Le Coq d'or (en ; ) est un opéra en trois actes de Nikolai Rimski-Korsakov. Vladimir I. Bielski en a composé le livret intégral, d'après le conte en vers de Pouchkine Le Coq d'or. Sa composition fut achevée en 1907 et sa création eut lieu le . à Moscou au théâtre Solodovnikov, sous la direction d'Emil Cooper.
Composé une dizaine d'années avant la révolution de , Le Coq d'or est généralement interprété comme une satire du tsarisme. Certains spécialistes y voient une anticipation des bouleversements politiques que connaîtra la Russie après la révolution. La censure impériale interdit sa représentation du vivant du compositeur <ref>Le guide de l'Opéra - Fayard - 1986.</ref>. C'est le dernier opéra complet composé par Rimski-Korsakov, qui meurt en 1908, un an après l'avoir terminé. vignette|right|250px|Portrait de Rimsky-Korsakov (1898). vignette|right|250px|Portrait d'Alexandre Pouchkine.
Des versions en langue française sont jouées à travers le monde.
Histoire de la composition Nikolaï Rimski-Korsakov avait considéré son précédent opéra, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia (1907), comme sa dernière déclaration artistique dans le domaine, en effet, cette œuvre a été qualifiée de somme de la tradition opératique nationaliste de Glinka et des Cinq.. Cependant, la situation politique de la Russie de l'époque l'incite à prendre la plume pour composer une « satire acérée de l'autocratie, de l'impérialisme russe et de la guerre russo-japonaise ».. Par ailleurs, les précédentes œuvres de Rimski-Korsakov inspirées des poèmes d'Alexandre Pouchkine, en particulier Le Conte du tsar Saltan (1899-1900), s'étaient avérées très réussies.
Quatre facteurs ont influencé le compositeur dans l'écriture de cet opéra : Pouchkine : Toutes les autres œuvres de Rimski-Korsakov sont inspirées par les œuvres du poète, en particulier Le Conte du tsar Saltan. Bilibine : Ivan Bilibine réalisent des scènes pour Le Coq d'or, avec le même goût pour le folklore russe traditionnel que pour Le Conte du tsar Saltan. La Guerre russo-japonaise : Sous le tsar Nicolas II, la Russie mène une guerre contre le Japon très impopulaire auprès des Russes, soldée par un désastre militaire et une déroute pour le pays (dans la pièce, le tsar Dodon décide d'attaquer un État voisin, provoquant un grave désordre et une effusion de sang). La révolution russe de 1905 : De nombreux Russes sont mécontents de la guerre contre le Japon, mais aussi de leurs conditions de vie. Le 9 janvier 1905, une manifestation pacifique conduite par un prêtre devant le Palais d'Hiver, réclame de meilleures conditions de travail. Les manifestants subissent un massacre perpétré par les troupes tsaristes : ce jour marque l'histoire sous le nom de Dimanche rouge et d'autres troubles dans le pays, notamment la célèbre mutinerie du cuirassé Potemkine. Les étudiants du conservatoire de Saint-Pétersbourg manifestent également contre le tsar, avec le soutien de Rimski-Korsakov : en conséquence, il est démis de ses fonctions à la tête du conservatoire ; en signe de protestation, Alexandre Glazounov et Anatoli Liadov démissionnent également.
Rimski-Korsakov décide alors de composer un opéra afin de dénoncer le régime tsariste, qu’il juge désastreux. Dès 1906, il commence à travailler sur Le Coq d’or. Le livret est confié à Vladimir Bel’skij, qui y apporte plusieurs modifications et introduit de nouveaux personnages par rapport au conte original d’Alexandre Pouchkine.
En septembre 1907, la partition est achevée et publiée. À la fin du mois de février 1908, le directeur de Vladimir Telyakovskiy transmet la partition à l’agence de censure afin d’obtenir l’autorisation de représentation au Théâtre Bolchoï. La partition est d’abord renvoyée sans avoir été examinée, avant d’être soudainement reprise dès le lendemain. Cette fois, de nombreux changements sont exigés, tant pour le livret que pour le texte original de Pouchkine.
