Le renard corsac (Vulpes corsac), aussi connu sous le nom abrégé de corsac, ou encore celui de renard des steppes, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des canidés. Ce renard de taille moyenne appartenant au genre Vulpes, est originaire des steppes, des zones désertiques et semi-désertiques d'Eurasie centrale, notamment en Russie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Turkménistan, ainsi qu’en Mongolie et dans le nord de la Chine. Depuis 2004, l'espèce est classée comme étant de « Préoccupation mineure » par l'UICN, bien que ses populations soient sujettes à de fortes fluctuations, pouvant chuter d’un facteur dix en une seule année.

Dénominations Nom scientifique valide : Vulpes corsac (Linnaeus, 1768). Noms vernaculaires normalisés locaux : russe : корсак korsak ; turc : karsak ; chinois : . Nom normalisé anglais : Corsac fox Nom typique en français : Renard corsac (UICN). Noms vulgaires : Renard des steppes, Corsac Nom vernaculaires, couramment utilisés en français : Renard.

Le nom « corsac » provient du russe korsák (корса́к), lui-même emprunté au turc karsak, lui même qui pourrait dériver du mot turcique qarsa signifiant « rapide, pressé », en référence au comportement erratique de l’animal. L’appellation « corsac » était le plus souvent utilisée seule pour désigner l’espèce, mais fut remplacée par le nom binominal Vulpes corsac traduit dans les différentes langues.

Évolution et systématique

Registre fossile Le proche parent ou ancêtre du renard des steppes est l’espèce Vulpes praecorsac, attestée au début du Pléistocène en Europe. Des fossiles de cette espèce ont été découverts en Autriche et en Hongrie.

La plus ancienne attestation fossile du renard des steppes remonte au Pléistocène moyen en Chine. Au Pléistocène supérieur, cette espèce est présente depuis la Suisse jusqu’au nord de la Chine et dans l’Oural. En Crimée, la grotte de Prolom-II a livré au moins 535 restes osseux appartenant à 26 individus de l’espèce, datés de périodes où le site était occupé par des groupes de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique moyenJames G. Enloe, Francine David and Gennady Baryshnikov: Hyenas and Hunters: Zooarchaeological Investigations at Prolom II Cave, Crimea. International Journal of Osteoarchaeology 10, 2000, S. 310–324. Certaines traces fossiles tendent à montrer que l’espèce était présente sur la péninsule de Crimée tant durant la période pléniglaciaire il y a environ 75 000 à 15 000 ans, qu’à la fin du glaciaire entre 15 000 à 9 500 ans.

Systématique La description scientifique du renard corsac a été faite par Carl von Linné en 1768 sous le nom de Canis corsac, le rattachant alors au genre Canis. Le spécimen type provient des steppes du nord du Kazakhstan, près de Petropavlovsk. En 1912, Kastschenko a décrit Vulpes nigra, aujourd’hui considéré comme un synonyme de l'espèce. En 1935, Ognev classe l’espèce dans le genre Vulpes sous le nom Vulpes corsac corsac. La même année, Dorogostaiska décrit une sous-espèce désormais invalide : Vulpes corsac skorodumovi. L’épithète spécifique corsac dérive du même nom turc transmis par le russe.

Aujourd’hui, le renard corsac est regroupé avec onze autres espèces au sein du genre Vulpes. Sur la base de données morphologiques et moléculaires, Binninda-Emonds et al. (1999) le considèrent comme espèce sœur du renard du Tibet (Vulpes ferrilata), toutes deux formant un groupe frère avec le renard roux et le renard de RüppellO. R. P. Binninda-Emonds, J. L. Gittleman, A. Purvis: Building large trees by combining phylogenetic information: a complete phylogeny of the extant carnovora (Mammalia). Biological Reviews of the Cambridge Philosophical Society 74, 1999; S. 143–175.. Selon Zrzavý & Řičánková (2004), cette position n’est pas confirmée : le renard du Tibet serait alors basal dans le genreJan Zrzavý, Věra Řičánková: Phylogeny of Recent Canidae (Mammalia, Carnivora): Relative Reliability and Utility of Morphological and Molecular Datasets. In: Zoologica Scripta Band 33, Nr. 4, Juli 2004, S. 311–333, ..

