En linguistique, la contraction est, au sens large du terme, la réduction quantitative d'entités telles que des mots, des groupes de mots, des phrases simples ou des phrases complexes. Ce phénomène peut être synchronique ou diachronique, relevant de la phonétique, de l'étymologie, de la lexicologie ou de la grammaire (morphologie et syntaxe). Parfois, il concerne plus d'un de ces domaines à la fois.

Certains auteurs limitent la notion de contraction aux modifications phonétiques impliquant la réduction quantitative des mots, telles l'aphérèse, la syncope, l'apocope, l'élision, la synérèse, la coalescence, etc.Par exemple (, 117 et 462), ( et 1160), ().. D'autres l'emploient en se référant à des phénomènes syntaxiques aussi : l'ellipse par omission de mots dans des syntagmes, des phrases simples ou des phrases complexes ; l'ellipse par omission d'une proposition dans une phrase complexe ou un dialogue ; la transformation d'une phrase complexe en phrase simple par réduction d'une proposition à un terme à fonction syntaxiquePar exemple (), (), (), (article contragere « contraction »)..

Les motivations de la contraction sont, en général, le souhait de rendre la parole fluide, la tendance à l'économie, l'évitement de la redondance. Aussi bien dans la parole habituelle que dans la littérature, la contraction grammaticale peut aussi avoir pour but de rendre les énoncés les plus expressives possible.

Phénomènes phonétiques

L'aphérèse

L'aphérèse est une modification phonétique qui consiste en la chute d'un segment (son ou groupe de sons) initial de mot. Des exemples d'aphérèses historiques sont : illum > le. ; hirundinem > rondine « hirondelle » ; agnellus > miel « agneau », article afereză. ; vieil anglais knee > moderne [ni:] « genou », avec k conservé par l'orthographe..

En tant que phénomène synchronique, il y a des mots ayant des variantes avec et sans aphérèse dans la variété standard : autobus → bus ; oscuro → scuro « sombre ».

Il y a aussi des mots avec aphérèse non standard, variantes de mots sans aphérèse standard : américain → ricain, article ricain. ; astâmpăra → stâmpăra « calmer » ; again → ’gain « de nouveau ». ; Jó estét! → Stét! « Bonsoir ! ».

La syncope

La syncope réduit la longueur de certains mots par la chute d'un son ou d'un groupe de sons à leur intérieur. Parfois, elle tient de l'évolution des mots. Par exemple, en latin vulgaire, il y a eu, par rapport au latin classique, une syncope qui a été transmise aux langues romanes, celle de [i] : classique calidus > vulgaire caldus > caldo, cald, finalement chaud.. En hongrois, une syncope semblable a eu lieu dans l'évolution de certains mots empruntés à une langue slave : malina > málna « framboise ».. Ce sont des syncopes dans la variété standard de ces langues.

Une syncope également standard, mais synchronique, consiste, dans certaines langues, en l'alternance voyelle/zéro au cours de la déclinaison ou de la conjugaison. Ainsi, en BCMSBosnien, croate, monténégrin et serbe., on différencie par la syncope de [a], par exemple, la forme de génitif singulier de celle de génitif pluriel des noms masculins, qui ont ce [a] au cas nominatif singulier aussi, ex. borac « combattant » vs borca « du combattant » vs boraca « des combattants ».. En hongrois aussi, on rencontre ce type de syncope, ex. bokor « buisson » (nominatif singulier) vs bokrok (nominatif pluriel).

Dans des langues dont l'orthographe est dominée par le principe étymologique, il y a des syncopes dans la langue parlée par rapport à l'écrit. Par exemple, en anglais, dans le mot laboratory « laboratoire », la syncope affecte deux voyelles différentes à cause de la place différente de l'accent tonique : laboratory [labˈorətrɪ] en anglais britannique, laboratory [ˈlabrətorɪ] en anglais américain..

Il y a aussi des mots avec syncope non standard : Monsieur → M'sieur. ; domnule → domle « M'sieur », article sincopă. ; sebességváltó → sebváltó « changement de vitesses », article Szinkopé..

