vignette|Principales villes impliquées dans le commerce au . vignette|droite|Routes commerciales de l'Océan Indien (ancien) vignette|droite|Commerce somali.
La culture swahilie (Uswahili en kiswahili) est la culture partagée par les populations de la côte de l'Afrique de l'Est. Le terme viendrait du pluriel du mot arabe sahel ساحل : sawahil سواحل, qui signifie côte ou frontière. Ces populations sont d'origine bantoue avec des apports arabes et, dans une moindre mesure, persans. Les cités-États côtières comme Mombasa, Gede, Malindi, les archipels de Zanzibar, des Comores, de Kilwa , de Lamu, formaient une unité de culture swahilie prospère et renommée, vivant du commerce de marchandises africaines destinées aux marchés locaux et orientaux. La culture s'étend également dans l'intérieur des terres jusque Kasongo (RDC). Ces populations parlaient des langues voisines, variantes du swahili, et partageaient un certain nombre de valeurs propres. C'est avant tout une culture urbaine, africaine et musulmane. Les Arabes appelaient al-Zanj (« les noirs ») les territoires sous la domination de ces cités, d'où le nom souvent donné à la région de ou .
Histoire Origines vignette|Pêcheurs traditionnels à Shimoni (Kenya). Les témoignages sur les débuts de la culture swahilie sont anciens, notamment Le Périple de la mer Érythrée, un document du , et la Géographie de Ptolémée, datée de , reprise et corrigée sous sa forme définitive au . Le Périple relate que les marchands yéménites qui visitaient l'Afrique de l'Est y contractaient des mariages. L'archéologie et la linguistique comparée permettent de suivre le long de la côte est-africaine l'installation progressive de cette nouvelle population africaine au début de notre ère. Des fouilles démontrent notamment l'existence d'un site datant du et ayant livré plusieurs céramiques égyptiennes et parthe; un second site occupé du au présente des céramiques indiennes et persiques dans une première phase, puis sassanides dans une seconde. Cette région, alors appelée Azanie, se trouve sous domination de l'Arabie du Sud. Des monnaies ptolémaïques, romaines, kushanes, parthes, sassanides, aksumites et byzantines sont découvertes en Afrique de l'Est, suggérant l'extension importante de ce réseau commercial. Le site archéologique d' présente une grande variété de produits importés d'Inde, d'Asie occidentale et du monde romain datant du au .
D'autres témoignages corroborent le fait que la côte orientale de l'Afrique fait l'objet, depuis des millénaires et jusqu'à une période récente, de migrations en provenance du golfe Persique et de l'Inde. Ces migrants sont parfois des familles importantes fuyant les conflits de leur zone d'origine, mais le plus grand nombre est celui des marins et des marchands car cette zone de l'océan Indien est soumise à un régime de mousson, où les vents soufflent une partie de l’année d'est en ouest et en sens inverse le reste du temps. Cela favorise d'intenses échanges commerciaux, par voie maritime, y compris à longue distance, entre la côte orientale de l'Afrique, la péninsule arabique, l'Inde et, vers le , la Chine. Le Périple de la mer Érythrée mentionne d'ailleurs parmi les épices commercées dans la région la cannelle, originaire d'Asie. Les relations entre les migrants arabo-persans et la population autochtone sont suffisamment pacifiques
Culture des rivages Un rebond du réseau commercial indien qui coïncide avec une augmentation des températures et des précipitations permet à une culture africaine tournée vers l'activité commerciale maritime de s'affirmer. La culture swahilie (sawahil en arabe signifiant rivages ou côtes) est déjà partiellement arabisée à l'époque pré-islamique et la pénétration de l'Islam débute tôt, à la fin du .
L'autre aspect de la culture swahilie est l'émergence de la famille de langues swahilies, langues bantoues, incorporant un important lexique arabe et persan. Ces langues communes, reconstruites par la linguistiques, appartiennent aux langues sabaki, et se diffusent à partir du .
