vignette|droite|Rives du lac d'Annecy vues depuis le sommet de la Tournette.|alt=Vue oblique sur le lac d'Annecy depuis le sommet de la Tournette.
Le tourisme en Pays de Savoie présente l'activité touristique sur le territoire savoyard, englobant les départements français de la Savoie et de la Haute-Savoie.
Apparu dès le , le tourisme s'est développé autour de l'attrait des sources thermales, puis de la montagne et des paysages. Depuis les années 1970, la saison hivernale domine avec 60 % du tourisme hexagonal, dans la centaine de stations de sports d'hiver. Toutefois, la région possède d'autres atouts en lien avec un riche passé, dont on trouve les traces tant dans les cités que les vallons reculés, de nombreux lacs (Annecy, Bourget, Léman, Aiguebelette) ou encore des pratiques sportives diverses (nautiques, montagnes, aériens).
Histoire du tourisme en Savoie Naissance du tourisme vignette|Panorama sur le versant nord du massif du mont Blanc, avec de gauche à droite : la dent du Géant, la Mer de Glace, les aiguilles de Chamonix, mont Blanc, le dôme du Goûter et l'aiguille du Goûter.|alt=Panorama sur le versant nord du massif du mont Blanc.
Le géographe Jean Miège, dans son étude sur « la vie touristique en Savoie » (RGA, 1933), indique rapidement que le premier atout du territoire et grâce auquel le tourisme est apparu dans l'ancien duché de Savoie est celui des eaux et leurs diverses propriétés.. Bien qu'exploitées dans l'Antiquité par les Romains, celle-ci ont été délaissées au cours des siècles suivants avant d'être redécouvertes à partir du et . Dans un premier temps, on prit les eaux aux bords des lacs alpins du Bourget ou du Léman avant de s'aventurer plus profondément dans les vallées intra-alpines, notamment en Faucigny ou Tarentaise.
Jusque-là, on passe en Savoie mais on ne s'y arrête pas, ou peu. Quelques grands écrivains s'arrêtent et utilisent les paysages dans leurs descriptions : Montaigne, Montesquieu, Hugo, Dumas, Lamartine, Rousseau, Byron ou encore Shelley. La Savoie devient surtout, à partir du , l'une des destinations du Grand Tour des aristocrates anglais (d'où le tourisme) dont l'origine provient sans doute de Joseph Addison (1672-1719), homme d'État, poète et fondateur du journalisme littéraire et ami du Prince Eugène de Savoie-Carignan, qui, en 1699 entreprend un voyage en Europe qui durera trois ans. Il visitera notamment les bords du Léman qu'il décrit plaisamment et en détail dans son récit Remarks on several parts of Italy (vol. 4 ) : c'est lui qui lancera la mode du Tour d'Europe auprès des jeunes Anglais suivis plus tard par les jeunes Américains. Toutefois son regard sur la rive savoyarde du lac, en Chablais, décrit un lieu où il n'y a « que misère et pauvreté »..
En 1741, William Windham (1697-1761) et Richard Pococke (1704-1765) découvrent les glacières de Chamouni.. Leurs récits parcourent les salons londoniens et parisiens. La vallée de l’Arve et surtout le site de Chamonix deviennent la destination phare de ce tourisme naissant. Malgré le cadre montagnard, on vient avant tout pour les « glacières de Savoye ».Célébration des glaciers savoyards par le pasteur genevois André César Bordier dans Voyage pittoresque aux glacières de Savoye, fait en 1772, 1773. Ou encore l'ouvrage de Marc-Théodore Bourrit, Nouvelle description des glacières, vallées de glace et glaciers qui forment la grande chaîne des Alpes, de Savoye, de Suisse et d'Italie, 1787., et plus particulièrement les « glacières de Chamonix ». Il faut attendre 1786 pour que l'on s'intéresse à l'autre attraction des lieux, le mont Blanc, avec la première ascension réalisée par le guide chamoniard Jacques Balmat et sa cordée., dès lors Chamonix deviendra la capitale mondiale de l’alpinisme.
