est le deuxième album studio de David Bowie. Il est sorti en chez Philips Records au Royaume-Uni sous le titre David Bowie et chez Mercury Records aux États-Unis sous le titre . Il est plus connu sous le titre qui est utilisé à partir de sa réédition chez RCA Records en 1972.
Les chansons figurant sur cet album, enregistrées avec les membres du groupe Junior's Eyes, relèvent du genre folk rock et témoignent de l'influence de Bob Dylan et de Simon and Garfunkel sur Bowie. Plusieurs sont d'ordre autobiographique et reviennent sur sa relation avec l'actrice Hermione Farthingale, dont il partage la vie durant la majeure partie de l'année . D'autres témoignent de son expérience du mouvement hippie, dont il est proche depuis la création de l'Arts Lab de Beckenham au printemps 1969, et d'une certaine désillusion à son égard.
Malgré le succès du single , qui est repris en ouverture du , cet album est un échec commercial. Ce n'est qu'au moment de sa réédition chez RCA, lorsque Bowie est devenu une vedette sous l'identité de Ziggy Stardust, qu'il entre dans le top 20 des ventes au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Histoire
Contexte
vignette|redresse|gauche|Simon and Garfunkel servent de modèle au duo formé par Bowie avec son ami John Hutchinson au printemps 1969.|alt=Portrait en noir et blanc de deux jeunes hommes
Le contrat de David Bowie avec Deram Records prend officiellement fin le . Au cours de ses dix-huit mois sur ce label, le jeune chanteur a sorti trois singles et un album, simplement intitulé David Bowie, paru le . Sa musique, une pop orchestrale influencée par le music-hall et le vaudeville, ne rencontre aucun succès auprès du public, même si certains critiques, comme Chris Welch de Melody Maker ou Penny Valentine de Disc and Music Echo, décèlent chez lui un certain talent pour l'écriture.
À la suite de l'échec de ce premier album, Bowie diversifie sa palette artistique. Il s'essaie au mime et au théâtre auprès de Lindsay Kemp, tente de monter un spectacle de cabaret et décroche des petits rôles dans le téléfilm et le film Les Soldats vierges. Durant le tournage de , fin , il fait la connaissance d'une jeune actrice, Hermione Farthingale, qui devient sa petite amie. Ils emménagent ensemble au mois d'août dans une chambre de bonne sur Clareville Grove, une rue du quartier londonien de South Kensington.
Avec le guitariste Tony Hill (ex-The Misunderstood), le couple forme un trio, , qui donne une poignée de spectacles à Londres en septembre-. Leurs prestations mélangent mime et interprétations de chansons folk avec harmonies vocales et guitares acoustiques. Leur répertoire comprend quelques compositions de Bowie (dont certaines sont nouvelles, comme ), ainsi que des reprises d'Amsterdam de Jacques Brel ou de de Lesley Duncan, entre autres. Parti fonder High Tide, Hill est remplacé fin octobre par John Hutchinson, dit « Hutch », qui a déjà joué avec Bowie au sein du groupe The Buzz en 1966.
Le trio Bowie-Farthingale-Hutchinson, rebaptisé , donne quelques concerts en novembre-. Il cesse d'exister en , lorsque Farthingale quitte Bowie. Cette rupture marque fortement le jeune homme, mais Hutchinson et lui continuent à se produire en duo pendant quelques mois sur le modèle de Simon and Garfunkel. En avril, ils enregistrent une démo de dix titres destinée à convaincre la maison de disques Mercury Records (où travaille Calvin Mark Lee, un ami de Bowie) de leur offrir un contrat. L'argent venant à manquer, Hutchinson, qui a une famille à nourrir et doute d'arriver un jour à percer dans le monde de la musique, décide peu après de rentrer dans son Yorkshire natal pour reprendre sa carrière de dessinateur industriel.
