Le Tour de France 1936 est la du Tour de France. L'épreuve cycliste organisée par le journal L'Auto se déroule du au sur , pour une distance totale de .
Le coureur belge Sylvère Maes, vainqueur de quatre étapes, remporte le classement général devant le Français Antonin Magne, vainqueur d'une étape et son compatriote Félicien Vervaecke, également vainqueur d'une étape. Seuls 43 des rallient l'arrivée à Paris. Surnommée , l'équipe de Belgique domine assez nettement l'épreuve et place trois de ses coureurs dans les dix premiers du classement général, une performance également réalisée par les Luxembourgeois. Avec six victoires d'étapes, le Français René Le Grevès est le coureur le plus prolifique de cette édition. Dixième du classement général, Léon Level est le premier de la catégorie des touristes-routiers, qui disputent l'épreuve à titre individuel.
Présentation Parcours vignette|gauche|alt=Carte de France en noir sur laquelle figure le tracé du parcours, entourée d'un cercle où sont inscrites les villes-étapes.|Le parcours du Tour de France 1936 publié dans L'Auto. Le Tour de France 1936 s'inscrit dans la période de 1905 à 1951, durant laquelle le parcours de l'épreuve réalise un « chemin de ronde ».. en s'approchant au plus près des frontières de l'Hexagone.
La trentième édition du Tour de France comporte répartis sur de course, du au . La entre Perpignan et Luchon est la plus longue de l'épreuve, avec , mais le s'inscrit dans la logique de réduction de la distance moyenne engagée depuis le milieu des : elle s'élève à seulement contre en 1926La distance moyenne est de si on ne tient pas compte des contre-la-montre..
Le parcours comporte peu d'évolutions : la course s'élance depuis Paris et sa banlieue, comme tous les ans jusqu'en 1950, à l'exception de 1926, et s'achève au parc des Princes, comme depuis la création de l'épreuve. De même que pour les éditions précédentes, le s'effectue dans le sens horaire. Il évite cependant la Bretagne, une première depuis l'apparition de Rennes sur la carte de l'épreuve en 1905, ce qui entraine une vague de protestations locales. Le , lors de la entre Cholet et Angers, une banderole au ton ironique est déployée en bord de route : .
Après l'introduction du premier contre-la-montre individuel en 1934, le compte cinq étapes par équipes. Par ailleurs, les coureurs empruntent le col d'Izoard, absent de l'épreuve depuis 1927, et Saintes, Cholet et Angers sont villes-étapes pour la première fois. C'est également la première fois qu'une étape en trois secteurs est proposée aux coureurs : ainsi le contre-la-montre par équipes entre La Roche-sur-Yon et Cholet, disputé le , est intercalé entre deux étapes en ligne courues le matin-même et en fin d'après-midi.
Cinq journées de repos sont programmées à Évian, Digne-les-Bains, Cannes, Perpignan et Pau, mais leur distribution n'est pas équitable : selon Jean-Paul Bourgier, historien du sport, le choix de ces villes-étapes répond autant à la volonté de l'organisateur de permettre aux coureurs de récupérer des efforts accomplis lors des étapes de montagne qu'aux bonnes relations entretenues par Henri Desgrange, directeur de l'épreuve, avec les élus locaux.
Règlement et organisation vignette|De gauche à droite : Maurice Goddet, Henri Desgrange et Jacques Goddet, pour l'inauguration du nouveau stade vélodrome du Parc des Princes, le 22 avril 1932. Malgré l'opération de la prostate qu'il subit au début de l'été 1936, Henri Desgrange choisit de suivre l'épreuve à bord d'une automobile Hotchkiss spécialement aménagée pour son confort. Il est secondé par Jacques Goddet, rédacteur en chef de L'Auto. Parmi les autres membres de l'organisation figurent Lucien Cazalis, secrétaire général, Maurice Machurey, qui exerce les fonctions de chronométreur officiel et qui est chargé de repérer le parcours au printemps, ou encore Henri Manchon, surnommé , qui occupe le poste de directeur sportif général. Malgré sa volonté de suivre l'épreuve, Henri Desgrange se résout à suivre l'avis des médecins et quitte la course dès la deuxième étape après en avoir confié la direction à Goddet...
L'organisateur reconduit la formule des équipes nationales introduite en 1930 pour contrer la domination jugée outrancière de certaines marques de cycles. Il s'oppose également à l'utilisation du dérailleur, dont l'usage est pourtant répandu dans le monde cycliste depuis plusieurs années. Dans le numéro de L'Auto daté du , Jean Leulliot, l'un des collaborateurs d'Henri Desgrange, dénonce cette invention qui et qu'il considère comme . Par ailleurs, bien que longtemps opposé à la course d'équipe, Henri Desgrange tolère les actes d'entraide entre les coureurs et reconnaît lui-même qu'ils sont en fait impossibles à contrôler.
Conformément au souhait de la direction, le peloton des est structuré en trois groupes. La catégorie des « » rassemble les équipes nationales de France, de Belgique, d'Allemagne et d'Espagne-Luxembourg, qui comprennent dix coureurs chacune. L'Italie est absente, faisant l'objet de sanctions après l'invasion de l'Éthiopie à la fin de l'année 1935. Les « » rassemblent vingt coureurs répartis en cinq nations de quatre coureurs : l'Autriche, la Suisse, les Pays-Bas, la Yougoslavie et la Roumanie, ces trois dernières nations effectuant leur première participation. Henri Desgrange refuse cependant la candidature des fédérations bulgare, danoise et portugaise. Enfin, , tous de nationalité française, complètent le peloton.
