Le shintaido (en japonais : 新体道, qui peut être traduit comme la « nouvelle voie du corps ») est un ensemble unique de mouvements permettant d’utiliser le corps comme moyen d’expression et de communication. Mêlant à la fois pratique physique et artistique, il a été créé au Japon dans les années 1960. Il plonge ses racines dans les arts martiaux japonais, la médecine chinoise et les techniques bouddhistes de méditation. Ses créateurs ont également été influencés par l'art contemporain et une forme très épurée de christianisme protestant.

Le shintaido ne peut être rangé dans aucune catégorie connue. Il peut être abordé aussi bien comme une pratique martiale que comme une forme d’expression artistique, une pratique de santé, ou un outil de découverte et de transformation de soi.

Le shintaido se pratique à mains nues mais il existe également un cursus de pratique avec bâton, le shintaido bojutsu qui donne lieu à des cours spécifiques. il existe aussi une pratique avec sabre en bois, le « shintaîdo kenjutsu ».

Historique

Le shintaido a été créé dans les années 1960 par Hiroyuki Aoki.

Le karaté de Gichin Funakoshi à Shigeru Egami Originaire de Chine, le karaté a probablement été introduit dans l’île d’Okinawa par le truchement d’ambassades et de voyageurs. À l’origine, les techniques de combat chinoises étaient essentiellement réservées aux membres de la noblesse d’Okinawa, pour lesquels elles constituaient une préparation à l’usage d’armes. Elles se diffusèrent ensuite très lentement dans la population, au fur et à mesure que certains des représentants de la petite noblesse se trouvaient réintégrés au peuple par les aléas de la vie. À partir du , sous l’impulsion de plusieurs maîtres successifs, commença à se créer une véritable culture martiale. Le karaté d’Okinawa se systématisa en intégrant des techniques chinoises et japonaises jusqu’à devenir un art véritablement original. Cet art s’exprimait dans des styles différents au travers de plusieurs écoles. Gichin Funakoshi au début des années 1920 étudia ces différents courants, ce qui était inhabituel à l’époque. En 1922, il s’établit à Tokyo et fit connaître et respecter le karaté au reste du Japon et dans le monde.

L’un de ses disciples, Shigeru Egami poursuivit cette tâche et apporta au karaté d’importantes modifications. Sous la direction, du maître Shôyô Inoué, neveu du fondateur de l’aïkido et directeur de l’école Shinwa-Taido il assimila également l’héritage de la tradition martiale japonaise. Cette influence s’avéra prépondérante et modifia sa pratique au point que le karaté de Shigeru Egami a été classé par Tokitsu en 1997 parmi les deux formes de karaté qu’il considère comme influencée par le budo. Aux alentours de 1955, Shigeru Egami commença à enseigner dans les clubs universitaires de karaté. Jeune pratiquant à l’époque, Hiroyuki Aoki qualifia ensuite cette arrivée de « rai de lumière pénétrant l’obscurité » d’une pratique vécue par lui comme passablement brutale et archaïque, même si bénéfique en dernier lieu.

Le karaté de Shigeru Egami à Hiroyuki Aoki

Sous la direction de Maître Shigeru Egami, le jeune Hiroyuki Aoki pénétra profondément dans le monde des arts martiaux. Il atteignit en quatre ans le plus haut niveau de sa fédération, ce que tout un chacun accomplissait alors normalement en une vingtaine d'années. Fervent admirateur des grands artistes occidentaux, Hiroyuki Aoki avait l’intention de se consacrer à une carrière artistique lorsque Shigeru Egami lui demanda son aide pour l’enseignement des nouvelles générations et le développement de recherches qu’il ne pouvait plus poursuivre lui-même en raison de son état de santé. Ils fondèrent alors un groupe de travail, la Rakutenkai, dont Hiroyuki Aoki prit la direction. Un passage de son livre donne une idée de ce que signifiait enseigner sous l'autorité de Shigeru Egami. Il renseigne également sur la manière dont Hiroyuki Aoki établissait des liens entre cette activité et sa passion pour l'art. Au chapitre "Le gorei comme direction d'orchestre"Hiroyuki Aoki Shintaido, un art de mouvement et d'expression de la vie, 1982, il écrit :

