vignette|upright=1.0|alt=Composition psychédélique|Composition psychédélique.
Le mouvement hippie, également appelé en France mouvement baba-cool, est un courant de contre-culture apparu dans les années 1960 aux États-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental. Les hippies, issus en grande partie de la jeunesse nombreuse du baby boom de l'après-guerre, rejetaient les valeurs traditionnelles, le mode de vie de la génération de leurs parents, en majorité des classes moyennes, et la société de consommation. L'épicentre du mouvement se trouvait à San Francisco, théâtre du Summer of Love de l'été 1967.
Le désir de s'émanciper de la culture occidentale et de s'ouvrir à d'autres cultures, dont celles des Amérindiens, pour accéder à la fois à une nouvelle compréhension du monde et à de nouveaux modes de vie et d'expression artistique les mena à expérimenter les perceptions sensorielles et les états de conscience modifiés du psychédélisme. Dans leurs communautés, ils espéraient vivre librement, dans des rapports humains qu'ils voulaient plus authentiques et non possessifs. En rupture avec les normes des générations précédentes, le mouvement a eu une influence culturelle majeure, en particulier dans le domaine musical. La diffusion d'une partie des valeurs issues de ce courant a accéléré l'évolution des mœurs de la société occidentale dans son ensemble, même si le mouvement lui-même a perdu progressivement de son ampleur.
Définition Le lexicographe Jesse Sheidlower, principal éditeur américain de l’Oxford English Dictionary, considère que les termes et dérivent du mot hip, dont l'origine est floue. Cependant, selon lui, le terme trouverait son origine dans un vocable africain hip, dérivé du terme wolof hipi signifiant « ouvrir les yeux »., également repris dans le mot afro-américain , forgé par Harry Gibson en 1940. et désignant les amateurs blancs de jazz bebop des années 1940. Il pourrait être également un jeu de mots avec signifiant « décontracté, branché, dans le coup ». Comme le , le hippie se montre « »..
Selon Malcolm X, dans son autobiographie publiée en 1964, le mot hippie était utilisé dans les années 1940 dans le quartier noir de Harlem pour désigner un certain type de blancs qui se comportaient comme « plus nègres que les nègres ».
vignette|alt=Haight-Ashbury, ancien quartier hippie de San Francisco (photographie)|Haight-Ashbury, ancien quartier hippie de San Francisco, aux États-Unis.
Une origine connexe du terme, parfois avancée, est la dérivation de l'acronyme H.I.P., faisant référence au , une association de bailleurs et de commerçants de ce quartier, plus bienveillante que la Haight-Ashbury Merchants Association, mais aussi inquiète de la mauvaise réputation qui menaçait le quartier, et qui s'organisa en conséquence pour faire campagne afin d'en préserver l'attractivité commerciale et locative au moment de l'affluence déjà observable dans un quartier voisin, de beatniks, alors très vite rebaptisés hippies, et constituant l'essentiel de leur clientèle Anthony Ashbolt, « 'Go ask Alice': Remembering the Summer of Love forty years on », Université de Wollongong, 2007. Charles Perry, « From Eternity To Here », Rolling Stone, 26 février 1976.. Ironie du sort, c'est sous ce nom qu'ils se firent connaître dans le monde entierBenoit Sabatier, Nous sommes jeunes nous sommes fiers, Fayard, 2013, 680 lire en ligne..
D'autre part, la première occurrence du mot dans les médias, antérieure à cette époque, semble être trouvée dans un numéro du Time de 1958 ., suivi par multiples autres dont Time de novembre 1964 évoquant l'usage de drogue d'un jeune homme de qui avait fait scandale.. C'est ce magazine qui selon l'historien Ronald Creagh et le San Francisco Chronicle qui annonce en 1967 en page une que cent mille hippies vont envahir San Francisco pendant l'été à venir en réponse à l'appel de leaders du mouvementRonald Creagh, Utopies américaines. Expériences libertaires du à nos jours, Agone, 2009, ..
Cependant, les hippies n'utilisaient pas ce terme pour se désigner eux-mêmes, l'acteur américain Peter Coyote qui fut un des créateurs des Diggers en 1966 (groupe de services gratuits, nourriture, soins médicaux, etc.) déclare : .. Après avoir été les hipsters, ou les diggers, ils se disaient plutôt flower children (« enfants fleurs »), beautiful people (« belles personnes » ou « le peuple superbe »), ou plus ironiquement freaks ou heads voire acid heads (respectivement : « monstres », « têtes » ou encore « têtes à l'acide »).. Dans son ouvrage Oh, hippie days ! Carnets américains 1966-1969, le journaliste français Alain Dister écrit : ..
De manière générale, les hippies contestaient le matérialisme et le consumérisme croissant des sociétés occidentales ainsi que tout ce qui y était lié. Ils rejetaient en particulier les valeurs associées au travail, à l'ambition et à la réussite professionnelle et le primat des biens technologiques sur les biens traditionnels. Ils aspiraient à une sorte de fraternité universelle pour laquelle ils espéraient trouver idées et pratiques dans des sociétés traditionnelles. Ce complexe idéologique, essentiellement constitué en une praxis, n'a pas réellement été théorisé et n'a jamais fait l'objet d'une homogénéité pratique parmi les hippies.
Beaucoup étaient des étudiants de la classe moyenne, issus de la génération nombreuse du baby-boom de l'après-guerre. Jack Weinberg, membre du « » dans les années 1960, était l'auteur de la célèbre phrase : . qui traduisait sans équivoque la volonté de se distancer de la génération précédente.