Primes et classements annexes vignette|gauche|alt=Encart publicitaire montrant à gauche une bouteille d'alcool, à droite un texte qui l'accompagne.|La distillerie Clacquesin finance une prime-surprise sur le Tour de France 1936. Le montant des primes allouées par des sociétés commerciales, dont certaines participent à la caravane publicitaire, s'élève à . Pour assurer l'organisation de son épreuve, la direction de course prélève 30 % de ce montant. Parmi ces différentes primes, la société d'apéritif Clacquesin accorde à chaque étape une prime-surprise de : les coureurs ne sont prévenus du lieu où elle doit être disputée que quelques kilomètres avant leur passage.
Le prix du meilleur grimpeur est sponsorisé par la marque d'apéritifs Martini & Rossi. Son classement est déterminé par l'addition des points attribués lors du passage au sommet de seize ascensions : le col du Ballon d'Alsace, le col des Aravis, le col du Galibier, la côte de Laffrey, le col d'Izoard, le col de Vars, le col d'Allos, le col de Braus, la montée de La Turbie, le col de Puymorens, le col de Port, le col du Portet-d'Aspet, le col de Peyresourde, le col d'Aspin, le col du Tourmalet et le col d'Aubisque. Les dix premiers coureurs classés au sommet reçoivent des points, le premier marquant , le second , et ainsi de suite jusqu'au dixième coureur. Le vainqueur final reçoit une prime de , d'autres primes étant attribuées à ses poursuivants.
Le Challenge international de la Compagnie d'assurances La Vie octroie un montant de à son vainqueur. Des points sont attribués à chaque étape : le vainqueur du jour marque un point, et un point supplémentaire par tranche de d'avance sur le deuxième, dans la limite de .
Coureurs engagés
vignette|alt=Photographie de presse en noir et blanc montrant l'actrice à droite, se tenant debout à côté des deux coureurs cyclistes avant le départ de la course.|Joséphine Baker aux côtés des Belges Romain Maes et Sylvère Maes avant le départ de l'épreuve. Les sélections française et belge regroupent les principaux favoris de l'épreuve. Sous la direction de Karel Steyaert, l'équipe belge, dont l'effectif est annoncé le , compte dans ses rangs le vainqueur sortant, Romain Maes, mais elle s'appuie également sur des grimpeurs talentueux comme Félicien Vervaecke, meilleur grimpeur et du Tour de France 1935, et Sylvère Maes, déjà vainqueur de deux étapes sur la Grande Boucle et qui avait achevé l'édition précédente au quatrième rang. Pour compléter , le sélectionneur belge mise sur des coureurs rapides, capables de l'emporter lors des arrivées massives, à l'image de Gustave Danneels, récent vainqueur de Paris-Tours, et Éloi Meulenberg, qui s'impose sur Paris-Bruxelles quelques semaines avant le départ de l'épreuve.
La sélection française, annoncée plus tardivement, à la mi-juin, est construite autour de deux anciens vainqueurs du l'épreuve : Antonin Magne, qui s'impose en 1931 et 1934, et Georges Speicher, vainqueur en 1933. Elle s'appuie également sur Maurice Archambaud, ancien vainqueur d'étapes et maillot jaune pendant neuf jours en 1933, René Le Grevès, déjà vainqueur de neuf étapes lors des précédentes éditions, et Pierre Cogan, auteur d'un début de saison remarqué. Excepté Fernand Mithouard, tous les autres membres de l'équipe connaissent leur première sélection.
vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste gravissant un col, suivi par une voiture et une moto.|Federico Ezquerra dans la montée du col du Galibier en 1934. Réunis dans la même équipe, les coureurs espagnols et luxembourgeois ne sont pas dépourvus d'ambition. Multiple vainqueur du Tour de Catalogne, Mariano Cañardo est le coureur le plus expérimenté d'un groupe qui comprend également les jeunes grimpeurs Federico Ezquerra et Julián Berrendero, dont c'est la première participation. Les frères Mathias et Pierre Clemens, dominateurs sur leur Tour national, portent les ambitions luxembourgeoises. L'Allemagne se présente avec une sélection inexpérimentée, privée notamment de Kurt Stöpel, ancien maillot jaune et deuxième du Tour de France 1932 derrière André Leducq.
vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste se tenant debout, les fesses appuyées sur le cadre de son vélo, devant la foule.|Paul Egli (au centre) avant le départ d'une étape. Les Suisses se présentent avec leur champion national Paul Egli, champion du monde amateur en 1933 et récent vainqueur de deux étapes du Tour de Suisse, ainsi que Léo Amberg, qui vise un bon classement général. De son côté, l'Autrichien Max Bulla, vainqueur de trois étapes et maillot jaune pendant une journée sur le Tour de France 1931, effectue son retour sur l'épreuve.
Vainqueur de quatre étapes lors du Tour de France 1934, puis de deux autres l'année suivante, René Vietto est la principale tête d'affiche de la catégorie des touristes-routiers. Il paie son mauvais début de saison et ne doit sa sélection qu'à l'intervention d'André Trialoux, directeur de la formation Helyett, qui parvient à convaincre Henri Desgrange de l'engager. La plupart des touristes-routiers sont soutenus financièrement par des marques de cycle et des entreprises comme les usines d'aviation Potez (quatorze coureurs), la société Dentol (huit coureurs), le quotidien Match-L'Intran (cinq coureurs) ou la marque de liqueur Suze (trois coureurs). Léon Level, Pierre Cloarec et Jean-Marie Goasmat comptent parmi les coureurs les plus expérimentés de cette catégorie. Par ailleurs, Abdel-Kader Abbes est le premier coureur algérien engagé sur le Tour de France.
Déroulement de la course De Paris à Évian (-) vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc montrant deux cyclistes se serrant la main avant le départ de la course.|Porteur du maillot jaune, Maurice Archambaud (à droite) serre la main de Décimo Bettini avant le départ de la troisième étape à Charleville.