L'Afrique orientale allemande était une colonie allemande qui s'étendait sur les territoires actuels du Burundi, du Rwanda et de la partie continentale de la Tanzanie. Créée dans les années 1880, elle fut conquise par les armées britannique et belge pendant la Première Guerre mondiale et fragmentée à l'issue de celle-ci pour donner naissance au Ruanda-Urundi (Empire colonial belge) et au Tanganyika (Empire britannique).
Avec une superficie totale de , l’Afrique orientale allemande était presque deux fois plus grande que la superficie de l’ancien Empire allemandZentrale für Unterrichtsmedien im Internet e. V. 3. Juni 2024, abgerufen am 11. Juni 2024 (deutsch).. Avec environ 7,75 millions d’habitants, c’était la colonie la plus grande et la plus peuplée de l’Empire allemand.
Histoire Fondation L’histoire de la colonie débute avec Carl Peters, fondateur de la Société pour la colonisation allemande. Le , le gouvernement allemand annonça qu’il avait délivré une autorisation impériale à Peters dans l’intention d’établir un protectorat en Afrique de l’Est. Devant les protestations du sultan de Zanzibar, qui se considérait également souverain sur le continent, Bismarck envoya cinq navires de guerre qui attaquèrent le palais du sultan le . L’Allemagne et le Royaume-Uni se partagèrent alors le territoire de l’actuelle Tanzanie continentale.
L’Allemagne prit rapidement possession de Bagamoyo, Dar es Salaam et Kilwa. La révolte d'Abushiri, qui éclata en 1888, fut maîtrisée avec l’aide de la Grande-Bretagne l’année suivante. En 1890, Londres et Berlin signèrent le traité de Heligoland-Zanzibar, qui donnait Heligoland à l’Allemagne et définissait les limites de l’Afrique orientale allemande – les frontières exactes ne furent tracées qu’en 1910.
Recherches agricoles Le comité économique colonial allemand est créé en 1896, comme une réplique de l'Union coloniale française fondée en 1893. Les industriels semblent y avoir dominé après 1907 et elle fédère 1.120 firmes ou corps constitués en 1913, encaissant 480.000 mark de cotisations, mais aussi diffusant le journal Der Tropenpflanzer, fondé par Otto Warburg. Ce botaniste de Hambourg a ramené de ses voyages en Malaisie, entre 1885 et 1889, de nombreux specimens qu'il a offerts au Jardin botanique et musée botanique de Berlin-Dahlem, créé en 1897, sous la direction d'Adolf Engler, professeur de botanique à l'université de Berlin, avec l'objectif d'étudier les plantes des colonies allemandes.
vignette|redresse|Bambou géant (Dendrocalamus giganteus) dans la serre du jardin botanique de Berlin. Ce bambou originaire d'Asie atteint 25 m de haut et un diamètre de 10 cm environ, et peut croître de 10 à 20 cm par jour. Plusieurs autres chercheurs allemands en botanique, comme Franz Stuhlman et Albrecht Zimmerman y contribuent à Der Tropenpflanzer, après avoir étudié le café à Java pour tenter de l'acclimater dans des lieux stratégiques comme le port d'Usumbura, sur le lac Tanganyika, où ils veulent implanter une grande station de recherche en botanique, le futur Institut de recherche botanique Amani, qui ne verra le jour qu'en 1901. Le meneur du projet est Adolf Engler, qui, convaincu du grand potentiel agronomique des Monts Usambara, s'y investit au début des années 1890.
Des défrichages massifs sont opérés par des planteurs allemands dès 1892. Très vite, des conflits émergent entre investisseurs, qui veulent une rentabilité caféière rapide et les scientifiques, qui veulent une station de recherche sur la flore indigène. Leur rêve est de tracer une carte très complète des espèces végétales sur tout le territoire, en gardant la plus grande biodiversité possible et en étudiant leur potentiel, au carrefour de l'économie, de la géographie et de l'agronomie, dans l'esprit des travaux d'Alexander von Humboldt et Charles Darwin.
