Le Missouri est une rivière américaine, principal et plus long affluent du fleuve Mississippi. Il donne son nom à l'État du Missouri.

Géographie

Le Missouri est l'affluent le plus long du Mississippi. D'ailleurs en remontant de part et d'autre de leur confluent, il a fallu des dizaines d'années aux explorateurs pour être certains qu'il était plus long que le Mississippi lui-même : son cours totalise , loin derrière le record du monde de l'Amazone et du Nil. Son débit varie de 120 à P. Carrière, article « Mississippi et Missouri », dans Encyclopædia Universalis, 2002..

Il naît dans le sud-ouest du Montana, au confluent de trois rivières : Jefferson, Madison et Gallatin, qui prennent leur source dans les montagnes Rocheuses. Il traverse les Grandes Plaines de l'est du Montana, du Dakota du Nord, et du Dakota du Sud, marque la frontière entre le Nebraska et l'Iowa, puis entre le Kansas et le Missouri avant d'aller se jeter dans le Mississippi juste au nord de Saint-Louis.

Le Missouri est surnommé « Big Muddy » (en français : Grand boueux, trouble) car ses eaux charrient beaucoup de limon, ce qui est particulièrement visible à son point de confluence avec le Mississippi. Son taux de turbidité est de par mètre cube.

Affluents

La rivière Missouri et ses affluents drainent une vaste portion du territoire américain correspondant à environ un sixième de sa superficie. Les affluents de sa rive droite ont pour la plupart une orientation générale ouest-est et drainent les plaines semi-arides situées à l'ouest du centième méridien appelées communément en anglais les Great Plains (en français les Grandes Plaines). Plusieurs d'entre eux prennent leur source dans les montagnes Rocheuses ou sur leurs contreforts. C'est notamment le cas de la Yellowstone, de la Platte River et de la Niobrara. Les affluents de la rive gauche sont nettement plus courts que ceux de la rive droite, à l'exception notable de la Milk et de la James River. Ils ont pour la plupart une orientation générale nord-sud. Trois d'entre eux, les Milk, Big Muddy Creek et Poplar, drainent une très petite portion du territoire canadien.

Les noms des principaux affluents que reçoit le Missouri d'amont en aval sont donnés dans le tableau ci-dessous ainsi que leur longueur, la superficie de leur bassin versant, leur débit moyen et la rive qu'ils occupent. Nom Longueur Bassin versant Débit Rivesources du MissouriJefferson/s Madison/sGallatin/sde Three Forks à la frontière Dakota du Sud-NebraskaSun gaucheMarias gaucheJudith droiteMusselshell/sdroiteMilk/sgaucheBig Muddy Creek gaucheYellowstone/sdroitePetit Missouri/sdroiteGrand River/sdroiteWhite River/sdroiteCheyenne/sdroiteNiobrara/sdroiteJames/sgaucheBig Sioux/sgauchede la frontière Nebraska-Iowa à l'embouchurePlattelongueurs cumulées de la Platte () et de la North Platte ()/s droiteKansaslongueurs cumulées du Kansas () et de la Republican ()/sdroiteOsage/sdroite

Débits du Missouri thumb|right|Les eaux du Missouri menaçant le capitole de l'État du Missouri lors de la crue de 1993. Le débit de la rivière a été mesuré dans plusieurs localités. Le Missouri roule /s à Toston, quelques kilomètres en aval de Three Forks, dans le Montana. À Bismarck, après avoir reçu les eaux de la Yellowstone, il roule /s. À Kansas-City après avoir reçu les eaux de la Platte River et de la Kansas River, il roule /s. Enfin à Hermann, quelques kilomètres avant son embouchure, il roule /s. Le Missouri double presque le volume du Mississippi à la confluence des deux cours d'eau. Il contribue pour 45 % au débit total du fleuve à Saint-Louis en temps normal, mais cette contribution peut atteindre 70 % durant un épisode de sécheresse.