Hormis ce passage au cœur même des Alpes, le tourisme reste limité au fond de vallées et principalement aux villes et villages lacustres autour des lacs Léman (Genève, Yvoire, Excenevex, Sciez, Thonon-les-Bains, Évian-les-Bains, Meillerie, Saint-Gingolph), du Bourget (Aix-les-Bains) et d’Annecy. Le développement de ce tourisme lacustre (promenade sur la berge ou en bateau) débute dans les années 1830.. Avec le temps, les touristes s'approchent des sommets et on voit le développement de l'alpinisme dans les mêmes années et surtout après 1850. Cet attrait pour la montagne permet le développement de bourgades comme Chamonix, Brides, Salins ou encore Pralognan. La cité thermale d'Aix-les-Bains accueille, au , quelque dix-huit hôtels ou pensions et Chamonix moins d'une dizaine.. Ces différentes stations de plaines ou de fond de vallée accueillent en 1895 environ .. Avec l'installation du chemin de fer du Montenvers en 1908, ou du tramway du Mont-Blanc en 1912, on cherche à attirer d'autres touristes que des sportifs..
Il faut attendre la fin des années cinquante pour que le tourisme de masse pénètre les vallées intra-alpines savoyardes, jusqu’à ses sommets.
Le thermalisme vignette|gauche|Entrée du casino Grand-Cercle d'Aix-les-Bains.|alt=Vue sur la façade d'entrée du casino d'Aix-les-Bains.
Le thermalisme savoyard est l’héritier de la romanisation. Quelques cités ont su réactiver à partir du leur potentiel thermal comme Aix-les-Bains près du Lac du Bourget (dont le toponyme provient du latin Aquae Gratianae, ce qui signifie « les eaux de l'empereur Gratien »), ou encore quelques sites en Tarentaise ( La Léchère, Brides-les-Bains).
Le phénomène de cure bénéficie de la médicalisation de la fin du , et permet à la Savoie de développer son potentiel. Les villes d’eaux offrent un panel d’activités alliant repos et découverte du milieu montagnard à l’élite européenne. La fréquentation des thermes d'Aix-les-Bains s'accroît à partir de 1876, avec la connexion ferroviaire avec la France (1858) et surtout l'ouverture du Tunnel ferroviaire du Fréjus en 1871 qui la relie avec l'Italie.. On estime à en 1895 profitant des eaux.. Dans un premier temps, les villes d’eaux des Préalpes bénéficient des premiers séjours.
La promotion des différents sites tient surtout à la présence de l’aristocratie européenne. Aix-les-Bains reçoit la reine Victoria (en 1886- et 1890), l’empereur Pedro II d’Alcantara du Brésil (1888), Georges de Grèce (de 1889 à 1912), Wihelmine des Pays-Bas (1896) ou Léopold de Belgique.. Évian-les-Bains reçoit l’autorisation de prendre l’appellation « les Bains » en 1865Décret impérial 13 007 du ., officialisant une pratique apparue quelques décennies plus tôt en lien avec le développement des transports. Thonon-les-Bains profite, elle aussi, de ce mouvement, de même que la petite station de Challes-les-Eaux en périphérie de Chambéry. Puis les curistes deviennent moins réticents en s’aventurant dans les villes plus à l’intérieur des Alpes, se rapprochant de la montagne. La première à bénéficier de ces touristes est Saint-Gervais-les-Bains sur la route menant à Chamonix et du mont Blanc. Cette dernière se développe depuis 1806 avec la découverte de sources par le notaire Joseph-Marie Gontard.. La Vallée de la Tarentaise possède, elle aussi, plusieurs sites à Brides-les-Bains (à partir de 1819.), Salins-les-Thermes, ou à La Léchère (premier établissement ouvert en 1897)..
Rapidement ces villes s’équipent de théâtres, de casinos afin d’attirer à eux l’élite européenne. Ainsi celui d’Évian-les-Bains, construit par l’architecte Ernest Hébrard, fait dire à J.-M. Marquis qu’il ressemble à une « ahurissante réplique de Sainte-Sophie de Constantinople… le somptueux volume dilaté de sa coupole avec ses nervures soulignées de guirlandes de feuillages évoque les fastes d’une Byzance acclimatée aux fraîcheurs lémaniques ».
