L'histoire de l'astrologie (occidentale) est un fait civilisationnel lié à l'histoire sociale et culturelle de l'humanité. Ainsi, les noms des jours de la semaine proviennent des noms latins des planètes. De même, la fête de Pâques, située le premier dimanche suivant la première pleine Lune après l'équinoxe de mars, est déterminée astralement.
On verra ici que le corpus de la doctrine astrologique s'est formé à partir d'emprunts divers, voire disparates., de rajouts et modifications successifs datant d'époques différentes. La marche de l'histoire de l'astrologie (occidentale) est saccadée.
Dans la Vallée du Tigre et de l'Euphrate Depuis les débuts de l'humanité, l'homme a observé le ciel, mais l'histoire se dissocie de la préhistoire avec l'invention de l'écriture. En Mésopotamie, entre les deux fleuves Tigre et Euphrate, l'observation des éclipses et autres phénomènes célestes [ciel particulièrement clair] fut associée à la maîtrise de l'écriture (sur tablettes d'argile, comme il convient à un pays riche en alluvions) pour laisser un témoignage écrit de génération en génération. Les premiers écrits que nous possédons concernant les astres remontent à , et c'est à Sumer que l'on trouve la plus ancienne documentation écrite connue, avec celle de l’Égypte antique.
Les Mésopotamiens étudiaient les étoiles tournant autour du pôle céleste, le Soleil tournant [apparemment] autour de la Terre, les cinq planètes visibles à l'œil nu et la Lune. Les se trouvant dans le voisinage de l'écliptique (la ligne formée par le trajet annuel du Soleil dans le ciel), les constellations d'étoiles bordant l'écliptique ont donné lieu aux douze arcs de 30° de notre zodiaque. On a trouvé les douze signes énumérés pour la première fois dans un texte babylonien datant de 419 Wilhelm Knappich, Histoire de l'astrologie, éd. Vernal/Philippe Lebaud, , 1986, ..
Plus superstitieux que leurs contemporains les Égyptiens, qui s'en tenaient à des observations à but pratiqueC'est notamment parce que le lever héliaque de Sirius rythmait la crue du Nil, et donc les travaux agricoles, que les Égyptiens ont créé un calendrier de 365 jours correspondant à cet intervalle entre deux levers, à l'Est, avant l'aube, de l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil., les Mésopotamiens observaient le ciel dans un but mystique, reliant un astre à chaque dieu (par exemple, le dieu Sîn était associé à la Lune, et Marduk à la planète Jupiter). Les astrologues étaient à la disposition du roi, dont le thème astrologique condensait le destin du pays : seul le monarque avait le droit de connaître l'avenir.
Pour les Mésopotamiens, les astres étaient des signes et non des causes : il n'y avait pas pour eux de fatalité, car il était toujours possible de se concilier les dieux par des sacrifices en cas de mauvais présages..
Durant l'Antiquité grecque Chez les Grecs, le corpus astrologique a emprunté des éléments disparates datant d'époques différentes : la théorie des aspects et doit beaucoup à l'école de Pythagore (né vers 580 av. J.-C.). ; le concept des quatre éléments est créé par Empédocle d'Agrigente (). ; la notion des quatre tempéraments liée à ces quatre éléments est due à Hippocrate. (mort en 377 av. J.-C.). Au sujet d'Hippocrate, il estimait indispensable l'étude de l'astrologie pour les futurs médecins"Nul ne peut se prétendre médecin sans connaître l'astrologie". Enfin, Aristote (précepteur d'Alexandre le Grand) a fixé l'origine des quatre éléments dans les quatre qualités élémentales (chaud, froid, sec, humide). Ainsi, le goût des Grecs pour la critique, pour la logique et pour l'abstraction les conduisit à théoriser. Leur maîtrise des concepts mathématiques leur a fait bâtir une astronomie et une physique qui expliquaient tout à l'aide d'une Terre immobile ; c'était la physique d'Aristote : la notion de l'immobilité de la Terre constituait la pierre angulaire du système aristotélicienLudwik Marian Celnikier, Histoire de l'astronomie, éd. Lavoisier/Tec & Doc, , 1996, ..