Le Missouri draine une vaste plaine au climat en grande partie semi-aride, les précipitations diminuant graduellement vers l'ouest en direction des montagnes Rocheuses. C'est pourquoi, bien que son bassin hydrographique soit nettement plus vaste que ceux du Mississippi supérieur ou de l'Ohio, son débit à son embouchure est plus faible. La tranche d'eau écoulée en une année dans son bassin-versant n'est que de contre pour le Mississippi supérieur et pour l'Ohio.

Localité de la mesure Altitude Surface du bassin versant Débit moyen Tranche d'eau Toston /an Great Falls /an Barrage de Fort Peck /an Bismarck /an Omaha /an Kansas City /an Boonville /an Hermann /an Sources : USGS Water Data for the Nation

Le débit du Missouri manque de pondération. Son régime présente un maximum en juin, en raison des fortes pluies estivales que renforce la fonte des neiges dans les Rocheuses, et un minimum en janvier, à cause de la rétention nivale. La construction de nombreux barrages sur son cours et sur ceux de ses affluents a contribué à réduire ces importantes fluctuations. Néanmoins des crues historiques peuvent toujours se produire. La crue de 1993 fut à cet égard remarquable. Le débit de la rivière a atteint le la valeur record de à Hermann. Il faut remonter à l'année 1844 pour trouver une crue d'importance comparable. Cette année-là le débit de la rivière s'était élevé à au même endroit au mois de juin. Des pluies prolongées sur la partie méridionale de son bassin sont responsables de la crue de 1993. Elles ont provoqué notamment le débordement de plusieurs de ses affluents dont les rivières Kansas et Platte.

États et villes traversés

Les plus grandes villes arrosées sont d'amont en aval Great Falls, Bismarck, Pierre, Omaha, Kansas City, Jefferson City et Saint Louis.

Aménagements de son cours

Le Missouri décrit d'amples méandres à travers une large plaine d'inondation dans la partie inférieure de son cours. Son cours n'y est pas fixe mais au contraire change de temps à autre, laissant dans son sillage des lacs en forme de croissant appelés en anglais . Le , dans l'État du Missouri, est aujourd'hui le plus grand d'entre eux. Au début du , la Cour suprême des États-Unis a statué que lorsque la rivière changeait de cours, le tracé de la frontière d'un État devait changer aussi. Cependant, à la fin du , la cour revint sur cette décision, créant ainsi des bizarreries géographiques. C'est notamment le cas du lac Carter, dans la ville de Omaha (Nebraska), primitivement sur la rive gauche de la rivière, côté Iowa, qui crée aujourd'hui une enclave sur l'autre rive, côté Nebraska.

Au , à la suite de la signature par le président Franklin D. Roosevelt du en 1944, une série de grands barrages furent construits sur le cours supérieur du Missouri, afin de contrôler le débit de la rivière, d'irriguer les terres arides des grandes plaines et de produire de l'hydroélectricité. Ces barrages ont transformé le cours de la rivière en un vaste système de réservoirs, le plus vaste d'Amérique du Nord. D'amont en aval se succèdent les six barrages suivants : le barrage de Fort Peck dans le Montana, le barrage de Garrison dans le Dakota du Nord, les barrages d'Oahe, de Big Bend et de Fort Randall dans le Dakota du Sud, et le barrage de Gavins Point sur la frontière commune au Dakota du Sud et au Nebraska. Ces barrages ont donné naissance respectivement aux lacs de retenue suivants : le lac de Fort Peck, le lac Sakakawea, le lac Oahe, le lac Sharpe, le lac Francis Case et le lac de Lewis et Clark.

Ces barrages sont dépourvus d'écluses, si bien que les navires de commerce ne peuvent pas remonter la rivière au-delà du barrage de Gavins Point. Le Corps du génie de l'armée des États-Unis est chargé d'entretenir un chenal de navigation de de profondeur et de de longueur sur la section comprise entre Sioux City et Saint Louis. 35 % de la longueur du cours du Missouri a été noyé sous les eaux pour former des lacs et 32 % a été canalisé. La rivière ne coule donc plus désormais librement que sur les 33 % restant. L'unique section de son cours de taille significative a ne pas avoir été aménagée est située entre le barrage de Gavins Point et le (Nebraska). Cette section est caractérisée par la présence d'îles, de bancs de sable et de rapides qui ont disparu ailleurs. La canalisation d'une partie de son cours, en supprimant des méandres, a réduit la longueur de la rivière de .

