Les îles Marquises ou Te Henua Ènata (en marquisien : La translittération peut également se faire en Henua Enata ou Henua Enana en fonction des variantes du marquisien. En marquisien, Tefenuaenata signifierait « la Terre des hommes », cependant cette traduction est controversée car elle n'est qu'une variante moderne du marquisien, apparue récemment comme le souligne La Toponymie des Marquises, in Marquises, 1996 CTRDP (Republié par CIEL en 2008). Même la traduction de ’enana par « hommes » pose un problème car le mot signifie davantage « indigènes » en opposition à ha'oe, « étranger ». Une meilleure traduction serait donc le Pays des Marquisiens., soit « la terre des humains ») forment un des cinq archipels de la Polynésie française.
Elles sont ainsi nommées par l'Espagnol Álvaro de Mendaña — qui les approche en 1595 — en l'honneur de l'épouse de son protecteur, García Hurtado de Mendoza, vice-roi du Pérou et marquis de Cañete. Mendaña visita d'abord Fatu Hiva, puis Tahuata, avant de rejoindre les Îles Salomon.
Les Îles Marquises sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2024.
La tāvana hau des îles Marquises est Myrna Peterano, et le chef de la subdivision administrative des îles Marquises est Arnaud BENOIT..
Géographie
Îles
Les îles ont une superficie totale de , elles constituent un des archipels les plus étendus de la Polynésie française. Elles se situent dans le Nord de l'océan Pacifique Sud et elles sont distantes de de l'équateur (depuis Nuku Hiva, mais il faut compter depuis Fatu Hiva). Les îles se trouvent d'autre part à environ au nord-nord-est des îles Tuamotu. Depuis Nuku Hiva, où se situe le centre administratif de l'archipel, il est nécessaire d'effectuer un parcours de pour rejoindre Tahiti, dans l'archipel de la Société.
Les îles sont réparties en deux groupes distincts : le groupe septentrional, centré autour de la grande île de Nuku Hiva, les trois plus petites îles d'Ua Pou au sud, d'Ua Huka à l’est, et de Motu Iti à l'ouest, et au nord les petites îles situées sur le même massif corallien d'Eiao, Hatutu et Motu One ; le groupe méridional, centré autour de l’île principale de Hiva Oa, et les plus petites îles très proches de Tahuata, Moho Tani (ou Motane) et Fatu Huku, et plus au sud l'île de Fatu Hiva et le rocher Motu Nao.
Géologie Les îles Marquises sont d'origine volcanique, à l’exception de Motu One : elles ont été formées par le point chaud des Marquises. Elles ont un relief escarpé et ne sont pas protégées par un récif corallien (sauf Fatu Hiva et quelques vallées comme Anaho à Nuku Hiva). Les sommets peuvent atteindre les d’altitude. Les falaises plongent dans la mer jusque dans les fonds marins et sont constamment érodées par les courants du Pacifique-Sud. Les côtes ont l’aspect d’une muraille coupée de profondes crevasses et de quelques plages. Quelques vallées profondes et isolées coupent les chaînes de montagnes.
Les paysages volcaniques sont à l’origine de nombreux noms de lieuxTraduction provenant de l'article similaire en espagnol : Hiva Oa, La Grande Crête ; Nuku Hiva, La Crête des Falaises ; Fatu Iva, Les Neuf Roches ou la Neuvième Île ; Fatu Huku, Morceau de Pierre ; Ua Pou, Les Deux Piliers, sans oublier la « Baie des Verges » que les missionnaires changèrent en « Baie des Vierges ».
Climat La pluviosité est très variable d’une île à l’autre et d’une année sur l’autre. La température est modérée par les alizés. Les côtes au vent sont beaucoup plus arrosées que les côtes sous le vent, plus sèches et plus inhospitalières.
Environnement
L'archipel constitue une écorégion terrestre dans la classification du Fonds mondial pour la nature sous le nom de « forêts humides tropicales des Marquises ». Elle appartient au biome des forêts de feuillus humides tropicales et subtropicales de l'écozone océanienne.
