La bataille de Caseros, ou bataille de Monte Caseros, eut lieu le à Caseros, aujourd’hui Estación El Palomar, dans la moyenne banlieue ouest de Buenos Aires, en Argentine. Elle opposa l’armée de Buenos Aires, commandée par le dictateur unitaire Juan Manuel de Rosas, à la Grande Armée (Ejército Grande), emmenée par Justo José de Urquiza et constituée par une coalition d’opposants au régime de Rosas, avec le renfort de troupes brésiliennes et uruguayennes.
En mai de l’année précédente, Urquiza, gouverneur d’Entre Rios, naguère allié de Rosas, mais lésé dans ses intérêts personnels par l’embargo décrété par celui-ci contre Montevideo, principal partenaire commercial d’Entre Ríos, et convaincu aussi de la nécessité d’une structure constitutionnelle nationale que Rosas s’obstinait à ne pas mettre en chantier, avait lancé son pronunciamiento contre son allié, mis sur pied une armée, puis occupé l’Uruguay avec l’aide du Brésil. Il franchit ensuite le Paraná avec ses troupes, et, les forces armées de la province de Santa Fe s’étant rebellées à leur tour, eut la voie libre pour marcher sur Buenos Aires. La Grande Armée l’emporta assez facilement sur les troupes de Rosas, qui n’eut plus qu’à démissionner et s’exila au Royaume-Uni.
Cette bataille marque une rupture dans l’histoire de l'Argentine : après avoir remporté la victoire, Urquiza, alors directeur provisoire de la Confédération argentine, suscita l’élaboration de la Constitution de 1853, et devint en 1854 le premier président constitutionnel de l'Argentine.
Antécédents
Les guerres civiles argentines
L’Argentine était secouée depuis 1814 par une série de guerres intestines où s’affrontaient le parti fédéraliste, conservateur et traditionaliste, et le pouvoir centraliste, libéral et progressiste, ce dernier s’identifiant en général avec les gouvernements de Buenos Aires. Cette situation avait privé le pays d’un État central de manière quasi permanente depuis 1820.
À partir de 1831, l’organisation institutionnelle de l’État argentin était fixée par la dénommée Confédération argentine, union assez flottante d’entités provinciales qu’unissait un ensemble de pactes et traités.
Cependant, depuis 1835, la tutelle réelle sur la pays se trouvait aux mains du gouverneur de la province de Buenos Aires, le fédéraliste Juan Manuel de Rosas, doté en outre du « pouvoir suprême » (suma del poder público), face auquel l’assemblée législative de Buenos Aires ne jouait tout au plus qu’un rôle modérateur, fort peu visible.
En 1839, et dans une mesure accrue à partir de 1840, une âpre guerre civile agita le pays, affectant — chose jamais survenue auparavant avec une telle ampleur — toutes les provinces à la fois, et coûtant des milliers de victimes. Rosas cependant parvint à vaincre ses ennemis et par là renforça davantage encore sa domination sur l’Argentine. Une campagne militaire à l’intérieur du pays menée par le Chacho Peñaloza et une longue rébellion de la province de Corrientes réussirent encore à ébranler les provinces de Santa Fe et d’Entre Ríos, mais seront elles aussi défaites en 1847. Depuis lors, la Confédération argentine jouissait d’une paix relative.
Fin du blocus anglo-français
Depuis 1844, la ville de Montevideo était assiégée par le général Manuel Oribe, qui s’était rendu maître de la quasi-totalité du pays et se considérait comme le président légal de l’Uruguay. Il bénéficiait d’un solide appui matériel et militaire de la part de Rosas, y compris l’engagement d’importantes forces militaires argentines au siège de Montevideo. Néanmoins, la ville put résister grâce au blocus anglo-français du Río de la Plata, par lequel les forces navales de Grande-Bretagne et de France bloquaient le Río de la Plata, interdisant aux vaisseaux argentins de venir en aide à Oribe. La situation, qui en était donc restée au point mort, changea en 1847 après qu’eut été éliminée l’ultime résistance contre Rosas dans l’intérieur de l’Argentine.
