L'échelle métrique d'intelligence est une échelle de mesure du développement intellectuel de l'enfant proposée par Alfred Binet et Théodore Simon en 1905, communément considérée comme la première tentative de mesure standardisée de l'intelligence humaine.

Sa conception intervient dans le cadre de la commission Bourgeois, visant à déterminer comment appliquer, ou non, l'obligation scolaire pour les enfants .

Les items du test visent à mesurer le développement mental, sans faire appel aux connaissances de l'enfant.

Par la suite, cette échelle fera des émules. Ainsi en 1916, le test de Stanford-Binet introduira la notion de quotient intellectuel, ou QI, toujours en usage de nos jours avec les tests de David Wechsler WISC et WAIS. En 1966, le psychologue et universitaire français René Zazzo proposera une (NEMI).

Différentes écoles de psychométrie

Selon Murrey et Hernstein, « il existe actuellement trois grandes écoles en matière de psychométrie, et qu'une seule d'entre elles soutient leur conception de g et du QI : ces trois écoles sont, selon eux : La « classique », dont la thèse défendue dans The Bell Curve, concevant l'intelligence à l'instar d'un organe ; La « révisionniste », interprétant l'intelligence comme un processus de traitement de l'information [ex cognitivisme, intelligence artificielle] ; et la « radicale », envisageant l'intelligence comme une entité aux facettes multiples. [ex : René Zazzo, théorie des intelligences multiples d'Howard Gardner].

Les écoles psychométriques « classiques » et « réformistes » restent dans le cadre de l'héréditarisme.

Or, selon Stephen Jay Gould,

Si cette vision héréditariste des « classiques » est disqualifiée, elle reste encore légion dans les esprits notamment aux États-Unis qui restent dans le cadre idéologique du nativisme.

Les « réformistes » comme les neuro-cognitivistes actuels reconnaissent l'aspect sociologique mais l'aspect génétique y est encore dominant. Or, selon Richard C. Lewontin,

Or, on sait aussi que biologie, psychologie et sociologie forment une unité où ces trois hélices interagissent à divers degrés selon les pressions externes et internes : c'est le modèle biopsychosocial.

Mais, selon René Zazzo, .

En effet, si le cognitivisme (empiristes comme le « réformiste » Frank Ramus) et les néo-Piagétiens (pragmatistes comme le « radical » Howard Gardner) dénient la dialectique dans leurs objets d'étude dont l'intelligence et la cognition, Jean Piaget la met en lumière et l'exploite. Il use d'ailleurs abondamment du terme de « dialectique », bien plus qu'Henri Wallon, même si selon Tran-Thong sa dialectique est plus hégélienne que marxienne.

Cependant, il est vrai, que si l'école « classique » est accusée de « racisme » et de « réductionnisme », l'école « réformiste » née de la cybernétique influencée par l'empirisme pur reste en vogue aujourd'hui notamment grâce à l'intelligence artificielle.

Évaluation : passage de la qualité à la quantité

C'est de manière secondaire que la notion d'intelligence est venue chez les psychologues. Elle émerge en effet de la notion d' « idiotie » et d'« imbécilité » chez Alfred Binet, et de « débilité » et même de la « connerie » chez René Zazzo. « Binet s'est employé à définir l'idiotie, l'imbécilité, avant de s'interroger sur les états d'arriération légère, puis enfin de s'avouer qu'on ne sait rien de l'enfant normal, et que c'est lui qu'il fallait commencer par décrire d'âge en âge : d'où la construction de la fameuse Échelle métrique du développement mental.

Or, les tests ne font que « mesurer » , l'intelligence logique comme le fait remarquer René Zazzo. Le terme de « mesurer » n'est pas à comprendre de manière arithmétique comme chez les « classiques » et les « réformistes » mais comme « un système d'évaluation » nouveau comme l'exprime Alfred BinetBinet cité par René Zazzo. De Binet à Wallon : la psychologie de l'enfant. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°2. pp. 181-197. www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_1989_num_89_2_29333René Zazzo, de Binet à Wallon. De la même manière, Yvez Richez rejette également le terme de « mesure » pour le terme d' « évaluation ».

