Bringas (parfois surnommé le Stratiotique ou Stratiotikos — signifiant le belliqueux, allusion possible à son titre de logothète des armées) (grec : ) (?-1059) est brièvement empereur byzantin du au . Haut fonctionnaire déjà âgé, il est choisi par les eunuques pour succéder à la dernière représentante de la dynastie macédonienne, l'impératrice Théodora Porphyrogénète. Le règne extrêmement bref de , « moins capable de régner que d'être conduit et régi », constitue une année de transition pendant laquelle hauts fonctionnaires, militaires, patriarche et population de Constantinople luttent pour le pouvoir. Une rébellion militaire conduite par Isaac Comnène y met fin, après quoi l'empereur abdique pour se faire moine et finir ses jours dans un monastère.

Les nombreux troubles qui émaillent l'année du règne de , premier empereur à régner après la longue ère d'expansion de la dynastie macédonienne, annoncent les troubles à venir de l'Empire. L'empereur ne parvenant jamais à se concilier les différents clans qui se disputent le pouvoir, son règne est marqué par une guerre civile, tantôt ouverte, tantôt larvée, qui dure jusqu'en 1081.

Contexte historique thumb|right|L'empire byzantin à la mort de en 1025.

En 1056, l'Empire est arrivé au terme de la longue période d'expansion macédonienne, qui culmine sous le règne de (960-1025). Néanmoins, la population de Constantinople demeure attachée à cette dynastie macédonienne, fondée près de deux siècles auparavant par (867-888) et qui a dirigé l'empire pendant l'une des périodes les plus glorieuses et prospères de son histoire.

(960-1025), mort sans enfant, laisse le trône à son frère , (1025-1028) qui délègue à ses fonctionnaires la direction de l'État pendant qu'il dilapide le Trésor public amassé par son prédécesseur. Pas plus que son frère, cet empereur âgé ne laisse de descendance mâle. On en revient, de 1028 à 1056, au régime des princes-époux ou adoptés. Des trois filles de , Eudocie, défigurée par la petite vérole, a pris le voile ; Théodora a également été reléguée dans un couvent par sa sœur Zoé. Arrivée au pouvoir, cette dernière épouse successivement trois prétendants : le premier, Romain Argyros, l'épouse trois jours après la mort de Constantin et monte sur le trône sous le nom de (1028-1034). Ayant délaissé son épouse, il trouve la mort dans une piscine cinq ans après leur mariage. Le lendemain de sa mort, Zoé épouse son amant de l'époque qui monte à son tour sur le trône sous le nom de (1034-1041). Il meurt à la suite d'une campagne victorieuse contre les Bulgares, non sans avoir persuadé Zoé d'adopter son neveu Michel qui prend le nom de (-).

Une fois empereur, exile sa mère adoptive, provoquant la colère de la population de la capitale, très attachée à la dynastie macédonienne dont Zoé et sa sœur Théodora sont les dernières représentantes. Le , une révolte populaire chasse du trône et y installe les deux sœurs qui régnent conjointement pendant trois mois jusqu'à ce que Zoé décide d'épouser un de ses anciens amants, Constantin Monomaque, à qui elle transfère le pouvoir, celui-ci prenant le nom de (1042-1055).

Zoé décède en . À la mort de , cinq ans plus tard, la couronne revient donc à Théodora Porphyrogénète, qui quitte précipitamment son couvent. Contrairement à sa sœur, elle décide de régner seule, rejetant les avis de ses conseillers et du patriarche qui veulent lui donner un empereur-consort.