L'apocope

Par une autre modification phonétique, l'apocope, certains mots se réduisent par la suppression d'une portion finale (son ou segment plus grand). C'est ainsi qu'a évolué la forme de l'infinitif dans certaines langues romanes : cantare > cantar, chanter, cânta.. Dans des langues à orthographe étymologique, celle-ci conserve des segments qui ont subi l'apocope au cours de leur histoire : corps [kɔːr]Kalmbach 2013, ., comb [kəʊm] « peigne »..

L'un des procédés de formation des mots est la dérivation régressive, une apocope du point de vue phonétique, consistant en la suppression d'un suffixe. Exemples : attaquer > attaque. ; a auzi « entendre » > auz « ouïe », article derivare. ; füttyent « il/elle siffle » > fütty « sifflement »..

D'autres mots se sont formés par une apocope due au désir de rendre la parole fluide. Certains ont été intégrés par le standard, comme métro (< métropolitain), cinéma (< cinématographe), d'autres sont non standard, ex. : găzduiește → găzduie « il/elle héberge »., tulajdonos « propriétaire » → tulaj « proprio », article Apokopé..

Syncope et apocope peuvent se combiner dans l'évolution de certains mots, ex. vidēre > ver « voir »..

Fusions de sons et de mots

L'élision

L'élision consiste en l'omission obligatoire ou facultative de la voyelle finale non accentuée d'un mot au contact d'une autre, initiale du mot suivant, ayant pour résultat la fusion des deux mots en un seul du point de vue phonétique. En français, l'élision est relativement fréquente, étant marquée à l'écrit par une apostrophe. Le plus souvent, elle affecte les clitiques terminés par -e [ə], ex. : que dans la personne qu’il a vue..

En roumain aussi, il y a des élisions de clitiques, marquées à l'écrit par un trait d'union, dont certaines sont obligatoires, ex. ; 'm-am străduit (mă → m-) « je me suis donné de la peine ». Il y en a aussi des facultatives, dans la parole rapide, comme celle de la conjonction că « que » : A zis c-a terminat lucrarea « Il/Elle a dit qu'il/elle avait fini le travail », article eliziune..

En italien, on élide aussi, occasionnellement, des mots portant l'accent tonique, ex. : Santo Antonio → Sant’Antonio « Saint Antoine », Santa Agata → Sant’Agata « Sainte Agathe »..

En hongrois, l'élision est seulement occasionnelle et ne concerne que des mots accentués, ex. : Hála istennek! → Hál’istennek! « Dieu merci ! », article Elízió..

La synérèse

La synérèse est une modification phonétique par laquelle deux voyelles de syllabes voisines fusionnent en une diphtongue, formant ainsi un seul mot phonétique si elle a lieu au contact de deux mots. Selon les langues, cette contraction peut être obligatoire ou facultative dans les mêmes cas, ou bien obligatoire dans certains cas et facultative dans d'autres. Exemples : lion [ljɔ̃] (à Paris et dans l'ouest de la France) vs [liˈɔ̃] (avec diérèse, dans le nord, l'est et le Midi de la France, ainsi qu'en Belgique), variantes acceptées par le standard, .. ; Laura [ˈlawra] (en Toscane et en Italie du Nord) vs [ˈla.ura] (avec diérèse, dans le Mezzogiorno). ; te-am întrebat « je t'ai demandé = je t'ai posé la question » (obligatoire), pe aici → pe-aici (facultative)..

La coalescence

Un autre type de contraction phonétique est la coalescence, une assimilation totale qui fait fusionner des sons voisins. Parfois, l'un des deux est conservé en s'allongeant : ten mice [ˈtemːaɪs] « dix souris ». ; község [ˈkøʃːeːg] « commune (administrative) »..

D'autres fois, il se forme un son différent des deux, avec des traits empruntés à chacun : Don’t you [dəʊntʃʊ] talk to me like that « Ne me parle pas comme ça ». ; decât să [dekɨt͡sːə] « plutôt que de ».. ; kertje [ˈkɛrcɛ] « son jardin ».

