L'amphithéâtre de Tours est un monument de spectacle antique situé dans le centre historique de la ville, derrière la cathédrale.
Il est construit au , à l'époque où Tours, sous le nom de , est le chef-lieu de la petite cité des Turons. L'emplacement retenu, le sommet d'une petite colline en marge de la zone urbanisée antique, le met à l'abri des crues, facilite la circulation à ses abords et le signale de loin comme un symbole ostentatoire de la puissance de la ville. Édifice de structure massive et de forme sensiblement elliptique, ses dimensions estimées sont alors de . Agrandi au (), il devient l'un des plus vastes de tout l'Empire romain au point d'être parfois qualifié de , et au ses dimensions colossales ne sont pas explicables au regard de la taille de et de la cité des Turons. Transformé en forteresse au , il est intégré au rempart défensif du Bas-Empire, dont il constitue l'élément structurant, dans la première moitié du . Il tombe progressivement en ruine au cours du Moyen Âge en même temps que des habitations prennent appui sur ses structures et le dissimulent peu à peu.
Totalement oublié jusqu'au , il est redécouvert en 1853 grâce aux actions menées par la Société archéologique de Touraine, dans un contexte national très favorable aux sociétés savantes et aux études archéologiques. Les caves des maisons qui se sont construites sur ses murs font l'objet de relevés et d'observations à partir de 1962 et jusqu'au milieu des , complétées par un travail de fond sur l'évolution topographique et architecturale du quartier au cours des siècles, dans les . Vers la même époque, la découverte fortuite de nouveaux vestiges jusque-là inconnus est l'occasion de reprendre les données archéologiques et bibliographiques plus anciennes, de les réinterpréter pour proposer une nouvelle histoire du monument ; ce réexamen, qui comprend entre autres la constitution de plans de l'amphithéâtre aux échelles 1/1000 et 1/20, est toujours en cours en 2024.
Les vestiges actuels de l'amphithéâtre de Tours sont enfouis dans des maisons du quartier canonial de la cathédrale ; ses vomitoires réaménagés en caves, parfois sur deux niveaux superposés, sont inaccessibles au public. Seules des rues témoignent de son existence : l’une emprunte partiellement le tracé du pourtour de sa tandis qu'une autre traverse l'arène presque en son centre ; les deux dernières soulignent, mais de façon moins suggestive, son pourtour du nord-ouest au nord-est. Le parcellaire rayonnant du quartier, si caractéristique en vue aérienne ou sur un plan cadastral, ainsi que des pans de murs modernes plaqués contre la partie sud de son ellipse en proposent un autre témoignage. Si certaines des maisons qui se sont construites à son emplacement font partie des édifices inscrits comme monuments historiques, les vestiges de l'amphithéâtre, en eux-mêmes, ne font à ce titre l'objet d'aucune mesure de protection. Toutefois, le périmètre et le quartier de la cathédrale où se trouve l’amphithéâtre font partie du secteur sauvegardé de la ville.
L’amphithéâtre dans la ville antique Caesarodunum sous le Haut-Empire
Probablement fondée sous le règne d'Auguste ou de Tibère entre et 20 ou 30 ap. J.-C.., est installée dans la vallée entre Loire et Cher, à l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Tours. La ville antique, à sa fondation, occupe un espace compris entre la Loire au nord, une ligne perpendiculaire à la Loire passant par la place de la Victoire et enfin une ligne joignant le rond-point des Français-Libres au nord-est au carrefour rue Marceau - boulevard Béranger au sud-ouest.. Dans cette enveloppe d'au moins , l'urbanisation est plus dense en bord de Loire.. dispose de monuments publics : sont attestés un temple, deux établissements thermaux, deux aqueducs, un pont et l'amphithéâtre ; d'autres édifices restent certainement à découvrir. La ville connaît son apogée sous le Haut-Empire au avant de se resserrer sous le Bas-Empire dans et autour d'un dont l'amphithéâtre est une des pièces structurantes..
