Les royaumes mossi désignent plusieurs royaumes africains qui se sont succédé dans le bassin versant de la Volta Blanche (actuel Burkina Faso) et dominent le cours supérieur de la Volta à partir du ou entre les et , selon l'historien Michel Izard, jusqu'à l'arrivée des Français en 1896 et à la création de la Haute-Volta en 1919.
Leur histoire, qui s'étend sur plusieurs siècles, s'articule autour de dynasties conquérantes, d'une organisation politique structurée et d'une culture unifiée malgré une composition ethnique et linguistique diverse. Le développement des royaumes mossis s'organise en trois phases principales : maturation, conquête et stabilisation.
Étymologie En français on utilise plutôt le terme « mossi », alors qu'en langue mooré, on dit « moosse » (pluriel de « moaga »). Le vocable a connu une évolution sémantique. « Moogo »https://www.webonary.org/moore/files/Dictionnaire-Moore-fran%C3%A7ais-English.pdf ou « Mogho » a d'abord désigné l'herbe, puis les gens qui habitent la brousse c'est-à-dire loin de chez eux pour qualifier les descendants de la princesse Yennenga qui a fui son royaume pour habiter loin ; ensuite les incirconcis qu'étaient les Mossis par opposition aux musulmans.
Selon Michel Izard, le terme Moogo désigne plus précisément l'espace politique et géographique sahélo-soudanien situé dans la partie centrale de l'Afrique de l'Ouest, dans le bassin de la Volta Blanche. Cet espace culturellement et linguistiquement homogène à la fin du .
Histoire Origine L'historiographie colonialiste situe l'établissement des premiers royaumes mossi au , cependant cette version ne fait plus consensus au . Le territoire du Burkina Faso actuel a été parcouru par de nombreuses migrations. À partir du ou du , les premiers royaumes mossis se sont constitués.
Les premiers royaumes mossis constitués, sous le nom de Dyamare III, sont marqués par des conflits contre l'empire de Gao et les Songhaïs. Ces conflits servent à asseoir l'indépendance de la nouvelle formation territoriale. L'essentiel des informations relatives à l'origine et la formation des premiers royaumes se trouve dans la tradition orale et fait appel à des personnalités légendaires telles que Yennenga et Ouédraogo. Les récits sur l'origine des royaumes Mossi et sur certaines parties de leur histoire sont imprécis, les traditions orales étant contradictoires et divergeant sur certains aspects de l'histoire. L'histoire d'origine est unique dans la mesure où une femme joue un rôle clé en tant qu'ancêtre de la lignée royale.
Selon la lecture de Maurice Delafosse, à l'époque du règne de Mansa Kanku Mūsā, le Ta’rīkh al-Sūdān relate la prise de Tombouctou par les Mossi, suivie d’un saccage complet de la ville. Cet événement, daté aux alentours de 1337, confirme la montée en puissance des Mossi dans la région. Un siècle plus tard, de nouvelles campagnes sont dirigées contre Benka et les régions lacustres avoisinantes. Sous le règne de Sonnī ˓Alī, les affrontements se multiplient. Les Mossi sont dirigés par un roi nommé Komdao, et leur capitale est appelée Argouma. Plusieurs batailles sont mentionnées dans les sources, notamment l’occupation temporaire de Oualata en 1480 et la bataille de Kobi vers 1483. Sous Askia Muḥammad, les guerres contre les Mossi prennent une tournure religieuse : les Mossi sont désormais présentés comme des « païens » face aux forces islamiques songhaï. Une série d’expéditions aboutit à la destruction de leur capitale et à la capture massive de civils. Le règne de Dawūd marque les dernières campagnes contre les Mossi du Nord, qui aboutissent à leur dispersion et à la désintégration apparente de leur pouvoir.