Une forme de « proto-swahili » se développe au et . À l'origine, le swahili est transcrit en adjami, c'est-à-dire en caractères arabes avant de l'être en caractères latins à partir du sous l'influence des Européens.
Les populations bantoues propagent la culture swahilie : . L'aire swahilie s'étage du sud de la Somalie au nord du Mozambique. Leur diffusion suit l'extension géographique de la au sein de laquelle des centres marchands s'affirment à Zanzibar, Pemba ainsi qu'au Mozambique. Cette culture échange au sein de l'espace maritime de l'océan indien, mais aussi avec l'Afrique continentale. En conséquence, une importante caractéristique des débuts de la culture swahilie est son importante diversité.
L'expansion et l'islamisation des cités-États
Expansion L'extension de la culture swahilie prend un nouvel essor depuis le Mozambique qui devient un important site d'exploitation de ressources métalliques. Les fouilles archéologiques témoignent d'une abondance de perles importées du golfe persique sur le site de ainsi que sur le site de Schroda, dans ce qui deviendra le royaume de Mapungubwe. Au , les commerçants swahilis se déplacent vers les Comores et Madagascar, donnant lieu à un métissage culturel avec les austronésiens et permettant l'apparition de la culture dembeni.vignette|Boutre traditionnel swahili à Zanzibar.
À partir du , la culture swahilie s'étend sur plus de 1500 km de côte maritime et les cités-États, converties à l'islam, participent à une rapide évolution. Des cités-États commerçantes sont fondées par les migrants arabes dans les archipels de Lamu, de Zanzibar, puis plus tard des Comores et Kilwa, ainsi que les villes continentales de Pate, Manda, Malindi (au Kenya), Pemba, Mafia et jusqu'à Sofala..
Les Shirazis, que certains auteurs considèrent liés à une population originaire de Chiraz, s’installent notamment à Kilwa. Il s'agit selon les historiens d'une population en réalité originaire de l'archipel de Lamu qui essaime sur la côte dès le .
Islamisation et organisation Au , l'islamisation se poursuit au sein des îles proches du littoral et c'est le cas pour le littoral au . Dans le prolongement, les écrits d'Ibn Battûta (explorateur arabe) permettent de penser que la société swahilie avait, au , adopté partiellement des éléments du système juridique musulman. Cependant, la propagation de l'islam n'est pas le fruit d'un prosélytisme. L'islamisation des peuples de la côte (sawahil en arabe) fut en partie forcée, prise comme une manière d'éviter l'esclavage : c'est ainsi que la population de la côte africaine s'est différenciée des païens du continent, appelés koufar en arabe, terme que l'on retrouve dans le mot réunionnais , qui y désigne encore les habitants d'origine africaine. L'islam de la culture swahilie est caractérisé par son syncrétisme aux pratiques locales et incorpore le culte des ancêtres, des esprits et les croyances magiques locales.
Cette fluidité des affiliations religieuses se retranscrit dans l'organisation politiques où deux types s'opposent : le patriciat waungwana des cités-États du nord comme au sultanat de Mogadiscio et le système royal shirazi du Sud dans lequel se trouve une hiérarchie et des regalia comme au sultanat de Kilwa.
Sur le plan urbanistique, les caractéristiques du monde swahili du Nord se développent en parallèle d'agglomérations rurales en bois. Une distinction sociétale s'observe également entre Swahili blancs et noirs dont on retrouve encore la catégorisation sociale à Mayotte et Madagascar.
Attractivité commerciale Le commerce est particulièrement florissant au et surtout au , en partie grâce aux commerces d’ivoire d’éléphant et d’hippopotame, de cornes de rhinocéros, de cuivre, d'écailles de tortue, de perles et principalement grâce à l’or en provenance des mines de Sofala, dans l’actuel Mozambique. Le apparaît comme un âge d'or, avec la construction de nombreux monuments en pierre, et la présence de marchandises venues de plusieurs régions. Kilwa devient la cité contrôlant l'approvisionnement en or dans le routes maritimes musulmanes et une dynastie d'origine yéménite s'y installe au . L'essor des villes côtières est directement lié à l'essor de royaumes intérieurs tels que le et le l'Empire du Monomotapa.