Un site soigneusement choisi vignette|gauche|alt=Plan schématique de Tours dans lequel s'insère l'amphithéâtre.|L'amphithéâtre (en brun) dans le plan actuel de la ville.. L'amphithéâtre a été implanté au nord-est de la ville antique, presque en limite de la zone urbanisée, au sud-est immédiat de la cathédrale actuelle. Le choix de ce site ne doit rien au hasard ; il répond à des impératifs topographiques, urbanistiques et politiques. Topographiques car, après avoir longtemps débattu du sujet., les archéologues ont acquis la conviction que l'amphithéâtre avait bien été construit sur une montille dans laquelle il était partiellement encastré et dont ses architectes ont profité pour limiter les travaux de maçonnerie et préserver le monument des risques d'inondations ; au milieu de la plaine alluviale où est fondée et dont l'altitude, à l'époque antique, est d'environ , la montille de l'amphithéâtre « culmine » à .. Urbanistiques car, comme dans beaucoup d'autres cités gallo-romaines, l'implantation de l'amphithéâtre de Tours exigeait une très grande emprise au sol dans une ville qui avait commencé à se construire avant lui ; sa capacité était telle qu'il devait accueillir des spectateurs au-delà même de la ville de et que la circulation d'une telle foule, avant et après les spectacles, était facilitée par le dégagement autour du monument. Politiques enfin, car l'amphithéâtre se devait d'être un monument signalant la ville de loin, montrant sa richesse et sa puissance, ce qui, à Tours, était obtenu en installant le monument en dehors de la zone urbaine dense et sur un point haut..
L'histoire du monument Alors que les études conduites jusqu'à la fin des dressaient le portrait d'un monument relativement homogène dans sa construction, édifié en une seule campagne, peut-être vers le début du ., les travaux menés au début du troisième millénaire suggèrent une réalité toute autre : un premier amphithéâtre aurait été construit au , agrandi au second, pourvu d'une fortification individuelle au troisième avant de servir de base à la construction de l'enceinte du Bas-Empire de Tours vers 350 ou un peu avant. Ce dernier épisode, dont le principe déjà connu n'est pas remis en cause, fait lui aussi l'objet d'une réinterprétation. L’amphithéâtre d’origine vignette|upright|alt=Vue d'un mur en petits moellons réguliers. Légende détaillée ci-dessous.|Face interne du mur du vomitoire principal ouest de l'amphithéâtre à la jonction de la partie d'origine (arrière-plan) et de la partie agrandie (premier plan). vignette|gauche|alt=Vue d'un escalier en petit appareil.|Escaliers d'accès à la à partir du vomitoire secondaire sud-ouest. vignette|gauche|alt=Vestiges de maçonnerie en grand appareil montrant le départ d'une arcature antique.|Détail de l'entrée d'un vomitoire principal d'origine :sommet d'un piédroit (chapiteau mouluré) et base de l'arc. vignette|upright|alt=Vue d'un escalier double plaqué contre la façade d'un amphithéâtre.|Escalier extérieur de l'amphithéâtre de Pompéi. vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un arc composé de pierres de grand appareil moulurées|Arc surmontant l'entrée du vomitoire secondaire sud-ouest. L'amphithéâtre de appartient à un type « primitif » d’amphithéâtres (ce qui ne préjuge pas d’une datation précoce du monument)., qualifiés de pleins ou massifs comme à Samarobriva (Amiens), Octodurus (Martigny, Suisse) ou Emerita Augusta (Merida, Espagne). ; dans ces constructions, la n’est pas portée par des murs rayonnants et des voûtes, comme c'est par exemple le cas aux arènes de Nîmes, mais par un remblai qui descend en pente de l’extérieur de l’amphithéâtre vers l’arène ; à Tours, ce remblai a pu être constitué en partie par les terres d’excavation de l’arène à l’intérieur de la montille.. Les spectateurs doivent alors prendre place directement sur la pente gazonnée, mais le remblai peut aussi accueillir des gradins en bois dont la découverte des vestiges, s'ils ont jamais existé, serait exceptionnelle ; aucun des vestiges retrouvés à Tours, en place ou en remploi, n'a pu être attribué à des gradins de pierre. Les maçonneries sont réduites au strict minimum : le mur extérieur, le mur de l’arène, les galeries des accès ou vomitoires, également creusés dans la montille, les cages d’escalier et peut-être quelques murs de soutènement rayonnants délimitant des caissons destinés à recevoir les remblais.