De son côté, Bowie s'installe chez sa nouvelle petite amie, Mary Finnigan, journaliste indépendante pour l'International Times. Bien que leur relation soit éphémère, Finnigan étant bientôt supplantée dans le cœur du chanteur par l'actrice d'origine chypriote Angela Barnett, ils restent en bons termes et fondent ensemble un club de folk dans les locaux du Three Tuns, un pub de Beckenham, début mai. Ce club évolue rapidement en Arts Lab, centre culturel qui accueille toutes sortes d'activités artistiques, qu'il s'agisse de spectacles de marionnettes, de projections de films comme Un chien andalou, de récitations de poèmes ou de performances musicales. Bowie s'y produit tous les dimanches, seul avec sa guitare acoustique, et s'immerge dans la culture hippie à la mode.
Enregistrement
vignette|redresse|alt=Photo de l'entrée d'un immeuble aux murs blancs, fermée par de grandes grilles bleues|L'entrée des anciens studios Trident en 2018.
La chanson est enregistrée aux studios Trident de Londres le . Bowie signe son contrat avec Mercury le même jour. Une deuxième séance prend place quelques jours plus tard pour terminer la chanson. Bowie est entouré de jeunes musiciens de studio (le bassiste Herbie Flowers et le claviériste Rick Wakeman), ainsi que de Terry Cox, le batteur du groupe de folk Pentangle, et de Mick Wayne, le guitariste du groupe de rock Junior's Eyes. Pour la production, il souhaite faire appel à son ami Tony Visconti, mais celui-ci refuse, car il n'aime pas la chanson et n'y voit qu'une tentative cynique de profiter de la publicité suscitée par la mission Apollo 11. La tâche échoit à Gus Dudgeon, qui a travaillé comme ingénieur du son sur le premier album de Bowie. Le label Philips, filiale de Mercury, publie le single le pour coïncider avec la mission lunaire. La chanson est utilisée dans l'émission que consacre la BBC à l'alunissage des astronautes américains dans la nuit du 20 au , mais cela ne se traduit pas par un pic de ventes, pas plus que la tentative de Kenneth Pitt, l'imprésario de Bowie, d'avoir recours à la payola pour la faire entrer au hit-parade.
Le travail sur le reste de l'album débute le , toujours à Trident. Tony Visconti est chargé de la production et choisit de faire appel aux autres membres de Junior's Eyes pour épauler Bowie : outre Mick Wayne, il s'agit de Tim Renwick à la guitare rythmique, John Lodge (surnommé « Honk »Honk est un mot anglais désignant un coup de klaxon ou le cri de l'oie.) à la basse et John Cambridge à la batterie. L'enregistrement se poursuit avec de nombreuses interruptions. Du au , Bowie se rend ainsi à Malte et en Italie avec son imprésario pour participer à deux concours de la chanson. Il rentre à Londres juste à temps pour se rendre au chevet de son père, Haywood Stenton Jones, qui souffre d'une pneumonie aiguë et meurt le , âgé de seulement cinquante-six ans. Le mois qui suit est particulièrement chargé pour le chanteur, qui emménage avec Angie Barnett et quelques amis (dont Tony Visconti) dans une grande villa victorienne du quartier de Beckenham, Haddon Hall, et se consacre à l'organisation d'un grand festival gratuit autour de l'Arts Lab, le , qui prend place le .
Les séances d'enregistrement reprennent début septembre avec la chanson , inspirée par le festival du , qui est mise en boîte les 8 et . Deux jours plus tard, le 11, Bowie se rend aux studios Pye pour essayer d'y enregistrer avec le guitariste , mais l'acoustique de ces studios est si mauvaise qu'il décide rapidement de retourner à Trident. y est réenregistrée le , toujours avec Christmas. Les séances prennent fin le , ne reste qu'à déterminer l'ordre des morceaux. C'est probablement à ce moment-là que est écartée de l'album.