Rimski-Korsakov soupçonne alors une dénonciation et s’oppose fermement à toute modification. Malgré cela, il poursuit le travail d’orchestration de l’opéra, tout en luttant contre une maladie progressive. En juin 1908, Telyakovskiy l'informe que le gouverneur général de Moscou, , s'oppose à l'opéra. Rimski-Korsakov est contraint d'accepter les exigences de la censure, mais demande que les livrets avec le texte original complet soient vendus séparément de la représentation dans la version originale.
Dans sa dernière lettre, Rimski-Korsakov demande à son ami et éditeur de musique Boris Jurgenson de contacter Michel Dimitri Calvocoressi et de lui demander de mettre en scène Le Coq d'or à Paris. Il meurt deux jours plus tard et n'assistera jamais à la création de son dernier opéra Tatiana Rimskaya-Korsakova (2008). N. A. Rimski-Korsakov. D'après les lettres de famille. - Saint-Pétersbourg : Compositeur, p. 226-236, .. La première représentation a eu lieu au théâtre Solodovnikov de Moscou, le 24 septembre 1909, un an après la mort du compositeur, et est joué avec les nombreux changements imposés par la censure.
Personnages vignette|200px|Vladimir Pikok a chanté le rôle de l'astrologue dans la première de l'opéra. Le rôle difficile est écrit pour un ténor contraltino car l'astrologue est un eunuque (1909). le tsar Dodon (basse) le tsarévitch Aphron (baryton) le tsarévitch Gvidon (ténor) l'Astrologue (ténor léger) Polkan (basse) la reine de Chemakha (soprano) Amelfa (alto) la voix du Coq d'or (soprano)
La suite symphonique Nikolai Rimski-Korsakov compose l'arrangement pour orchestre suivant :Introduction et procession de mariage de l'opéra Le coq d'or (1907) (Введение и свадебное шествие из оперы "Золотой петушок").
De cet opéra, symphoniquement très riche, est tirée, après la mort du compositeur, une suite en quatre mouvements compilée par Alexandre Glazounov et Maximilian Steinberg dont la première audition se déroule en 1913 : le tsar Dodon dans son palais (regroupe l'introduction de l'ouvrage et scènes du comme l'apparition de l'astrologue) le tsar Dodon sur le champ de bataille (début du ) le tsar Dodon et la reine Chemakha (principalement la danse de la reine) la noce et la fin pitoyable de Dodon (début du , marche nuptiale et mort du tsar tué par le Coq)
Le violoniste Efrem Zimbalist écrit une fantaisie-concerto d'après Le Coq d'or pour violon et piano sur des thèmes de la suite.
Résumé vignette|Le tsar Dodon rencontre la reine de Chemakha dans l'acte II du Coq d'Or (1909). L'action se déroule à une époque non précisée et dans un lieu imaginaire, bien qu'une ville appelée Šemacha (Şamaxı) existe bel et bien et soit située en Azerbaïdjan. À l'époque de Pouchkine, la ville était importante, étant la capitale de ce qui allait devenir le gouvernement de Bakou. Mais le royaume dont il est question dans son poème n'a pas grand-chose à voir avec la ville royale et son territoire : il est probable que Pouchkine ait choisi ce nom uniquement pour donner une connotation exotique à ce royaume inventé.
