Tang Taizong (), né () vers 600 et mort le , est le deuxième empereur de la dynastie Tang de Chine. Il règne de 626 à 649. Second fils du premier empereur Li Yuan, il est considéré comme le cofondateur de la dynastie par l'appui militaire essentiel qu'il apporta à son père dans la conquête du trône avant de provoquer son abdication et de le remplacer à en prenant le nom de Tang Taizong.
Chef de guerre habile, sachant jouer de la puissance de sa famille et de la position géographique de son Shanxi natal, entre Chine impériale et marges turques, Li Shimin/Tang Taizong, formé à la culture chinoise, mais marqué par le monde des cavaliers semi-barbares, réussit la conquête et l'unification de l'empire au prix de longues campagnes militaires. La Chine unifiée par son clan, il soumet les Turcs orientaux en 630, les Tibétains en 641, puis, par une diplomatie habile, les Turcs occidentaux en 642 et, de 640 à 648, les cités-royaumes des Oasis du Tarim. Il limite également les ambitions des Coréens, faisant ainsi de son Empire l'un des plus vastes qu'ait connu la Chine.
Ses qualités de chef militaire et d'administrateur permettent à la Chine de connaître une période notable de prospérité et de sécurité, particulièrement durant la première partie de son règne (). Cette période a été érigée en idéal de gestion politique, et Tang Taizong est présenté dans la tradition chinoise comme un empereur modèle.
Origine socio-familiale Le jeune Li Shimin est probablement né vers 600 : les textes hésitent entre 597, 598, 599 et 600. ou un peu avant., à Wukong, dans le Shanxi actuel, de Li Yuan (), duc de Tang, son père, et de la consort Dou.
Origine parentale vignette|redresse=1.3|droite|L'arbre généalogique de Li Shimin expose son lien étroit avec les familles puissantes des royaumes de Wei et de l'Empire Sui. Li Shimin est issu de la plus haute aristocratie de l'époque. Le clan Dou () de sa mère est un très puissant clan d'origine partiellement Xianbei, faisant partie des grandes familles des Zhou du Nord, puis des Sui et des premiers Tang.
Sous les Zhou du nord, la petite sœur de l'empereur Zhou Wudi (et grand-mère maternelle de Li Shimin) épouse un membre du clan Dou (). Des enfants Dou qui en résultent, une fille devient une consort de Yang Guang (plus tard empereur Yang des Sui), une autre plus jeune épouse Li Yuan : c'est la mère de Li Shimin. Aussi, par sa mère et sa grand-mère maternelle, Li Shimin est l'arrière-petit-fils de Yuwen Tai (), celui qui prit le pouvoir réel de la royauté des Wei orientaux mais qui n'osera pas prendre le trône. La mère de Li Shimin a pour oncles les deux premiers empereurs des Zhou du nord : Yuwen Yu (, empereur Mindi) et Yuwen Yong (, empereur Wudi) ; et pour cousin Yuwen Yun (empereur Xuandi). Elle passe donc logiquement son enfance à la cour de ses oncles empereurs.
Du côté paternel, le général Li Hu (), du puissant clan Li (), est déjà un proche de Yuwen Tai. Yuwen Tai, Li Hu, Yang Zhong () et Dugu Xin () sont les quatre architectes de l'instauration des Zhou du nord, quatre des « Huit Piliers de l'État » qui renversent le pouvoir Wei en 557, chacun à la tête de l'un des plus puissants clans du royaume. Le fils de Yuwen Tai est intronisé ; en remerciement, Li Hu est anobli duc de Tang (558). À cette époque, le clan Li est établi dans les environs de Datong. Son fils Li Bing () épouse logiquement une fille de Dugu Xin, tout comme l'avait fait Yuwen Yu, fils ainé de Yuwen Tai et premier empereur Zhou, et comme le fera Yang Jian (), fils de Yang Zhong, Table XX.. Les quatre familles sont ainsi liées par les femmes Dugu. De la consort Dugu, Li Bing aura comme fils Li Yuan, en 566, neveu par alliance de l'empereur Yuwen Yu (empereur Mindi) et de Yang Jian. Le pouvoir échappe au clan Yuwen () et passe à Yang Jian du clan Yang (), issu de Yang Zhong. Li Ping, ami de Yang Jian, meurt en 572, et le jeune Li Yuan, , hérite de son titre et de ses responsabilités militaires. Li Yuan vit principalement à la cour des Zhou. Lorsque Yang Jian renverse les Zhou pour instaurer sa dynastie Sui, Li Yuan devient, par sa mère et une tante, neveu du nouvel empereur et cousin du prince héritier. Ses bonnes relations avec sa tante, l'impératrice DuguL'impératrice Dugu est ainsi nommée par son nom de demoiselle, sinon : « impératrice Wenxian »., et sa position de neveu préféré auprès de Yang Jian, devenu l'empereur Wen des Sui, lui permettent une progression rapide. Li Yuan épousant la consort Dou, il se rattache encore à la famille impériale Sui, puisque le prince héritier a épousé une sœur ainée Dou. De cette union naît Li Shimin qui est ainsi, par sa mère et sa tante, neveu de l'empereur Yang des Sui.