Sans autres alliés désormais que les défenseurs de Montevideo, les Britanniques commencèrent à douter de la possibilité de vaincre Rosas. Attendu qu’en fin de compte, Rosas entretenait avec eux de bonnes relations diplomatiques et commerciales, ils transigèrent là où ils pouvaient, acceptèrent le peu que leur concédait Rosas, et se résignèrent en à signer le traité Arana-Southern, lequel disposait notamment que l’Angleterre eut à lever unilatéralement le blocus naval. Le nouveau chef d’État de la France, Napoléon III, maintint la position de son prédécesseur pendant un temps encore, puis finit par signer le traité Arana-Leprédour en ..
Les assiégés de Montevideo étant isolés dorénavant, la ville ne pouvait résister beaucoup plus longtemps. Pour accentuer la pression sur la ville assiégée, Rosas proscrivit tout type de commerce avec Montevideo, toléré jusqu’alors. La ville subit ainsi un blocus commercial, quoique sans l’intervention de forces navales.
Cependant, cette prohibition eut une conséquence inopinée : le principal bénéficiaire du commerce avec Montevideo était la province d’Entre Ríos, et plus particulièrement le gouverneur lui-même, le général Justo José de Urquiza. Frappé dans ses intérêts matériels, mais convaincu aussi de la nécessité de rénovation politique et d’une structure constitutionnelle nationale, et ayant gardé à l’esprit que les unitaires s’étaient offerts à conclure avec lui une alliance, Urquiza cherchait l’occasion de forcer Rosas à céderRosas continuait d’arguer que le pays n’étaient pas encore en paix, et que par conséquent il ne pouvait être organisé constitutionnellement. La paix intérieure pourtant paraissait assurée – au-dedans des limites imposées par les révoltes locales de l’intérieur – et l’imminence de la chute de Montevideo semblait augurer la paix extérieure., ou alors d’en finir avec son long gouvernement.
Le Pronunciamiento
Fin 1850, l’empire du Brésil prit parti pour Montevideo. L’existence de la république orientale de l’Uruguay avait été jusque-là la garantie pour le Brésil de pouvoir disposer de points d’appui pour son commerce dans le Río de la Plata, et la chute de l’Uruguay dans les mains d’un allié de Rosas pouvait compromettre les intérêts brésiliens.
vignette|250px|Le général Urquiza.
Devant l’attitude hostile de l’empire du Brésil, Rosas se prépara à la guerre : il envoya un contingent de troupes à Urquiza et le nomma commandant en chef d’une Armée d’observation, destinée à être engagée dans une éventuelle nouvelle guerre contre le Brésil ; toutefois, Urquiza la mit au service de ses propres desseins.
Urquiza soupçonna que si Rosas ouvrait un nouveau front, c’était pour continuer à différer la mise en place d’une organisation constitutionnelle du pays. Il prit contact avec les émissaires du gouvernement de Montevideo et de l’empire du Brésil, réaffirma son alliance avec le gouverneur de la province de Corrientes, Benjamín Virasoro, et ordonna d’emprisonner puis de fusiller le président du congrès provincial de Corrientes. La préoccupation principale des deux gouverneurs était de libérer le commerce fluvial et les échanges avec l’outremer, mais ils réclamaient également leur quote-part des recettes de la douane de Buenos Aires.
Urquiza n’entreprit aucune action avant de s’être assuré des financements nécessaires, seule chose qui lui faisait encore défaut. Il en chargea le baron de Mauá, le banquier le plus important du Brésil, qui sut amener l’Empereur à financer ses opérations militaires...
Le , Urquiza lança depuis Concepción del Uruguay son pronunciamiento contre Rosas : l’assemblée législative d’Entre Ríos ayant pris acte des renonciations répétées de Rosas au gouvernorat de Buenos Aires et de son refus d’assumer la compétence en matière de relations extérieures, Urquiza plaça en ses propres mains la politique extérieure et de guerre de sa province. Il fit remplacer dans les documents officiels la devise, devenue familière, de « ¡Mueran los salvajes unitarios! » (Que meurent les sauvages unitaires !), par celle de « ¡Mueran los enemigos de la organización nacional! » (Que meurent les ennemis de l’organisation nationale !)..