La région commerce avec l’Europe, le monde islamique et même la Chine. Le commerce vers l'Extrême-Orient s'intensifie aussi pour atteindre sa plus grande expansion sous les Ming. En 1414, une ambassade de la ville de Malindi amène avec elle à la cour de Chine une girafe, qui fit forte impression. En 1417-1419 et 1431-1433, l'amiral chinois musulman Zheng He, conduit deux grandes expéditions sur la côte africaine et parvient à Malindi. Ces villes commerçaient également l'ébène, le bois de santal et les esclaves. Kilwa est à cette époque décrite comme étant une des villes les plus élégamment bâties du monde. Les habitants de la côte sont décrits comme étant bien nourrisIbn Battûta visite la côte en 1331, jusqu'à Kilwa, ce qu'il relate dans son Rihla (« Les Voyages »). de mets riches et exotiques, habillés somptueusement. Des caravanes commerciales s’enfoncent de plus en plus profondément dans les terres jusqu’aux grands lacs pour récupérer les précieuses marchandises qui sont réexpédiées vers le Moyen-Orient. Cette culture s'est ainsi répandue de la Somalie jusqu'aux côtes de Madagascar (Nosy Be), des Comores et du Mozambique.
Découverte par les Européens et conquête portugaise
Le Portugais Vasco de Gama arrive sur la côte en mars 1498 avec trois caravelles, puis continue son trajet jusqu'à Calicut. En 1500, les portugais découvrent Madagascar. L'accueil de la population est réservé face à ces concurrents potentiels et chrétiens qui arrivent par une route commerciale inédite. À Mombasa, les Portugais échappent de peu à une embuscade. Le sultan de Malindi, rival de celui de Mombasa, collabore avec eux pour le commerce maritime de la région.
Afin de prendre le contrôle des routes du commerce, les Portugais cherchent à occuper les ports principaux de l'océan Indien et s'attaque à certaines cités swahilies. Sofala est prise en 1503 et Kilwa en 1505. Mombasa est pillée et brûlée en 1505 également. Les expéditions de Francisco de Almeida détruisent et pillent la ville de Mombasa et redistribuent une part du butin à leur allié, le sultan du Malindi. En 1528, Mombasa, révoltée, est à nouveau mise à sac.
Toutefois, si les premières années qui suivent la découverte des territoires par les Portugais affichent plusieurs destructions, leur irruption ne couvre qu'une courte période et ne bouleverse que provisoirement les réseaux d'échanges maritimes en place. Les Portugais sont contraints de s'insérer dans les configurations préexistantes et leur présence contribue ensuite à une reconfiguration de ces réseaux au profit de l'archipel de Lamu et de la ville de Paté.
L'Empire ottoman s'intéresse également à la région au , et engage plusieurs Expéditions navales ottomanes dans l'océan Indien, amenant à des batailles contre les troupes portugaises. L'amiral Piri Reis dresse de nombreuses cartes et descriptions de la région. Mais plusieurs défaites cuisantes et l'absence de connexion maritime directe avec la Turquie font finalement abandonner à l'empire toute ambition sur la région en 1589, au profit du sultanat d'Oman.
En 1698, l’imam de Mascate en Oman, Sayyid Said bin Sultan Al-Busaid, encourage les Arabes à se révolter, monte une armée de , et parvient à reprendre Mombasa aux Portugais, puis Kilwa et Pemba l’année suivante. Les Portugais tentent différentes contre-offensives, reprennent même brièvement Mombasa, mais sont définitivement expulsés de la côte swahilie en 1729, et se réfugient plus au sud au Mozambique.
Avec la chute des Portugais, la présence européenne dans l'océan Indien s'estompe fortement, à l'exception des lointaines Mascareignes.