L’abbaye de Cherlieu était une abbaye cistercienne. Il n’en reste que des ruines, situées au hameau de Cherlieu, dans la commune de Montigny-lès-Cherlieu, département de la Haute-Saône (France). vignette|La ferme du Ferry, ancienne dépendance de l'Abbaye de Cherlieu.

Fondation Prieuré en 1127

Avant l’abbaye il existe un petit prieuré d’Antonins, sur la colline de St Antoine, entre Cherlieu et Marlay ; il en restait des vestiges jusqu’au .

Création de l’abbaye

La création de l’abbaye est attestée par une charte d’Anséric, archevêque de Besançon, envers Germain, prieur de Cherlieu en 1127. Les premiers bienfaiteurs seront les nobles de Jussey, et Renaud III, comte de Bourgogne, alors même que le prieur et ses compagnons, miséreux, sont contraints à manger des feuilles de chêne.

Guy,

Il est issu de Clairvaux et vient à Cherlieu en janvier 1131 avec 12 religieux ; plus tard, il aura jusqu’à 600 moines sous son autorité ; ce sera un des prélats les plus distingués de Bourgogne.

Cherlieu sera à l’origine de nouveaux monastères :

Abbaye Notre-Dame d'Acey, qui donna lui-même naissance à Polisy en Hongrie en 1180, lui-même essaimant à Pasrot en 1190 et Beel en 1232 Abbaye du Gard en 1137 Abbaye de Haut-Crêt en Suisse en 1134 Abbaye d'Hauterive en 1138, également en Suisse, dont le 4e abbé fut le célèbre Astrolabe, fils d’Héloïse et Abélard Abbaye de Beaulieu (vers Hortes), vers 1170, malgré l’opposition de Morimond (Haute-Marne).

Le comte Renaud III et les chanoines de Besançon favorisent les progrès de l’ordre ; l’abbé Guy a néanmoins à subir la haine de Pierre de Traves et de l’abbé de Faverney ; saint Bernard prend fait et cause pour Guy et porte l’affaire à Rome. Le séjour du saint à Cherlieu est attesté à plusieurs reprises par différents prodiges sur des malades.

Les cisterciens reçoivent de nombreuses largesses des seigneurs du voisinage. À la mort de Guy, vers 1157, l’abbaye, attachée à l’ordre de Cîteaux, a assis son influence et s’est assurée la protection des papes Innocent II et Eugène III.

Avec les successeurs de Guy au , les évêques et les princes enrichissent Cherlieu ; en 1160, Cherlieu possède les terres de Marlay, Agneaucourt, Montigny et ses dépendances, les terres et les granges de Fontain et Romain (Preigney), des terres à Jussey, Gevigney, la grange des Craies (Jussey), les terres de Vernois-sur-Mance et Betoncourt-sur-Mance, les granges de Bichecourt, de Girecourt, de Villers (Malvillers), de Courcelles (Cornot), des biens à Gourgeon, Audricourt (lieu disparu), Assoncourt (disparu), Nervezain, Purgerot, Chargey-lès-Port, Gondelancourt (Port d’Atelier), les granges de Trémoncourt (Venisey), Miévillers (Cendrecourt), Magny-lès-Jussey et Gommancourt (Saponcourt), la grange des Charmes (Semmadon), des biens à Pressigny et des pêcheries à Conflans-sur-Lanterne… À la fin du , les dons au monastère se multiplient, en même temps que s’émousse la discipline dans la vie de la communauté.

L’église de Cherlieu vignette|Maquette de l'église de Cherlieu de messieurs Jacquet et Perlot.

De style transitionnel entre architecture romano-byzantine et gothique, elle est construite entre 1150 et 1220 sous forme de croix latine à 3 nefs : c’est la plus grande, et une des plus belles de Franche-Comté.

De de long et de de large au niveau du transept, elle possède une voûte à ; des rosaces ornent la façade et le transept, et 50 fenêtres laissent passer la lumière. Sept chapelles entourent le maître-autel, de lui séparées par huit colonnes et une boiserie en chêne de de haut. Le clocher est situé au centre du transept.

L’église sert de modèle à la cathédrale de Langres et à l’abbaye d’Acey. Le cloître ancien est un carré, constitué de 4 fois 10 arcades.