Arbre phylogénétique

Sous-espèces Selon Wilson & Reeder (2005), deux sous-espèces sont reconnues : la forme nominale Vulpes corsac corsac et Vulpes c. kalmykorum. Clark et al. (2008) ajoutent V. c. turkmenicus, et Sillero-Zubiri (2009) mentionne aussi V. c. scorodumovi.

Les sous-espèce reconnues depuis par Castelló dans le guide delachaux: Nom et auteurDescription Localisation SynonymeRenard corsac du Kazakhstan (Vulpes corsac corsac) (Linnaeus, 1758) (Espèce type)C'est la plus grande des sous-espèces, dotée d’un pelage d’hiver très doux et uni.Nord de l’aire de répartition jusqu’aux steppes de l’Altaï, passant par le Nord de la Chine, Mongolie, Russie.nigra Kastschenko, 1912scorodumovi Skalon, 1936Renard corsac du Caucase Vulpes corsac kalmykorum Ognev, 1935Bassin de la Volga et Volga-Oural.Renard turkmène Vulpes corsac turkmenicus Ognev, 1935C'est la plus petite des sous-espèces, dotée d'une fourrure hivernale plus courte, plus drue, dune teinte grise sale entrecoupée de roux.Sud de l’Asie centrale, Afghanistan, Kazakhstan, nord-est de l’Iran.

Description Caractéristiques générales Le renard corsac présente une longueur tête-corps comprise entre 45 et 60 centimètres, à laquelle s’ajoute une queue mesurant entre . Le poids varie de chez les mâles et de chez les femelles. Les premiers sont donc légèrement plus grands et plus lourds, mais en dehors de la taille, les deux sexes ne présentent pas de différences morphologiques notables : le dimorphisme sexuel est peu marqué.

Le pelage est brun-gris à roussâtre en été, avec une teinte jaunâtre à blanchâtre sur la gorge et le ventre. La tête est d’un gris ocre ou brunâtre, légèrement plus sombre au niveau du front, avec une coloration blanche à jaunâtre autour du museau, de la gorge et de la nuque inférieure. Les oreilles, relativement courtes, d’une taille de , sont de la même couleur que le dos ; la face antérieure est brun rayé et la face postérieure varie de brun ocre à brun rougeâtre. Les membres antérieurs sont jaunâtres sur l'avant et roux-jaunâtre sur les côtés ; les pattes arrière, de coloration similaire, sont un peu plus claires. La queue représente environ la moitié de la longueur tête-corps. Elle est touffue, densément garnie, brun foncé à gris brunâtre sur le dessus, avec une extrémité noire et une tache noire située à de la base, marquant la glande viole. Le dessous de la queue est gris cendré à brun ou roux.

Le renard corsac entre en période de mue au printemps et en automne, avec un remplacement complet du pelage d’hiver au printemps. Ce pelage est beaucoup plus clair, dense, doux et soyeux, ce qui en fait une fourrure recherchée. Il présente une bande brune centrale et les pointes des poils sont d’un blanc argenté. Il protège efficacement contre le froid et les conditions climatiques extrêmes qui règnent dans une grande partie de son aire de répartition en hiver. Le diamètre maximal des pores des poils sont inférieures à et varie selon les saisons, ce qui renforce les propriétés isolantes de la fourrure.

L’aire de répartition du renard corsac chevauche celle de plusieurs autres espèces de renards, ce qui peut entraîner des confusions. Il se distingue du renard roux (Vulpes vulpes), plus grand et largement sympatrique, notamment par des pattes proportionnellement plus longues. Il se différencie également du renard roux et du renard du Tibet (Vulpes ferrilata) par l’extrémité noire de sa queue. Le renard du Tibet est aussi légèrement plus grand, avec une tête plus massive et des bandes sombres marquées à l’arrière du cou. Le renard de blanford (Vulpes cana) s’en distingue par la couleur du pelage et la morphologie, notamment les taches sombres sous les yeux et la robe tachetée. Le renard du Bengale (Vulpes bengalensis) se distingue quant à lui par la teinte sable des oreilles, et le renard de Rüppell (Vulpes rueppelli) par son pelage sableux, une tache sombre sur le visage et une longue queue à extrémité blanche.