Un type de modification semblable au précédent est la réduction des diphtongues et des triphtongues à une seule voyelle, surtout en diachronie : aurum > or., oro, article asimilare. ; aqua > ancien français eaue [e̯au̯ə] > moderne eau [o]. ; maiza > vieil anglais māra > moderne more « plus ».

L'une des deux voyelles voisines peut tomber après leur synérèse, ex. ; standard căuta [kə.uˈta] « chercher » > [kəwˈta] > régional căta [kəˈta], article contragere..

Autres cas de fusion

Un autre type de contraction phonétique est la fusion de deux mots par des modifications phonétiques autres que celles présentées plus haut. En français, de telles fusions ont eu lieu au cours de l'histoire de la langue et ont pour résultat les contractions préposition + article, en général obligatoires : à + le → au, de + le → du, etc...

En anglais, il y a des mots fusionnés facultativement pour rendre la parole fluide, comme I have → I’ve « j'ai », I have not → I haven’t « je n'ai pas », etc...

Phénomènes grammaticaux

Contractions morphologiques

Des fusions de mots ont également eu lieu dans l'évolution de certaines formes grammaticales, comme celle du futur simple et du conditionnel présent en français, avec le verbe auxiliaire habere « avoir » : cantare habeo « j'ai à chanter » > *cantaráio > chanterai, cantare habebam « j'avais à chanter » > *cantaravéa > *cantaréa > ancien français chantereie > chanteroie > moderne chanterais...

Un autre type de contraction morphologique est l'ellipse d'une partie d'une forme verbale composée pour éviter sa répétition. D'une part, on peut omettre le verbe auxiliaire : Au cântat și [au] dansat toată noaptea « Ils ont chanté et [ont] dansé toute la nuit ».. D'autre part, il arrive qu'on omette le verbe à sens lexical. En anglais, c'est courant : The janitor must remove the trash whenever it is apparent that it should be [removed] « Le concierge doit enlever les ordures toutes les fois qu'il est évident qu'elles devraient l'être ».. Dans le registre de langue familier du roumain, une telle ellipse est possible en dialogue : – Ai înțeles? – Am « – T'as compris ? – J'ai »..

Contractions syntaxiques

L'ellipse

L'ellipse est aussi un phénomène de contraction syntaxique. Parfois, par omission d'un mot ou de mots d'un syntagme ou d'un mot composé, il résulte un mot qui reprend le sens de tout le syntagme et parvient à être utilisé sans le reste de celui-ci. Exemples : un bureau de tabac > un tabac. ; pătlăgea vânătă litt. « aubergine bleue » > vânătă « aubergine » (litt. « bleue »), article elipsă. ; имя прилагательное imja prilagatel'noe litt. « nom à ajouter » > прилагательное « adjectif »Academic.ru, article прилагательное « adjectif ». ; mobiltelefon « téléphone portable » > mobil « portable », article Ellipszis..

Une phrase simple ou complexe peut être réduite par omission de l'un ou de l'autre des termes à fonction syntaxique, respectivement de certains mots-outils.

Dans les langues où le sujet peut être clairement exprimé, du moins à certaines formes modales et temporelles, par la seule désinence du verbe, le pronom personnel sujet est omis non seulement à l'impératif, mais en général lorsque la personne n'est pas mise en relief, ex. : [Io] lavoro « Je travaille ».. Dans des langues où il faut d'ordinaire exprimer le sujet par un mot à part, comme le français, le pronom personnel sujet est parfois omis pour éliminer la redondance quand, dans une phrase complexe, plusieurs propositions ayant le même sujet sont juxtaposées : Il court, [il] saute, [il] trépigne, [il] hurle.

Le sujet peut être absent quand l'ellipse est permise par la situation de communication. Lorsque, par exemple, les participants à la communication sont dans une gare et qu'ils attendent un train, un locuteur peut dire au destinataire de son énoncé Вот идёт Vot idjot « Voilà, il arrive » au lieu de Вот идёт поезд Vot idjot poezd « Voilà le train qui arrive », article неполное предложение nepolnoe predloženie « phrase elliptique ».

Le prédicat verbal ou nominal peut également être omis pour éviter sa répétition : La plus âgée avait peut-être huit ans, la plus jeune six ans (Guy de Maupassant). ;