L'élection présidentielle au Mali de 2007 a eu pour vainqueur le président sortant Amadou Toumani Touré au premier tour.

Le premier tour était organisé le . Un second tour était prévu le si aucun candidat n'avait obtenu la majorité absolue. La campagne électorale pour le premier tour s'est déroulée du au . Pour le second tour, elle aurait eu lieu du lendemain de la proclamation des résultats définitifs du premier tour au Communiqué du conseil des ministres du 24 janvier 2007.

Le contexte

thumb|180px|Supporters d'Ibrahim Boubacar Keïta Cette élection se déroule 5 ans après l’élection d’Amadou Toumani Touré au 2002. L’ancien militaire putschiste qui avait participé au renversement de Moussa Traoré et avait présidé le Comité de transition pour le Salut du peuple avant de remettre le pouvoir au président élu Alpha Oumar Konaré avait pris sa retraite de l’armée pour se présenter à l’élection présidentielle. Il avait été élu au second tour face à Soumaïla Cissé. Les conditions de son élection avaient été saluées par la communauté internationale, bien que le candidat arrivé en troisième position, Ibrahim Boubacar Keïta, ait évoqué des fraudes l’empêchant d’accéder au second tour. Le Mali devenait une vitrine de la démocratisation de l’Afrique.

Ces cinq années ont été marquées par un consensus imposé par le chef de l’État. Si les deux Premiers ministres qui se sont succédé étaient des personnalités indépendantes des partis, les principaux partis politiques étaient représentés au gouvernement. Cependant, à l’approche de cette élection, le consensus s’est effrité progressivement, plusieurs leaders et partis politiques refusant une nouvelle candidature d’Amadou Toumani Touré. Celui-ci a su cependant rassembler autour de sa candidature la majeure partie de la classe politique.

Mode de scrutin Le président malien est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois..

Les candidats

Pour que sa candidature soit reconnue, le candidat doit, selon la loi électorale du , obtenir le parrainage de 10 députés ou 5 élus communaux dans chacune des régions et du district de Bamako. Chaque candidat doit verser une caution de 10 millions de francs CFA. Ces nouvelles dispositions ont eu pour effet de réduire le nombre de candidatures : 8 en 2007 contre 24 en 2002. thumb|Amadou Toumani Touré, président sortant Ibrahim Boubacar Keïta a été investi par le Rassemblement pour le Mali le au cours de son ordinaire à BamakoMalikounda, 29 janvier 2007. Il était déjà candidat en 2002 et était arrivé en . Soumeylou Boubèye Maïga, ancien ministre de la défense, militant exclu de l’adéma et président du mouvement « convergence 2007 » a annoncé sa candidature à Bamako le 24 marsSoumeylou Boubèye candidat à l'élection présidentielle, Panapress, 24 mars 2007. Oumar Mariko a été investi par la conférence nationale du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) réunie à Ségou le Élection Présidentielle 2007 - Oumar Mariko investi candidat de la Sadi, Les Échos (Mali), 26 février 2007. Tiébilé Dramé, président du Parti pour la renaissance nationale (Parena) a été investi par son parti le Présidentielle 2007 : Tiébilé Dramé portera les couleurs du Parena, L’Essor du 19 février 2007. Sidibé Aminata Diallo a été investie par le Rassemblement pour l’éducation à l’environnement et au développement durable (REDD) le Mme Sidibé Aminata Diallo investie à la présidentielle au Mali, AngolaPress, 14 mars 2007. C'est la première femme candidate à une élection présidentielle au Mali. Amadou Toumani Touré, président sortant, a annoncé sa candidature lors d’un déplacement à Nioro du Sahel le 27 mars 2007ATT annonce sa candidature à l'élection présidentielle d'avril, Panapress, 27 mars 2007. Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise Sangaré, président de la Convention sociale démocrate (CDS) a été investi candidat le Blaise Sangaré investi par le CDS pour la présidentielle du Mali, Apa, 28 mars 2007. Madiassa Maguiraga, candidat du Parti progressiste populaire (PPP). Modibo Sangaré, a été investi candidat par l’Union nationale pour la république (UNPR) le L'UNPR désigne son candidat à l'élection présidentielle, panapress, 27 mars 2007. Cependant, sa candidature n'a pas été retenue par la Cour constitutionnelle du Mali pour non versement de la caution de 10 millions de francs CFAHuit candidats en lice pour l'élection présidentielle, Xinhua, 2 avril 2007