Son règne ne dure que dix-neuf mois. Alors que l'impératrice agonise, les eunuques du palais se réunissent pour lui proposer un successeur, « un homme constant qui leur resterait attaché et leur conserverait leur haute fortune ». Leur choix se porte sur l'un des leurs, le sénateur Michel Bringas, qu'ils proposent fortement à son approbation. La souveraine l'adopte immédiatement en en faisant son successeur. Celui-ci est connu sous le surnom de « stratiotikos », parce qu'il a passé sa carrière dans la bureaucratie où il a occupé le poste de « logothète » (ministre) des affaires financières de l'armée. Doutant du libre choix de l'impératrice, le patriarche Michel Cérulaire insiste, avant de couronner le nouvel adopté, pour que l'impératrice, alors trop faible pour parler, confirme au moins par un signe sa décision.

Déjà âgé, (Psellos et Attaleiates se réfèrent à lui comme « Michel le Vieillard » [Michael tou gerontos]), celui-ci doit être célibataire ou veuf puisque aucune basilissa n'est couronnée avec lui et qu'il n'a pas d'enfant qui puisse lui succéder. Par conséquent, son règne ne peut en aucun cas mettre un terme à la compétition pour le pouvoir au sommet de la société byzantine.

Avènement et règne L'arrivée au pouvoir thumb|left|Tétartéron d'or de Monomaque ; sous cet empereur la monnaie byzantine avait déjà perdu de sa valeur, affectant le pouvoir d'achat de l'élite civile et militaire.

La famille des Bringas a déjà donné des fonctionnaires de haut niveau à l'Empire. Au siècle précédent, Joseph Bringas (né ? – mort en 965), eunuque du palais impérial byzantin, a été patrice, préposite de la chambre sacrée et grand drongairePour les titres et les fonctions se rapporter à l'article Glossaire des titres et fonctions dans l'Empire byzantin. sous , s'élevant au rang de président du Sénat et de parakimomène (premier ministre) lorsque (959-963) accède au pouvoir.

Selon Anthony Kaldellis, le règne de est en tous points similaire à celui de Théodora, mais . Parmi les figures marquantes de ce régime se trouve Léon Paraspondylos. De façon générale, pourrait bien avoir cherché sciemment à favoriser la nomination d'eunuques à divers commandements. Ne pouvant prétendre à la dignité impériale en raison de leur situation, ils risquent moins de contester le pouvoir de l'empereur. Ainsi, d'autres souverains du dont la légitimité demeurait fragile, comme , agissent ainsi. En revanche, l'influent patriarche Michel Cérulaire, déjà hostile à Théodora, reste peu disposé à l'endroit du régime de et des tensions notables existent entre lui et ParaspondylèsSur l'influence de Michel Cérulaire, voir .

Un règne bref Ne pouvant assurer sa légitimité ni par sa naissance, ni par une brillante carrière, le nouvel empereur tente tout d'abord de s'assurer l'appui de la haute fonction publique en distribuant les dignités avec faste, ne se contentant pas de promouvoir les fonctionnaires au grade supérieur à celui qu'ils détiennent, mais en les élevant de plusieurs degrés. Ce geste a des conséquences non négligeables sur le plan financier, car la valeur de la monnaie byzantine, constante jusqu'au règne de (944-959), a régulièrement perdu de sa valeur par la suiteVoir sur cette question « L'expansion du » (dans) . Ceci a inévitablement affecté les salaires annuels viagers (roga) des hauts dignitaires de l'État qui trouvent dans ces promotions une façon de compenser la perte de leur pouvoir d'achat. vignette|Sceau en plomb de Théodose Monomaque - XIe siècle Sur le plan de la politique étrangère, la brièveté du règne de ne lui permet pas d'avoir une réelle influence sur le cours des événements. Toutefois, il poursuit les négociations en cours avec le Saint-Empire romain germanique pour parvenir à contrecarrer l'influence grandissante des Normands, alors en train de s'emparer du Sud de l'Italie, au détriment du catépanat d'Italie tenu par l'Empire.

