Jack Talons-à-Ressort () est un personnage du folklore anglais datant de l'époque victorienne. Les récits le décrivent comme un homme mystérieux à l'apparence diabolique qui aurait le pouvoir de faire des sauts extraordinaires : d'où son surnom.
On l'aurait d'abord aperçu en 1837. On l'aurait revu plus tard à travers toute l'Angleterre, de Londres jusqu'à Sheffield et Liverpool, mais il aurait sévi en particulier à Londres. Il aurait agressé des gens et se serait enfui en faisant des sauts de géant dans un éclat de rire sardonique.
Jack Talons-à-Ressort est décrit par ses supposées victimes comme un homme grand et mince, aux traits diaboliques, avec des mains glacées et griffues, des yeux exorbités et étincelants, et une bouche crachant le feu. Selon Jane Aslop, « Son visage était hideux, ses yeux comme des boules de feu, et il crachait des flammes bleues et blanches. Ses mains étaient comme des serres, mais froides comme la glace. Il portait comme un casque très serré sur la tête, et un costume blanc moulant sous sa cape noireLes plus grands mystères du monde, Joyce Robin, éd. Minerva, 1991, p. 86 - 87.. » Les avis sont partagés : pour les uns il s'agit d'un démon, pour les autres d'un extraterrestre ou encore d'un farceur déguisé qui aurait fabriqué des chaussures spéciales lui permettant de rebondir.
Le personnage est devenu un élément de la culture populaire ; il apparaît dans de nombreuses œuvres de fiction où il joue le rôle d'un super-héros.
Histoire Premières apparitions
Les premiers récits relatifs à Jack Talons-à-Ressort ont été faits à Londres en 1837 tandis que la dernière apparition signalée semble avoir été faite à Liverpool en 1903David Cordingly, "Lives and Times: Spring-Heeled Jack", The Scotsman 7 octobre 2006. Tiré de Oxford Dictionary of National Biography.Rupert Mann, « Spring Heeled Jack », Oxford Dictionary of National Biography (Oxford: Oxford University Press, 2004 ; )..
Le premier récit au sujet de Jack provient d'un homme d'affaires qui rentre chez lui un soir après sa journée de travail. Il dit avoir été soudainement choqué en voyant un individu mystérieux sauter sans difficultés les hautes grilles d'un cimetière. Aucune attaque n'est signalée mais la description de l'homme dérange : un individu musclé aux traits diaboliques, des oreilles et un nez larges et pointus et des yeux rougeoyants.
Plus tard, en octobre 1837, une fille nommée Mary Stevens marche sur la colline de Lavender, où elle est employée comme domestique, et revient d'une visite chez ses parents à Battersea. En passant par Clapham Common, selon ses déclarations, un étrange individu lui saute dessus dans une allée sombre. Après l'avoir immobilisée en lui tenant fermement les bras, il commence à baiser son visage, tout en déchirant ses vêtements et en touchant sa peau de ses griffes qui sont, selon sa déposition, « froides et moites comme celles d'un cadavre ». Sous l'effet de la panique, la jeune fille crie, poussant son agresseur à prendre la fuite. Le trouble pousse de nombreux riverains à se lancer dans une chasse à l'homme, mais leurs recherches restent vaines.
Le lendemain, le personnage bondissant semble choisir une victime toute différente, toujours dans le secteur de la maison de Mary Stevens, inaugurant un modus operandi qui se répétera les fois suivantes : il bondit sur le passage d'une voiture, provoquant la perte de contrôle du véhicule par son conducteur, qui produit un accident dans lequel il est sévèrement blessé. Plusieurs témoins affirment qu'il s'échappe en sautant par-dessus un mur de et en lançant un rire haut-perché et retentissant.
