La culture campaniforme, ou simplement le Campaniforme (en anglais Bell-Beaker culture, en allemand Glockenbecherkultur), est une culture qui se développe en Europe ainsi qu'en Afrique du Nord approximativement au cours du , couvrant le Chalcolithique et une partie du Bronze ancien européen. Elle doit son nom aux gobelets céramiques en forme typique de cloche retrouvés dans les sépultures.
L'origine et la diffusion de la culture campaniforme demeurent un phénomène fort complexe en raison de son développement dans l'espace et dans le temps. Néanmoins, les analyses génétiques faites au cours des semblent montrer une origine unique de la culture campaniforme à l'est de l'Europe centrale dans une population issue des migrations de la culture Yamna. Cette culture se diffuse ensuite dans toute l'Europe centrale et occidentale par migration importante de populations.
Vestiges matériels
Le faciès campaniforme gauche|vignette|Objets caractéristiques de la culture campaniforme.|alt=
Le campaniforme est un phénomène de la protohistoire européenne surtout connu par la découverte, dès la fin du dans une grande partie de l'Europe, de sépultures du Chalcolithique contenant des vases en forme de cloche renversée qui furent ainsi baptisés « campaniformes » ou « caliciformes ». L’objet campaniforme de référence est une céramique. Au-delà de la forme, ces céramiques comportent une ornementation très riche et très particulière qui permet de les distinguer aisément des autres objets céramiques des cultures contemporaines auxquels ils étaient mélangés dans les sépultures.
En parallèle, ces vases campaniformes sont souvent associés à un matériel archéologique composé d’objets-types souvent retrouvés quel que soit le lieu : pendentifs en forme de croissant de lune (en os), boutons perforés en « V » (principalement en os mais aussi en pierre ou en ambre), perles et tortillons en or, poignards en cuivre (de forme triangulaire) et tout un équipement d’archer (belles armatures de flèches à aileron et pédoncule en silexOlivier Lemercier, Phénomène, culture et tradition : statuts et rôles du Campaniforme au IIIe millénaire dans le Sud-Est de la France, Bulletin de la Société préhistorique française, Année 1998, 95-3, pp. 365-382, brassards en pierre ou en os).
La céramique est en principe de bonne qualité. Souvent à fond plat, le col et la panse ont la même largeur. On trouve d’autres type de vase, tel des écuelles ou des coupes à pieds. On peut distinguer en fait deux types de céramiques campaniformes. : une céramique d'apparat, que l'on retrouve surtout dans les tombes, au profil en S, de très bonne facture, très bien décorée ; une céramique à usage domestique, que l’on retrouve dans les habitats, nommée Begleitkeramik, le profil reste en S mais avec de grandes variations dans les formes ; la décoration est moins soignée, voire inexistante.
La richesse de l'ornementation permet de distinguer plusieurs styles. Sur les panses, le style le plus courant est un décor rectilinéaire qui s’organise en bandes horizontales parallèles et étroites comportant des lignes obliques (tantôt à droite, tantôt à gauche), des chevrons, triangles, échelles... réalisés à l'aide de peignes à dents carrées très fines. D'autres styles de décoration ont été réalisés par impression d'une ficelle dans la pâte fraîche en cerclant le vase par bandes, par incision ou estampage. Les fonds peuvent être agrémentés de chevrons, de hachures ou de pointillés, de motifs en croix réalisés à l’aide de peignes ou de coquillages. La couleur varie de l'orangé au marron.
