Marie-Thérèse-Louise de Savoie, princesse de Lamballe, dite Mademoiselle de Carignan, ou Madame de Lamballe, née le à Turin et morte le à Paris, est une princesse d'origine italienne, devenue par son mariage princesse de Lamballe.

Fille de Louis-Victor de Savoie, prince de Carignan, elle épouse Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe, le fils de Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthiève, petit-fils du roi de France . Mariée à ce dernier en , elle est veuve l'année suivante. Elle rencontre Marie-Antoinette d'Autriche, alors dauphine, qui la nomme surintendante de la Maison de la Reine.

Supplantée par la duchesse de Polignac, dans l'affection de la reine, elle reste tout de même dévouée à cette dernière, devenue reine de France, ce qu'elle payera de sa vie. Demeurée auprès de la famille royale après la journée du 10 août 1792, elle est incarcérée à la prison de La Force. Elle est mise à mort par la foule, venant de quitter son procès, au cours des massacres de Septembre.

Biographie

Enfance Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan est née à Turin au palais Carignan le . Membre de la maison de Savoie qui règne sur le duché de Savoie, le comté de Nice, le comté de Piémont et sur le royaume de Sardaigne, elle est la fille de Louis-Victor de Savoie, prince de Carignan et de son épouse, Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rotenbourg. Elle est une cousine du roi Charles-Emmanuel IV de Sardaigne qui en 1775 épouse Clotilde de France, soeur du roi Louis XVI de France. Les liens entre la maison de Savoie et la France sont anciens. Feue la mère de Louis XV était une princesse de Savoie et les deux frères de Louis XVI en épouseront une aussi.

Sa mère est la sœur de la duchesse de Bourbon et de la reine de Sardaigne, alors épouse du roi Charles-Emmanuel III. La jeune princesse grandit à Turin et y mène une vie maussade et stricte, mais éloignée des complots et des intrigues de cour. Elle passe pour une enfant douce, pieuse et sage, traits de caractères qui vont pousser le duc de Penthièvre, l'un des hommes les plus riches d'Europe, à la choisir comme épouse pour son fils Louis-Alexandre. Autant le père est pieux et vertueux, autant le fils est dévergondé et libertin. Son père pense alors ainsi l'assagir.

Mariage Marie-Thérèse épouse Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe et arrière-petit-fils du roi Louis XIV (branche légitimée). Le mariage se fait par procuration à Turin, le , puis la cérémonie est renouvelée en présence du prince le à Nangis. Le père du marié est alors réputé être l'homme le plus riche de France. Très vite, le jeune prince reprend ses habitudes et délaisse son épouse, qui se réfugie auprès de son beau-père. Elle commence alors à développer des accès de mélancolie, elle est saisie de vapeurs qui la font s'évanouir.

Son époux contracte des maladies vénériennes et la contamine plusieurs fois. Elle y gagne alors des cicatrices et des boutons. Un an plus tard, en 1768, son époux meurt soudain d'une maladie vénérienne. Bien que peu attristée, la princesse se retrouve veuve et sans enfants à dix-huit ans et demi. Son beau-père lui offre alors la Chaumière aux coquillages (aujourd'hui dépendance du château de Rambouillet) qu'il a fait édifier pour elle. La pièce centrale est alors une rotonde, couverte de coquillages et de nacre, où sont placés fauteuils, canapés et lustres.

Les miroirs sont recouverts de nacre à la demande du duc, pour que la princesse ne puisse voir son visage, abîmé par les maladies. Le médecin chirurgien Seyffert, médecin de la cour et futur médecin personnel de Xavier de Saxe en son château de Chaumot, sauve la princesse atteinte d'une maladie grave. Il gagne ainsi la protection de la reine et une grande réputation, puisqu'on viendra même de Paris à Chaumot pour se faire guérir. Le duc de Penthièvre, après la mort plutôt brutale de son fils unique, tient alors à garder sa belle-fille auprès de lui.

vignette|La Famille du duc de Penthièvre en 1768 ou La Tasse de Chocolat par Jean-Baptiste Charpentier le Vieux, 1768.

