Le Portrait d'Adele Bloch-Bauer I, également appelé La Dame en or ou La Femme en or (en ou .), est un tableau du peintre symboliste autrichien Gustav Klimt, réalisé entre 1903 et 1907.
Commandé par Ferdinand Bloch-Bauer, banquier et producteur de sucre, le mari d’Adele Bloch-Bauer, ce portrait est l'œuvre la plus représentative du cycle d'or de Klimt. C'est le premier des deux portraits d'Adele par Klimt .
Adele meurt en 1925 en ayant exprimé le souhait que les œuvres de Klimt appartenant à son mari soient laissées à la galerie Belvedere de Vienne. Après l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, Ferdinand, menacé en raison de son origine juive, fuit la capitale en laissant derrière lui une grande partie de son patrimoine. Lorsque le portrait, à la suite d'une accusation d'évasion fiscale, est volé par les nazis en 1941, l'avocat agissant au nom de l'État allemand affirme suivre les volontés testamentaires d'Adele en le remettant à la galerie Belvedere.
Ferdinand Bloch-Bauer meurt en 1945 : son testament laisse sa succession à son neveu et à ses deux nièces.
En 1998, Hubertus Czernin, journaliste d'investigation autrichien, démontre que la galerie Belvedere détient plusieurs œuvres volées à des Juifs pendant la guerre. L'une des nièces de Ferdinand, Maria Altmann, engage l'avocat E. Randol Schoenberg afin d'intenter un recours contre la galerie pour récupérer cinq œuvres de Klimt. À l'issue d'une procédure judiciaire de sept ans, dont une audience devant la Cour suprême des États-Unis puis un arbitrage à Vienne, le tableau ainsi que les autres œuvres volées à la famille sont restitués à Maria Altmann.
La même année, elle vend le portrait pour à l'homme d'affaires collectionneur d'art Ronald Lauder. Celui-ci place l'œuvre dans la Neue Galerie de New York, qu'il a cofondée.
Contexte
Gustav Klimt
alt=Photographie en noir et blanc de Gustave Klimt, barbu, les mains dans les poches de son pantalon.|vignette|redresse|Gustav Klimt en 1917. Gustav Klimt naît en 1862 à Baumgarten, près de Vienne en Autriche-Hongrie. Il fréquente la Kunstgewerbeschule (école des arts et métiers) de Vienne avant de prendre des commandes avec son frère, Ernst, et un camarade d'étude Franz Matsch à partir de 1879. Au cours de la décennie suivante, outre plusieurs commandes privées de portraits, ils peignent des peintures murales intérieures et des plafonds dans de grands bâtiments publics, notamment le Burgtheater, le musée d'Histoire de l'art de Vienne et le plafond de la salle d'apparat de l'université de Vienne.
Klimt travaille à Vienne pendant la Belle Époque, période durant laquelle la ville apporte . Dans les années 1890, il est influencé par l'art d'avant-garde européen, notamment par les œuvres des peintres Fernand Khnopff, Jan Toorop et Aubrey Beardsley. En 1897, il est membre fondateur et président de la Sécession viennoise, un groupe d'artistes qui veulent rompre avec ce qu'ils considèrent comme le conservatisme dominant du Künstlerhaus. Klimt, en particulier, remet en question ; selon l'historienne de l'art Susanna Partsch, il est . En 1900, il est le portraitiste préféré des épouses de la bourgeoisie viennoise, en grande partie juive, une classe émergente d'industriels indépendants qui selon la journaliste Anne-Marie O'Connor.
Ferdinand et Adele Bloch-Bauer
Adele Bauer est issue d'une riche famille juive viennoise. Son père, Moritz Bauer, est directeur de la , la septième plus grande banque d'Autriche-Hongrie, et directeur général des Chemins de fer Orientaux. À la fin des années 1890, Adele rencontre Klimt et entame peut-être une relation avec lui. Les avis sont partagés sur la question de savoir si Adele et Klimt ont eu une liaison. L'artiste Catherine Dean considère qu'Adele est , tandis que la journaliste Melissa Müller et l'universitaire Monica Tatzkow écrivent qu'. Whitford observe que certaines des esquisses préliminaires réalisées par Klimt pour Le Baiser montrent un personnage barbu qui est peut-être un autoportrait ; le partenaire féminin est décrit par Whitford comme un . Whitford écrit que la seule preuve avancée pour soutenir la théorie est la position de la main droite de la femme, car Adele a un doigt déformé à la suite d'un accident survenu dans son enfance.
