La Damnation de Faust (sous-titrée « Légende dramatique en quatre parties ») opus 24, est un oratorio pour solistes, chœurs et orchestre symphonique du compositeur français Hector Berlioz, inspiré du premier Faust, une tragédie de 1808, de Johann Wolfgang von Goethe. L'œuvre est créée à l'Opéra-Comique de Paris le Gustave Kobbé : Tout l'opéra, de Monteverdi à nos jours, op.cit., 479-480 .. Le livret est une libre adaptation, par Almire Gandonnière et Berlioz lui-même, de la pièce de Goethe telle qu'elle avait été traduite par Gérard de Nerval en 1828. Le plan en est semblable, mais le découpage, la perspective d'ensemble et le finale diffèrent considérablement de l'original. De même que Goethe s'était emparé de La Tragique Histoire du docteur Faust de 1592 de Christopher Marlowe, Berlioz s'est emparé de celui de Goethe et en a fait une sorte d'autoportrait musical.

Trois fragments orchestraux en sont souvent joués indépendamment en concert : la Marche hongroise (ou Marche de Rákóczy), le Ballet des sylphes et le Menuet des follets.

Historique de l'œuvre Genèse : les Huit scènes de Faust Après un premier projet de ballet, Hector Berlioz entame en 1828 une mise en musique du premier Faust de Goethe, inspiré du pacte avec le Diable de la Bible, qu'il avait découvert, comme la plupart de ses compatriotes, grâce à la traduction que Gérard de Nerval venait de publier : les Huit scènes de Faust, op. 1 : I. Chants de la fête de Pâques II. Paysans sous les tilleuls – Danse et chant III. Ballet des sylphes – Sextuor IV. Écot de joyeux compagnons – Histoire d’un rat V. Chanson de Méphistophélès – Histoire d’une puce VI. Le roi de Thulé VII. Romance de Marguerite VIII. Sérénade de Méphistophélès

Ces Huit scènes de Faust sont publiées à compte d'auteur en 1829, et sont envoyées à Goethe, qui n’a visiblement pas répondu au compositeur. À partir de 1830, donc très vite après leur composition, Berlioz se détourne de ces huit fragments.

Le manuscrit de La Damnation de Faust vignette|gauche|Marche Hongroise (ou Marche de Rákóczy) de La damnation de Faust d'Hector Berlioz, interprétée par US Marine Band de l'US Marine Corps. Dès 1845, soit une quinzaine d’années après l’ébauche des huit scènes primitives, le compositeur s’intéresse à nouveau à Faust et rouvre la traduction de Gérard de Nerval, grâce à laquelle il avait pris connaissance du drame de Goethe. Il demande à un certain Almire Gandonnière de rimer quelques scènes, tandis que lui-même écrit des passages entiers du livret. Le manuscrit de la partition, conservé à la Bibliothèque nationale de France, indique :

Berlioz part en voyage en Autriche, Hongrie, en Bohême et en Silésie en et ne cesse de travailler à la partition. Il intègre une partie des huit scènes primitives à sa nouvelle œuvre et met un point final à son retour à Paris, en Il précise dans ses Mémoires comment s'est effectué ce travail : .

La chute de La Damnation de Faust La création par Hector Berlioz même à l'Opéra-Comique le est un échec, ainsi que la deuxième tentative le . Le manque de public provoque la ruine de l'auteur. Ce seront du reste les seules exécutions de La Damnation de Faust sur le sol français du vivant du compositeurL'échec de Berlioz et son départ de France..

La résurrection de La Damnation de Faust Ruiné, Berlioz part en 1847 à l'étranger sur les conseils de Balzac — Lettre du , dans : Balzac, Correspondance intégrale, réunie et annotée par Roger Pierrot, t. V (mai 1845-août 1850), Paris, Garnier, 1969.. Il dirige son œuvre à Saint-Pétersbourg le et à Moscou le . On la joue à Berlin le , ce qui lance la carrière allemande de Berlioz, et à Londres le .

Le Édouard Colonne et Jules Pasdeloup ressuscitent, chacun de leur côté, l'œuvre pour les Parisiens. Ces deux exécutions concurrentes sont le prélude à une série de concerts triomphaux tant au théâtre du Châtelet (pour les Concerts Colonne) qu'au Cirque d'Hiver (pour les Concerts Pasdeloup).