Peu à peu, les nouvelles au sujet de l'étrange personnage se répandent et bientôt la presse et le public lui donnent un nom : Jack Talons-à-Ressort<ref>Clark, dans Unexplained!, indique que la presse fait invariablement allusion à Jack Talons-à-Ressort (Spring-heeled Jack ou Springheel Jack). Haining, dans The Legend and Bizarre Crimes of Spring Heeled Jack, affirme que le terme springald pourrait être à l'origine du nom « Spring Heeled Jack », vers lequel il a fini par évoluer ; malheureusement, il n'y a aucune preuve permettant de soutenir cette hypothèse, selon Clark. Dash indique qu'il n'y a aucune preuve que ce terme ait été usité dans les années 1830 et pense que le nom originel était Steel Jack (« Jack Acier »), qui pourrait faire référence à son apparence semblable à celle d'un homme dans une armure.</ref>.
Reconnaissance officielle Quelques mois après ces premières apparitions, le , sir John Cowan, lord-maire de Londres, révèle en séance publique à la Mansion House avoir reçu quelques jours plus tôt une plainte anonyme, qu'il n'avait pas immédiatement divulguée dans le but d'obtenir des renseignements ultérieurs. L'auteur du courrier, qui avait signé « Un résident de Peckham », avait écrit ceci :
Malgré le scepticisme du Lord Mayor, un membre du public confirme que « des domestiques de Kensington, de Hammersmith et d'Ealing racontent des histoires épouvantables de ce fantôme ou ce diable. » L'affaire est rapportée dans The Times du et dans d'autres journaux nationaux le lendemain. Le surlendemain, le , le Lord Mayor montre à une foule rassemblée une pile de lettres, venant de plusieurs lieux dans Londres ou aux alentours, de personnes se plaignant de « vilaines farces » du même genre. Le nombre de courriers déversés dans la Mansion House montre combien l'histoire s'est répandue dans tous les faubourgs londoniens. Un des auteurs de ces lettres dit que plusieurs jeunes femmes de Hammersmith ont fait de « dangereuses crises » et que d'autres ont été « gravement blessées par une sorte de griffes que le mécréant portait sur les mains ». Un autre correspondant affirme que, à Stockwell, Brixton, Camberwell et Vauxhall, plusieurs personnes sont mortes de peur et que d'autres ont fait des crises. Dans le même temps, un autre rapporte que le farceur a été vu plusieurs fois à Lewisham et à Blackheath.
Le Lord Mayor est partagé sur l'affaire : il estime que « les plus grandes exagérations » ont été faites et qu'il est pratiquement impossible « que le fantôme puisse réaliser les actions d'un diable sur terre », mais d'un autre côté il croit en l'histoire d'une domestique de Forest Hill qui a été effrayée jusqu'à s'évanouir de l'apparition d'un individu dans une peau d'ours. Il a bon espoir que la ou les personnes impliquées dans cette « exhibition de pantomime » seront attrapées et puniesPeter Haining, The Legend and Bizarre Crimes of Spring Heeled Jack, basé sur les rapports du Times des 10 et 12 janvier 1838.. La police est chargée de se mettre à la poursuite de l'individu et des récompenses sont offertes.
Un rapport de The Brighton Gazette, paru dans l'édition du Times du relate comment un jardinier de Rosehill, dans le Sussex, a été terrifié par une créature de nature inconnue. The Times écrit : « Jack Talons-à-ressorts a semble-t-il trouvé la route de la côte du Sussex ». Le récit a pourtant peu de similitudes avec les autres affaires concernant Jack. L'incident se déroule le . Un individu apparaît à un jardinier « sous la forme d'un ours ou d'un autre animal allant à quatre pattes ». Ayant attiré l'attention du jardinier par un grognement, il escalade alors le mur du jardin et le parcourt en courant à quatre pattes, avant de sauter au bas du mur et de mettre en fuite un instant le jardinier. Puis l'apparition escalade à nouveau le mur et disparaît, sous les yeux de la victime terrorisée The Times, 14 avril 1838, page 7, accessible via http://archive.timesonline.co.uk TimesArchive..
Les affaires Scales et Alsop
Les affaires les plus connues peut-être, dans lesquelles Jack Talons-à-Ressort serait impliqué, concernent deux agressions contre deux adolescentes, Lucy Scales et Jane Alsop. L'affaire Alsop est largement couverte par les journaux, dont une pièce dans The Times The Late Outrage At Old Ford, The Times, 2 mars 1838., tandis que celle de Lucy Scales est moins médiatisée. Les témoignages relevés dans la presse en cette circonstance permettent de dresser le profil de Jack Talons-à-Ressort.
