vignette|Niederwalddenkmal (2009). vignette|Niederwalddenkmal en 2006.
Le Niederwalddenkmal (/ni:dərvald dεnkma:l/ ) (Monument du Niederwald) est situé à la lisière du parc naturel du Niederwald, surplombant le Rhin et la ville de Rüdesheim am Rhein, au sud-ouest du land de Hesse. À ses pieds s'étendent les vignobles du mont de Rüdesheim.
Le monument devait commémorer l'unification de l'Allemagne en 1871. Sa conception et sa construction ont duré douze ans, depuis la décision initiale jusqu'à son inauguration le . Il a fallu six ans pour la construire. Avec le Barbarossadenkmal sur le mont Kyffhäuser, le Deutsches Eck à Coblence, le Hermannsdenkmal près de Detmold, au sud de la forêt de Teutberg, le Völkerschlachtdenkmal à Leipzig, le Bismarck-Denkmal à Hambourg et le Walhalla près de Donaustauf, le Niederwalddenkmal s'inscrit dans le groupe des ouvrages commémoratifs monumentaux allemands, apparus pour la plupart à l'époque de l'Allemagne impériale.
Le Niederwalddenkmal se situe dans la vallée du Haut-Rhin moyen, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2002.
Origine et conception Contexte historique Le Niederwalddenkmal a été édifié à la suite de la guerre franco-allemande de 1870 et de la création de l'Empire allemand le . Ce dernier était le résultat de plusieurs décennies d'efforts vers l'unification des nombreux États de la Confédération germanique. De surcroît, au , la mode s'était répandue en Allemagne d'ériger des monuments pour commémorer des événements ou des personnes. Ainsi, pendant la guerre de 1870/71, déjà, apparaissent les premieres idées pour l'érection d'un tel monument. Après la création de l'Empire, les propositions arrivent de toutes parts.
Situation Le monument est situé au-dessus du Rhin, sur les hauteurs de la pente sud de la vallée dominant des vignobles et à l'ouest de Rüdesheim am Rhein. Il fait face à la ville Bingen am Rhein située de l'autre côté du fleuve, dans le land de Rhénanie-Palatinat à l'endroit où la Nahe se jette dans le Rhin.
Le Rhin est un symbole important pour les Allemands. De tout temps, il a été l'un des théâtres des contes et légendes allemandes (Rhin romantique). Par l'annexion de l'Alsace-Lorraine, le Rhin est devenu un fleuve tout à fait allemand – de sa source à son embouchure. Auparavant, il avait servi temporairement de frontière naturelle entre la France et l'Allemagne. De nombreux soldats allemands avaient entonné « Die Wacht am Rhein » (La garde du Rhin), alors qu'ils partaient pour la guerre de 1870/71. Ce chant a même été considéré comme hymne du nouvel Empire allemand.
Conception Le , l'écrivain Ferdinand Heyl proposa, dans le Rheinischer Kurier, l'emplacement du Niederwald près de Rüdesheim am Rhein. Cette proposition fut accueillie par beaucoup avec enthousiasme. Le président du gouvernement de Wiesbaden, Botho zu Eulenburg, en particulier, s'occupa de la poursuite de la conception et de l'organisation du chantier du monument. Il s'assura d'abord de l'approbation de l'empereur Guillaume et du chancelier Otto von Bismarck. Puis il fonda un comité à Berlin, constitué essentiellement de membres du Reichstag. Il présida lui-même la commission exécutive de ce comité.
En , la réalisation du projet débuta avec la publication du premier appel à la souscription populaire. En suivit le premier concours d'artistes, d'architectes et de sculpteurs, afin de sélectionner le meilleur projet. Cependant aucun des projets déposés ne trouva grâce aux yeux du comité. Ce ne fut qu'après un second appel d'offres que les idées du sculpteur Johannes Schilling (1828-1910) s'imposèrent. Il livra son troisième projet en . L'architecture et les constructions en terrasse du monument ont été tracées par l'architecte dresdois Karl Weißbach (1841-1905). La mise en œuvre du projet sera compliquée par l'insuffisance des dons collectés. Le Reichstag devra alors octroyer une aide financière. La construction pourra alors commencer, après trois ans de préparatifs.