Ensemble, ils sont très actifs dans diverses œuvres pieuses et charitables. En 1769, le duc de Chartres, futur duc d'Orléans, épouse la belle-sœur de la princesse, Marie-Adélaïde de Bourbon : la fille du duc de Penthièvre, est certes issue d'une branche illégitime de la famille royale mais elle est aussi, depuis la mort de son frère, la plus riche héritière du royaume. La jeune femme représente alors un parti avantageux pour le duc d'Orléans.

À la Cour de France En 1769, après la période de deuil qui suit la mort de la reine Marie Leszczynska, le parti des dévots, soutenu par Mesdames, n'ayant pu remarier Louis à l'archiduchesse d'Autriche Marie-Élisabeth de Habsbourg-Lorraine, la sœur de la dauphine pense à la princesse de Lamballe. Ironie du sort, il est une nouvelle fois question pour elle de convoler avec un homme esclave de ses sens. Mais le projet ne fait pas long feu : la comtesse du Barry, toute nouvelle maîtresse du roi avant d'en devenir la favorite officielle, ne veut pas perdre son royal amant. Le mariage n'eut donc jamais lieu et le roi resta auprès de la favorite.

vignette|Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe par Louis-Édouard Rioult, 1843.

En 1770, le jeune dauphin Louis-Auguste épouse l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche. Présente au mariage célébré au château de Versailles, les deux jeunes femmes font ainsi connaissance. Elle a vingt-et-un ans, Marie-Antoinette presque quinze. À compter de l'année 1771, la princesse se montre de plus en plus souvent à la cour et se rapproche de la dauphine, qui voit en elle une alliée sûre et une amie sincère. Le roi Louis étant mort le , Marie-Antoinette devient reine de France. La reine continue à fréquenter son amie, mais de fausses rumeurs (lancées et attisées par ses ennemis) commencent à entacher leur amitié.

En 1775, la souveraine octroie à son le titre très lucratif de surintendante de la Maison de la Reine. Elle a donc pour charge d'organiser les plaisirs de celle-ci. Cet office, jugé trop important, avait été supprimé puis rejeté par certaines reines, notamment Marie Leszczynska, se contentant ainsi de la charge de la première dame d'honneur. Dans le cas de Marie-Antoinette, sa première dame d'honneur était la princesse de Chimay ; il est fort possible que cette dernière ait suppléé la princesse de Lamballe durant son absence. Plus tard, la reine se rend compte que sa cousine et amie, la princesse, est bien trop sérieuse pour cette fonction, car elle s'ennuie.

Délaissant Marie-Thérèse, sans l'oublier pour autant, Marie-Antoinette se tourne alors vers Gabrielle de Polignac, , qui, pour si longtemps, prendra ainsi la place de cette amie dévouée.

Franc-maçonnerie Ayant plus de temps à elle, la princesse de Lamballe part à la campagne, reprend ses activités charitables et rachète l'hôtel de Toulouse à son beau-père. Elle est initiée à la franc-maçonnerie et entre dans la loge d'adoption le . Elle est élue grande maîtresse de la en 1781. Elle s'intéresse également au mouvement des Lumières, à l'Encyclopédie, à la condition des femmes et à l'amitié féminine. Elle organise notamment, le , un dîner suivi d'un bal auquel sont conviées seulement des femmes, ce qui choque la cour, irrite la reine et génère ainsi des rumeurs malveillantes. En 1783, elle achète une folie dans le village de Passy, dénommé l'hôtel de Lamballe.Camille Longépé, « L’histoire fascinante de l’hôtel de Lamballe, la résidence de la Turquie en France », aujourdhuilaturquie.com, 20 mai 2013..

Révolution française vignette|Portrait de la princesse de Lamballe par Karl Anton Hickel, 1788.