La grande distance qui sépare les îles du continent est à l’origine des principales caractéristiques de l’écosystème. Celui-ci a souffert des activités humaines et de l’introduction d’espèces étrangères. La faune marine est riche, la faune terrestre est nettement plus pauvre : oiseaux, insectes (papillons), araignées, mille-pattes. L’homme a également introduit des chiens, des chevaux, des chèvres et des ovins, ainsi que des rats, des moustiques et des scorpions. La flore est variée et originale. On cultive l’arbre à pain, le cocotier, le tabac, la vanille et même le coton.
Histoire vignette|gauche|500px|alt=Photo montrant les montagnes et la jungle du centre de l'île.|Forêt tropicale, sur l'île de Fatu Hiva. vignette|gauche|redresse|alt=Photo d'une statue de tiki en pierre de deux mètres cinquante de haut. Le bras gauche est manquant.|Tiki représentant le chef Taka'i'i, sur le site archéologique du Mea'e Te l'Ipona, près du village de Puamau, île de Hiva Oa. vignette|gauche|redresse|Attributs d'un chef de guerre marquisien (musée d'histoire naturelle et d'ethnographie de Colmar). Avant les contacts européens Les premiers colons recensés aux Marquises étaient des Polynésiens venus de Polynésie occidentale, descendants de la culture Lapita. Les premières tentatives de datation au carbone du site suggèrent qu'ils sont arrivés avant l'an 100 de notre ère, d'autres estimations faisant état d'un peuplement à partir de l'an 600 de notre ère, mais plusieurs études indépendantes plus récentes suggèrent qu'ils sont arrivés plus récemment.
Par exemple, une étude de 2010, qui a appliqué des méthodes de datation au radiocarbone plus précises à des échantillons plus fiables, suggère que la première colonisation de la Polynésie orientale a eu lieu beaucoup plus tard, dans un laps de temps plus court et en deux vagues : la première est une migration vers les îles de la Société entre 1025 et 1120 environ (quatre siècles plus tard que ce que l'on pensait auparavant) ; la seconde, entre 70 et 265 ans plus tard, est une dispersion de migrants vers toutes les îles restantes des Marquises entre 1190 et 1290 environJanet M. Wilmshurst, Terry L. Hunt, Carl P. Lipo, and Atholl J. Anderson. "High-precision radiocarbon dating shows recent and rapid initial human colonisation of East Polynesia" , PNAS, vol. 108 no. 5, doi: 10.1073/pnas.1015876108, accessed 26 October 2015. Cette colonisation relativement rapide expliquerait l'.
Une autre étude, publiée en 2014, suggère que la date du premier peuplement des Marquises est un peu plus ancienne : entre 900 et 1000 environ.
Avant les contacts européens, la société marquisienne comprenait cinq classes : les familles nobles hakāìki parmi lesquelles chaque tribu avait sa lignée royale héréditaire (hérédité pas forcément patrilinéaire), les tauà ou prêtres, les kaìoi ou clans libres ordinaires (chacun ayant ses propres affiliations initiatiques totémiques), les tuhuna (artisans, artistes, conteurs) et les kikino (serfs et serviteurs, pouvant être des captifs de guerre, ou bien des personnes punies pour avoir enfreint des tapu ou pour dettes)Emmanuel et Aü Deschamps, L'archipel des Marquises, éd. A. Barthélémy et Le Motu, Papeete 2002, pp. 17 à 19, ..
Chaque vallée était le territoire d’une tribu, voire de deux (amont et aval) et des conflits pouvaient les opposer. Un des rôles des tauà était de pratiquer la divination pour « lire » la volonté des esprits ou des dieux et trancher le litige. Si cela échouait, les guerriers procédaient à un haka (parade d’intimidation) pour éviter la confrontation physique si l’un des deux clans se retirait. À l’issue d’une guerre et dans un cadre religieux, le sacrifice humain et le cannibalisme rituel pouvaient parfois être pratiqués aux dépens des prisonniers de guerre, ce qui a beaucoup impressionné les commentateurs européensDans son ouvrage, Typee : A Peep at Polynesian Life décrivant son séjour à Nuku Hiva en 1842, Herman Melville décrit sa peur d'être mangé : Herman Melville, Taïpi, Omou, Mardi, Œuvres, I, notice de Philippe Jaworski (), Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1996 ., alors que le plus souvent les captifs devenaient des kikino ou bien étaient rendus contre rançonIan Gonzalez-Alaña, Cadavres exquis : au cœur du cannibalisme, éd. Fage 2020, ..