Cette chronologie des événements relève d'une approximation historiographique coloniale. En effet, le Tarikh al-Sudan ne permet pas d'identifier l'origine des Mossis évoqués, ni s'ils sont liés à un royaume. Pour cette raison, d'importantes variations existent entre les chronologies établies durant la période coloniale et les chronologies du corpus académique actuel. La réévaluation critique de cette chronologie a également pour conséquence de repenser les origines mêmes des Mossis et de leur construction étatiques. Un ouvrage du donne un premier éclairage en situant le peuple Mosi dans un territoire entre la rive gauche du Niger, à l'est du Dallol Bosso. En ce sens, la plupart des auteurs considèrent qu'une partie des royaumes mossi trouveraient leur origine dans la boucle du Niger. Ce premier royaume aurait atteint son apogée au milieu du avant de décliner et de succomber dans la seconde moitié du des attaques de l'empire songhaï et de Dawud.
La tradition retient les noms de plusieurs royaumes sans établir clairement leur chronologie : : le Tenkodogo, le Gourma, le Mamprousi, le Dagomba, le Nanumba, le Yatenga, le royaume de Boussouma et le royaume de Ouagadougou.
Expansion territoriale Les descendants de Ouédraogo stabilisent l'influence territoriale des royaumes mossis sur l'ensemble des populations de la vallée de la Volta Blanche, dépassent la Volta Rouge et atteignent Boromo dans la vallée de la Volta Noire. Dans la seconde moitié du , Naaba Rawa continue d'étendre le territoire du royaume mossi et les réunit sous son autorité, prenant brièvement une structure politique impériale. Cependant, cette extension est trop importante et les royaumes mossis reprennent leur autonomie après son règne. Cinq entités politiques se distinguent, chacune ancrée géographiquement et avec une dynastie régnante. L'une d'entre elles, le royaume de Wogodogo, est gouvernée par un Mogho Naaba dont la fonction est de régner sur l'ensemble des royaumes mossi.
Au début du , une phase de conquête débute sous l'impulsion de Naaba Wubri. Il s'empare de la plupart des royaumes mossi et étend son autorité aux territoires périphériques. À son décès, l'extension de son royaume est pratiquement celle de la première forme unifiée. Vers 1540, de nouvelles campagnes militaires sont menées par ses descendants qui étendent le territoire à son apogée durant la seconde moitié du .
En parallèle de cet état central de Wogodogo, un second royaume mossi se met en place dans la partie septentrionale des territoires. À la fin du , il prend la forme du Royaume du Yatenga. Les deux royaumes constituent les deux pôles d'influence des royaumes mossi dans leurs zones d'influences respectives.
Au , la puissance économique et militaire des royaumes Mossi a considérablement augmenté. Les relations commerciales extérieures se sont développées dans toute l'Afrique, avec des liens importants établis avec les royaumes peuls. Durant cette période, les Mossi sont attaqués par diverses forces africaines. Bien qu'il y ait eu un certain nombre d'États djihadistes dans la région qui tentent de propager l'islam par la force, à savoir l'empire Massina et le califat de Sokoto, les royaumes Mossi conservent leurs pratiques religieuses et rituelles traditionnelles.
Conquête française vignette|redresse=1.2|Boukary Koutou, ou Wobgho, et sa cavalerie (1892).Le premier explorateur européen à pénétrer dans la région est l'Allemand Gottlob Krause en 1888. George Ekem Ferguson mène ensuite une expédition britannique en 1894 afin de convaincre les dirigeants Mossi de signer un traité de protection. Malgré cela, les Français entrent dans la région en 1896 et ignorent le traité de protection, conquérant le royaume Mossi et l'intégrant à la colonie de la Haute-Volta.