Caractéristiques ostéologiques

vignette|Renard corsac bâillant, montrant bien sa dentition Le crâne présente une longueur basale de et une largeur maximale au niveau des arcades zygomatiques de . La largeur au niveau de la boîte crânienne est de . La longueur du museau osseux atteint , et les os nasaux mesurent entre . Comparé à celui du renard roux, le crâne du renard corsac est plus petit, plus court et un peu plus large, mais avec des canines proportionnellement plus robustes.

L’arcade dentaire supérieure mesure entre . Les dents sont relativement petites. Chaque moitié de la mâchoire supérieure comprend trois incisives, une canine, quatre prémolaires et deux molaires, tandis que la mâchoire inférieure comprend trois incisives, une canine, quatre prémolaires et trois molaires, soit un total de 42 dents. Le premier molaire est nettement plus petit que chez les autres espèces de renards.

Génétique Le renard corsac possède un caryotype haploïde (paire) de 18 chromosomes soit un jeu diploïde de 36 chromosomes par cellule. On suppose que ce génome résulte, chez l’ancêtre commun du renard corsac et du renard roux, d’une fusion de chromosomes à partir d’un génome ancestral comprenant 68 chromosomes, mais que le mode de fusion diffère selon les espèces. Plusieurs séquences de gènes et de segments d’ADN, tant nucléaire que mitochondrial, ont été obtenues, notamment celles du cytochrome b et des gènes COI et COII. Ces séquences, issues de l’ADN mitochondrial, sont couramment utilisées pour les analyses phylogénétiques.

Répartition et habitat thumb|right|Un renard des steppes dans son pelage d'été. L’aire de répartition du renard corsac couvre la steppe eurasienne, ainsi que les zones semi-désertiques et désertiques d’Asie centrale, s’étendant de la basse Volga à travers l’Asie occidentale et centrale jusqu’à la Mandchourie et au Tibet.

En Europe, on le trouve jusqu’aux régions de l’oblast de Samara, du Tatarstan et du nord du Caucase. De là, sa répartition s’étend à travers l'Asie centrale dans les steppes et forêts-steppe du sud de la Sibérie occidentale, puis tout le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, y compris les régions arides, jusqu'au nord-est de l'Iran et le nord de l’Afghanistan ainsi qu'à l'ouest du Tadjikistan.

En Asie orientale, l’espèce est également présente dans la région de la Transbaïkalie (Sibérie), dans l’ensemble de la Mongolie à l’exception des zones montagneuses boisées, ainsi que dans l'ouest, le nord et le nord-est de la Chine : en Mandchourie, en Mongolie-Intérieure, dans la région comprise entre l’Argoun et le Grand Khingan, dans la Dzoungarie et le Kachgar au Xinjiang. La limite Sud de son aire de répartition reste incertaine, mais en Chine, elle pourrait s’étendre jusqu’aux chaînes montagneuses qui bordent le nord du plateau du Tibet.

Depuis une période récente, il a été observé une extension vers l’ouest de son aire de répartition, probablement en lien avec l’expansion et le rétablissement des populations de marmotte des steppes (Marmota bobak) jusqu’à la région de l’oblast de Voronej. Des observations isolées ont également été signalées dans les steppes de l’Ukraine jusqu’à Pavlodar, dans la Transcaucasie orientale en Azerbaïdjan, et peut-être aussi dans l’ouest du Kirghizistan.

Le renard corsac fréquente principalement les steppes ainsi que les zones semi-désertiques et désertiques. Il évite généralement les régions montagneuses, les forêts ainsi que les zones habitées. Il peut néanmoins s’aventurer sur des terres agricoles à la recherche de nourriture.

Mode de vie

Activité