(ou , ou encore Amosis), dont le nom signifie « Né de IâhFormé de Iâh et de msj, « mettre au monde, être né de ». Voir . Même si les transcriptions sont différentes, le nom Ahmôsis contient la même forme verbale (ms(j)) que Ramsès, « Né de Rê ». », est un pharaon de l'Égypte antique et le fondateur de la . Il est membre de la maison royale de Thèbes, fils du pharaon Seqenenrê Tâa et proche parent du dernier pharaon de la , le roi Ouadjkheperrê KamesIl est probablement le neveu de Ouadjkheperrê Kames, plutôt que son frère. Manéthon lui attribue vingt-cinq années de règne. Il est d'abord roi de Thèbes de 1550/1549 à 1540 av. J.-C., puis de toute l'Égypte jusqu'en 1525/1524 av. J.-C.D. Arnold, A. Dodson, K. Kitchen, N. Reeves, I. Shaw, J. von Beckerath.Autres avis de spécialistes : -1570 à -1546 (E. F. Wente), -1569 à -1545 (D. B. Redford), -1554 à -1529 (R. A. Parker), -1552 à -1527 (E. Hornung), -1552 à -1526 (N. Grimal), -1540 à -1525 (J. Málek), -1540 à -1515 (C. Aldred), -1539 à -1514 (E. Krauss), -1530 à -1504 (W. Helck)..
Sous le règne de son père ou grand-père, Thèbes s'était révoltée contre les Hyksôs, des envahisseurs étrangers qui régnaient sur la Basse-Égypte. Ahmôsis n'a que sept ans lorsque son père est tué au cours de ce conflit. Après trois ans de règne, Ouadjkheperrê Kames, qui est monté sur le trône de Thèbes, meurt pour une raison inconnue. Ahmôsis a environ dix ans lorsqu'il monte sur le trône à son tour. Il prend le nom de Neb-Pehty-RêLittéralement : Le Seigneur de la force est Rê lors de son couronnement.
Durant son règne, il poursuit avec succès la reconquête du delta du Nil, qui s'achève par l'expulsion des Hyksôs. Il restaure la domination thébaine sur l'ensemble de l'Égypte et réaffirme la puissance égyptienne au-delà de ses frontières. Les anciens territoires de Nubie et de Canaan repassent sous son contrôle. Il réorganise l'administration du pays, rouvre des carrières, des mines et des routes commerciales. Il entreprend de grands projets de construction, d'une ampleur jamais atteinte depuis le Moyen Empire, et qui comprennent l'édification de la dernière pyramide d'Égypte. Le règne d' jette les bases du Nouvel Empire, durant lequel la puissance égyptienne atteindra son apogée.
Généalogie
Ahmôsis descend de la thébaine. Ses grands-parents, Senakhtenrê Iâhmes et Tétishéri, ont eu au moins douze enfants, y compris ses parents Seqenenrê Tâa et Ahhotep« La Lune est satisfaite », « épouse royale et sœur de roi, fille de roi et mère du prince (ity) »où le roi ordonne qu'on « exalte » sa mère.. Le frère et la sœur se marient et ont un premier fils, AhmoséDivinisé dans la région thébaine sous le nom d'Ahmosé-Sipair, qui meurt jeune, puis le futur , plusieurs filles, et peut-être Ouadjkheperrê Kames. Le second fils, , suit la tradition et épouse plusieurs de ses sœurs, dont Ahmès-Néfertary, sa grande épouse royale, qui sera la première reine à assumer la fonction sacerdotale d’« épouse du dieu ». Ils ont plusieurs enfants, dont les filles : Ahmès-Mérytamon, Satamon et les fils : Siamon, Ahmosé-Ânkh, et Râmosé. Ils sont peut-être également les parents de , qui sera l'épouse de . Ahmosé-Ânkh est l'héritier présomptif, mais il précède son père dans la mort entre la et la du règne de ce dernier. lui succède après une possible corégence.
Il n'y a pas de rupture nette dans la lignée de la famille royale entre la et la . L'historien Manéthon, qui écrivit beaucoup plus tard, considère cependant l'expulsion des Hyksôs et le rétablissement de la souveraineté égyptienne après un siècle d’occupation comme un événement assez important pour justifier le début d'une nouvelle dynastie.