Jean-Pierre Changeux aimerait « rayer » du vocabulaire le terme d'intelligence : « s'il existe un terme à rayer du vocabulaire, c'est bien celui d'intelligence ... » (Le Monde-Dimanche du ). Si René Zazzo est d'accord avec affirmation de Changeux ce n'est pas pour les mêmes raisons. « Mais, on ne supprime que ce qu'on remplace ». Or, Yves Richez, à la lumière des écarts entre la culture occidentale et la culture chinoise où la notion d'intelligence n'existe pas, « a ainsi rebaptisé la notion d’intelligence et de talent par MOON (MOde Opératoire Naturel). Cela a pour avantage d’éviter l’amalgame avec ce que le terme implique comme « idée » dans notre culture occidentale, un ensemble de catégories mesurables et quantifiables. »Stratégie de développement des potentiels, Yves Richez, éd. Homo-Viator, 2012, p. 9.

Pour Henri Wallon, « on ne saurait distinguer l'intelligence de ses opérations » selon la formulation d'Émile Jalley résumant Principes de psychologie appliquée (1930) de WallonD'après Principes de la psychologie appliquée in Louis Althusser et quelques autres (Notes de cours 1958-1959), Henri Wallon reformulé par Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2014, partie 4.2, chap. L’encyclopédisme dialectique dans la psychologie d’Henri Wallon, p. 336.

Si on cherche à « rayer du vocabulaire le terme tout nu, tout cru, d'intelligence, c'est que, signifiant trop, il ne signifie rien. Il faut déchirer l'étiquette pour découvrir tous les objets qu'elle recouvre. Et depuis les débuts de ce siècle les découvertes sont nombreuses : l'intelligence globale ou mosaïque évalué par l'échelle métrique de Binet, le facteur « général » mis en évidence par Spearman au moyen de l'analyse mathématique dite « équation tétrade », l'intelligence des situations décrite par Wallon, les structures d'adaptation sensori-motrices, opératoires, hypothético-déductives analysées par Piaget, la pensée divergente ou créativité l'humour, l'intelligence rusée (mètis) Sans parler de la mise en œuvre de ces « objets » par chacun de nous en sa vie quotidienne. Car il ne suffit pas de posséder telle « intelligence » et telle autre : il faut encore savoir s'en servir. Être intelligent c'est utiliser au bon moment et convenablement les moyens dont on dispose. C'est la « réalisation » qui compte, pour reprendre une notion et une hypothèse développées il y a quelques années par Reuchlin. ». En effet selon Yves Richez : « L’observation et l’étude tendent à montrer que le mot intelligence exprime la manière (mode opératoire) dont une espèce vivante utilise une ou partie de son corps pour saisir un objet afin de réaliser une opération locale ou processive en vue d’un résultat escompté. ».

L'intelligence ne peut se réduire au cerveau, ni à l'activité cognitive. Bianka Zazzo a obtenu expérimentalement « un meilleur rendement des fonctions cognitives par l'intervention de facteur cognitifs : capacités de mobilisation, de concentration, d'organisation, de contrôle. »Cf Les 10 à 13 ans, garçons et filles en CM2 et en sixième, Paris, PU,F, 1982, et du même auteur : « les conduites adaptatives en milieu scolaire : intérêt de la comparaison entre les garçons et les filles », in Enfance, n°4, 1982, pp.267-284)

Ainsi, l'intelligence ne peut être résumée à la citation apocryphe de Binet : « L'intelligence, c'est ce que mesure mon test ». « La formule est risible, effectivement parce qu'elle apparaît comme une définition circulaire : je définis l'intelligence par le test, et le test par l'intelligence. En fait sous son apparence débile, la démarche de Binet fut un coup de génie : c'est elle qui a brisé le cercle des sempiternelles médiations sur l'intelligence où le philosophe retrouvait à l'arrivée, en une définition bien léchée, ce qu'il pensait déjà plus ou moins clairement au départ. »