Les hésitations du patriarche à acquiescer au désir de l'impératrice agonisante se révèlent justifiées. Michel n'a pas sitôt été proclamé empereur qu'il fait face à la révolte du proèdre Théodose, cousin germain de l'empereur qui considère que le trône aurait dû lui revenir. Accompagné de ses partisans, celui-ci défile sur l'artère principale de Constantinople, la Mese, feignant un soulèvement populaire et libérant au passage les prisonniers de la préfecture. Mais les rues se vident ; Théodose, trouvant le palais impérial barricadé, se dirige alors vers Hagia Sophia où il espère que le patriarche et le clergé se rallieraient à sa cause. Il n'en est rien et Théodose, abandonné de tous, doit se rendre. Il est par la suite exilé à Pergame.

Effrayé par cet incident, se livre à une nouvelle ronde de promotions, en particulier au sénat. Mais cette politique ne fait pas que des heureux, car elle ne profite qu'aux proches de l'empereur. L'élite militaire, pour sa part, éprouve de plus en plus de ressentiment à l'endroit du régime des eunuques et de l'élite bureaucratique parmi lesquels l'empereur choisit les nouveaux hauts gradés militaires malgré leur manque d'expérience, ce à quoi s'ajoute probablement le fait qu'alors qu'il était logothète des armées sous , le nouvel empereur les avait payés avec une monnaie dévaluée. L'un des leurs, le chef des mercenaires normands, Hervé Frangopoulos, exige sa promotion au rang de magistros, mais est éconduit à Constantinople. Retournant auprès de ses mercenaires, il persuade trois cents d'entre eux de déserter et de se joindre aux forces turques du chef Samuk. Cette alliance est de courte durée et, lors d'une bataille à Khliat, la plupart de ses mercenaires sont tués et Hervé est fait prisonnier.

L'ampleur du déclassement que subit l'élite militaire sous plusieurs empereurs du demeure un sujet débattu mais il est acquis que le bref règne de est un moment de perte d'influence assez net pour cette partie de l'aristocratie. Ainsi Jean-Claude Cheynet, qui a eu tendance à relativiser ce phénomène de déclassement, souligne que , en promouvant plusieurs fonctionnaires impériaux à de hautes dignités telles que celle de proèdre aux dépens de militaires, observé jusque-là.

La révolte d'Isaac Comnène Aux origines de la révolte vignette|droite|alt=Miniature d'un manuscrit représentant Michel Cérulaire| Cérulaire, opposant résolu à , sur le trône patriarcal, miniature du manuscrit madrilène de la Chronique de Jean Skylitzès, , .

vignette|gauche|Portrait de Michel VI dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du . À , moment où l'empereur distribue les sommes d'argent correspondant au rang des hauts fonctionnaires civils et militaires, une délégation des principaux officiers se rend au Palais. Présidée par Isaac Comnène, relevé trois ans plus tôt de ses fonctions de stratopédarque d'Orient par Théodora, elle comprend entre autres le magistros Katakalôn Kékauménos, qui vient d'être remercié comme doux (gouverneur) d'Antioche probablement à cause de la perte de Laodicée aux mains des FatimidesIl est remplacé par Michel Ouranos, neveu de Michel VI., le vestarque Michel Bourtzès dont le grand-père a capturé Antioche pour Constantinople un siècle plus tôt, le vestarque Constantin Doukas qui a épousé la nièce du patriarche Michel Cérulaire et son frère Jean grand ami de Psellos, tous membres d'influentes familles militaires qui ont participé aux grandes campagnes de . Selon Psellos, témoin oculaire de la scène, bien loin de les féliciter, l'empereur se met à les injurier en bloc et, après avoir fait avancer Isaac Comnène et Katakalôn Kékauménos, accuse le premier d'avoir pratiquement abandonné Antioche, détruit son armée et s'être approprié l'argent du peuple. Écrivant plus tard au même siècle, Jean Skylitzès affirme plutôt que l'empereur a reçu les généraux courtoisement, mais s'accorde avec Psellos pour dire qu'il leur a refusé les honneurs et la promotion que les deux généraux s'attendaient à recevoir au rang de proedros.