Le gorei est tout à fait comparable à la direction d'un orchestre symphonique. Lorsque je donne le gorei, je compte en japonais –ichi, ni, san,... quelquefois à voix haute, quelquefois silencieusement. Donner le gorei c'est aider chaque individu du groupe à exprimer ses émotions, ses pensées ou sa philosophie et amener tous les participants à se fondre dans un ensemble plus grand.

Parallèlement à cette activité, Maître Shigeru Egami le présenta à un nouveau professeur : Maître Shôyô Inoué (voir précédemment). D’après Shiko HokaliShiko Hokali Les origines du Shintaido, 1981, qui fut membre de la Rakutenkai, Maître Shôyô Inoué aurait transmis son enseignement au jeune Aoki sous forme de visions et de rêves. Selon Masatake Egami - fils de Shigeru Egami, un temps disciple de Hiroyuki Aoki et finalement disciple de Shôyô Inoué - Maître Shôyô Inoué aurait toujours refusé de corroborer cette histoire.

Après la deuxième guerre mondiale, le karaté avait connu, comme le judo et d'autres arts martiaux japonais, un grand engouement international à la suite de l'intérêt que leur portèrent les GI au cours de l'occupation américaine du Japon. À la suite de cela un certain nombre de modifications majeures y avaient été apportées (particulièrement l'institution de compétitions officielles inconnues jusqu'alors). Le nombre d'écoles s'était multiplié. Puis vint le choc : au cours des Jeux olympiques de Tokyo en 1964, les judokas japonais furent pour la première fois de leur histoire vaincus par un étranger, le hollandais Anton Geesink qui, en plus de posséder une technique hors pair, était tout simplement plus grand et plus fort qu'eux. Ce fut un bouleversement pour tous les pratiquants japonais des arts martiaux. Pour Maître Shigeru Egami, ce fut aussi la révélation que l'effort de rationalisation des arts martiaux, si souhaitable qu'il ait été pour leur diffusion, avait fini par les vider de leur substance sans leur en faire gagner une autre. Aidé de Hiroyuki Aoki, il s'engagea alors dans un effort de reconstitution (au-delà du travail déjà accompli par Gichin Funakoshi) et de transcription des katas, le patrimoine culturel du karaté. Ils menèrent également une recherche sur l'usage du corps et l'expression de la force. Ils en vinrent ainsi à réaliser à quel point un certain nombre de théories ayant cours à cette époque dans les arts martiaux à ce propos pouvaient être erronées, voire proprement inutiles, alors que d'autres, qui étaient négligées, se révélaient de véritables trésors.

Shigeru Egami a intégré par la suite dans la pratique de son karaté, déjà très innovante, quelques-unes de leurs découvertes. Au bout de quelques années néanmoins, la dynamique d’évolution impulsée par son bouillant disciple devint telle qu’il ne fut plus possible à Shigeru Egami de l’incorporer à son karaté sans risquer de perdre la partie des pratiquants que ces innovations désorientaient. Selon Hiroyuki Aoki, Shigeru Egami lui conseilla alors de créer, malgré sa jeunesse, sa propre école. Les membres du Rakutenkai fondèrent tout d’abord l’organisation Sogo Budo (art martial de synthèse) qui se fixa pour but, entre autres tâches, de produire une encyclopédie des katas de karaté. C’est ainsi que le travail de défrichage et de mise en valeur des deux maîtres aboutit au début des années 1970 à la publication d'une sorte de "bible" de référence entièrement en images : "Karate-Do Kata, For Professionals". Ceci fait, les membres de la Rakutenkaï offrirent cette encyclopédie en guise de cadeau d’adieu à leur ancien maître, procédèrent à la dissolution de l’organisation et en créèrent une nouvelle, véritablement indépendante, le Shintaido, capable de permettre la pleine expression des capacités créatrices de H. Aoki.

