L'histoire du genre est un champ de la recherche historique qui étudie la façon dont les sociétés humaines se structurent en plusieurs catégories de genre (généralement entre hommes et femmes). Ce courant historiographique ne porte pas sur la différence biologique entre les sexes mais sur les sexes comme construction sociale, et leur évolution à travers les époques et les cultures. C'est une histoire des représentations.
L'histoire du genre tire ses origines de l'histoire des femmes. Sans oublier Michelle Perrot, une des pionnières du mouvement est Joan W. Scott, qui développe un discours sur l'histoire du genre dans son article fondateur de 1986 « Genre : une catégorie utile d'analyse historique ».
Définitions Genre
Alors qu'aux États-Unis, le terme gender est couramment utilisé à partir des années 1970 dans le domaine des sciences sociales, le mot « genre » pose certains problèmes en France en raison de sa polysémie. La Commission générale de terminologie et de néologie française déconseille même son emploi, en 2005, dans les médias et les documents administratifs. Malgré tout, l'utilité heuristique du terme entraîne son emploi fréquent par les scientifiques francophones.
Selon l’historienne américaine Joan W. Scott, le mot se caractérise comme « l’organisation sociale de la différence sexuelle. Il ne reflète pas la réalité biologique première, mais il construit le sens de cette réalité ». Autrement dit, le genre est une catégorie de différenciation entre individus, souvent construit autour de la binarité féminin/masculin. Le genre est en fait une construction sociale et culturelle instable. En effet, tout changement dans une société donnée s’accompagne de mutations dans la définition qu’elle donne du genre. Cette définition du terme anglais est reprise par les historiens français depuis 2007.
Le genre décrit ce que la société à une époque donnée définit comme féminin et masculin. Le genre permet de pointer les différences qui ne sont ni biologiques ni innées, mais socialement construites : c’est un outil d’analyse pour comprendre comment se construisent les inégalités entre les femmes et les hommes. Il n’est pas à confondre avec le sexe, qui est une donnée biologique définie par des caractéristiques génétiques et physiques d’une personne. Les travaux depuis les années 1980 montrent toutefois que la binarité des sexes est elle aussi une construction sociale, médicale et administrative, issue d'une société où la binarité de genre est centrale.
Les femmes et les hommes ne forment pas des catégories unifiées. Leurs identités sont façonnées de manière variable par la différence de classe, des convictions religieuses, de l'ethnie ainsi que par leur positionnement social en tant que femmes ou hommes.
Histoire du genre Selon l’historien Ollivier Hubert, « l’histoire du genre n’est pas une appellation neuve de l’histoire des femmes, pas plus qu’elle n’est une histoire des femmes et des hommes. Elle est plutôt une histoire des représentations bipolaires du monde et, secondairement, de l’incorporation de ces représentations par les acteurs sociaux ».
Même si les deux démarches sont intimement associées, elles poursuivent néanmoins des objectifs distincts. L’histoire de genre veut se différencier de l’histoire des femmes qui, par son appellation, semble centrée sur les femmes de manière étroite et descriptive. La première entend sortir les femmes de l'ombre et reconstituer leur vie dans le passé : elle se penche sur l'histoire des mouvements sociaux, scientifiques, culturels et l'interroge sous l'angle de l'implication des femmes. L’histoire du genre, quant à elle, s’intéresse aux rapports sociaux entre les sexes. Comme l'explique Didier Lett, elle « traite de la création, de la diffusion et de la transformation des systèmes symboliques fondés sur les distinctions homme/ femme ».
Historique du courant Avant les années 2000
L’étude du genre et de la sexualité a émergé dans le sillage de la deuxième vague féministe et des mouvements de libération sexuelle de l’après-guerre. L’étude du genre encourage l'interdisciplinarité depuis ses origines.
L’histoire du genre est sortie assez rapidement du champ de l’histoire des femmes, qui était elle-même le produit du militantisme féministe de la deuxième vague tel qu’il s’exprimait dans les milieux académiques. Les premières études cherchent à « rendre les femmes visibles » car elles sont souvent discrètes dans d’autres domaines historiques. Au centre de cette approche s'opère la distinction entre genre et sexe biologique.
C'est en 1955 que le sexologue John Money se basant sur l'étude d'enfants hermaphrodites et leur éducation, pour ensuite être repris, modifié et élaboré jusqu'à en obtenir le sens que nous connaissons tous aujourd'hui.
États-Unis vignette|Joan Scott, autrice d'un article fondateur pour la discipline en 1986. Il est impossible de parler d’histoire du genre sans rappeler son lien avec l’histoire des femmes ; le second courant apparaissant à la suite du premier. Aux États-Unis, les années 1970 et 1980 marquent un tournant important dans la manière de pratiquer l’histoire des femmes. En effet, jusque-là, cette dernière envisage uniquement les rapports hommes et femmes comme une relation dominants-dominées sans pour autant expliciter leur fonctionnement. Dès lors, les tenants de ce type d’histoire cherchent à faire une histoire du genre, c’est-à-dire à « réécrire cette histoire afin de montrer comment le genre, axe crucial du pouvoir dans la société, ouvre les perspectives sur l'organisation de n'importe quelle société ». Le genre désigne désormais les rapports sociaux entre les sexes et étudie les rôles propres aux hommes et aux femmes. À l’origine de ce changement, se trouvent deux facteurs complémentaires. Le premier est la critique interne des recherches menées par les historiens des femmes et le second est l’apport d’autres disciplines des sciences humaines. Ce glissement de l’histoire des femmes vers l’histoire du genre reçoit énormément de critiques, notamment de la part de chercheuses qui ont peur de voir l’aspect militant du courant disparaître.