En 1789, la Révolution française gronde et la reine commence à prendre conscience de ses erreurs. Elle devient alors plus sage et se rapproche à nouveau de la princesse. Rapprochement d'autant plus aisé qu'immédiatement après la prise de la Bastille, la reine a demandé à Gabrielle de Polignac de quitter Versailles et de partir ensuite à l'étranger, ce qui est chose faite le . En octobre, la famille royale est emmenée à Paris et Marie-Thérèse la suit dans sa nouvelle résidence, le palais des Tuileries. La princesse reste l'un des derniers soutiens auprès de la reine et leur amitié se retrouve renforcée. Les deux femmes se montrent ainsi très unies et sincères.

En 1791, la reine l'informe du projet de sa fuite et lui enjoint de quitter la France. Alors munie d'un passeport, en règle, la princesse gagne Londres via Dieppe. La famille royale, elle, est rattrapée à Varennes. Les deux femmes échangent alors toute une correspondance dans laquelle la reine réaffirme ses sentiments d'affection envers la princesse : , lui dit-elle lors du mois de . Mue par un pressentiment, elle y dicte ses dernières volontés le , nommant alors le marquis de Clermont-Gallerande, militaire et homme politique, comme étant son exécuteur testamentaire.

vignette|Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789 par un peintre anonyme, 1789.

Fin 1791, la reine supplie la princesse de ne pas revenir à Paris, mais cette dernière, soit par crainte de voir ses biens menacés par les lois en préparation sur les biens d'émigrés, soit par dévouement pour Marie-Antoinette, rentre à Paris et reprend ses fonctions auprès de la reine aux Tuileries.

Mort vignette|Prise du palais des Tuileries le 10 août 1792 par Jacques Bertaux, 1793.

Au cours de la journée du 10 août 1792, la foule envahit le palais des Tuileries et la princesse suit la famille royale, qui se réfugie à l'Assemblée législative. C'est alors qu'est prononcée la déchéance du roi et décidée son incarcération à la tour du Temple. La princesse accompagne la famille royale au donjon du Temple le et elle y est incarcérée avec eux. Le , on vient chercher tous ceux qui n'appartiennent pas à la famille du roi stricto sensu pour les transférer ailleurs. La princesse de Lamballe, avec la marquise de Tourzel, sa fille Pauline ainsi que les autres dames de la reine, Mesdames Thibault, De Navarre et Basire, sont conduites ailleurs.

Madame de Saint-Brice et les valets de Chamilly et Hue sont ainsi conduits avec les autres dames à la prison de La Force, excepté Monsieur Hue qui, sous autorisation du maire Pétion, fut autorisé à retourner au Temple afin de continuer à servir le roi. Monsieur de Chamilly fut, quant à lui, écroué à la Grande-Force (la partie pénitentiaire réservée aux hommes) et les dames de la reine, dont la princesse, furent écrouées à la Petite-Force (destinées aux femmes). Marie-Thérèse, après avoir reçu la visite du procureur Manuel, fut autorisée à partager sa cellule avec Madame de Tourzel et sa fille Pauline. La princesse reste ainsi un mois enfermée dans la prison, aux côtés de femmes de la noblesse.

vignette|La condamnation de la princesse de Lamballe par Louise Adélaïde Desnos, 1846.

Les 2 et , les massacres de Septembre ayant commencé, une multitude d'hommes, armés de barres de fer, de piques et de bûches encerclent les prisons de Paris, décidée à tuer les proches de la famille royale et d'autres détenus qu'une rumeur accuse d'y avoir caché des armes pour fomenter une contre-révolution. La prison est vidée de ses prisonniers, qui sont conduits au tribunal improvisé, appelé « tribunal de sang », introduit au greffe. En fonction du jugement qui leur est fait, ils sont absous ou massacrés. La princesse, au même titre que les autres détenus, est tirée de sa cellule au matin du à huit heures et conduite dans la cour de la prison. La prison de la Petite-Force renfermait 212 prisonnières lors des massacres de Septembre, et toutes ont été relâchées.