En 1899, les planteurs ont déjà 6,5 millions de pieds de café sur des domaines de plusieurs milliers d'hectares parfois, mais déplorent en 1902 la maladie de centaines de milliers de caféiers. Un an après son ouverture, l'institut n'a pas trouvé la cause du problème : une trop grande acidité des sols. Le prix du café chute des trois quarts, de 175 marks pour 200 kilos en 1890 à 54 marks en 1903, l'année où Adolf Engler fait enfin le lien entre la rentabilité insuffisante et l'acidité des sols, et demande l'arrêt des défrichages.
La forêt étant très dense et conquérante, seulement 2000 hectares sont défrichés en 1906. Les planteurs ont fait venir de la main-d'œuvre immigrée, sur des parcelles de 100 hectares plutôt en face ouest, où les caféiers se révèlent fragiles et succombent aux parasites et maladies, incitant Adolf Engler à demander l'arrêt de toute culture.
La résistance du peuple Hehe
Les Hehe, menés par leur chef Mkwawa, résistent à l’expansion allemande jusqu’en 1894 mais sont vaincus après que plusieurs tribus se soient ralliées à l’Allemagne. Après avoir tenté d’entretenir la guérilla, Mkwawa se suicide en 1898.
Les forces d’occupation allemandes peu nombreuses s’appuient sur quelques officiers pour maintenir l’ordre, collecter les impôts et gérer les cultures commerciales telles que le coton, le café et le sésame. Il en résulte un système fortement centralisé et autoritaire. Contrairement à d’autres puissances coloniales telles que la Grande-Bretagne, la France ou le Portugal, l’Allemagne est inexpérimentée en Afrique, ce qui se fait ressentir sur sa manière de gérer ses colonies.
Rébellion des Maji-Maji
La rébellion des Maji-Maji qui éclate en 1905 est rapidement maîtrisée par le gouverneur d’alors, le comte Gustav Adolf von Götzen. Cependant, les méthodes de l’administration coloniale sont vivement critiquées, ce qui pousse le chancelier Bülow à ordonner une réforme de l’administration coloniale en 1907. L’organisation traditionnelle des sociétés locales est davantage prise en compte ; on s’inspire également des méthodes françaises et portugaises, mais en comparaison de ces deux dernières puissances, les colonies allemandes restent largement centralisées.
Première Guerre mondiale
vignette|gauche|Soldats allemands en Afrique Orientale en 1914. L’histoire de l’Afrique orientale allemande au cours de la Première Guerre mondiale est essentiellement liée à une personnalité, celle du Général Paul Emil von Lettow-Vorbeck. À la tête d’une force minuscule de et , il s’efforce de tenir tête aux de l’armée britannique (dont ), aux troupes coloniales belges ( et ). Il ne s'agissait donc pas seulement de combattants, la majorité des effectifs étant composée de services, d'une lourde intendance et d'un très grand nombre de porteurs. Ainsi, Lettow-Vorbeck remporte la bataille de Tanga contre une centaine de milliers d'adversaires, dont seulement vingt mille combattants. Ce n'en était pas moins un exploit puisqu'il n'a engagé que . Ensuite, adoptant une tactique de guérilla, il provoque par ses raids meurtriers la perte de et Askaris (également victimes de maladies). Cependant, avec l’arrivée en renfort des troupes du Congo belge et la mise en œuvre par les Belges de bateaux démontables qui anéantissent la flotte fluviale allemande du lac Tanganyka, avec l'appui de quelques avions, nouveauté en Afrique, Lettow-Vorbeck, battu par les Belges à Tabora, puis à Mahengé se retire vers le Mozambique, puis en Rhodésie du Nord. Apprenant la défaite allemande en Europe, il accepte un cessez-le-feu trois jours après l’armistice du 11 novembre 1918 signé dans la forêt de Compiègne.
D'un point de vue stratégique, même si les Allemands continuent le combat jusqu'en , les Britanniques contrôlent sur la côte les villes de Dar es Salam et Tanga, et Tabora à l'intérieur des terres, dès mars 1916, Tanga ne tombant qu'en juillet. Au même moment, l'intégralité du chemin de fer est sous contrôle britannique. À la mi-1916, les Allemands presque vaincus ne commettent plus que actes de guérilla en des régions très isolées et peu stratégiques.