Parution et accueil
Le deuxième album de David Bowie est publié au Royaume-Uni par Philips le sous le titre David Bowie. Le single est entre-temps entré au hit-parade au mois de septembre, profitant d'un trou dans le programme promotionnel de Mercury et du soutien de son nouveau directeur général Olav Wyper. La chanson finit par atteindre la cinquième place des ventes début novembre. Au bout de cinq années de carrière, Bowie, qui se trouve alors en Écosse pour sa première tournée comme tête d'affiche, tient enfin son premier tube. Néanmoins, l'album ne connaît pas le même succès auprès du public et la presse britannique lui réserve un accueil mitigé. Dans , Penny Valentine compare Bowie à « un nouveau Bob Dylan », tandis que décrit le disque comme « plus qu'un album, une expérience ». En revanche, considère que Bowie se montre trop ambitieux en partant dans trop de directions différentes.
Aux États-Unis, ce n'est qu'en que Mercury publie l'album, sous le titre . Le single passe complètement inaperçu dans ce pays et l'album rencontre la même indifférence du public et de la presse. est réenregistrée en à la demande de Mercury, qui considère qu'elle pourrait faire un single à succès. Elle est publiée sur les deux faces d'un 45 tours au mois de juin, mais elle ne permet toujours pas à Bowie de percer sur le sol américain. Le chanteur commence à craindre que sa carrière se résume au succès sans lendemain du single .
Postérité
En 1972, Bowie devient enfin une vedette au Royaume-Uni sous les traits du personnage de Ziggy Stardust. Sa nouvelle maison de disques, RCA Records, en profite pour rééditer au mois de novembre ses deux albums parus chez Mercury au cours des années précédentes, le David Bowie de 1969 et (1970). Le premier reçoit pour l'occasion une nouvelle pochette et un nouveau titre, . La soif du public pour la musique de Bowie est telle qu'il se classe pour la première fois dans les meilleures ventes au Royaume-Uni et aux États-Unis, atteignant respectivement les et places des classements de ces deux pays l'année suivante.
Avec le recul, est fréquemment considéré par les biographes de Bowie comme un album mineur dans sa discographie, qui souffre d'un manque de ligne directrice et ne parvient pas à dépasser ses sources d'inspiration. L'importante différence de style et de qualité entre la chanson et les autres joue également en sa défaveur. Pour Nicholas Pegg, « Bowie sonne enfin comme un artiste majeur réalisant un album majeur », même s'il est encore « à la recherche de sa propre voix ». Matthieu Thibault considère que ce disque , mais que la tentative de Bowie de se plier à l'idiome folk rock ne l'amène qu'à produire . Paul Trynka lui concède un certain charme naïf, même si le chanteur ne transcende jamais ses influences, sauf sur la chanson-titre. En 2000, dans le documentaire de la BBC , Bowie décrit son deuxième album comme « un peu douteux dans la mesure où il n'avait aucune direction claire, musicalement parlant ».
À l'exception de , que Bowie joue régulièrement sur scène jusqu'en , la majeure partie des chansons de l'album disparaissent rapidement de son répertoire scénique après 1970. En 1973, et sont jouées en medley avec d'autres chansons lors du dernier segment du .
Caractéristiques artistiques
Paroles et musique
vignette|redresse|gauche|Bob Dylan est une influence importante de Bowie sur .|alt=Photo en noir et blanc d'un jeune homme jouant de la guitare et de l'harmonica
La majeure partie de l'album relève du genre folk rock et témoigne de l'influence de musiciens américains comme Bob Dylan, Simon and Garfunkel ou Tim Hardin. La démo enregistrée par Bowie avec John Hutchinson en , à l'époque où les deux musiciens se produisaient en duo, inclut plusieurs chansons qui se retrouvent ultérieurement sur l'album : la chanson-titre (dont Bowie avait déjà enregistré des démos seul en 1968), , , , (ultérieurement rebaptisée ) et (une ébauche de ). Sur l'album, la plupart de ces chansons reçoivent des arrangements plus élaborés, mais ce n'est pas le cas de , qui reste une ballade simple où seule une guitare acoustique accompagne le chant.