Construction Le , la pose de la première pierre est célébrée avec faste et en présence de l'empereur Guillaume . En 1883, les travaux de construction étaient terminés. Lors de l'inauguration, le , le discours de l'empereur fut perturbé par un incident. Ayant mal interprété le geste de leur officier, les obusiers tirèrent une salve, alors que l'empereur parlait encore. Les bateaux sur le Rhin, entendant le signal convenu, tirèrent à leur tour plusieurs salves. Pour que les derniers mots de l'empereur ne soient pas tout à fait perdus, on les grava sur les escaliers entourant le socle du monument. Lors de cette inauguration eut lieu une tentative d'attentat contre l'empereur Guillaume , fomentée par un groupe d'anarchistes, autour d'August Reinsdorff et d'Emil Küchler. Cet attentat échoua et ne causa aucun dommageL'Attentat de Niederwald, in : Le Voleur, 25 décembre 1884, . .
Programme iconographique
Le Niederwalddenkmal a une hauteur de et pèse . Le programme sculpté du monument comporte plusieurs statues et reliefs.
Germania vignette|redresse|Germania. Au sommet se dresse la statue principale, la figure allégorique de Germania, d'une hauteur de . Sur un socle, elle est représentée debout devant un trône de style « Altdeutsch », dont les montants latéraux sont formés par des aigles et symbolisant le trône impérial. Bien que le monument soit orienté vers le sud, la tête de Germania est légèrement tournée vers la gauche, c'est-à-dire vers l'est. Ainsi, elle regarde le Rheingau, vers l'Allemagne. Dans la main droite, elle élève la couronne impériale allemande entourée de lauriers. La main gauche tient une épée, posée sur la pointe et autour de laquelle s'enroule des feuilles de laurier. Dans l'Antiquité, le laurier tressé en couronne était déjà porté par l'imperator comme un symbole de victoire et une marque de pouvoir. Au , il est souvent employé de la même façon, comme symbole triomphal.
La tête de Germania est, par contre, couronnée de chêne, attribut germanique, et ses cheveux longs flottent au vent. Son corps est enveloppé dans un lourd vêtement aux nombreux plis, décorée de divers ornements et animaux. On y reconnaît des aigles, des cerfs, des corbeaux, des dragons et des cygnes – animaux très présents dans l'univers des contes et légendes germaniques. Le bord du manteau présente une frise d'aigles et un liseré de pierres précieuses. En guise de protection, Germania porte une cuirasse gravée de l'aigle impériale. Ainsi, elle devait réunir tout ce qui représentait alors l'Allemagne.
Le modèle pour Germania a été Clara, la plus jeune fille de Schilling.
Le socle Sur le socle, on trouve l'inscription principale du monument: « ZUM ANDENKEN AN DIE EINMUETHIGE SIEGREICHE ERHEBUNG DES DEUTSCHEN VOLKES UND AN DIE WIEDERAUFRICHTUNG DES DEUTSCHEN REICHES 1870 – 1871 » (« En mémoire du soulèvement unanime et victorieux du peuple allemand et de la résurrection de l'Empire allemand 1870-1871 »). À droite et à gauche, elle est encadrée par les noms des champs de bataille importants de la guerre de 1870/71. Sur les arêtes chanfreinées de la partie supérieure du socle, on voit des feuilles de palme, qui n'étaient pas prévues à l'origine et n'ont été ajoutées qu'après la pose de la première pierre. Elles servent la mémoire des soldats tombés au combat. Cette partie de la plante, toujours verte, représente la vie éternelle et le Christianisme en a fait le symbole des martyrs.
