Les forêts sèches de Nouvelle-Calédonie ou forêts sclérophylles de Nouvelle-Calédonie forment une écorégion terrestre appartenant au biome des forêts de feuillus sèches tropicales et subtropicales de l'écozone australasienne et considérée comme prioritaire en matière de conservation (liste « Global 200 »). On la trouve sur la côte Ouest de la Grande Terre, sous forme de lambeaux répartis du Mont-Dore à Poum, là où les précipitations sont les plus faibles. Il y a 4000 ans, la forêt sèche occupait presque toute la côte Ouest de la Grande Terre ; aujourd'hui, la elle n'occupe plus que 175 km², l'équivalent d'environ 2% de sa superficie d'origine estimée.. Ce qu'il reste des forêts sèches de Nouvelle-Calédonie se trouve principalement sur des terrains appartenant à des propriétaires privés.
Facteurs nécessaires au développement de la forêt sclérophylle
Climat
Le climat doit être suffisamment sec, avec :
des précipitations inférieures à 1 m/an ; des vents chauds et secs ; une altitude comprise entre 0 et 400 mètres.
Il est marqué par une alternance d'une saison humide et d'une saison sèche.
Sol
La forêt sclérophylle pousse sur divers terrains, mais ne se retrouve pas sur les sols miniers. Cette caractéristique est due au fait que la croissance de cette forêt est liée à la présence de bactéries particulières absentes des terrains miniers.
Altitude La forêt sèche calédonienne longe les littoraux de 0 jusqu’à 300 à 400 mètres d’altitude, en fonction de la pluviométrie.
Endémisme
La forêt sclérophylle néo-calédonienne se différencie des autres par un fort taux d'endémisme. On compte 366 espèces de plantes dans la forêt sclérophylle calédonienne, dont 219 sont endémiques (soient 60%).
Plus d'une vingtaine de ces espèces sont considérées comme très rares. :
Alangium sp Neisosperma sevenetii Schefflera polydactylis (endémique à Tiébaghi) Litsea racemiflora Oxera pulchella ssp. pulchella Cyphophoenix nucele (endémique à Lifou) Araucaria rulei Phyllanthus pindaiensis Phyllanthus unifoliatus Neisosperma thiollierei Eugenia daenikeri Pittosporum muricatum Zygogynum tieghemii ssp. synchronanthum (plante extrêmement menacée) Solanum hugonis Solanum pancheri Solanum vaccinioides Ochrosia mulsantii Pittosporum tanianum (Cette espèce ne comptait plus que deux individus fructifères en 2015. Depuis elle a été multipliée par boutures avec succès dans plusieurs pépinières à des fin de préservation.)
Les espèces endémiques à la Nouvelle-Calédonie proviennent d’Australie et ont évolué vers une spécificité accrue (phénomène de spéciation.).
Causes de la disparition de la forêt sclérophylle
Aujourd'hui, la forêt sclérophylle est le milieu le plus fortement menacé de disparition en Nouvelle-Calédonie mais aussi sur la planète.
Feux Les feux de brousse, dont la fréquence a augmenté avec l'arrivée d'êtres humains sur l'île, représentent la cause la plus ancienne. Comme l'écrit Hélène Specq en 1995 :
Ces feux ont été déclenchés avec des motivations et des techniques multiples : agricoles, guerrières, cynégétiques... comme le montre la thèse de Marie Toussaint, « L’épreuve du feu. Politiques de la nature, savoirs, feux de brousse et décolonisation en Nouvelle-Calédonie ».
Défrichement Le défrichement pour l'urbanisation et les activités agricoles représente également un danger pour l'écosystème.