Règne vignette|redresse=0.8|Tête d'un pharaon du début de la .
Contexte
Le conflit entre les rois égyptiens de Thèbes et le roi hyksôs commence lors du règne de Seqenenrê Tâa. Il se termine sous le règne d'Ahmôsis, après presque trente ans de guerres intermittentes. Seqenenrê Tâa est probablement tué dans une bataille contre les Hyksôs, comme le suggèrent les blessures de sa momieSa momie a été retrouvée dans la cachette royale de Deir el-Bahari. Son successeur Ouadjkheperrê Kames est connu pour avoir attaqué et pillé les terres entourant de la capitale des Hyksôs, Avaris (l'actuelle Tell el-Dab'a). Ouadjkheperrê Kames a un règne très court, puisque la dernière année attestée de son règne est la troisième, et il est remplacé par Ahmôsis. Le roi hyksôs trouve la mort à peu près au même moment. Il y a un désaccord quant à savoir si deux noms pour Apophis, trouvés dans les archives historiques, s'appliquent à des monarques différents ou s'ils désignent le même roi. S'il s'agit de deux rois différents, est sans doute mort à peu près en même temps que Ouadjkheperrê Kames et il est remplacé par .
Ahmôsis monte sur le trône alors qu'il est encore enfant. Sa mère Iâhhotep semble avoir joué un grand rôle, à en juger par les titres qu'elle porte : « Elle qui sait toutLittéralement : qui connaît les choses, qui lie (?) l'Égypte, (…) qui apaise la Haute-Égypte et chasse ceux qui s'opposent à elle », « soutien de l'Égypte ». Elle a effectivement consolidé le pouvoir thébain dans les années antérieures au règne d'Ahmôsis. Si est le successeur d', alors son pouvoir semble limité au delta pendant la régence d'Iâhhotep, car son nom ne figure pas sur des monuments ou objets au sud de Bubaste.
Lutte contre les Hyksôs et prise du delta
Ahmôsis entreprend la reconquête de la Basse-Égypte encore aux mains des Hyksôs. En l'an 15 de son règne, il reprend Memphis. Il continue sa progression et arrive aux abords du delta, aux environs de l'an onze du roi hyksôs Khamoudy. Toutefois l'ordre des événements qui suivent n'est pas universellement reconnu.
Il est très difficile d'analyser les détails de la conquête antérieurs au siège de la capitale hyksôs, Avaris. Presque tout ce que l'on sait vient de l'autobiographie du soldat Ahmès, fils d'Abana, trouvée dans son tombeau, et de quelques inscriptions figurant au verso du papyrus Rhind. L'une d'elles dit ceci :
On a longtemps pensé que cette date de règne se référait à Ahmôsis. On considère aujourd'hui qu'elle se rapporte à son adversaire hyksôs, Khamoudy. En effet, le papyrus Rhind désigne Ahmôsis sous le simple titre de « prince du sud » plutôt que de roi ou de pharaon, comme tout partisan thébain l'aurait fait. Anthony SpalingerJNES volume 60, , octobre 2001, révision du livre de Ryholt (1997). note que la traduction de Ryholt de cette partie du papyrus Rhind doit plutôt se lire : . Spalinger ne remet pas en question la traduction de Ryholt, mais pose la question suivante :
vignette|Trois personnagesDjéhouty, Ahhotep et Ahmès, sans doute de la famille royale, suivent Ahmôsis, alors encore « fils du roi ». Stèle MMA 90.6.130, Metropolitan Museum of Art de New York.
Le papyrus Rhind illustre également la stratégie militaire d'Ahmôsis dans son attaque du delta. Entré à Héliopolis en juillet, il descend le delta oriental pour prendre Tjarou, une forteresse majeure de la frontière sur la route d'Horus qui conduit vers Canaan en évitant Avaris. En prenant Tjarou en octobre, il coupe les communications entre Avaris et Canaan. Cela implique qu'il fait le blocus d'Avaris, privant la capitale hyksôs de toute aide ou ravitaillement qui viendrait de Canaan King of the Wild Frontier, consulté le 23 août 2006..