Les digues, les quais et les levées construites sur ses berges ont transformé une rivière au cours vagabond en un cours fixe, plus étroit et plus profond afin de maintenir le chenal de navigation.

La rivière charrie une grande quantité de limon et de sable, mais la vitesse élevée du courant dans le chenal de navigation ne permet pas à ces sédiments de se déposer pour former des bancs si bien qu'il n'est pas nécessaire de draguer la rivière aussi fréquemment que le Mississippi.

Géologie

vignette|Confluence du Missouri et du Mississippi. Les montagnes Rocheuses du Sud-Ouest du Montana, dans lesquelles la rivière Missouri prend source se sont élevées lors de l'orogenèse du Laramide, phénomène de surrection il y a 70 à 45 millions d'années (fin du Mésozoïque). Cette orogenèse a soulevé des roches du Crétacé le long de la côte Ouest de la voie maritime intérieure de l'Ouest, une vaste mer peu profonde qui s'étendait de l'océan Arctique au golfe du Mexique et qui a déposé les sédiments qui sont maintenant à la base d'une grande partie du bassin de drainage du Missouri. Cette élévation du Laramide a causé le recul de la mer, posant le cadre d'un énorme système de drainage de cours d'eau s'écoulant des Rocheuses et des Appalaches, prédécesseur de l'actuel bassin versant du Mississippi. L'orogenèse du Laramide est essentielle pour l'hydrologie du Missouri, puisque la neige et la glace qui fondent des Rocheuses fournissent la majorité du flux au Missouri et à ses affluents.

Le Missouri et beaucoup de ses affluents traversent les Grandes Plaines, coulant ou coupant dans le groupe Ogallala et des roches sédimentaires datant du milieu du Cénozoïque.

La plus ancienne couche de sédiment datant de l'ère Cenozoic remonte à la Formation Fluviale Blanche, qui a eu lieu il y a environ 35 à 29 millions d'années. Cette dernière étant majoritairement constituée de claystone, de grès, de calcaire et le conglomérat.

Par la suite, le groupe fluvial Arikaree a été formé il y a 29 à 19 millions d'années, entrainant le dépôt d'ardoise ainsi que de fin dépôt de grès.

Durant la fin du Miocène et début du Pilocène, Ogallala ainsi que la formation Broadwater, entrainent des dépôts placés sur le Groupe Arikaree, ces derniers constitués de matière érodée provenant des Montagnes Rocheuses à une période de fort bouleversement topographique. Cet étirement s'étend des Montagnes Rocheuses jusqu'aux Grandes Plaines, leur donnant une grande partie de leur inclinaison vers l'Est.

Immédiatement avant la période glaciaire du Quaternaire, la rivière Missouri était probablement divisée en trois segments : une partie supérieure qui s'écoulait vers le nord dans la baie d'Hudson, et le milieu et les sections inférieures qui ont coulé vers l'Est.

La Période glaciaire pré-Illinoian a détourné le Sud-Est de la rivière Missouri vers sa confluence avec le Mississippi, l'obligeant à intégrer un système fluvial seul qui coupe à travers la pente régionale. Au Montana occidental, le Missouri admet à la fois une coulée vers le Nord ainsi qu'à l'Est autour des . Des saphirs peuvent être trouvés à certains endroits le long de la rivière dans l'Ouest du Montana.

Les avances des couches de glace continentales ont détourné la rivière et ses affluents, qui ont fini par s'unir, formant des grands lacs provisoires comme des lacs glaciaires de , Musselshell et d'autres. Comme les lacs sont montés, l'eau qui les compose se renverse à travers des fossés de drainage adjacentes, créant des canaux maintenant abandonnés et des ravines créant l'affaissement de Shonkin, sur de long. Quand les glaciers ont reculé, le Missouri a coulé dans un nouveau cours le long du côté sud des Bear Paws et la partie inférieure de la Milk River a pris le contrôle du canal principal.