Sépultures
Les sépultures sont un trait culturel caractéristique du campaniforme. On observe une prédominance des sépultures individuelles. Le rite funéraire campaniforme est surtout marqué en Europe centrale. Les hommes sont déposés de façon repliée sur le côté gauche, la tête se trouvant vers le Nord, les femmes à l'inverse sont repliées sur le côté droit, la tête vers le Sud. Ainsi, dans les deux cas, ils font face à l'EstMarion Benz, Christian Strahm, Samuel van Willigen, Le Campaniforme : phénomène et culture archéologique, Bulletin de la Société préhistorique française, Année 1998, 95-3, pp. 305-314 Nicoletta Zedda, Katie Meheux, Jens Blöcher et al., Biological and substitute parents in Beaker period adult–child graves, nature.com, Scientific Reports, volume 13, Article numéro 18765, 31 octobre 2023, doi.org/10.1038/s41598-023-45612-3. Les enterrements communs d'adultes et d'enfants traversent, eux, pratiquement tous les horizons culturels majeurs de l'Eurasie occidentale du troisième millénaire , se produisant dans les cimetières de la culture campaniforme, de la céramique cordée et de la culture Yamna. Ils sont étonnamment courants, même dans ces sociétés qui pratiquaient principalement l’inhumation unique.
Les tombes d'enfants sont généralement sous-représentées dans les cimetières de la période du campaniforme du nord de la France et de Grande-Bretagne. Certaines peuvent être décrites comme de simples imitations de tombes d’adultes, avec des vases, des armes et des objets de parure personnelle miniatures. D'autres étaient destinés aux enfants comme aux adultes. Les enterrements partagés en France, comme ceux d'Achenheim (Bas-Rhin) et de Léry (Eure), consistaient en des enfants et des bébés placés devant ou dos à dos avec une femme accroupie. Il semblerait que les pratiques de parenté étaient différentes dans le domaine méridional de la culture campaniforme (péninsule Ibérique), où les traditions funéraires collectives dans les tombes mégalithiques et les grottes artificielles se sont poursuivies sans interruption.
Le mobilier des sépultures est révélateur des nouvelles valeurs de cette société qui met en avant le statut du défunt, sa richesse, son prestige et son pouvoir. Ce statut se manifeste notamment par l'importance que jouent le cuivre et les métaux précieux.
Métallurgie
La diffusion de la métallurgie a parfois été liée à la diffusion de la culture campaniforme. Ainsi, dans le Sud-Est de la France, aucune trace évidente d'activité métallurgique n'est antérieure à la diffusion campaniforme. En revanche, dans le Languedoc, la métallurgie semble plus ancienne.
Habitat Dans l'Ouest de la France où plus de 100 sites domestiques et près de 300 tombes campaniformes sont connus, environ 20 bâtiments campaniformes ont été identifiés. La majorité d'entre eux est en forme d'amande. Leur superficie s'étend entre 36 et 95 . Le plus grand bâtiment a 20 m de long. À Concarneau, des éléments de terre cuite, découverts au cours des fouilles, semblent indiquer que les murs des bâtiments étaient édifiés à base de torchisDES HABITATS DU CAMPANIFORME À CONCARNEAU, IL Y A PLUS DE 4000 ANS (FINISTÈRE), inrap.fr, 29 juin 2021.
Mode de vie La période se caractérise par l'adoption de vêtements en laine tissée de style européen maintenus ensemble par des épingles et des boutons, contrairement à l'utilisation antérieure de vêtements en cuir et en fibres végétales Helle Vandkilde, Aarhus, A Review of the Early Late Neolithic Period in Denmark: Practice, Identity and Connectivity, jungsteinsite.uni-kiel.de, 15 décembre 2005, p.11.
Dénotant probablement une intensification de l'élevage laitier, est identifiée la première apparition en Europe centrale de l'allèle de la persistance de la lactase dans un échantillon de la culture campaniforme, datant de 2450 à 2140 av. J.C. Iain Mathieson, Iosif Lazaridis, Nadin Rohland et al., Genome-wide patterns of selection in 230 ancient Eurasians, Nature, 528, 499–503, 23 novembre 2015, doi.org/10.1038/nature16152.
Aire de distribution vignette|droite|Aire de répartition des objets de la culture campaniforme..
