pas à établir de liaison radio avec Londres depuis la Zone Nord, Cordier laisse l'opérateur radio Maurice de Cheveigné à Lyon pour écouler le trafic radioMaurice de Cheveigné, Radio Libre, 1940-1945, éditions du Félin, Paris, 2014, . et par conséquent, chaque jour, Suzanne Olivier, qui habite dès lors l'appartement parisien de ses parents, fait le trajet Paris-Lyon et retour, alors que Joseph Van Dievort (pseudonyme « Léopold ») fait le trajet Lyon-Paris et retour, afin de transmettre les messages.

À Lyon, Cordier est remplacé par Tony de Graaff, avec Hélène Vernay (secrétariat) et Laurent Girard (courrier).

Ce long travail aboutit à la fondation du Conseil national de la Résistance (). Il a fallu pour cela passer par bien des frictions et des divergences avec beaucoup de chefs de la Résistance, ainsi qu'avec Pierre Brossolette, autre envoyé de De Gaulle et concurrent de Jean MoulinOlivier Wieviorka, « Résistance – Et pourtant elle s'unit... », dans Résistants et collabos – 1943 – La France déchirée, Le Nouvel Observateur, hors-série , novembre-décembre 2013, .. Brossolette réclame, entre autres, le rappel de Cordier à Londres après l'arrestation et la mort de Jean Moulin...