Espèces exotiques envahissantes Ces espèces ont été introduites par l'homme pour l'horticulture, l'économie ou simplement à des fin domestiques, et ont complètement déséquilibré des écosystèmes locaux.. Parmi les espèces animales, le cerf rusa est devenu l'une des principales menace pour la régénération des forêts. Il fait partie les espèces envahissantes prioritaires en Nouvelle-Calédonie avec le cochon féral (Sus scrofa), le lapin européen (Oryctolagus cuniculus), le chat haret (felis catus), le bulbul à ventre rouge (Pycnonotus cafer), la fourmi électrique (Wasmannia auropunctata), la chèvre férale (Capra hircus), le chien féral (Canis familiaris) ou encore différentes espèces de rats. Il existes également de nombreuses espèces végétales envahissantes telles que le miconia (Miconia calvescens), la sensitive géante (Mimosa invisa), la paille de dixe (Imperata cylindrica), l’herbe tue-moutons (Heteropogon contortus), le lantana (Lantana camara), le goyavier (Psidium goyava), ou encore le faux poivrier (Schinus terebinthifolius).
La destruction, la diminution de la résilience des reliques forestières et la perturbation de la régénération ainsi que de l’expansion naturelle des forêts favorisent peu à peu, le développement de savanes herbacées, de formations végétales dégradées moins riches en biodiversité et la dégradation des sols sous l'effet de l'érosion.
Rôles écologiques et économiques de la forêt sèche Les forêts sclérophylles fournissent aux hommes comme aux autres espèces de nombreux services écosystémique :
La réduction du phénomène naturel d'érosion des sols en stabilisant grâce aux racines les sols sur les fortes pentes soumises à l'érosion. La préservation de la ressource en eau car la forêt, en faisant de l'ombre, agit sur la régulation de la température à la surface du sol et donc l'évaporation de l'eau. La lutte contre l'érosion des berges lors des crues en maintenant les berges et en réduisant également le courant des crues. La forêt abrite de nombreuses espèces animales et végétales. Elle participe donc à la sauvegarde de la biodiversité et des corridors biologique pour les espèces végétales, animales et les flux associés. La transformation du CO² de l'atmosphère pour la production de dioxygène par le mécanisme de photosynthèse. La production de plantes horticoles au potentiel esthétique et ornemental particulièrement intéressant. Il s'agit notamment de plantes et d'arbres à fleurs qui peuvent facilement embellir des aménagements paysagers tout en nécessitant très peu d'entretien et d'eau. La production de substances médicinales notamment issues de la pharmacopée kanak. La fourniture de bois de construction ou de chauffe, bois de chauffe. L'alimentation puisqu'elle abrite des espèces qui sont consommées telles que la roussette, le bulime, le notou, etc. La production de services économiques : écotourisme, loisir, chasse, etc.
Conservation et restauration écologique des forêts sèches néo-calédoniennes Alarmés par la perte et l’état de fragmentation de la forêt sèche, neuf partenaires publics et privés (l’État français, le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, la Province-Nord, la Province Sud, l'IAC, l'IRD, l'UNC, WWF-France et le CIE) se sont mobilisés en 2001 pour mettre en place le Programme de Conservation des Forêts sèches., première mondiale en son genre pour la préservation de cet écosystème menacé d'extinction critique à l'échelle du globe entier. Il s'agissait alors de stopper la perte de cet écosystème calédonien inestimable et irremplaçable ainsi qu'en s'engageant activement pour sa conservation et sa restauration actives.
Initialement hébergé au sein de l'Institut agronomique Calédonie (IAC), le programme intègre en 2012 le Pôle Forêt Sèche du « Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle-Calédonie » (CEN). Ses missions s'articulent autour de quatre objectifs principaux :
Augmenter les surfaces de forêts sèches protégées et gérées. Favoriser et motiver les opérations de plantations de forêt sèche dans les espaces protégés afin de permettre la reconquête et la connexion avec les reliques de forêts sèches proches. Informer et sensibiliser les scolaires et le grand public, et les impliquer dans la conservation des forêts sèches, Coordonner la gestion des sites prioritaires de forêt sèche..