Les Grecs ont développé un modèle sphérique du cosmos qui était important pour les développements ultérieurs des systèmes de maisons astrologiques. Selon Robert Hand, la première trace de domification (soit une vision géocentrique du monde) remonterait entre 200 et 100 av. J-C.; il se serait alors agi du système des Maisons-Signesou système des signes entiers: la première maison débute au degré zéro du signe du zodiaque dans lequel se trouve l'Ascendant, la deuxième maison débute au commencement du signe suivant, et ainsi de suite.Robert Hand, Whole Sign Houses : The Oldest House System, ARHAT Publications, Las Vegas..
Par ailleurs, les stoïciens, persuadés que le destin était immuable, ont fait des planètes les dieux eux-mêmes., alors que chez les Mésopotamiens les dieux faisaient seulement signe aux hommes à travers les astres. vignette|252x252px|Claude Ptolémée, gravure.
Dans ce qui restait de l'Empire d'Alexandre le Grand
La ville d'Alexandrie était dotée d'une très grande Bibliothèque de . Dans cette ville, vers l'an 140 , Claude Ptolémée permit le maintien d'une partie [technique] de l'astrologie en laïcisant la qu'il en dressa (synthèse autant des connaissances techniques des Babyloniens que des éléments venus des Grecs anciens). Ptolémée a notamment mis en avant la notion de dignités planétaires.
Pour Ptolémée, les astres étaient des causes, et non de simples signes.
L'innovation majeure de Ptolémée est théorique: le choix du zodiaque tropical en lieu et place du zodiaque sidéralà son époque, les deux zodiaques se superposaient du fait de la précession des équinoxes.. En effet, Ptolémée pensait que la Terre était immobile au centre du monde. Il affirmait que si la Terre tournait sur elle-même, tous les objets s'envoleraient, la Terre tournant plus vite que les objets qui sont dessus. Il en conclut que les points équinoxiaux et solsticiaux étaient fixes dans le ciel. Or Hipparque, prédécesseur de Ptolémée, avait observé qu'il existait un décalage entre les constellationsCopernic, dont le système (vue héliocentrique) a remplacé celui de Ptolémée (vue géocentrique), a trouvé que c'est la Terre qui se déplace pour créer les saisons, et donc que les étoiles sont relativement fixes. et les points marquant le début des saisons. Ces points étant supposés immobiles, le mouvement ne pouvait qu'être dû aux étoilesDenis Labouré, Initiation à l'astrologie sidérale, Guy Trédaniel/Pardès, 1986, page 217.. vignette|Le Soleil régit le Lion, la Lune le Cancer. Château Rocca Borromeo di Angera (Province de Varèse). Salle de la Justice. Fresque illustrant l'Été.
Dans l'Empire romain et dans l'Occident chrétien au Haut Moyen Âge
L'astrologie est devenue extrêmement populaire dans l'Empire romain après son introduction au troisième siècle avant notre ère. Il est à noter qu'elle s'est très facilement mêlée aux doctrines philosophiques de l'époque (néoplatonisme, stoïcisme, gnosticisme...). Elle triomphe avec l'empereur Auguste, qui va jusqu'à faire graver son signe lunaire (le Capricorne) sur des pièces de monnaie (Auguste avait le Soleil en Balance).. L'empereur Hadrien () calculait régulièrement ses propres révolutions solaires.. Cependant, la popularité des prédictions de durée de vie a rapidement dégénéré en intrigues politiques, avec un marché pour les prédictions de la mort de l'empereur par les astrologues, augmentant ainsi le risque d'instabilité du pouvoir. En conséquence, dans l'Antiquité, les astrologues ont été bannis de Rome à plusieurs reprises.