Selon la tradition orale de l’île de Pâques, le premier souverain de cette île, Hotu Matu'a, serait venu, avec sa tribu, de « Hiva », peut-être Nuku Hiva ou bien Hiva Oa aux MarquisesAlfred Métraux : Introduction à la connaissance de l'Île de Pâques : résultats de l'expédition franco-belge de Charles Watelin en 1934, éd. du MNHN, Paris 1935..
Les pétroglyphes sont nombreux., ainsi que les habitats troglodytiques.
Explorations occidentales Le premier Européen qui les découvre est l'Espagnol Álvaro de Mendaña en 1595. Au cours de son voyage du Pérou aux îles Salomon, il rencontre les îles du sud qu'il nomme : Magdalena (Fatu Hiva), Dominica (Hiva Oa), Santa Cristina (Tahuata) et San Pedro (Moho Tani). Deux siècles passent avant qu’un autre Européen, James Cook, ne revienne en avril 1774. Il y reste une semaine pour se réapprovisionner au retour de son exploration du sud de l'océan Pacifique.
En juin 1791, l’Américain Joseph Ingraham reconnaît les îles du groupe nord : Federal (Ua Huka), Washington (Nuku Hiva) et Adams (Ua Pou). Il les nomme « les îles Washington ». Deux mois plus tard, le Français Étienne Marchand prend possession de l’archipel au nom de la France et le nomme « îles de la Révolution ». Les îles reçoivent son nom et celui de ses seconds Marchand (Ua Pou), Masse (Eiao) et Chanal (Hatutu), de ses commanditaires Baux (Nuku Hiva) et d'une particularité géomorphologique, Deux Frères (Motu Iti)Joseph Boniface, « Le premier tour du monde par le Drapeau tricolore », Provence historique, , , 1951, .. En 1792, Richard Hergest, ancien officier de Cook, commandant du Daedalus, y fait escale et nomme les îles Sir Henry Martin (Nuku Hiva), Robert (Eiao), Trevenans (Ua Pou) et Riou (Ua Huka). Il est alors considéré, à tort, comme le véritable découvreur des MarquisesBarry Gough Distant Dominion: Britain and the Northwest Coast of North, 2011, , mais en réalité il n'a fait qu'établir la première carte fiable des îlesKarl von den Steinen, Die Marquesaner und ihre Kunst, vol. 1, Berlin, 1925, .
Johann Adam von Krusenstern, capitaine de la marine impériale russe, visite en 1804 les îles Marquises lors de son voyage de circumnavigation (1803-1806). Il découvre sur la côte sud-occidentale de Nuku Hiva une baie (actuelle baie de Hakauì) pouvant faire un excellent port, à laquelle il donna le nom de Tchitchagov, nom du ministre de la Marine russe, Pavel Tchitchagov. Il rencontre le marin français Joseph Kabris (1780-1822) et le marin gallois Edward Robarts (1770-1832).
En 1813, au cours de la guerre anglo-américaine, l’Américain David Porter établit une base navale à Nuku Hiva, qu’il rebaptise île Madison en l’honneur du président américain James Madison. Mais, après la guerre, les États-Unis ne ratifient pas cette possession.
Les visites annuelles de bateaux seraient de 5 dans les années 1810, 10 pour les années 1820, 25 pour les années 1830.
En 1845, le chef marquisien Pākoko Teìkivaeoho est exécuté par les autorités françaises..
Présence française En 1842, le Français Aubert du Petit-Thouars prend possession de l’archipel, qui est intégré aux Établissements français de l'Océanie. Dès cette époque, Petit-Thouars et François Guizot envisagent d'y créer un lieu accueillant les condamnés à la peine de déportation, prévue pour les crimes politiques mais pas encore appliquée à cette date.