vignette|droite|redresse=2|alt=Photographie ancienne en noir et blanc d'une ville en ruines surmontée d'une cathédrale partiellement détruite.|Vue de Soissons en 1919. La légende « Amiens » est erronée.
La reconstruction en France et en Belgique après la Première Guerre mondiale, aussi appelée « la Reconstruction » ou « la reconstitution », est la période lors de laquelle, durant une dizaine d'années et après une période de désobusage, il a fallu remettre en état les terres agricoles, les habitations et les infrastructures urbaines, portuaires, de transport, industrielles, scolaires, médicales, etc. ainsi que le logement des familles.
Une partie de ce travail s'est faite sous l'égide du ministère des Régions libérées, en lien avec le ministère des Armées, avec l'aide dans un premier temps des Alliés (et même sous l'autorité britannique dans le Nord de la France, pour le désobusage), l'aide de prisonniers de guerre et d'une main-d'œuvre immigrée (par exemple, en 1920, durant les derniers mois, en Meuse environ sont encore employés aux services de Reconstitution de la Meuse, 600 sont Portugais, 500 sont Italiens et 230 Polonais).
En France, la plupart des départements sinistrés (Aisne, Ardennes, Marne, Meuse, Oise, Pas-de-Calais, Somme...) ont bénéficié de la création de préfectures hors classes (d'août 1919 à février 1921), qui ont évalué et quantifié les dommages de guerre.
Cette période semble assez mal représentée par les archives, et peu prise en compte par les nombreux historiens de la Première Guerre mondiale, probablement parce que la reconstruction mobilisait toutes les énergies et qu'on manquait de tout dans les zones rouges. Ceci pose un problème pour le suivi des séquelles environnementales et sanitaires. Les communes comme les services de l'État ont par exemple oublié où ont été enterrés ou immergés des millions d'obus ou de déchets toxiques récupérés lors de la reconstruction des villes industrielles et des usines du Nord de la France, et sur les champs de bataille.
Géographie de la reconstruction en France vignette|droite|redresse=2|Cartographie des zones bleues, rouges et jaunes.
Fin 1918, communes sont dévastées ou dégradées sur dans dix départementsA. Demangeon, Le Déclin de l'Europe, Paris, 1920, .
En 1919, dans le cadre de la reconstruction le ministère des Régions libérées a publié une cartographie en trois niveaux de séquelles, représentés par trois couleurs. Zone bleues : Caractérisées par des dégâts moyens, ce sont les zones de passage ou de stationnement des armées, avec d’éventuels restes de dépôts de munitions, de matériels, casemates ou déchets divers, Zones jaunes : Ce sont les zones brièvement ou ponctuellement touchées par les combats, généralement derrière les lignes de front ou éloignées, où les infrastructures routières sont à peu près fonctionnelles après l’armistice, malgré les tranchées, trous d’obus, ou des sols localement criblés de projectiles « souvent non éclatés », Zones rouges : Ce sont les zones correspondant aux lignes de front des armées, où sont concentrés les dommages majeurs. Les sols y sont bouleversés, et les infrastructures routières, ferroviaires, industrielles, ainsi que ponts, ports et canaux y sont généralement totalement détruits (la dénomination Zone Rouge n’a donc pas pour origine principale le sang versé, ni le rouge des coquelicots qui poussaient sur la terre labourée et cent fois retournée par les obus, mais elle les évoque néanmoins inévitablement dans l’esprit de l’époque).
Il a fallu dans la Zone rouge nettoyer les sols des milliers de cadavres et de restes humains, qui seront — quand leur état le permettait — transportés dans les cimetières ou ossuaires. Une troisième priorité a été le désobusage qui s'est fait dans les onze départements touchés en même temps qu'était entamée, dans l'urgence souvent, la reconstruction des patrimoines bâtis et agricoles (le cheptel du Nord et du Nord-Est de la France était décimé, et il a fallu reconstituer les poulaillers, les stocks de graines, etc.).
Comme le montre le témoignage de André-M. de Poncheville (ci-dessous), le monde agricole et ses parlementaires, mais aussi les habitants de retour dans leurs propriétés refusent le plus souvent le statut de zone rouge, et le projet de boisement des zones dévastées. Ils risquent souvent leur vie, et parfois la perdent pour reconstruire et remettre en culture les sols localement truffés de munitions et de billes de plomb.
Localisation en Belgique
Dans le prolongement de la zone rouge française, de vastes territoires ont également été dévastés en Belgique. Il s'y pose les mêmes problèmes que dans le Nord de la France sauf que pour ce qui est du charbon, les Belges parviennent à récupérer des stocks et à sauver des infrastructures que les Allemands n'ont pas eu le temps de détruire.
Toutefois, il faudra des années pour reconstruire les villes et les monuments que la guerre a détruits, comme les halles d'Ypres, ou que l'occupant a pillés et incendiés, comme le palais de justice de Bruxelles, que sa masse a sauvé des flammes, ou, comme à Louvain, la bibliothèque de l'université, qui avait été détruite avec ses collections multi séculaires en même temps que la population subissait des massacres.
Les étapes de la reconstruction
Cette œuvre implique une recherche de fonds et des appels à la solidarité et au paiement des dommages de guerre par l'Allemagne vaincue et en faillite, ce qui sera une préoccupation constante jusqu'à la fin des années 1920.