Des sépultures dans l’église de Cherlieu au temps de sa splendeur

Henri de Vergy (1258), marié à Elisabeth de Chalon Hugues de Chalon (1266), et Alix de Bourgogne, née de Méranie (1278) Jean de Rupt en 1284, marié à Marguerite de Saint Rémy Marguerite d’Oiselay en 1290, née Marguerite D'oiselet d'Ivrée, mariée à Philipe II de Chauvirey d'Achée, et Guy de Joinville Agnès de Chauvirey en 1298, née Agnès de Chateauneuf, mariée à Gérard de Chauvirey Gérard de Chauvirey d'Achey en 1300 Othon IV, mort en 1303 et inhumé à Cherlieu, le , en même temps que son frère Jean de Bourgogne, cérémonie en présence de personnes, dont de nombreux dignitaires : la comtesse Mahaut d'Artois, veuve d’Othon, l’archevêque de Besançon, les évêques de Négrepont, de Tabarie, et de Souda dans l’île de Candie (Crète) les chefs de monastères, représentants Cluny : Luxeuil, Lure, Saint-Vincent, Baume, Bèze, représentants les Augustins : Saint-Paul, représentants les Prémontrés : Corneux, Flabémont, l’ordre de Cîteaux : Cherlieu, Sainte-Marie du Mont des Cats, Balerne, Acey, Billon, Beaulieu, Clairefontaine, Theuley, La Charité, Lieucroissant, Rosières, Vaux-la-Douce les princes, frères des défunts : Renaud, comte de Montbéliard, Hugues de Bourgogne 300 chevaliers gentilshommes et nobles dames des jacobins, des ermites, des prêtres séculiers éclairés par 800 cierges et 50 torches. Philippe II de Chauvirey en 1335 Jean de Rupt en 1347

Désastres des

La peste, la famine et la guerre affectent successivement le monastère au cours des années 1350 ; les Routiers et les Tard-venus ne sont pas en reste.

Les bandes des Écorcheurs envahissent l’abbaye en 1437-1439, l’abbé Étienne est capturé en 1439, remis en liberté contre rançon.

L’abbaye a alors autorité sur 32 villages. Au monastère, discipline et bonnes mœurs font toujours défaut au quotidien.

L’abbé fait construire une tour crénelée à proximité du château de Chauvirey ; elle sera démolie à la Révolution.

Sont inhumés à Cherlieu : Catherine de Chauffour-Chauvirey le aux côtés de Gerrard D'Haraucourt son époux Marguerite de Neufchâteau, et son époux Claude de Chauvirey (décédé le ) Didier de Cicon-Demangevelle () et son épouse Béatrix de Villersexel () Jean de Cicon en 1454.

Sous Charles le Téméraire, la comté de Bourgogne est tourmentée par les Français de Louis XI sous la conduite de Pierre de Caron, les Allemands, les Suisses ; Cherlieu n’échappe pas à ces tueries, pillages, incendies, notamment en mai 1475 ; l’abbé Gilles de la Cour, fait prisonnier par les Allemands en 1476, est libéré contre rançon.

, le désastre continue

La décadence s’accentue dans le monastère, avec les abus liés à la commende.

En avril 1569 les Allemands de Guillaume de Nassau viennent à la rescousse des protestants français, sous la direction de Wolfgang de Bavière, duc des Deux-Ponts. Le baron de Savigny, seigneur de Saint-Rémy incendie le cloître. Les tombeaux sont profanés.

En mai 1569, il ne reste de l’abbaye que l’église, quoique incendiée ; les champs sont dévastés, les fermiers réduits à l’aumône.

Le monastère restera désert pendant 30 ans. En février 1595, le Lorrain de Tremblecourt ravage tout. En 1598 sept religieux sont envoyés de Cîteaux.

L’abbé Ferdinand de Rye s’attache à faire restituer à Cherlieu la plupart de ses titres et biens, augurant une période de calme. Une croix visible de nos jours y fait référence, construite en 1613.

En 1636, lors de la guerre de Dix Ans, les Français s’abattent sur le monastère ; en 1637, ce sont les Suédois de Bernard de Saxe-Weimar, puis à nouveau les Français de Du Hallier (maréchal de l'Hôpital) en 1641. L’abbaye est dévastée, elle ne compte plus que huit religieux.

, le renouveau avant la tempête

vignette|200px|Plan de l'abbaye, les vestiges sont en rouge.

En 1701, on construit un nouveau cloître ; en 1773, c’est un nouveau palais monastique qui voit le jour. La communauté est alors la plus riche de la province, même si la piété n’est plus de mise à Cherlieu.