Histoire Précurseurs vignette|alt=Le philosophe grec Diogène de Sinope représenté par Jean-Léon Gérôme (1860)|Diogène de Sinope, le premier véritable cynique, est parfois présenté comme un précurseur de la philosophie hippie. (toile de Jean-Léon Gérôme, 1860).
Même si le mouvement hippie à proprement parler naît véritablement aux États-Unis au début des années 1960, il a des similitudes avec des mouvements d'idées très anciens, telles les philosophies cyniques, celle du Grec Diogène de Sinope, du ., tel l'amour libre du mazdakisme iranien du ., voire telles les idées de Jean-Jacques Rousseau au Voir Tanguy L'Aminot, "Rousseau et les hippies", La Pensée, n° 370, avril-juin 2012, p. 141-152..
Mais les prémices les plus claires se manifestent au . La Désobéissance civile (1849), œuvre de Henry David Thoreau théorisant un radicalisme qui refuse l'autorité de l'État est une référence pour .. Walden ou la Vie dans les bois, pamphlet contre le monde occidental et roman du retour à la nature et de la conscience environnementale publié un peu plus tard, en 1854, par le même, est une référence pour la pensée écologiste des années soixante. Les milieux de la contre-culture incluent ainsi d’avides lecteurs de Thoreau.
En Allemagne, dès 1896, la , inspirée du paganisme ancien, avec ses et ses (hommes de la nature), précède les hippies de plusieurs décennies. Adolf Just ouvre son sanatorium Jungborn en 1896 au pied des montagnes du Harz et publie la même année son livre best-seller intitulé Retourner à la nature !, qui devient le modèle des « enfants de la nature » la même année.. Les photographies de l’époque, si elles n’étaient pas en noir et blanc, pourraient donner l’impression d’avoir été prises dans une communauté hippie des années 1960 aux États-Unis..
En 1906, un immigrant allemand, William Pester, s'installe à Palm Canyon en Californie dans une hutte pour vivre un mode de vie en tout point identique à celui qui allait surgir au sein de la société américaine soixante ans plus tard. Un autre Allemand, Maximilian Sikinger, s'installe à Santa Monica Mountains à partir de 1935 pour inspirer les Américains à devenir des « » (des « garçons de la nature ») et est très actif au sein du mouvement hippie des années 1960.
Les précurseurs directs des hippies sont les membres du mouvement littéraire de la Beat generation, des années 1950 dont les figures emblématiques Jack Kerouac, Allen Ginsberg et dans une moindre mesure William Burroughs furent des références pour le mouvement hippie.
Le mouvement hippie est considéré par l'historien de l'anarchisme Ronald Creagh comme la dernière résurgence spectaculaire du socialisme utopique. Pour lui, il y aurait eu deux phases de floraison de communautés libertaires, l’une avant 1860, l’autre après 1960., caractérisée par une volonté de transformation de la société non pas par une révolution politique ou une action réformiste impulsée par l'État, mais par la création d'une contre-société socialiste au sein même du système capitaliste, en mettant en place des communautés idéales plus ou moins libertaires. Cette filiation est par ailleurs revendiquée par certains d'entre euxSelon Patrick Rambaud, l'un des piliers dActuel, acteur et observateur du mouvement soixante-huitard français : cité .Bernard Thésée, Les Aventures communautaires de Wao le laid, 1974, cité ., comme les de San Francisco dont le nom est une référence à un collectif de squatteurs du .
Débuts aux États-Unis
vignette|left|alt=Joan Baez et Bob Dylan lors de la Marche sur Washington pour le travail et la liberté en 1963 (photographie)|Joan Baez et Bob Dylan à la Marche vers Washington pour le travail et la liberté en 1963.
Les débuts du mouvement se situent autour de l'année 1965 aux États-Unis. C'est en tout cas là que les journaux et magazines de l'époque commencent à utiliser le terme « hippie »les archives du Times de 1967 : Les hippies et que des prises de position plus affirmées contre le gouvernement commencent à apparaître en opposition au tournant dans la guerre du Viêt Nam qui provoque des réactions de plus en plus vives depuis 1964, le tout dans un contexte de contestation et de refus de l'ordre établi. Les manifestations contre la guerre du Viêt Nam d'une part et les émeutes des Noirs dans les grandes villes américaines d'autre part fédèrent en effet une partie de plus en plus grande de la jeunesse. Et cette génération, née juste après la Seconde Guerre mondiale, rejette de plus en plus l'« » et son conformisme, la soumission au pouvoir et aux canons sociaux. Elle cherche à fuir la société de consommation en mettant en avant des valeurs écologistes et égalitaires inspirées des philosophies orientales.
Beaucoup des aspirations hippies sont héritées des écrivains de la , également considérés comme des précurseurs du mouvement car eux aussi expriment une rupture avec la société de production de masse et de consommation. Ils menaient une vie libérée, faite de déplacements constants. Sur la route (On the Road, 1957) est un livre emblématique de cette quête et le reste pour les hippies, bien que Kerouac se désintéresse des hippies. Allen Ginsberg en revanche en est proche, et inspire entre autres Bob Dylan. Gary Snyder, au travers de ses écrits et de son expérience personnelle, contribue grandement à la promotion des philosophies orientales et bouddhistes qui ne sont pas encore populaires à cette époque.
vignette|alt=Further, le bus des Merry Pranksters (photographie)|, le bus des .
À l'idéal d'une vie centrée sur la liberté, une sexualité sans tabou et la musique, les hippies ajoutent le psychédélisme et sa recherche de nouvelles perceptions par l'usage de drogues. Timothy Leary, par sa formule « turn on, tune in, drop out » L'expression suggère littéralement de se brancher sur le monde, s’accorder aux vibrations spirituelles et décrocher du système et de tout asservissement, dont les addictions., prône la révolution psychédélique par le LSD .