Il faut aussi reconstituer les filières et moyens administratifs civils et accueillir les flots de dizaines de milliers de réfugiés et déportés qui rentrent chez eux. Les réfugiés doivent théoriquement d'abord demander une autorisation de rentrer chez eux à l’autorité militaire et à partir de 1919 à la préfecture, qui vérifie au préalable l’existence de moyens d’habitation.
Les familles et leur mobilier sont gratuitement transportés par train et camion. Ensuite, leur ravitaillement est pris en charge par l’armée dans les premiers mois, puis par un comité. Quelques allocations leur sont versées en attendant la reprise économique, et elles ont accès à quelques secours en nature généralement apportés par des associations caritatives ou sociales (dont l'Union des femmes de France et la Société des villages libérés...). Le premier relogement est souvent un baraquement préfabriqué provisoire (on en a monté plus de de 1919 à 1922 rien que dans la Meuse). Pour accélérer la reconstruction et renforcer les solidarités entre communes, le président Poincaré et son ministre André Maginot lancent un système d'« adoption des communes sinistrées »ADN Meuse (2006) Répertoire numérique de la Série R / Affaires militaires et organismes du temps de guerre (1800-1940), par Adeline Barb Sylviane Delaby Danielle Hédin Régine Petitjean, Archives départementales de la Meuse..
Il faut aussi aider les familles à se recomposer en lançant des recherches de personnes disparues lors de la fuite des populations ou par les massacres de civils en Belgique et dans le Nord de la France. Faire le deuil des très nombreux disparus sera donc nécessaire à mesure que le temps s'écoulant, il deviendra évident que parmi ceux dont on était sans nouvelles, de nombreux ne reviendront pas des camps de prisonniers ou des hôpitaux. À cette reconstruction morale s'ajoute la reconstruction matérielle sur les nombreux sites dévastés, ce qui ne se fera pas toujours dans le même ordre selon les lieux, les contextes et les divers besoins, urgences et opportunités. La relative discipline apprise au cours de quatre ans de guerre a souvent facilité les choses, ainsi qu'un immense mouvement de solidarité de la part des pays alliés. En France, les sous-préfets rétablis dans leurs fonctions dressent mensuellement un qu'ils adressent aux préfets qui en font chaque mois une synthèse au ministre de l'Intérieur. En Belgique se pose le problème des collaborateurs de l'ennemi dont ceux qui ont constitué le Conseil des Flandres, sorte de gouvernement séparatiste protégé par l'Allemagne qui a même chassé de Bruxelles les fonctionnaires de langue française. L'abolition de règlements illégaux, le rétablissement des ministères et la récupération des archives qui n'ont pas été détruites sont un des soucis du gouvernement belge revenu d'exil dans un pays qui avait vécu, pour les quatre-cinquièmes de son territoire, sous la loi d'un gouverneur allemand et de son administration qui préparait l'annexion à l'Allemagne. Toutefois, rien ne pourra compenser la perte de trésors historiques comme les collections multiséculaires de la bibliothèque de l'université de Louvain incendiées en 1914 ou, entre autres archives précieuses, la charte de l'an mille constitutive des libertés de la ville de Huy, détruite elle aussi par le feu alors qu'elle était le plus ancien document de ce genre en langue française. Il en reste heureusement une photographie probante.
Partout, les rapports montrent quelles sont les premières urgences :
En France et en Belgique, on procède à la réquisition (ou réparation) de véhicules (dont les carrioles à cheval), et on recourt aux compétences pour y contribuer, même parmi les personnes âgées et les prisonniers de guerre. Des entrepreneurs étrangers, américains notamment, offrent leurs services. Des ferrailleurs obtiennent des concessions pour la récupération des métaux, y compris à partir des munitions, sous le contrôle des armées anglaises et américaines. Certains feront ainsi fortune. Le nettoyage et un premier déminage des lieux stratégiques sont indispensables, l'armée allemande ayant souvent lors de sa retraite saboté des installations et piégé des bâtiments, dont des mairies et des bâtiments administratifs. Le rétablissement des axes de communication est fondamental. L'aide des armées alliées et de prisonniers de guerre y contribue avec l'apport de milliers de coolies chinois (arrivés à partir du milieu de 1917 par trains spéciaux) puis de travailleurs immigrés du Sud de l'Europe et d'ailleurs. Il faut déblayer et réparer (d'abord sommairement) les centaines de kilomètres de routes, de voies ferrées, de canaux et de chemins de halage localement ensevelis sous les ruines ou détruits. On nivelle les sols et on comble les trous d'obus et entonnoirs de mines avec le "tout-venant" récupéré sur place.Cette étape a été entamée dès avant l'Armistice là où cela était possible et a bénéficié de l'aide des soldats encore présents et du travail de prisonniers de guerre. La restauration des voies ferrées et des gares a été une priorité par rapport aux routes. De nombreuses gares ont été détruites, certaines lors de bombardements ou de combats, maison par maison, mais il y a aussi un grand nombre de gares incendiées par les Allemands lors de leur retraite. Des bâtiments provisoires, parfois de vieux wagons, serviront de gares temporaires et, autour de 1920, de véritables gares remplaceront la plupart de ces structures temporaires, les gares de la reconstruction. À cette œuvre de redressement collaborent les industriels qui commencent à relever leurs installations, ce qui prendra plus de dix ans pour l'activité houillère. Il faut notamment restaurer les tuileries et briqueteries dont les carrières sont parfois truffées de munitions non explosées.