Le traité de Versailles partage la colonie allemande. La Belgique reçoit le Rwanda-Urundi et en plus, la concession d'une ligne de chemin de fer partant du Congo belge vers l'Est africain, à travers l'ancienne colonie allemande et aboutissant à un port franc sur l'océan Indien. Le Portugal obtient le triangle de Quionga au sud du Rovuma, rattaché à l’actuel Mozambique, et la Grande-Bretagne hérite du reste, soit le territoire de l’actuelle Tanzanie qu'elle baptise Tanganyka, mais sans l’archipel de Zanzibar auquel est dévolu un statut de protectorat britannique.
Géographie vignette|Carte de la côte de l'Afrique orientale allemande montrant le protectorat britannique de Zanzibar (îles de Zanzibar et de Pemba).
Administration vignette|gauche|Siège du gouvernement colonial à Dar es Salam vers 1910. L'Allemagne n'a pas eu de tradition coloniale avant 1885. Quand l'administration coloniale arrive en 1885, la langue véhiculaire sur la côte Est de la future Tanzanie, est l'arabe. Pourtant, à l'époque, les Arabes, souvent originaires du sultanat d'Oman, ou du Yémen, sont très minoritaires, entre et représentants, sans compter ceux du sultanat de Zanzibar qui va devenir un protectorat britannique. Cependant, à l'époque, un dialecte local indigène mâtiné de vocabulaire arabe s'étend : le swahili. Depuis les années 1860 et 1870, des missions religieuses allemandes catholiques et protestantes existent (dont des orphelinats), surtout sur la côte à Dar es Salaam et Tanga. Les autorités coloniales allemandes recrutent alors dans ces institutions des jeunes gens, bilingues allemand/arabe ou allemand/swahili, mais ils ne sont pas très nombreux vers 1885.
Les autorités allemandes, conscientes que l'administration doit se faire dans une langue coloniale pour s'étendre en un vaste territoire, fait le choix de l'allemand, car il est difficile de communiquer, même si des militaires ou rares coloniaux allemands apprennent et parlent l'arabe ou le swahili. De plus, une multitude de langues et dialectes étant parlés à l'intérieur, l'usage d'une langue coloniale s'impose pour maintenir une administration efficace. Aussi, l’administration coloniale allemande s'inspire des modèles coloniaux français et portugais. Avant 1914, le swahili, langue véhiculaire de la côte, est très peu parlé à l'intérieur des terres, où dominent surtout des langues bantoues.
L'administration allemande favorise alors les missions religieusesComme les missionnaires de Sainte-Odile, qui fondent l'abbaye de Ndanda, ou les bénédictines missionnaires de Tutzing., pour limiter le coût de l'éducation. Des enfants qui parlent une ou plusieurs langues locales, précédemment délaissés, reçoivent une éducation. Certains seront militaires dans l'armée coloniale allemande. Plus tard, l'Empire allemand s'impliquera plus dans la politique d'éducation de la colonie. Un même modèle sera appliqué aux autres colonies (Cameroun, Togo, etc.). À l'époque aussi, les missions religieuses sont plutôt perçues par les populations locales comme un espace neutre, d'autant plus qu'il y a des dispensaires qui soignent les populations locales. Dans un but de « bon civilisateur », l'État allemand construira lui aussi des hôpitaux, dont l'Hôpital allemand de Dar es Salam.
Dans les années 1890, les îles de Zanzibar et Pemba sont cédées aux Britanniques, en échange de l'île de Heligoland (près de l'Allemagne).
À partir de 1890, une école, la Deutsche Koloniale Schule, s'ouvre pour les enfants des élites de la colonie, souvent des enfants des commerçants arabes de Dar es Salaam ou des grandes villes, des enfants de chefs coutumiers ou de commerçants. Au Rwanda, la favorisation des élites va accentuer les heurts entre les Hutus et les Tutsis. Dans le même temps, des commerçants ou militaires allemands apprennent les langues locales. Une monnaie est mise en place : la roupie (Rupien) de l'Afrique orientale allemande (1 roupie = 100 Hellers). Cette roupie a la même valeur que la roupie indienne alors en usage sur la côte, soit 11,58 grammes d'argent (178 grains).