Les parents d'Adele arrangent un mariage avec Ferdinand Bloch, un banquier et fabricant de sucre ; la sœur aînée d'Adele, Therese, avait déjà épousé Gustav Bloch, le frère aîné de Ferdinand. Ferdinand est plus âgé que sa fiancée et, au moment de leur mariage en , elle a et lui . Le couple, qui n'a pas eu d'enfantsAdele a fait deux fausses couches et, le , elle perd son seul enfant qui était né la veille., change son nom de famille en Bloch-Bauer. Adele a de bonnes relations sociales et réunit régulièrement des écrivains, des politiciens et des intellectuels dans des salons à son domicile.
Le couple partage un amour de l'art et parraine plusieurs artistes, collectionnant principalement des peintures viennoises du et des sculptures modernes. Ferdinand a également une passion pour la porcelaine néoclassique et, en 1934, sa collection compte plus de quatre cents pièces et est l'une des plus belles au monde.
En 1901, Klimt peint Judith et Holopherne ; l'historien de l'art Gottfried Fliedl observe que le tableau est . Adele, qui a servi de modèle pour cette œuvre, porte un profond tour de cou richement orné de bijoux que lui a offert Ferdinand, dans ce que Whitford décrit comme . Whitford écrit également que le tableau présente . En 1903, Ferdinand achète sa première œuvre de Klimt, Sous-bois Buchenwald.
La peinture
Préparation et exécution À partir de 1898, Klimt commence à expérimenter le style de ce qu'on a appelé sa période byzantine ou dorée, durant laquelle ses œuvres, influencées stylistiquement par l'Art nouveau et le mouvement Arts and Crafts, sont dorées à la feuille d'or. Klimt commence à utiliser l'or avec son Portrait du pianiste Joseph Pembauer en 1890, mais sa première œuvre à inclure un thème doré est Pallas Athene (1898). L'historien de l'art Gilles Néret estime que l'utilisation de l'or dans le tableau . Néret affirme également que Klimt utilise l'or pour conférer aux sujets une qualité sacrée ou magique.alt=Photo de la mosaïque, sur fond d’or, représentant l'impératrice Théodora.|vignette|Portrait de l'impératrice Théodora. Détail d'une mosaïque de la basilique Saint-Vital de Ravenne () (notez l’auréole d’or autour de la tête). Au milieu de l'année 1903, Ferdinand Bloch-Bauer demande à Klimt de peindre un portrait de sa femme ; il souhaite offrir l'œuvre aux parents d'Adele, en octobre de la même année, comme cadeau d'anniversaire. Klimt dessine, entre 1903 et 1904, plus d'une centaine de croquis préparatoires pour le portrait. Les Bloch-Bauer achètent certaines des esquisses qu'il a faites d'Adele et détiennent ainsi seize dessins de Klimt. En , en compagnie de son collègue Maximilian Lenz, Klimt visite la basilique Saint-Vital de Ravenne. Il y étudie les mosaïques byzantines paléochrétiennes à fond d'or de et de son épouse, l'impératrice Théodora. Lenz écrit plus tard que . Klimt dit plus tard que ces ont été pour lui une . Les mosaïques de Ravenne attirent également l'attention d'autres artistes qui fourniront des illustrations de l'œuvre, notamment Vassily Kandinsky en 1911 et Clive Bell en 1914.
Klimt entreprend pour ce portrait des préparations plus poussées que pour toute autre œuvre à laquelle il a travaillé. Une grande partie du portrait est réalisée grâce à une technique élaborée, consistant à utiliser des feuilles d'or et d'argent, puis à ajouter des motifs décoratifs en bas-relief à l'aide de gesso, un mélange de peinture constitué d'un liant mélangé à de la craie ou du gypse. Le cadre du tableau, recouvert de feuilles d'or, est réalisé par l'architecte Josef Hoffmann. Klimt termine l'œuvre en 1907.