Les années 1990 marquent un tournant dans la manière de pratiquer l’histoire du genre. En effet, à la suite des interventions de Denise Riley, écrivaine anglaise, et de Joan W. Scott, historienne américaine, l’histoire du genre se centre davantage sur la construction discursive des catégories et classes sociales. Elle s’attelle maintenant à dépeindre le mécanisme de création du discours et de la transmission des idées conçues sur les femmes et les hommes. Désormais, l’histoire du genre se veut politique et entend s’intéresser aux luttes et conflits provenant de la définition même de la notion de genre.
France vignette|Michelle Perrot, figure de l'émergence de l'histoire du genre comme discipline en France, ici en 2016. Le premier cours sur l’histoire des femmes donné en France se déroule en 1973 et est celui de Fabienne Bock, Pauline Schmitt et Michelle Perrot. Il est nommé « Les femmes ont-elles une histoire ? ». Cette histoire ne pose pas le problème du genre et n’utilise que peu ce terme. Mais ces historiennes réfléchissent plutôt à la différence entre les sexes. Cette approche de l’histoire est influencée par la recherche d'une nouvelle perspective que l'on trouve dans l'école des Annales.
Le terme de genre rencontre en France une plus grande résistance que dans les pays anglo-saxons comme les États-Unis ou la Grande-Bretagne, où les historiens l’utilisent depuis le début des années 1980. Il arrive à s’imposer en Allemagne, en Espagne, en Italie mais reste tardif en France. Le terme « genre » n’apparaît que dans la deuxième moitié des années 1990, majoritairement utilisé par de jeunes historiennes francophones belges et suisses. Cette réticence peut s’expliquer par le sens de « genre » dans la langue française, qui ne renvoie pas à l’affiliation au masculin ou au féminin. Selon Françoise Thébaud, elle peut également être expliquée par la crainte des auteurs et éditeurs d'une incompréhension du terme « genre » par le public. Même si le terme n’est que peu utilisé, l’histoire relationnelle entre les deux sexes est pourtant déjà analysée par les historiens français, mais ils préfèrent le désigner par « rapports de sexes » que par genre.
Angleterre Au début des années 1970, le thème du travail se trouve au cœur des recherches faites sur les femmes par une première génération d’historiennes féministes. Ces dernières établissent une histoire des femmes du peuple et mettent en relation le monde ouvrier et les rôles tenus par les femmes. Elles transposent le concept économique d’exploitation au domaine familial et sexuel. Par ce fait, elles cherchent à montrer l’oppression subie par les femmes à la fois à l’usine et dans leur foyer.
En 1987, par la publication de l’ouvrage de Catherine Hall et Leonore Davidoff Family Fortunes. Men and Women of the English Middle Classe, 1780-1850, l’histoire du genre fait son apparition en Angleterre. Cette œuvre met en avant la complémentarité des deux sexes dans la construction de la classe moyenne. Elle élargit également les perspectives de l’histoire du genre, qui se concentre désormais sur les rapports sociaux entre les hommes et les femmes et sur l’élaboration des identités féminines et masculines.
Dans les années 1990, la pratique de l’histoire du genre suit la même évolution que celle connue aux États-Unis à la suite des propos développés par Denise Riley et Joan W. Scott (voir supra).
Italie En Italie, l'histoire du genre commence comme un prolongement des études sur l’histoire des femmes. Le concept devient un apport méthodologique, pour compléter une vue d’ensemble sur les relations sociales entre hommes et femmes ou même une histoire générale des hommes et des femmes. Ceci contraste avec la vision de l’approche de l’histoire du genre aux États-Unis, où « la présence du gender dans les études historiques devient un indispensable passepartout du politiquement correct et de l’inclusion dans une politique académique dans laquelle les actions positives se concentraient à solder les dettes envers la race, l’ethnie, la classe sociale, et justement, le genre ».
Après l'an 2000 Ouverture Au tournant des , l’histoire du genre se met à examiner de nouveaux objets et à expérimenter de nouvelles approches méthodologiques. En effet, la grille d’analyse adoptée par le courant permet une relecture de l’histoire dans son ensemble, et de nouveaux concepts émergent comme celui de « masculinité » ou encore et d’« intersectionnalité », renforçant davantage le courant. Trois déplacements successifs ont lieu : des femmes, on passe au genre (c’est-à-dire de l’histoire des femmes à l’histoire comparée des deux sexes) ; du neutre au genre (chaque événement est coloré d’une relecture sexuée) ; et enfin du neutre (masculin) aux genres (comparaison avec d’autres outils d’analyse).
Reconnaissance