Le dernier roi de Ouagadougou, nommé Wobgo ou Wobogoo, est prévenu un jour avant que les forces françaises n'attaquent. Il envoie une force pour les affronter au combat tandis qu'il fuit la ville. Le frère de Wobgo, Kouka, devient alors roi de Ouagadougou et s'allie aux Français et au Yatenga pour tenter de capturer Wobgo. Lorsque les Français et les Britanniques se mettent d'accord sur la frontière entre leurs colonies, Wobgo perd son principal système de soutien et il se retire avec une pension britannique à Zongoiri sur la Côte de l'Or, où il meurt en 1904.En raison de la centralisation importante des royaumes, les Français ont en grande partie maintenu l’organisation administrative en place. Ils ont fait du Mogho Naaba de Ouagadougou le principal dirigeant de la région et ont créé cinq ministres sous sa direction qui ont gouverné différentes régions (en adhérant largement aux frontières du royaume Mossi).
Historiographie
Tradition orale Le territoire du Burkina Faso repose sur la culture de l'oralité et son historiographie est donc d'abord de tradition orale. On y retrouve de type de documents : ceux qui emploient une forme fixe conventionnelle et ceux qui emploient une forme libre. Cette tradition s'articule sous forme de contes, fables, proverbes et énoncés officiels des pouvoirs locaux reprenant les dénominations des détenteurs d'un naam (pouvoir). L'usage d'un nom de guerre pour les personnages de pouvoir est spécifique au Moogo. Il n'y a toutefois pas de griots et pas de poésie épique à l'instar de nombreux autres territoires d'Afrique de l'Ouest. Il existe une poésie historique au sein du royaume du Yatenga. Dans les formules libres de la tradition orale se trouve davantage de matériel historique puisque, par leur diversité et leur confrontation, ils permettent d'exploiter une approche critique des récits fixes.
Les benda (tambourinaires) n'apparaisse qu'à l'occasion des cérémonies royales et des nominations de chefs afin de rappeler leurs noms. Toutefois, ce rituel qui consiste à utiliser le pour rappeler, sur injonction du chef des benda (bend naaba) le nom des précédents naaba, représente un outil de transmission des généalogies royales qui comportent des variantes dans chaque royaumes. Leurs récits n'évoquent pas les usurpateurs, les éléments de recontructions dynastiques.
Michel Izard identifie trois contraintes historiographiques dans son travail anthropologique. La première est que la qualité et la quantité des informations issues de la tradition orale est non seulement inégale selon les régions, mais par endroit inutilisable. La seconde problématique est la nature et le contexte colonial dans lequel les travaux sont initialement préservés, se concentrant exclusivement à l'histoire dynastique. Le troisième constat est de l'ordre des divergences chronologiques qui, par confrontation, devraient se résoudre mais n'offre pas de conclusion satisfaisante.
Sources écrites
Sources historiques L'histoire des royaumes mossi de la boucle du Niger s'appuie principalement sur des sources écrites issues des chroniques soudanaises médiévales, notamment le Ta’rīkh al-Fattāsh et le Ta’rīkh al-Sūdān. Ces documents signalent dès le l'existence d'une entité politique et militaire Mossi suffisamment puissante pour mener des incursions jusqu'au cœur du territoire songhaï, autour de Gao.
Le Ta’rīkh al-Fattāsh évoque la présence d'un « Mossi koy » (roi des Mossi) qui conduit ses troupes contre le royaume de Gao. Ces expéditions, loin d’être des razzias désorganisées, témoignent de la structuration politique de ces groupes. Les Mossi, installés à l'intérieur de la boucle du Niger, semblent y posséder une base territoriale stable dès cette époque.
Malgré la richesse des chroniques, l’identité précise des Mossi du Nord reste incertaine. D'autres sources, comme le supposé Ta’rīkh de Say mentionné par Boubou Hama, évoquent un État Mossi appelé Dyamare, qui aurait eu plusieurs capitales sur les rives du Niger. Des allusions aux Mossi apparaissent également dans des documents arabes et européens, comme le Masalik al-Absar d’Ibn Fadl Allah al-˓Umarī, ou la lettre du marchand gênois Antonio Malfante. João de Barros mentionne un peuple « Moses » dans ses Dacadas da Asia, élargissant ainsi le spectre des témoignages sur leur présence historique.
Travaux contemporains pré-coloniaux