En 1789, les 30 villages qui dépendent de Cherlieu viennent réclamer les titres de redevances seigneuriales. Les moines doivent signer, mains liées, corde au cou sous le glaive, sur la place de Montigny, la renonciation à leurs droits. Les archives brûlent. gauche|vignette|169x169px|Les ruines de l'église abbatiale. Toute l’abbaye est vendue le , durant 11 jours ; le cloître est démoli ; l’église, démontée, sert de carrière pendant plus d’une trentaine d’années, et se dégrade au cours des décennies ; les tombes, dont celle d’Othon IV, alors restaurée, sont mises en pièces.

Ne subsistent aujourd’hui que des restes du cloître du et des bâtiments conventuels des et s, transformés en ferme, ainsi que le logement du portier ; de l’église, seul est encore debout un mur du transept. À la ferme du Ferry, un calvaire du témoigne encore de l’histoire religieuse des lieux. À Marlay, on voit encore des éléments de la tuilerie et du four à chaux ; les bâtiments datent du . À Agneaucourt des témoins du broyage du minerai de fer extrait à Noroy subsistent.

La vie quotidienne de l’abbaye La

C’est l’entité de base qui subvient aux nécessités quotidiennes ; elle se suffit à elle-même. Les moines y travaillent ; ce sont essentiellement des frères convers. Elle a un but purement agricole et pastoral.

Les bâtiments comportent généralement, en dehors des éléments agricoles, une chapelle, un dortoir, un réfectoire, un chauffoir.

Elle ne doit pas être éloignée de plus d’une journée de marche de l’abbaye, de façon que les frères convers puissent y venir à la messe du dimanche.

Elle cultive essentiellement des céréales : froment, avoine, seigle, voire des fèves. Des vignes sont localisées à Craies (de Montigny à Chazel), et à Purgerot.

L’élevage

Il s’exerce sous forme de droit de pâturage.

On trouve des bœufs, (traction des charrettes, charrues…), des porcs (pour la viande, le parchemin…) qui bénéficient de la glandée et de la fagine, des moutons.

Le paysage est également constitué de bois, friches, jachères, vaine pâture.

La pêche

Elle s’exerce surtout le long de la Saône, et à Conflans-sur-Lanterne.

Le moulin

On en trouve sur la plupart des cours d’eau ; ce sont : des moulins à grains, à huile ; des foulons à chanvre ; des pilons pour le concassage du minerai ; des marteaux-pilons.

Le minerai

Le fer, extrait au mont de Noroy et au Pouligney (vers la ferme des Craies), est broyé et traité au moulin d’Agneaucourt.

Il sert à l’outillage, le cerclage des roues et des tonneaux, la ferronnerie ; on note la présence d’un haut-fourneau à Tartécourt en 1730…

Le sel

Il est indispensable à la conservation de la viande (salaisons), il provient de Scey-sur-Saône : l’eau salée, extraite de la source souterraine est chauffée dans une chaudière à sel..

L’abbaye s’approvisionne également dans une montée de muire à Lons-le-Saunier et à Marsal en Lorraine.

L’artisanat

On note la présence d’une tuilerie et d’une briqueterie à Marlay.

On peut penser que les moines utilisent la laine, fabriquent des fromages, et travaillent le cuir.

Le parchemin est parvenu jusqu’à nous via le cartulaire de l'abbaye.

Le commerce

Cherlieu bénéficie d’une grande liberté de mouvement, par l’exemption de péage sur certains ponts, la gestion en propre des bacs de Miévillers et de Port d’Atelier, le libre passage à Port-sur-Saône et Scey-sur-Saône.

L’abbaye est présente sur les marchés de la région.

Lieux liés à la vie de l’abbaye Lieux cités dans les documents et disparus aujourd’hui

Assoncourt et Exencourt (vers Gourgeon ?), Forlesmont et Etramont (vers Baulay ?), Gondelencourt (Port-d’Atelier ?), Olencourt (vers Semmadon ?), Maboncourt (Aboncourt ?), Noncourt, Chaumont (vers Pisseloup), Andricourt (vers Gourgeon), les Courcelles (vers Cornot).

Les granges en 1300

Marlay, Agneaucourt, Montigny, Romain et Fontain (vers Preigney), Velotte (vers Montigny), Grange-Neuve (vers le moulin du Battant), Les Craies (Jussey),

Les Charmes (Semmadon), Villers (Malvillers),

Bichecourt (entre Betoncourt-sur-Mance et Vernois-sur-Mance), Gircourt (entre Vitrey-sur-Mance et Rosières),

Corcelottes (vers Cornot), Courcelles (vers Cornot), les Minières (entre Gourgeon et Nervezain),