Capitalisation des connaissances sur la forêt sèche néo-calédonienne Le programme a permis de capitaliser sur la connaissance de ces forêts et de sa flore unique. La faune et la flore des forêts sèches calédoniennes font l’objet de nombreuses études et inventaires scientifiques. Une liste de 68 espèces de la forêt sèche a été soumise à la Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN, et 48 ont vu leur statut révisé. Aucune espèce ne s’est éteinte et certaines telles que le Pittosporum tanianum ont été sauvés de l’extinction.
Éducation et sensibilisation massive à la cause des forêts sèches La sensibilisation est un élément central du programme. De nombreuses activités de communication et de sensibilisation à l'importance des forêts sèches ont été organisées au sein des établissements scolaires et du grand public. Cela a permis d'informer et de mobiliser les Calédoniens mais aussi d'autres pays et îles à l'image du programme "Life+ Forêt sèche" mené sur l'île de la Réunion.
Le Centre d'initiation à l'environnement de Nouvelle-Calédonie (CIE.NC) œuvre pour la démocratisation de la forêt sèche en sensibilisant le public calédonien, et notamment des scolaires, par le biais d'outils ludiques et pédagogiques adaptés.
Lutte contre les espèces envahissantes et mises en défens Dès le départ les actions prioritaires ont inclus la protection des forêts sèches contre ses différentes menaces et notamment les espèces exotiques envahissantes, par des actions d'éradication et de régulation ainsi que la pose de clôtures de mise en défend permettant la régénération naturelle et les plantations. La superficie de forêt sèche clôturée a augmenté de 55,9 ha (0,3 %) en 2000 à 692 ha (4 %) en 2017 avec un nombre de sites protégés passant de 3 à 12 entre 2001 et 2017. En plus, la surface d’aires protégées légalement établies recouvre 127,3 ha (y compris une zone tampon).
Opérations de reboisement Le programme a donné lieu à de nombreuses opérations de restauration des reliques de forêt sèche. Ce sont ainsi pas moins de 178 384 jeunes plants de forêt sèche ont été mis en terre entre 2001 et 2018.
Plusieurs pépinières spécialisées dans la production de plants de forêts sèches ont vu le jour en Nouvelle-Calédonie permettant notamment de démocratiser les espèces ornementales de forêts sèches dans les jardins et espaces publics calédonien.
De nombreuses associations calédoniennes œuvrent pour la protection des forêts sèches notamment, le WWF NC, Mocamana l'Esprit Nature. ou encore la très dynamique association CALEDOCLEAN. Ces associations, soutenues par le programme forêt sèche, organisent régulièrement des opérations de reboisement participatives auprès du public calédonien..
Réglementation Les forêts sèches de Nouvelle-Calédonie ainsi que ses espèces sont protégées par le code de l'environnement de la Province-Sud et le code de l'environnement de la Province-Nord.
En Province-Sud, les forêts sèches est un "écosystème d'intérêt patrimonial" protégé . Les 46 espèces végétales endémiques des forêts sèches calédoniennes sont protégées par le code de l'environnement de la Province-Sud ainsi que 20 autres espèces qu'on retrouve également dans d'autres forêts. Certains sites de forêts sèches ont été classés en aires protégées par la Province-Sud : le parc zoologique et forestier Michel Corbasson, le parc du Ouen Toro Albert Etuvé et Lucien Audet, la réserve naturelle de l'île Lepredour.
En Province-Nord la protection des écosystèmes a été prévue dans le code de l'environnement mais doit encore être modifiée depuis 2008. Comme en Province-Sud certaines espèces de forêt sèche sont protégées au titre du code de l'environnement. 36 espèces végétales endémiques des forêts sclérophylles sont protégées en Province-Nord ainsi que 53 autres espèces également présentes dans d'autres types de forêts.
Plusieurs espèces animales (oiseaux, reptiles) qui se retrouvent dans les forêts sèches sont protégées par les codes de l'environnement des deux provinces. Certaines de ces espèces protégées sont endémiques des forêts sèches: Nannoscincus hanchisteus (scinque nain de Pindai), Placostylus porphyrostomus (bulime).