La dernière partie de la campagne est relatée sur les murs de la tombe d'Ahmès, fils d'Abana. Ces données indiquent qu'Ahmôsis a lancé trois attaques sur Avaris, mais qu'il a dû aussi réprimer une rébellion mineure au sud de l'Égypte. Après cela, lors d'un quatrième assaut, il prend la ville. Il complète sa victoire sur les Hyksôs par la conquête de leur place forte de Sharouhenidentifiée avec Tell el-Ajjul, près de Gaza, au prix d'un siège de trois ans. Ahmôsis aurait pris Avaris durant la ou la de son règne, au plus tard. Ceci est suggéré par . Ce bétail a probablement été importé après le siège de Sharouhen qui a suivi la chute d'Avaris, signifiant que le règne de Khamoudy a dû s'achever au plus tard durant la ou d'Ahmôsis.
Campagnes à l'extérieur de l'Égypte
vignette|gauche|Dague portant le nom Ahmôsis exposé au Royal Ontario Museum de Toronto.
Après avoir vaincu les Hyksôs, Ahmôsis se lance dans des campagnes en Syrie et en Nubie. Il guerroie en Nubie, au-delà de la deuxième cataracte, où il soumet les Iountyou SétyouLittéralement : les archers nubiens. Le pays est placé sous l'autorité d'un vice-roi, le « fils royal de Koush » DjéhoutyLe titre - purement honorifique – ne fait que souligner l'importance de la fonction..
Au cours de sa , il atteint Djahy, au Levant, et peut-être l'Euphrate, bien que ce soit plutôt , l'un de ses successeurs, qui est crédité d'avoir été le premier à faire campagne jusque-là. Mais Ahmôsis est allé au moins jusqu'à Kedem, située peut-être près de Byblos selon un ostracon de la tombe de son épouse, Ahmès-Néfertary. Les informations concernant cette campagne sont pauvres. Le soldat Ahmès, fils d'Abana, servait dans la marine égyptienne et n'a donc pas pu participer à cette expédition terrestre. On peut cependant déduire des fouilles effectuées au sud de Canaan qu'à la fin du av. J.-C., Ahmôsis et ses successeurs immédiats cherchaient seulement à briser le pouvoir des Hyksôs en détruisant leurs villes, et non pas à conquérir Canaan. De nombreux sites y ont été complètement dévastés et n'ont pas été reconstruits au cours de cette période, une attitude qu'un pharaon véritablement conquérant n'aurait sans doute pas adoptée.
Les campagnes d'Ahmôsis en Nubie sont mieux documentées. Peu de temps après la première campagne, un chef nubien nommé Aata, qui s'était rebellé contre Ahmôsis, est écrasé. Après cette tentative, un Égyptien anti-thébain nommé Téti-ân rassemble de nombreux rebelles en Nubie, mais il est lui aussi défait. C'est ce que déclare Ahmès, fils d'Abana, dans sa biographie : après son retour de Nubie, le roi fit face à la rébellion d'un « méprisable ennemi du nom de Téti-ân. Il avait réuni autour de lui des sournois. Sa Majesté le tua et sa bande fut comme si elle n’avait jamais existé ».
Ahmôsis restaure la domination égyptienne sur la Nubie, désormais contrôlée depuis un nouveau centre administratif établi à Bouhen. Le roi semble avoir récompensé des princes locaux qui avaient soutenu sa cause et celle de ses prédécesseurs.
Ayant enfin « saisi l’héritage de celui qui l’a engendré »i. e. le Double Pays, Ahmôsis dote richement le temple d’Amon à Karnak. Par ailleurs, il remplace les nomarques par des hommes de confiance, rouvre les mines de turquoise ainsi que les carrières de calcaire et d’albâtre, et rétablit les échanges commerciaux avec Byblos et le Levant.
Art et architecture
vignette|Bracelet au nom d'Ahmôsis retrouvé sur la momie de son frère Ouadjkheperrê Kames conservé au Musée du Louvre.
Avec la réunification de la Haute et la Basse-Égypte opérée sous Ahmôsis, le soutien royal pour les arts et la construction monumentale est renouvelé. Ahmôsis aurait consacré un dixième de ses ressources au culte des dieux traditionnels, à la relance de l'architecture monumentale et de tous les arts. Toutefois, la défaite des Hyksôs ayant eu lieu relativement tard sous son règne, son programme de construction ultérieur à la reprise du delta n'a pas duré plus de sept ans. Une grande partie de ce qui a été commencé ne sera probablement achevé que sous son fils et successeur .