Une version scénique, contestable et contestée (notamment par Debussy, qui ne débordait pourtant pas d'admiration pour Berlioz), sera proposée le à Monte-Carlo par Raoul Gunsbourg. Depuis lors, La Damnation de Faust a connu une double carrière, l'une au concert, l'autre à la scèneDictionnaire de la musique sous la direction de Marc Vignal, Larousse, Paris, 1987, ..

Le Chœur symphonique de Paris sous la direction de Xavier Ricour a tenté par deux fois une approche originale mêlant les 2 versions, le chœur amateur y chantait sur scène sans partition, les solistes évoluant au milieu des choristes (Cirque d'Hiver 1998, Châtelet 2009).

Le à l'opéra Bastille de Paris, Alvis Hermanis essaye de situer l'histoire de Faust représenté sous les traits de Stephen Hawking (interprété par le danseur Dominique Mercy) dans le contexte d'une mission spatiale habitée vers Mars. Malgré la participation de stars comme Jonas Kaufmann, Sophie Koch et Bryn Terfel, la mise en scène est huée par le public.

Distribution Marguerite (mezzo-soprano) Faust (ténor) Méphistophélès (basse ou baryton) Brander (basse) Chœurs

Argument

vignette|redresse|Méphistophélès Plaines de Hongrie. C'est le début du printemps sur les bords du Danube. Faust chante sa solitude au sein de la nature. Au loin, chantent et dansent des paysans (Ronde des paysans), puis paraissent des soldats se préparant au combat (Marche hongroise ou Marche de Rákóczy).

vignette|redresse|gauche|Ensorcellement des étudiants de la Auerbachs Keller de Leipzig par Méphistophélès Cabinet de Faust. Désespoir de Faust, qui s'apprête à avaler une boisson empoisonnée quand retentissent dans le lointain les chants de la fête de Pâques. Méphistophélès fait alors son apparition et propose à Faust de lui faire découvrir les plaisirs de l'existence.

Faust accepte de le suivre et, par un extraordinaire fondu enchaîné qui anticipe de plus de cinquante ans les techniques du cinéma, tous deux se retrouvent dans la taverne d'Auerbach, à Leipzig, où des buveurs ivres chantent leur joie. L'un d'eux, Brander, entame la Chanson du rat. Elle est suivie par une fugue parodique sur le mot Amen. Méphistophélès répond par la Chanson de la puce sous les vivats des buveurs. Seul Faust n'apprécie pas ce genre de plaisirs ; c'est un échec pour le démon.

vignette|redresse|Faust et Marguerite Bords de l'Elbe. Un nouveau fondu enchaîné non moins saisissant que le précédent nous amène sur les bords de l'Elbe, où nous découvrons Faust endormi sur un lit de roses, avec à ses côtés Méphistophélès, qui demande aux sylphes de charmer sa victime puis lui fait voir en songe Marguerite.

À son réveil, Faust exprime son ardent désir de rencontrer la jeune femme. Méphistophélès l'invite alors à se joindre au cortège d'étudiants et de soldats qui va passer sous les fenêtres de celle-ci.

Chambre de Marguerite. Faust, caché derrière un rideau, contemple Marguerite qui chante la Ballade du roi de Thulé. Tandis qu'elle s'endort, Méphistophélès fait irruption afin de l'ensorceler. Il exhorte les feux follets à se manifester (Menuet) puis chante en leur compagnie la Sérénade.

Pendant ce temps, Faust s'est introduit dans la chambre de Marguerite. La jeune fille tombe dans ses bras, mais Méphistophélès interrompt ce court moment de bonheur et entraîne Faust, obligé de quitter les lieux du fait de l'arrivée des voisins scandalisés par la conduite de Marguerite.

Complainte de Marguerite abandonnée. Méphistophélès rejoint Faust, abîmé dans la contemplation de la nature, et lui apprend l'incarcération de sa bien-aimée, accusée d'avoir tué sa mère (pour cacher ses amours avec Faust, elle lui administrait un somnifère qui s'est révélé mortel). Course à l'abîme, pandæmonium, triomphe de Méphistophélès.

vignette|La Descente aux enfers. Méphistophélès : « Armées de l'enfer, que sonnent vos trompettes de victoire. ». Faust tombe de cheval et s'enfonce dans l'abîme de l'enfer. Épilogue Sur la terre. Faust tombe en enfer.

Dans le ciel. Chœur d'anges et d'esprits célestes qui accueillent Marguerite.