Prologue : l'Astrologue annonce le début de l'histoire et que celle-ci comporte une morale. Acte I : le roi Dodon convoque le chef de ses armées le général Polkan ainsi que ses fils Guidon et Afron pour qu'ils aillent combattre les ennemis du pays et que lui puisse retourner se coucher. Guidon et Afron font des propositions que Polkan rejette. L'Astrologue présente un coq d'or, perché sur un clocher qui peut prévenir des invasions ennemies. Dodon, enchanté, promet à l'Astrologue la récompense que ce dernier, précisée plus tard. Le roi s'endort, veillé par sa gouvernante, et rêve d'une belle princesse. Acte II : en plein brouillard de nuit, Dodon découvre que son armée a été vaincue et que ses fils se sont entre-tués. À l'aube, une tente apparaît dont sort la reine de Chemakha. Elle célèbre le Soleil levant et déclare vouloir envahir le royaume de Dodon. Elle lui enjoint de chanter et danser jusqu'à épuisement. Dodon, sous son charme, la demande en mariage alors qu'elle se prépare à envahir son pays. Acte III : Dodon rentre chez lui avec la reine de Chemakha, accompagné de nains, de géants, d'esclaves et d'animaux bizarres. L'Astrologue arrive et vient réclamer son dû pour le coq d'or : il déclare vouloir épouser la reine. Dodon essaie de l'en dissuader, mais en vain, et finit par le tuer avec son sceptre. Alors d'un violent coup de bec, le coq tue le roi. Survient alors un violent orage pendant lequel la reine, l'Astrologue et le coq disparaissent. Epilogue : l'Astrologue renait et déclare que dans cette histoire, seuls la reine et lui sont réels.
Extraits particulièrement marquants de l'opéra le prologue et l'entrée de l'Astrologue (Ia koldoun. Naoukoi tainoi) le monologue du roi Dodon (Ia vas zdiès zatièm sozval) le projet d'Afron (Ty zavralsia) le sommeil de Dodon (Tsarstvoui lioja na bokou!) le rêve du roi Dodon (Kirikikoukou!) la danse de la reine Chemakha (Vyplyvaiou ia snatchala) le chœur des esclaves (Siostry, kto khromaièt riadom) le chœur du peuple de Dodon (Strachno, bratiki!)
Le Coq d'or est l'un des rares opéras de Rimski-Korsakov joués en Occident, même s'il ne figure pas régulièrement à l'affiche des théâtres lyriques.
Instrumentation Bois : 1 piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes (en la-), 1 clarinette basse (en la-), 2 bassons, 1 contrebasson. Cuivres : 4 cors d'harmonie (en fa), 2 trompettes (en ut), 1 trompette contralto (en fa), 3 trombones, 1 tuba. Percussions : timbales, triangle, caisse claire, tambourin, glockenspiel, cymbales, grosse caisse, xylophone, tam-tam. Autres : célesta, 2 harpes Cordes : violons, altos, violoncelles, contrebasses.
Analyse Le Coq d'or possède une structure plus compacte que les autres opéras de Rimski-Korsakov, son étonnante orchestration témoigne également d'une plus grande économie de moyens, ainsi que d'un sens du style marqué. La mise en scène spectaculaire exigée par le livret et l'écriture vocale pour la reine, soprano colorature, ont contribué à la popularité de l'opéra, généralement considéré comme le meilleur du compositeur. Ces mêmes éléments établissent un lien direct entre Rimski-Korsakov et son disciple le plus célèbre, Stravinsky, dont le premier opéra, Le Rossignol utilise exactement les mêmes caractéristiques ; l'écriture du Rossignol est commencée un an après Le Coq d'or, mais sera interrompue par la création d’œuvres majeures telles L'Oiseau de feu.
Préface au Coq d'or par le librettiste V. Belsky (1907)
Autres éléments
Rôles lors des premières à Moscou RôlesVoixDistributionOpéra Zimin 24 septembre 1909(Chef: Emil Cooper)DistributionThéâtre Bolshoi 6 novembre 1909(Chef: Václav Suk)Tsar Dodon (Царь Додон)basseNikolaï SperanskiVassili OssipovTsarevich Gvidon (Царевич Гвидон)ténorFiodor ErnstSemion GardenineTsarévitch Afron (Царевич Афрон)barytonAndreï DikovNikolaï TchistiakovGénéral PolkanbasseKapiton ZaporojetsAmelfa, l'intendante du roicontraltoAlexandra RostovtsevaSerafima SinitsinaAstrologuehaute-contreVladimir PikokAnton BonatchitchTsarine de Chemakha (Шемаханская царица)colorature sopranoAvrelia-Cecilia DobrovolskaïaAntonina Nejdanovale Coq d'or (Золотой петушок)sopranoVera KlopotovskaïaEvguenia Popello-Davydovachœur, rôles silencieux
Historique des représentations vignette|Nikolaï Rimski-Korsakov, 1897.