Les alliances

Deux grandes alliances se forment en vue de l'élection présidentielle : À l’initiative de l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma/Pasj) et de l’Union pour la république et la démocratie (URD), l’ Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) a été créé pour soutenir une candidature du président sortant Amadou Toumani TouréPrésidentielle : une alliance pour ATT, Le républicain du 9 novembre 2006. Elle est composée de 14 partis politiques : : l’Adéma-Pasj; le Bdia ; le CNID ; le Miria ; le MPR ; le PCR ; le PDR ; le PIDS ; le PDP ; le RND ; l’UDD ; l'UMP ; l’URD et l’Us-RdaL’ADP est née : Objectif un second mandat pour ATT, Le Républicain (Mali), 11 décembre 2006. Le , 19 partis ont rejoint l’Alliance pour la démocratie et le progrès : ADES, AMAT, ANC, CNDR, FAMA, PDP, PUDP, RAMAT, UDF, PDJ, LJS, PLM, TDS, DFSP, PDCI,MDD, PMPS, PARISA et PECSAMADP : La nouvelle vague, L’Essor 19 février 2007. Le Front pour la Démocratie et la République (FDR) a été créé par 14 partis et deux associations politiques avec comme objectif de réussir l'alternance lors de l'élection présidentielle malienne de 2007. Le FDR est composé du RPM, du PARENA , de la CDS-Mogotiguiya, de la Concertation démocratique, COPP , le DPM, du Faso, du MPDD, du PARI, du PER, du PRDDM, du RDR, du RDT , du RJP. Les deux associations politiques sont Convergence 2007 de Soumeylou Boubèye Maïga et l’ADJ de Abdoul Karim Traoré dit DiopPrésidentielle 2007: Le FDR est né pour dire "Amadou Doit Partir", L'Indépendant (Mali), 26 février 2007

L'organisation des élections

La Commission électorale nationale indépendante

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) est composée deÉlections générales de 2007 : CENI : qui sont les arbitres ? L'Essor 11 octobre 2006 :

Nom Fonction Fonction au sein de la CENI Fodié TouréProcureur, président du Syndicat autonome de la magistrature Président Adama Tiémoko Diarra Professeur Abdoulaye KoïtaURD Alassane Bathily Professeur d'enseignement supérieur à la retraite Me Elias Touré avocat Me Moussa Goïta Avocat Mamadou Diamoutani consultant en informatique général Hamadoun Maïga Agent à la mairie de la Commune III de Bamako général Modibo Bakayoko administrateur des sciences humaines Aminata Traoré Bagayoko Présidente de la CENI lors des élections communales de 2004 Mohamed Aljoumatt Géophysicien Membre Brahima Koné Avocat, vice-président mondial d'Avocats sans frontières et président de l'Association malienne des droits de l'homme (AMDH) Membre

La CENI a installé 753 commissions électorales dans les 703 communes, les 49 cercles et les 6 communes du district de Bamako ainsi que dans 39 représentations diplomatiques et consulaires à l’étrangerCENI : Tous les démembrements sont en place, L’Essor (Mali) du 12 janvier 2007.

La liste électorale

La Délégation générale aux élections (DGE) a verrouillé le le fichier électoral qui comptabilise électeurs, dont citoyens maliens résidant à l’étranger. Les partis regroupés, au sein du FDR, ont exigé sans succès un audit sur ce fichier électoralLa DGE recense 6,8 millions d’électeurs, le FDR exige l’audit du fichier électoral, Le Républicain (Mali), 16 mars 2007.