Jusqu'à récemment, les vases campaniformes les plus anciens, datés au radiocarbone de à , avaient été retrouvés au Portugal, en particulier à Castro de Zambujal (municipalité de Torres Vedras) et Vila Nova de São Pedro J. Muller & S. van Willigen, « New radiocarbon evidence for European Bell Beakers and the consequences for the diffusion of the Bell Beaker Phenomenon », in Bell Beakers today: Pottery, people, culture, symbols in prehistoric Europe, , Franco Nicolis, 2001. (municipalité d'Azambuja). Cependant des dates tout aussi précoces ont également été obtenues récemment pour des sépultures campaniformes dans l'Est de la France, en Alsace et en Lorraine : Achenheim (67), Flévy (57)L. Salanova & Y. Tchérémissinoff, Les sépultures individuelles campaniformes en France p. 127, 2011, Hégenheim (68) ou Blignicourt (10)Catalogue de l'exposition: Archéologie dans l'Aube - Des premiers paysans au prince de Lavau, p. 360, 2018. La production de ces premières céramiques s'est développée en un style dit campaniforme maritime décoré au peigne ou au coquillage, notamment dans la basse vallée du Tage, mais aussi en un style campaniforme maritime mixte décoré au peigne et à la cordelette, ou en un style campaniforme linéaire dit All Over Corded (AOC) décoré entièrement à la cordelette.
À partir du , la culture campaniforme se diffuse durant trois siècles environ de la péninsule Ibérique à la Vistule (Cracovie) et jusqu'aux îles Britanniques (Beakers) où elle se maintient plus tardivement. L'aire de répartition de la culture campaniforme est ainsi très vaste mais dispersée, couvrant principalement l'Europe de l'Ouest avec aussi des traces sur les côtes de Sardaigne, de Sicile et au Maroc. Les fleuves semblent avoir constitué des axes de pénétration comme le Rhin, le Rhône, le Danube jusqu'au bassin de Vienne.
Du fait de sa position géographique, la France était naturellement destinée à être touchée par le phénomène campaniforme et pourtant de vastes zones y sont demeurées plus ou moins étanches. Aux fortes concentrations constatées sur la façade armorique, l'axe du Rhône, la Provence, le Languedoc s'opposent les espaces moins denses du Massif central et du bassin parisien. De même, les sépultures spécifiquement campaniformes sont relativement rares en France (Wallers, Champs-sur-Yonne, tumulus de Soyons): une centaine environ a été répertoriée .
Des origines discutées vignette|Diffusion précoce de la culture campaniformecarte basée sur Stuart Piggott, Ancient Europe, 2007.|alt=
Plusieurs théories sur l'origine de la culture campaniforme ont été proposées et contestéesA Test of Non-metrical Analysis as Applied to the 'Beaker Problem' - Natasha Grace Bartels,University of Albeda, Department of Anthropology, 1998 .
Lanting et Van der Waals ont proposé une chronologie pour le développement du campaniforme à partir des cultures antécédentes de la céramique cordée et des vases à entonnoir (TRB)Lanting, J.N. and J.D. van der Waals, (1976), "Beaker culture relations in the Lower Rhine Basin" in Lanting et al. (eds.) Glockenbechersimposion Oberried (Bussum-Haarlem: Uniehoek n.v. 1974)., ce qui a été généralement accepté pendant des décennies.
Le campaniforme a aussi été suggéré comme candidat pour une culture indo-européenne précoce, plus particulièrement proto-celtique Almagro-Gorbea, La lengua de los Celtas y otros pueblos indoeuropeos de la península ibérica, 2001 . In Almagro-Gorbea, M., Mariné, M. and Álvarez-Sanchís, J.R. (éd.) Celtas y Vettones, . Ávila: Diputación Provincial de Ávila., italo-celtique ou proto-germaniqueJ.P. Mallory, « The Indo-Europeanization of Atlantic Europe », dans Celtic From the West 2: Rethinking the Bronze Age and the Arrival of Indo–European in Atlantic Europe, J. T. Koch et B. Cunliffe (éd.), Oxford, 2013, p.17–40.