L'affaire Alsop Jane Alsop rapporte que, dans la nuit du , elle répond à la porte de la maison de son père à un homme qui affirme être officier de police, qui lui demande d'apporter de la lumière et lui dit : « Nous avons attrapé Jack Talons-à-Ressort ici dans l'allée. » Jane Alsop avance dans l'allée noire et apporte à la personne une bougie. Elle remarque que l'homme porte une grande cape. Soudain, au moment où elle lui tend la bougie, il jette sa cape et « présente la plus hideuse et la plus effrayante des apparences ». Il vomit par la bouche des flammes bleues et blanches, tandis que ses yeux ressemblent à « des boules de feu rouge ». Alsop rapporte qu'il porte un grand casque et que ses vêtements, très moulants, ressemblent à de la toile huilée. Sans dire un mot, il se saisit d'elle et commence à lui déchirer la robe avec ses griffes qui, elle en est sûre, sont « d'une substance métallique ». Elle crie à l'aide et parvient à se dégager et court vers la maison. Il la rattrape sur les marches d'entrée et lui enfonce ses griffes sur le cou et les bras, lui infligeant de graves blessures et lui emportant une partie des cheveux. Elle est secourue par une de ses sœurs, après que son agresseur a pris la fuite The Annual Register of World Events: A Review of the Year, Edmund Burke et Stevenson Ivison, Londres, 1839, p. 24..
L'affaire Scales Huit jours après l'agression de Alsop, le Peter Haining, The Legend and Bizarre Crimes of Spring Heeled Jack, d'après les relations publiées dans The Times du 22 février 1838., Lucy Scales, une jeune femme de 18 ans, rentre chez elle en compagnie de sa sœur après avoir rendu visite à leur frère, un boucher qui habite le quartier respectable de Limehouse. Lucy Scales affirme dans sa déposition qu'elle et sa sœur traversaient Green Dragon Alley lorsqu'elles aperçurent un individu qui se tenait à côté de la sortie de l'allée. Marchant devant sa sœur et, arrivant au niveau de la personne qui portait une grande cape, ce dernier lui envoya au visage « une quantité de flammes bleues » qui la priva de la vue un moment et l'éprouva tant qu'elle tomba instantanément par terre et la saisit de spasmes violents durant plusieurs heures Burke, p. 27-28..
Son frère ajoute que le soir en question, il avait entendu les hurlements de sa sœur après que les deux femmes l'eurent quitté. Il courut à Green Dragon Alley et trouva sa sœur Lucy étendue au sol et saisie de spasmes, tandis que son autre sœur tentait de la relever et de lui venir en aide. Il la ramena chez elle et apprit de sa seconde sœur ce qui était arrivé. Elle décrivait l'agresseur comme un homme grand, maigre et d'apparence normale. Il portait une grande cape et une petite lampe semblable à un œil-de-bœuf, comme celles qu'utilise la police. L'homme ne leur avait pas adressé la parole, ni n'avait tendu les bras vers elles, mais s'était enfui subitement. Tous les efforts entrepris pour l'identifier furent inutiles malgré les nombreux interrogatoires menés par la police.
Naissance de la légende The Times rapporte l'agression présumée de Jane Alsop le sous le titre : The Late Outrage At Old Ford (« La dernière atrocité à Old Ford »). L'article fait le récit du procès d'un homme, un dénommé Thomas Millbank, qui, immédiatement après la parution de l'article relatant l'agression de Jane Alsop, se vante d'être Jack Talons-à-Ressort. Il est arrêté par l'officier James Lea et jugé au tribunal de Lambeth Street. Millbank possède une grande blouse blanche et un long manteau qu'il avait jetés hors de la maison et on retrouve aussi la lampe dont il s'était débarrassé. Il échappe toutefois à la condamnation lorsque Jane Alsop assure que son agresseur avait soufflé du feu, ce que Millbank avoue être incapable de faire.