Le bulletin unique

Le bulletin unique était pour la première fois utilisé pour cette élection présidentielle. Sur un seul bulletin, figurent les 8 candidats avec leur prénom et leur nom, leur photo, éventuellement le nom et le symbole du parti qu'il représente. L'électeur se rend dans l'isoloir et appose son index imprégné d'encre sur la case du candidat pour qui il souhaite voter. Après avoir plié son bulletin, il le glisse dans l'urne sous le contrôle des assesseurs.

Le bulletin unique a fait l'objet d'une campagne d'informations dans les différentes langues parlées au Mali. Lors de la campagne officiel, la photo du candidat et son symbole était présenté. La majorité de la population est en effet analphabète.

Le scrutin

L'abstention

La faiblesse de la participation électorale est une dominante des scrutins qui se sont succédé depuis l’instauration de la démocratie en 1992. L’élection de 2007 connaît également une faible participation. Moins de deux tiers seulement des électeurs ont retiré leur carte d’électeurs. Ce taux varie d’une région à l’autre, de 30,60 % dans le district de Bamako à 71,71 % dans la région de Mopti, avec un taux national (hors maliens de l’extérieur) de 63,78 %. Afin d’arriver à ce taux, les autorités maliennes ont pris plusieurs mesures incitatives comme l’organisation de concerts, l’autorisation donnée aux retraits collectifs de cartes par des chefs de famille ou par des responsables de partis politiques dûment munis de cartes d’identité de leurs militants ou l’instauration d’un jour férié le dénommé journée « d’engagement civique »Plus de 3 inscrits sur 10 ne voteront pas dimanche, Apa, 27 avril 2007. thumb|élection présidentielle L'abstention a été très forte au cours de cette élection, environ 74 % des électeurs inscrits.

Le déroulement du scrutin

Pour les observateurs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cédéao), le scrutin a été « libre et transparent », malgré quelques imperfectionsAmadou Toumani Touré réélu à la présidence lors d'un scrutin contesté, afp, 3 ami 2007. Cet avis n’est pas partagé par les candidats regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république (FDR) qui dès le jour du scrutin condamnait les irrégularités et contestait la sincérité du scrutin. Le , le FDR dénonçait des « grosses irrégularités », comme l’utilisation abusive de cartes d’électeurs et de procurations et la circulation de bulletins de vote non conformesMali/présidentielle : quatre candidats dénoncent de "grosses irrégularités", Afp, 30 avril 2007.

Les résultats

Résultats définitifs proclamés par la Cour constitutionnelleRésultats définitifs de l’élection présidentielle, L'Essor n°15950 du 14 mai 2007

Inscrits Votants Bulletins nuls Suffrages annulés Bulletins valablement exprimés:Taux de participation36,24 %

Candidat Suffrages exprimés %Amadou Toumani Touré71,20 %Ibrahim Boubacar Keïta19,15 %Tiébilé Dramé3,04 %Oumar Mariko61 6702,72 %Mamadou Bakary Sangaré1,58 %Soumeylou Boubèye Maïga1,46 %Sidibé Aminata Diallo0,55 %Madiassa Maguiraga0,30 %

Contestations et proclamation

Ces résultats sont contestés par quatre candidats regroupés au sein du Front pour la démocratie et la république. Cette alliance a saisi le la Cour constitutionnelle afin de faire annuler ce premier tour. Elle a déposé une demande argumentée avec des cas de fraudes qu’ils ont repérées et de la jurisprudence : l’annulation des élections de 1997. Parmi les cas de fraude, figurent la circulation de bulletins frauduleux avec une empreinte apposée sur la case du candidat Amadou Toumani TouréLe FDR a saisi la Cour constitutionnelle, les Échos, 3 mai 2007. Le candidat Soumeylou Boubèye Maïga, membre du FDR a déclaré à la presse que « les conditions dans lesquelles les élections se sont déroulées rendent caducs les résultats ». Le président de l’assemblée nationale Ibrahim Boubacar Keïta, candidat également membre du FDR évoque lui les « intimidations, menaces ouvertes, tripatouillages de divers ordres » qui ont été « mis en œuvre pour faire réélire Amadou Toumani Touré »Mali: l'opposition conteste la présidentielle sans attendre les résultats, afp, mai 2007.