Peu de jours après, Corrientes imita la résolution législative d’Entre Ríos. En un court laps de temps, Urquiza sut mobiliser en Entre Ríos entre (ce qui représente un considérable effort pour une province de seulement ).À titre de comparaison, en 1853, la province de Mendoza comptait (cf. W. Parish (1853), ), mais avait une milice de à peine, capable de se hausser à un maximum de effectifs (cf. W. Parish (1853), ). De même, la province de San Luis, qui avait à âmes (cf. W. Parish (1853), ), possédait une milice d’à peine 600 hommes (cf. W. Parish (1853), ), laquelle milice se trouvait très affaiblie par les constantes incursions des peuples originels de la Pampa (cf. W. Parish (1853), )..
La presse portègne réagit avec indignation à cette « trahison » ; tous les autres gouverneurs de province prononcèrent des anathèmes et des menaces publiques à l’encontre du « fou, traître, sauvage unitaire Urquiza ». Dans les mois suivants, une majorité d’entre eux fit nommer Rosas « Chef suprême de la Nation », c’est-à-dire président, mais sans y avoir titre, ni congrès pour le contrôler. Cependant, il n’y eut personne pour réellement se mobiliser à son secours.
Rosas réagit avec une lenteur qui lui était inhabituelle. Les années avaient certes fait de lui un bureaucrate efficace, mais il avait perdu déjà la capacité d’évaluer correctement les problèmes et de les affronterA. C. Cevasco (2006), . ; il se borna à attendre.
Campagne militaire en Uruguay
À la fin , un traité fut signé entre Entre Ríos, le gouvernement de Montevideo et l’empire du Brésil, par lequel fut fondée une alliance visant à expulser le général Manuel Oribe de l’Uruguay, à appeler à la tenue d’élections libres dans toute l’Argentine et, au cas où — comme cela était à prévoir — Rosas déclarerait la guerre à l’une des parties signataires, à s’unir pour l’attaquer.
En guise de première étape de son plan stratégique, Urquiza, s’appuyant sur les troupes correntines emmenées par José Antonio Virasoro, et sur celles d’Entre Ríos, c’est-à-dire sur une armée de plus de au total, envahit le territoire uruguayen au mois de juillet de la même année. Il était accompagné par le général Eugenio Garzón, ennemi d’Oribe déjà depuis peu avant Arroyo Grande, et à qui vinrent se rallier les armées blanches orientalesA. C. Cevasco (2006), .. Dans le même temps, des troupes brésiliennes pénétrèrent dans le nord du pays, ce qui porta Rosas à déclarer la guerre au Brésil.
Cependant, il n’y eut pas de guerre : Oribe, demeuré seul ou presque, défendu par les seules forces de Buenos Aires, lesquelles n’avaient pas d’instructions pertinentes quant à ce qu’il avait lieu de faire, conclut avec Urquiza le un pacte stipulant la levée du siège. Oribe renonça donc et s’éloigna de la ville sans être inquiété ; en contrepartie, le gouvernement du pays, en ce compris Montevideo, serait exercé par le général Garzón. Toutefois, celui-ci n’accédera pas à la présidence promise, car il mourut bientôt ; Juan Francisco Giró fut alors nommé à sa place.
L’aide brésilienne sera chère payée : l’Empire contraignit le nouveau gouvernement urugayen à accepter un certain nombre de traités par lesquels l’Uruguay cédait une large frange de territoire dans le nord du pays ; ce territoire se trouvait déjà occupé par des éleveurs brésiliens, protégés par des troupes brésiliennes, cependant cette portion de territoire avait été jusqu’alors reconnue comme appartenant à l’Uruguay. De surcroît, l’Uruguay reconnaissait le Brésil comme garant de l’indépendance, de l’ordre et des institutions uruguayennes ; l’Empire s’assurait le droit d’intervenir dans la politique intérieure de son voisin sans aucun contrôle externe.