Particularités Rôle des chœurs L'œuvre offre la particularité de comporter une partie chorale beaucoup plus développée que dans n'importe quel ouvrage lyrique contemporain, voire postérieur. Le chœur est en effet assimilé à un personnage. Il y a : des chœurs mixtes : Chœur des paysans, Chant de Pâques (fin), Chœur des Sylphes, Chœur des voisins, Chœur des anges ; des chœurs pour hommes seuls : Chant de Pâques (début), Chœur des buveurs, Chœur des follets, Chœur des soldats, Chœur des étudiants, Pandæmonium ; des chœurs pour femmes seules : Chœur des pèlerines (Course à l'abîme), Chœur des anges (début) ; le Chœur des anges requiert également, si possible, un chœur d'enfants. Les femmes chantent à deux voix, les hommes à quatre.

Autres particularités Dans la deuxième partie, les interventions chorales sont régies par une savante polyrythmie ternaire et binaire : 6/8 (battu à la noire pointée) pour le chœur des soldats, 2/4 (battu à la noire) pour le chœur des étudiants, noire pointée du chœur des soldats à la même vitesse que la noire du chœur des étudiants quand les deux ensembles se superposent. Dans le chœur des sylphes, les chanteurs sont aussi utilisés comme des instruments de musique. Les interventions du type ... de bourgeons pampres verts et de grappes vermeilles... ou ... une beauté les suit, ingénue et pensive, à sa paupière luit une larme furtive... sonnent comme des onomatopées. Ce rôle est généralement dévolu à la petite harmonie (flûte, clarinette, hautbois, basson), ce qui est d'ailleurs le cas dans la pièce instrumentale qui suit (Danse des sylphes). Si l'œuvre est en français, le chœur des étudiants est en latin, et une grande partie du Pandæmonium dans une langue inventée à cette occasion par le compositeur (Berlioz indique sur la partition : Chœur de démons aussi nombreux que possible, chœur en langue infernale).

Texte des chœurs Texte des chœursD'après la partition de chœur, Paris, éditions Costallat. : Danse de paysans (Première partie, Allegro, noire pointée = 100)

Chant de la fête de Pâques (. Religioso moderato assai, noire = 69)

Chœur des buveurs (Scène VI, Allegro con fuoco, noire = 160)

Fugue (Allegro ma non troppo, noire = 96)

Amen !

Chœur des gnomes et de sylphes (Andante)

Chœur des soldats (Finale, Allegro)

Chanson d'étudiants (Istesso tempo)

Chœur des soldats et des étudiants Reprise simultanée de Villes entourées de murs et remparts..., avec Jam nox stellata...

Chœur de Follets (, tempo di valse, suit la sérénade de Méphistophélès et son éclat de rire sec)

Bonne nuit ! Fais grande résistance, S'il ne t'offre d'avance un anneau conjugal ! Il te tend les bras, Près de lui tu cours, vite. Bonne nuit, hélas ! ma petite Ha !

Chœur des voisins dans la rue (Suit le trio et chœur de la scène XIX, Allegro, blanche = 116)

Holà, mère Oppenheim ! vois ce que fait ta fille ! L'avis n'est pas hors de saison : Un galant est dans ta maison, Et tu verras dans peu s'accroître ta famille. Holà ! Holà ! Ah ! Ah ! Ah !

Petit chœur derrière la scène (, Allegretto)

Au son des trompettes, Les braves soldats S'élancent aux fêtes Ou bien aux combats.

Si grande est la peine, Le prix est plus grand. Jam nox stellata…

La course à l'abîme (Allegro, noire = 144)

Sancta Maria, ora pro nobis ! Sancta Magdalena, ora pro nobis ! Sancta Margarita ! Ah !

Pandæmonium (Maestoso, noire = 69 ; il s'agit d'un texte partiellement écrit dans la langue du diable)

Épilogue sur la terre (Andantino, avec le caractère du récitatif, noire = 76)

Alors l'Enfer se tut. L'affreux bouillonnement de ses grands lacs de flammes, Les grincements de dents de ses tourmenteurs d'âmes Se firent entendre Et dans ses profondeurs Un mystère d'horreur s'accomplit. O terreurs !

Dans le ciel (Maestoso non troppo lento, noire = 56)

Laus ! Laus ! Hosanna ! Hosanna ! Elle a beaucoup aimé Seigneur ! Margarita !

Apothéose de Marguerite - chœur d'esprits célestes