Les sports d'hiver vignette|La Vanoise avant le développement du tourisme, depuis le village de Tignes (carte postale de 1896).|alt=Carte postale en noir et blanc représentant une vallée de la Vanoise en 1896.
Le tourisme alpin dérive de l’élan pour l’alpinisme débuté à Chamonix à la fin du . Quelques hôtels-chalets sont construits (col de la Vanoise, inauguré par Félix Faure en 1897.), de même que quelques refuges (l'observatoire Vallot associé à un refuge, 1892Le refuge Vallot sur le site montblanc.to.., refuge des Grands Mulets, 1897). Le véritable essor de ce tourisme d’hiver prend naissance avec le ski. Il faut rappeler que la présence de pentes et de neiges ne garantissent pas le ski, comme tout phénomène social, le ski s'est développé grâce à la volonté de quelques acteurs extérieurs ou locaux. La venue des touristes est désormais garantie par le développement du chemin de fer et l’activité des stations thermales. Le développement du ski à la fin des années 1880 et la création des premières pistes de ski dans les Alpes (Saint-Moritz en Suisse) permettent le développement des premières stations de ski à partir de villages notamment Chamonix, Megève (station lancée par une journaliste sportive et la Baronne Noémie de Rothschild en 1921) ou encore Pralognan-la-Vanoise.
Les premiers Jeux olympiques d'hiver ont lieu à Chamonix en 1924, toutefois pas encore de ski alpin. Mais les premières stations hivernales émergent déjà.
Les stations savoyardes se développent en quatre temps qui permettent de distinguer différents types de stations, selon les acteurs engagés : entrepreneurs locaux, État ou promoteurs privésLa typologie est celle admise par les aménageurs, citée par . Cependant, il présente simplement les trois premières génération (la quatrième n'existe pas lorsqu'il publie son ouvrage) en affirmant )..
Les stations dites de « première génération », c’est-à-dire des stations touristiques développées autour d’un village préexistant, à une attitude de 900-, apparaissent en Savoie : Le Revard (proximité de Chambéry et Aix-les-Bains), Morzine (Chablais), Megève (Val d'Arly) sous l'égide de la baronne Noémie de Rothschild (1921), en Maurienne, Valloire et dans la Tarentaise, Val-d'Isère, l'une comme l'autre sous l'impulsion du Club alpin français (1933), Pralognan-la-Vanoise, Saint-Bon, Peisey-Nancroix, ou encore Bozel, un peu plus tard Méribel (1938) avec sir Peter Lindsay. Il s'agit de villages de villégiature hivernale généralement accueillant des touristes l'été. Il faut toutefois attendre un deuxième temps de développement pour voir ces villages proposer des pratiques de sport d’hiver. Le souci de ces premières stations est un enneigement aléatoire dû à l’altitude peu élevée, ainsi que des pistes traversant des bois. Par ailleurs, les principaux clients de ces stations, l'aristocratie européenne, sont fortement touchés par la Première Guerre mondiale. La création des congés payés en 1936 permet un nouvel essor du tourisme, mais pas celui lié à la neige.
Les collectivités locales s’intéressent à ce nouvel essor d’un tourisme hivernal. Les autorités régionales lancent des programmes de stations de ski créées ex nihilo, à une hauteur plus élevée, au niveau des alpages (1600-). On les appelle stations de deuxième génération. En 1945, le Conseil général de Savoie lance le projet de Courchevel 1800 sur la commune de Saint-Bon-Tarentaise. Il reprend un rapport lancé par le Gouvernement de Vichy en 1943.. La route départementale amène au chalet départemental auquel s’agrègent des hôtels et des chalets, sans véritable plan d’urbanisme. Courchevel est le seul exemple en Savoie. Chamrousse et L'Alpe d'Huez, dans le département de l'Isère voisin, sont d'autres exemples français.