Description générale alt=Photographie du portrait.|gauche|vignette|Portrait d'Adele Bloch-Bauer I Le tableau mesure 138 par ; il est composé de peinture à l'huile et d'une superposition de feuilles d'argent et d'or sur toile. Adele est assise sur un trône ou une chaise en or, devant un fond étoilé doré. L'impression générale du tableau est dominée par le visage et les mains dans le quart supérieur droit, qui, rendus de manière réaliste, se détachent du ton ornemental et fluide du reste du tableau et attirent le regard du spectateur.
La composition du tableau est clairement divisée verticalement en deux moitiés : Adele Bloch-Bauer est représentée dans la moitié droite, tandis que la moitié gauche est presque vide, montrant un espace intérieur simplement suggéré dans le tiers inférieur duquel s’étend un large pan de la robe ou du manteau du modèle. Gustav Klimt a largement renoncé à la suggestion d'un effet spatial, de sorte que le tableau apparaît globalement plat. La spatialité esquissée s'efface derrière la qualité ornementale du fond pictural doré, dans lequel le salon, le fauteuil et la robe se côtoient de manière plane.
Le modèle svelte semble se tenir debout, mais à y regarder de plus près, il est assis ou appuyé sur un fauteuil rembourré et occupe toute la verticale de l'image ; la tête semble pratiquement coupée au bord supérieur de l'image. Les cheveux foncés relevés et la bouche rouge disproportionnée soulignent le contraste avec la peau extrêmement pâle, blanc-bleu, qui est exposée au niveau du décolleté et des bras par la robe à bretelles moulante. Adele Bloch-Bauer tient ses mains lâchement jointes devant sa poitrine et regarde directement le spectateur. Son visage, d'habitude plus mélancolique, est ici vibrant.
Un large tissu ou manteau s'étend autour de la robe, s'écoulant des bras vers les côtés et atteignant les bords de l'image.
La robe, le manteau, le fauteuil et le fond sont principalement recouverts d'or. Le haut de la robe moulante présente une bande étroite de rectangles partiellement linéaires et une section plus large avec une double rangée de triangles hauts et minces. Vient ensuite un dessin d'yeux stylisés disposés en croix et entourés de grands triangles plats. La robe dans son ensemble semble un peu plus sombre que le manteau qui l'entoure, avec ses ornements entrecoupés de spirales et de symboles en forme de feuilles et ses draperies implicites. La chaise, elle aussi dorée, ne se distingue de l'arrière-plan que par sa surface décorée d'un motif en spirale ; il n'y a pas d'ombres ni de contours, ou alors ils ne sont que faiblement indiqués.
Derrière la partie supérieure du corps et la tête, deux grandes surfaces carrées, peut-être des coussins, sont visibles, ce qui fait ressortir le visage clair sur les couleurs sombres et les ornements de petite taille.
La moitié gauche de l'image pourrait représenter le mur d'une pièce intérieure. Il est marbré d'or sur une grande surface, le quart inférieur est vert et se détache de la surface dorée par une bordure noire et blanche à motif en damier. La surface verte pourrait être un panneau mural ou une peinture murale suggérée, mais aussi un plancher attenant à un rebord de fauteuil.
Analyse gauche|vignette| Les motifs décoratifs : symboles évocateurs de l'érotisme.|alt=Gros plan sur les motifs décoratifs montrant des triangles et des yeux, motifs évocateurs d'érotisme. Adele Bloch-Bauer porte à son cou le même collier que celui que Klimt avait représenté dans le tableau Judith. Comme mentionné dans la description, la robe se fond dans l'arrière-plan, à tel point que Jan Thompson, conservateur de musée, écrit qu'. Peter Vergo, dans la revue Grove Art, estime que le tableau . Pour Berta Zuckerkandl, le portrait fait ici l’effet d’une . L'or, inaltérable, confère une impression d'immortalité et de sacré.