En l’état actuel des recherches et au regard de documents publiés en 2017, les dimensions de cet amphithéâtre pseudo-elliptiqueEn réalité, selon Jean-Claude Golvin, le contour de la plupart des amphithéâtres ne dessine pas une ellipse parfaite, mais une forme pseudo-ellipsoïdale composée d’une succession d’arcs de cercles raccordés. Cette disposition est due à l’obligation d’avoir une cavea (et donc des gradins) de largeur identique quel que soit le point de l’amphithéâtre où l’on se trouve. Les dimensions observées de plusieurs amphithéâtres de l’Empire romain semblent confirmer cette théorie. L’amphithéâtre de Tours, étudié dans son état d’origine du et bien que probablement dépourvu de gradins, paraît obéir à cette règle ()., dans la première phase de son existence, sont évaluées à pour le grand axe et de pour le petit axe. Sa superficie estimée est de . Les dimensions de l'arène sont évaluées à sur pour une superficie de . Les de la permettent d’accueillir au moins .. Ce monument possède huit vomitoires, quatre principaux permettant d'accéder au niveau de l'arène ainsi qu'à un niveau encore indéterminé de la et quatre secondaires desservant la partie médiane de la par des escaliers. ; leur entrée est surmontée d’un grand arc en grand appareil reposant sur des chapiteaux moulurés. Les vomitoires nord et sud présentent une hauteur sous voûte comprise entre pour une largeur de ; les vomitoires ouest et est, un peu moins imposants, ne mesurent que de hauteur et de large.. Les vomitoires secondaires donnant accès aux escaliers intermédiaires sont encore moins larges. La présence de huit accès supplémentaires est vraisemblable, constitués par des escaliers extérieurs doubles plaqués contre la façade de l'amphithéâtre et permettant d'atteindre le sommet de la , comme à (Agen) ou (Rodez) ; un dispositif comparable est toujours en place sur l'amphithéâtre de Pompéi. L'orientation de l'amphithéâtre semble délibérément alignée sur le plan de voirie de la ville : son petit axe se poursuit, vers l'ouest, par la voie pressentie comme le de la ville alors que son grand axe est parallèle aux ..
Les entrées des vomitoires sont appareillées en grands blocs assemblés à joints vifs, les piédroits étant surmontés de chapiteaux moulurés qui supportent un arc en plein cintre. Le rempart du Bas-Empire de Tours comporte de nombreux blocs de remplois en grand appareil provenant probablement du chaperon du mur de façade de l'amphithéâtre. Tout le reste du parement de la structure de l'amphithéâtre, murs et voûtes, paraît construit en petits moellons calcaires cimentés () et dont les joints sont marqués au fer, sans inclusion de terres cuites architecturales (TCA), enfermant un blocage de pierres noyées dans du béton ().
La construction de l'amphithéâtre, dans ce premier état, remonterait à la seconde moitié du ., soit au moins cinquante ans après la fondation de . Il semble que ce soit à cette période que la plupart des monuments antiques de Tours furent construits.. Cette proposition de datation, « vieillissant » l'amphithéâtre d'environ par rapport à d'autres hypothèses émises antérieurement, repose sur la comparaison des éléments architecturaux de l'amphithéâtre de Tours et de ceux d'Amiens, Autun ou Saintes, trois monuments dont la datation paraît acquise.
L’amphithéâtre agrandi vignette|upright|alt=Vue légendée d'une voûte où alternent différents styles de construction. Légende détaillée ci-dessous.|Détail de la voûte du vomitoire ouest de l'amphithéâtre agrandi.(A) voûte du .(B) voûte du .(C) reprise médiévale.