Soucieux d'assurer la cohésion de l'Empire romain autour d'une religion unique, l'empereur Constantin le Grand fut baptisé en Par la suite, le catholicisme est devenu la religion officielle dans l'Empire, et l'astrologie a eu tendance à être de plus en plus réprouvée par les autorités. Attiré par l'astrologie dans sa jeunesse au milieu du , Saint Augustin critiqua violemment cette pratique impie après sa conversion à la religion chrétienne, en partie parce que les astrologues considéraient les planètes comme des divinités, mais aussi pour des motifs rationnels comme les destinées divergentes des jumeaux.
En 381, le Concile de Laodicée, par son canon 36, interdit aux membres du clergé de s'y intéresser.. Par la suite, les astrologues ont été pourchassés et se sont réfugiés en Perse, où était conservé l'esprit grec et où ils étaient au contact des Arabes..
Longtemps avant d'entrer en contact avec la culture gréco-arabe, l'Occident chrétien avait une astrologie primitive qui se fondait essentiellement sur le seul traité qui avait été conservé, rédigé par Firmicus Maternus (contemporain de Constantin), et sur des traductions latines de textes grecs d'astrologie populaire.. Cependant, la volte-face de Firmicus Maternus est notable : converti au christianisme, il a rédigé vers 348 un Traité de la fausseté des religions profanes (De errore profanarum religionum) où il condamnait vertement les convictions religieuses des païens et implorait l'empereur d'éradiquer les anciennes religions comme un devoir sacré qui serait récompensé par Dieu.
Dans les empires perse et musulman
Après la reddition d'Alexandrie aux Arabes au et la fondation de l'empire abbasside au , les érudits islamiques ont reçu l'astrologie avec enthousiasme. Le deuxième Calife abbasside, Al-Mansur (754-775) a fondé la ville de Bagdad pour qu'elle serve de centre d'enseignement et y a inclus une bibliothèque-centre de traduction connue sous le nom « Bayt al-Hikma » (« Grenier de sagesse »), qui a continué à se développer sous ses successeurs et qui devait donner une impulsion déterminante à la traduction en arabe des textes astrologiques hellénistiques, : 'The medieval development of Hellenistic principles concerning aspectual applications and orbs'; .. Parmi les premiers traducteurs figuraient Masha'allah ibn Atharî, qui a contribué à fixer la date de la fondation de Bagdad, , ‘On the days of the Greek calendar’, re. 23 Tammûz; Sachau., et (alias Zael ), dont les textes ont beaucoup influencé les astrologues postérieurs européens tels que Guido Bonatti au , et William Lilly au , : 'Historical sources and traditional approaches'; .. L'un des astrologues de langue arabe (il était perse) les plus influents fut Albumasar, dont l'œuvre Introductorium in Astronomiam est devenue plus tard un traité populaire dans l'Europe médiévale. Albumasar introduisit l'étude des grandes conjonctions, soit les conjonctions Jupiter-Saturne. vignette|Zodiaque arabo-musulman. Les Arabes accrurent considérablement les connaissances en astronomie, et beaucoup de noms d'étoiles toujours portés aujourd'hui, tels que Aldébaran, Altaïr, Bételgeuse, Rigel et Véga en sont les héritiers. Ils ont développé également la liste des parts hellénistiques à tel point qu'elles sont aujourd'hui dénommées parts arabes, alors qu'il s'agit d'un élément important de l'.
Au cours de l'avancée de la science islamique, certaines des pratiques astrologiques ont été combattues pour des raisons théologiques par des astronomes tels que Al-Farabi, Ibn al-Haytham et Avicenne. Leurs critiques ont fait valoir que les méthodes des astrologues étaient conjecturales et non empiriques, et qu'elles entraient en conflit avec les vues religieuses orthodoxes des oulémas dans la mesure où elles suggéraient que la volonté de Dieu peut être connue avec précision et prévue à l'avance.. Ces critiques concernaient principalement l' (incluant l'astrologie horaire), plutôt que l'astrologie médicale ou météorologique, qui étaient considérées à l'époque comme faisant partie des sciences naturelles.