Certains chercheurs comme Jean-Pierre Changeux ou Yves Richez rejettent la mesure arithmétique soit la quantité pure à la suite de « l'illusion des mots [comme débilité, intelligence ou haut potentiel] renforcée par la caution d'un chiffre ». René Zazzo montre qu' « ils n'ont pas appris, ou pas compris, que « la quantité est toujours la quantité d'une certaine qualité » selon la formule de Paul Guillaume (1942). Que les procédures de quantification varient selon la qualité à évaluer, qu'elles ne se réduisent pas aux seules règles de l'arithmétique. Que pour certaines qualités, deux fois deux ne font pas quatre. Et pourtant, dès le début du siècle, Binet expliquait et illustrait cette vérité à propos du développement mental. »

René Zazzo sait également identifier « une dizaine « d'intelligences » au moins dont chacune est définie par sa fonction, son fonctionnement et ses œuvres ». Yves Richez a mis à jour 10 Modes opératoires naturels (MOON) dont 20 composantes cœurs. Or, « Il est à souligner que la plupart des objets identifiés (le test de Binet est une exception remarquable) relèvent d'une façon ou d'une autre de la logique et du raisonnement : c'est sans doute que la tendance naturelle du psychologue était d'aborder logiquement ce qu'est l'intelligence. » Logique et raisonnement sont vus comme l'excellence du processus d'adaptation. Or, comme il le confirme le raisonnement n'est pas l'adaptation. Par ailleurs, pour Yves Richez, « Raisonner n’est pas réfléchir, le premier peut se contenter de mettre en ligne une chaîne d’idées organisée selon une modalité propre, là où réfléchir implique une modalité opératoire dont l’activité est de chercher, organiser, classer, enchaîner, mailler, “souder” des “idées” entre elles (telle l’élaboration du puzzle) ».

Ce que les tests d'intelligence (dont le QI) mesurent en définitif appartient à l'ordre de l'« intelligence logique » et non à l'« intelligence quotidienne », ni à la ruse (Mètis), à la créativité ou à l'humour entre autres objets et modes opératoires.

Contrairement à ce que croient les neuro-cognitivistes, il n'y a pas de corrélation entre quotient intellectuel et facilité d'apprentissage comme le découvre Zazzo en 1945 et 1946 avec le cas de Josiane, 12 ans, ayant une incapacité à apprendre à lire et à écrire malgré un QI de 120.

Diagnostic de niveau intellectuel de Binet et Simon

Les recherches de Binet et Simon interviennent dans le contexte des travaux de la commission Bourgeois, auxquels participent Alfred Binet.. Cette commission interministérielle, dirigée par Léon Bourgeois, a été créée en 1904 pour étudier à quelles conditions l'obligation scolaire serait applicable aux enfants qualifiés d', différentes solutions étant alors envisagées : .. Elle aura pour conséquence, en 1909, la promulgation d'une loi créant des classes de perfectionnement pour ces enfants.. La commission décide en 1905 ; dès lors, la question est de donner une méthode rigoureuse aux . Dans ce but , Binet et Simon publient en 1905 une ... Ils appellent leur série d'épreuves : La méthode de Binet et Simon fait l'objet d'améliorations successives, en 1908 puis en 1911., à l'occasion desquelles Binet s'éloigne progressivement . : si le premier état de la méthode ne comporte aucune indication d'âge et vise principalement à faciliter le diagnostic d'arriération, les variantes ultérieures cherchent à mesurer le rapport entre le développement de l'intelligence cognitive de l'enfant et une norme à son âge, par des séries de questions dont les réponses sont comparées à un étalonnage effectué sur une population de référence, permettant d'indiquer l'âge mental réel de l'enfant au moment de la passation. Pour René Zazzo, la méthode mise au point par Binet représente une rupture épistémologique : .