Au pied de la partie supérieure du socle se trouvent des couronnes et des croix de fer. Elles font la transition avec une série d'armoiries, au centre desquelles se tient l'aigle impériale, le blason de la Prusse sur la poitrine. Celui-ci est sur le point de s'envoler. La série d'armoiries réunit tous les blasons des États de l'époque. Sur la façade antérieure sont représentés les quatre royaumes de Saxe, de Prusse, de Bavière et de Wurtemberg.
Le relief principal vignette|Le relief principal et le Wacht am Rhein ». Sur le relief principal, en dessous du socle, sont représentées, grandeur nature. C'est ainsi le plus grand relief en bronze jamais sculpté au . Au centre, le roi Guillaume de Prusse est représenté à cheval et, autour de lui, sont réunis les généraux et les princes de l'Allemagne du nord, à droite, et de l'Allemagne du sud, à gauche. Par conséquent, c'est l'atmosphère du départ pour la guerre franco-allemande que montre le relief et non la fin des événements. Sous le drapeau de la Confédération et les bannières des grandes villes d'Allemagne, Bismarck, Moltke, le prince Frédéric-Charles de Prusse, le prince héritier Albert de Saxe, Frédéric-François II de Mecklembourg-Schwerin, le général von Manteuffel, un garde prussien avec un drapeau et un fantassin saxon avec un tambour sont représentés en pied. Ils dirigent au loin leur regard déjà radieux et se rassemblent autour de leur chef, le roi Guillaume de Prusse. À la gauche de Guillaume se tiennent le prince héritier Frédéric-Guillaume de Prusse, les généraux von Blumenthal, von Hartmann, von der Tann, von Werder, un chasseur hessois et un canonnier prussien. Tous ceux qui avaient pris part à la guerre devaient pouvoir se retrouver dans l'un des représentants des différents corps d'armée. De ce fait, parmi les personnages, on trouve des représentations aussi bien des chefs de l'armée que de leurs troupes et de leurs unités. vignette|gauche|redresse|L'allégorie de la guerre. vignette|redresse|L'allégorie de la paix.
Les allégories Les allégories de la guerre et de la paix faisaient déjà partie du projet initial de Schilling et constituaient un rapport harmonieux avec la statue principale de Germania Antje Laumann-Kleineberg: Denkmäler des 19. Jahrhunderts im Widerstreit. Drei Fallstudien zur Diskussion zwischen Auftraggebern, Planern und öffentlichen Kritikern. Frankfurt am Main 1989, S. 49 f.. Leurs proportions sont également plus grande que nature, mais plus petites que celle de Germania. Elles flanquent le relief principal.
À la gauche du relief, on trouve l'allégorie de la guerre. Elle est représentée sous la forme d'un génie ailé, soufflant dans une trompette et tenant dans la main droite une épée pointée vers le sol. Elle porte un casque et une armure de style gothique. L'épée vers le bas évoque la fin victorieuse de la bataille. Schilling a volontairement placé l'allégorie de la guerre en direction de la France, tout comme il a placé l'allégorie de la paix de l'autre côté, c'est-à-dire vers l'est, vers l'Allemagne. La paix est représentée sous les traits d'un ange avec une branche d'olivier et une corne d'abondance. Le rameau d'olivier est un ancien symbole de paix, tandis que la corne d'abondance représente le bonheur et la prospérité rendus possibles par la paix.
Alors que l'allégorie de la guerre porte les ailes d'un aigle, l'allégorie de la paix a les ailes d'un cygne.
Les reliefs latéraux Derrière l'allégorie de la guerre, on voit le relief latéral de « l'adieu des guerriers ». Dans ce relief du départ sont représentées, en différentes sections, des paysans et des soldats du nord de l'Allemagne, de Bavière, des personnes de tous âges et de toutes positions au sein de la famille. Parmi les figures semblent prédominer la douleur. De l'autre côté du relief principal, derrière l'allégorie de la paix, on trouve le relief du « retour au foyer ». Il n'est pas subdivisé, mais présente un espace unifié pour tous les soldats, de retour de la guerre franco-allemande. Ici, c'est la joie qui domine et des guirlandes de feuilles de chêne décorent l'image.
Le chant « Die Wacht am Rhein »