D’autres sources laissent entendre que la séparation d’avec Shigeru Egami sensei et le karaté aurait été plus houleuse que ce qu’en a raconté Hiroyuki Aoki. Tomoji Miyatomointerview de Tomoji Miyamoto, http://www.mushinkai.net/pages/french/HistoireDuKarateFrenchSite/Miyamoto01French.htm, élève de Shigeru Egami à l’époque, et qui a participé à quelques entraînements de la Rakutenkai, raconte par exemple que Shigeru Egami et Hiroyuki Aoki auraient été en désaccord sur la teneur du livre "Karate-Do Kata For Professionals" et qu’Egami aurait fini par laisser Aoki faire ce qu’il voulait. Bien que le nom d’Egami figure sur la couverture, le livre, dit-il, reflèterait en fait la vision d’Hiroyuki Aoki.

Un « budo moderne » Les aspirations spirituelles et artistiques de Hiroyuki Aoki n'étaient pas vraiment satisfaites par la discipline telle qu'elle existait vers le milieu des années 1960. Epris de beauté et de paix, il dit avoir été à la recherche « d'un mouvement qui soit à la fois doux et en expansion, s'étendant jusqu'aux confins de la terre, et une force tranquille tournée ni contre le corps ni contre la Nature ... [mais au contraire] en harmonie avec le rythme de la Nature qui bat profondément dans nos corps »Shiko Hokali, op.cit., p.3-8.

Parallèlement à ses activités avec Shigeru Egami, Hiroyuki Aoki avait donc rassemblé autour de lui son groupe de recherche hétéroclite comprenant des pratiquants expérimentés mais d'autres aussi qui avaient cessé la pratique, qu'ils trouvaient trop rude et impitoyable, et d'autres encore qui étaient limités physiquement.

En 1964 il avait atteint son but et découvert, d’après lui comment mouvoir le corps humain de la façon la plus naturelle, la plus belle et la plus efficace. Néanmoins il eût fallu dix ou vingt ans de pratique à un débutant avant d'accéder à cette sorte de mouvement. S'il voulait que ses découvertes puissent amener le développement de la nouvelle culture à laquelle il aspirait, et qu’elles puissent être transmises facilement, il fallait qu'il traduise ces mouvements en un système de formes capable de conduire pas à pas à la maîtrise avec une rapidité et une facilité relatives. Il voulait donc créer un art martial qui conviendrait au grand public.

Ce nouvel art martial devait être un moyen de revitaliser le corps et l’esprit, de donner l'énergie et l'espoir de mener une vie plus colorée et empreinte de fraîcheur, de renouveler chaque jour la conscience. En tant que budo il devait également :

"s'appuyer sur des idées qui englobent la poursuite de la vérité et des idéaux, l'amour impartial du prochain, ainsi que la qualité d'humilité inhérente à cette quête (...). La vie et la mort sont des réalités humaines universelles et restent une question fondamentale pour chacun de nous. Dans cette perspective, le budo japonais est une philosophie unique qui a systématisé une éthologie dont le but est de répondre à la question : "comment perfectionner la vie face à la mort?". Ce budo futur doit de la même manière trouver ses racines (...) en vue d'être accepté et apprécié par les gens de la terre entière. Il doit donc dans ses moindres détails satisfaire le principe élémentaire du budo : regarder la mort en face.

Il serait préférable que ce nouveau budo présente quelques formes ou techniques simples contenant toute l'essence des arts martiaux traditionnels, en plus des thérapies physiques et respiratoires, du massage, de la méditation, etc. (...) D'un certain point de vue, ces katas doivent exprimer la quête, la louange et la dévotion envers Dieu, un idéal, la vérité, l'amour, la paix et la liberté ; mais ils doivent également être les techniques les plus efficaces qui puissent répondre aux exigences du budo."Shiko Hokali,op.cit., p. 2-1.