Il existe également de prétendues origines plus lointaines, faisant remonter l'arbre familial au prestigieux clan Li de Longxi, à la famille royale du petit royaume de Liang dans le Gansu, au grand général han Li Guang et même à Laozi. Mais d'autres théories plus pragmatiques semblent indiquer une origine paternelle dans la noblesse barbare, sans doute Xianbei.
Enfance et adolescence Li Yuan étant duc, il aurait eu une épouse et , induisant un grand nombre d'enfants. Le premier fils par sa femme Dou est (né ?), Li Shimin est le second fils. Viennent ensuite de nombreux fils et filles, dont les plus notables pour la suite sont : (), Li Yuanjing (), Li Yuanchang () ; et parmi ses sœurs (et donc futures princesses) : princesse Changsha, princesse Xiangyang, et surtout la puissante et martiale princesse Zhao de Pingyang (✝ 623).
Tout comme celle de ses frères et sœurs, l'enfance de Li Shimin se passe entre le fief Tang de son père (dans le Shanxi actuel) où il a pour mission de contenir les terribles Turcs orientaux, et la cour Sui, l'empereur Yang des Sui étant son oncle par mariage. Ni prince héritier, ni prince impérial, ni même fils ainé du duc Li Yuan de Tang, il n'a pas reçu l'éducation d'un potentiel empereur.
Li Shimin, second fil du duc, reçoit donc probablement l'éducation confucéenne associée de la haute noblesse de l'époque. Sa connaissance des textes confucéens vient sûrement de cette éducation, tandis que son intérêt envers l'histoire et sa calligraphie de qualité peuvent s'être développés plus tard, au contact des érudits de la cour Sui, puis Tang. Également descendant de l'élite turco-chinoise des royaumes des Wei orientaux et Zhou du nord, son adolescence est largement consacrée aux arts militaires. C'est donc principalement de l'équitation et du tir à l'arc, mais probablement aussi le maniement de nombreuses armes, qui lui sont enseignés (arc, épée, hallebarde), en plus de l'acquisition d'une culture stratégique par l'étude de classiques militaires (Sunzi), ainsi que l'acquisition d'expérience de terrain. Tout comme ses frères, il accompagne très tôt (vers ) son père Li Yuan dans ses tournées d'inspections sur la frontière nord du Shanxi actuel, afin de mater les rébellions qui y éclatent et repousser les incursions turques. Là, il se confronte très tôt à la vie de camp, habité de rudes soldats han et cavaliers turcs ralliés.
Remarqué pour son dynamisme et sa vivacité, il se voit en 613 marié à la jeune Zhangsun, , qui deviendra l'impératrice Wende. En 614, lors de la tournée de Yang des Sui dans le Shanxi, il est attaqué et assiégé par les Turcs, et l'histoire officielle affirme que le jeune Li Shimin aurait mené à l'assaut libérateur.
