La bataille de Vertières se déroule le à Vertières, près du Cap-Français, dans le nord de la colonie de Saint-Domingue (actuelle Haïti). Elle oppose les troupes françaises commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles du général domingois Jean-Jacques Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l'expédition de Saint-Domingue ; elle marque l'achèvement de la Révolution haïtienne.
La bravoure des troupes menées par Dessalines et de la , commandées par François Capois, mène à la victoire finale, obligeant Rochambeau à capituler.
Contexte À la suite de l'abolition de l'esclavage de 1794, Toussaint Louverture parvient à chasser les Anglais de l'île et commence à la gouverner. Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage, fait capturer par traîtrise Louverture et envoie sous les ordres de Charles Victoire Emmanuel Leclerc reprendre le contrôle de l'île. Les troupes françaises sont contaminées par le virus de la fièvre jaune, et malgré un renfort de sont réduites à retranchés au Fort Mazi à Vertières.
Forces en présence Selon des sources militaires françaises, les forces de Rochambeau au Cap-Français ne sont alors plus que de à hommes.. L'historien haïtien Thomas Madiou les élève à . Le fort de Vertières est défendu par 300 hommes de la demi-brigade d'infanterie légère avec 12 canons.. Affaiblis par les fièvres, bon nombre de soldats ne sont alors plus en état de se battre. Un témoin français les décrit comme des .
Les effectifs de l'Armée indigène varient grandement selon les sources. Des rapports français évoquent ou hommes, dont une partie sans armes. Le général Rochambeau estime l'armée ennemie à au moins hommes. Le commissaire de marine Dusaulchoy fait état de hommes. Pour Thomas Madiou, Dessalines réunit dans la région du Cap hommes répartis en quinze demi-brigades et trois escadrons de cavalerie.Jacques de Cauna, Haïti, l'éternelle révolution: histoire de sa décolonisation (1789-1804), p.177..
Gabart commande les , et demi-brigades, ainsi que deux bataillons de la . Jean-Philippe Daut mène la et le troisième bataillon de la . Augustin Clervaux commande la , Henri Christophe la et la , Cangé les , , et et André Vernet le et . François Capois, dit « la Mort », dirige quant à lui deux bataillons de la demi-brigade.
Les combats La résistance française Le , Jean-Jacques Dessalines ordonne de prendre le fort, situé sur une colline à côté de la ville de Cap-Français. François Capois dit Capois-la-Mort commande une demi-brigade qui est en partie décimée par le tir des canons en provenance du fort. Il lance un nouvel assaut, mais ses hommes sont encore fauchés par la mitraille, au pied de la colline. Capois va chercher des renforts puis, pour la troisième fois, lance en vain ses forces à l'assaut du fort laissant une fois de plus de nombreux morts sur le champ de bataille. Lors du quatrième assaut, il demande à ses hommes de le suivre en criant : . Pendant qu'il est à la tête de ses hommes, son cheval est touché par un boulet de canon ; il tombe, mais prend son épée, se relève et va se mettre à nouveau à la tête de ses soldats noirs en criant toujours . Son bonnet garni de plumes, est emporté par un boulet. Un messager personnel de Rochambeau monte sur son cheval et part vers Capois-La-Mort. Avec une voix forte, il crie :
Les renforts de Dessalines Pour renforcer les bataillons épuisés de Capois-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe Daut. Au milieu de l'après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noël. Les combats redoublent d'intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.
Pertes Côté français, le général Rochambeau estime dans un courrier que les pertes de ses troupes sont de 150 hommes. Dans son mémoire sur l'expédition de Saint-Domingue, il rapporte que le fort de Vertières perd les deux tiers de ses défenseurs. L'auteur d'un autre mémoire sur Saint-Domingue estime que 300 soldats sont admis à l'hôpital le jour de la bataille. Le lieutenant de vaisseau Babron évoque quant à lui une perte de 194 hommes.
Du côté des indigènes, le général Rochambeau estime à ou , le nombre des . Selon un habitant du Cap, les assaillants ont au moins hommes tués ou blessés en deux heures de combats. Pour l'historien haïtien Thomas Madiou, les pertes de Dessalines pour l'ensemble de la journée sont de tués et blessés.Berthony DuPont, Jean-Jacques Dessalines: itinéraire d'un révolutionnaire, p.228..
La capitulation de Rochambeau Le lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l'armée haïtienne sur un cheval ; il porte le message suivant : . Les pourparlers avec Dessalines durent une journée entière. Avant la tombée de la nuit, un accord est signé. Rochambeau obtient dix jours pour évacuer le fort Mazi de Vertières et embarquer les restes de son armée et quitter Saint-Domingue. Il s'agit bien d'une capitulation et non d'une reddition selon Jean-Marie Théodat, directeur de l’Institut de géographie de l’Université Panthéon-Sorbonne.
Les conséquences Le 29 novembre 1803, soit onze jours après la bataille, une première déclaration d’indépendance est proclamée à Haut-du-Cap, suivie d’une seconde version plus radicale, rédigée par Louis Boisrond-Tonnerre, secrétaire de Dessalines : l'Acte de l'Indépendance de la République d'Haïti que Dessalines lit sur la place d'armes des Gonaïves le 1er janvier 1804. Haïti devient alors la première république noire au monde.
Lors de la Seconde Restauration, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la République française. En 1826, le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. En 1838, sous la monarchie de Juillet, cette dette sera allégée par le roi Louis-Philippe à 90 millions de francs et fut intégralement versée à la France en 1883. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l'indemnité ne cesse qu'en 1952..
Depuis son indépendance, la nation haïtienne commémore la bataille de Vertières, le , en la célébrant comme une fête nationale. Cette bataille est célébrée non seulement comme un événement historique important pour le pays, mais aussi comme un exemple emblématique de la lutte contre l’esclavage et le colonialisme pour d’autres pays. Sur le site de Vertières, un monument a été érigé en 1953 et inauguré à l'occasion du 150e anniversaire de l'indépendance du pays. Le monument représente six haïtiens, quatre hommes (dont le général Capois) et deux femmes partant à la bataille.
L'équipe de football des Grenadiers d'Haïti sélectionnée pour la coupe de monde de football 2026 s'est vue interdire par la FIFA le maillot officiel, qui comportait un dessin symbolant cette victoire haïtienne sur les troupes françaises, sous prétexte d'absence de neutralité. Les autorités ont décidé de classer ce mailot comme objet symbolique de l'histoire du pays en l'exposant au musée du Panthéon national haîtien.
La victoire a empêché la France de maintenir son projet d’empire colonial couvrant une partie des Caraïbes et l’Amérique du Nord. En conséquence, la décision de Napoléon de vendre la Louisiane aux États-Unis en 1803 est directement liée à la perte de Saint-Domingue.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes Histoire d'Haïti Saint-Domingue (colonie française) Expédition de Saint-Domingue Révolution haïtienne
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