Fond culturel et alliances Li Shimin a ainsi une origine de haute noblesse. Les mariages endogames entre les quelques clans dominants du royaume Wei, puis Zhou, puis Sui, qui se mariaient constamment entre eux afin de conserver leur statut et renforcer leurs alliances, sont nombreux. Comme la grande majorité des empereurs chinois fondant ou cofondant une dynastie, Li Shimin est issu de la plus haute aristocratie. Par ailleurs, Li Shimin est finalement un véritable métis, entre aristocraties turque, xianbei, et chinoise, bien loin de l'idéal d'une histoire chinoise universellement dominée par les Han et excluant les barbares non civilisés. Au contraire, ses origines barbares lui donnent un puissant héritage guerrier, tandis que l'héritage chinois l'initie aux acquis de la civilisation chinoise et de la vie de cour. Lorsque les Sui s'effondrent, le clan li, mené par Li Yuan et assisté par de prometteurs fils, contrôle la très stratégique région métisse et guerrière du Shanxi actuel.
Lieutenance Li de l'Empire Sui
Affaissement du pouvoir central Origines En 589, après près de de division, l'empire chinois est reconstitué sous la dynastie Sui dirigée par la famille Yang () qui connaît seulement deux empereurs régnants et s'achève en 618. Après les campagnes désastreuses contre la Corée du second empereur Sui Yangdi, l'atmosphère du pays est à la révolte et de nombreux potentats locaux prennent leur indépendance de fait. Le risque de morcellement de l'empire pointe de nouveau. Parmi les grandes familles locales, les Li (), dont le chef Li Yuan, gouverneur du Shanxi, est cousin germain par sa mère (une Xianbei) de l'empereur Yangdi. Ce sont eux qui sauveront l'unité de l'empire à leur profit, essentiellement grâce aux talents politiques et militaires de Li Shimin, second fils de Li Yuan.
Effondrement généralisé Dès 614, avant même l'expédition de Corée, une révolte éclate en Chine que Suí Yángdì () doit écraser, avant de repartir avec un million de soldats et un approvisionnement en rapport. La campagne de 614 s'avère être infructueuse et très coûteuse. Le roi Yeongyang propose la paix, mais refuse toutes les conditions de l'empereur Yángdì qui, pour l'honneur de l'Empire, demande la reconnaissance de la souveraineté chinoise et le paiement annuel d'un tribut (symbolique). Le refus est catégorique, la situation militaire bloquée, Yángdì rentre à Chang'an dans un climat de révolte.
En 615, pour rétablir un peu son prestige, l'Empereur fait la tournée des Limes du nord, face aux Turcs Orientaux. Son escouade est attaquée par ces mêmes Turcs qui étaient pourtant vassaux de l'Empire depuis Suí Wéndì (). Le jeune Lĭ Shìmín () (fils de Lĭ Yuan (), gouverneur du Shanxi) s'illustre alors par son initiative au combat. C'est que ce jeune noble, subtilement sinisé par son père profondément confucéen et la vie de cour qu'il lui a permis d'observer, est aussi un brillant jeune lieutenant, frère d'armes des Turcs fédérés ; cela aura son importance par la suite. L'empereur se désintéresse finalement de cette désespérante situation et des seigneurs militaires autonomes émergent aux environs de 614-616. La capitale est prise par des rebelles, et la Cour doit s'enfuir.
Rébellion de son père le gouverneur Lĭ Yuan vignette|redresse|Dans les premiers temps, Lĭ Shìmín (Futur Táng Tàizōng ) agit sous couvert de son père, le gouverneur insurgé Lĭ Yuan (Empereur Táng GāoZǔ après 618). En même temps, dans le Shanxi, le puissant administrateur confucéen et général Lĭ Yuan, père de Lĭ Shìmín, continue de surveiller sa frontière nord tout en restant fidèle à l'empereur Suí. Son fils, qui a un peu pris en âge, en expérience et en audace, l'encourage à faire sécession et à se tailler dès à présent la plus grande part possible du royaume : l'Empire s'effondre, les Suí tombent, il faut prendre position.
Pour forcer la main à son père, Lĭ Shìmín lui fait livrer par un eunuque de la cour dont il a fait la connaissance une concubine de Yángdì, que son père accepte ; peu de temps après, il fait remarquer à son père qu'il est de ce fait passible de mort et au ban de l'Empire. Le , Lĭ Yuan réunit ses fidèles et monte une armée, préservant néanmoins son image de serviteur fidèle du pouvoir en assurant vouloir défendre la dynastie Suí contre les rebelles qui menacent à présent l'Empire.