Le musée Nissim-de-Camondo, inauguré en , est situé dans le arrondissement de Paris, dans l'hôtel Moïse de Camondo, construit par René Sergent entre 1911 et 1914 en bordure du parc Monceau. Il abrite une collection exceptionnelle de mobilier et d'objets d'art du français dans un hôtel particulier de style néo-classique inspiré du Petit Trianon, préservé dans l'état où il était habité au début du .
Historique L'hôtel particulier fut construit en 1912 par l'architecte René Sergent à la demande de Moïse de Camondo, en lieu et place de l'ancien hôtel qui avait appartenu à ses parents, démoli en 1911 à l'exception du bâtiment sur rue. Le nouvel édifice s'inspire du Petit Trianon de Versailles. Le jardin, comme dans nombre d'autres demeures prestigieuses de cette époque, est dessiné par le célèbre architecte-paysagiste Achille Duchêne.
Moïse de Camondo y installa ses collections, qu'il ne cessa d'augmenter jusqu'à sa mort, le . Par testament, l'hôtel et les collections qu'il renfermait furent légués à l'Union centrale des arts décoratifs pour devenir le musée Nissim-de-Camondo, en mémoire de son fils Nissim (1892-1917), lieutenant de l'escadrille MF 33 abattu en combat aérien le au-dessus du territoire de la commune de Leintrey en Meurthe-et-Moselle.
L’hôtel détruit était connu sous le nom d’hôtel Violet. Cet hôtel Pierre Assouline, Le dernier des Camondo, Paris, 1999..
L'hôtel particulier est classé monument historique en totalité (y compris les communs, les cours et le jardin) par arrêté du .
Le musée ferme à la fin de l'année 2024 afin de réaliser des travaux de mise en sécurité et de remise aux normes électriques. Alors que sa réouverture était initialement prévue en 2026, la découverte de désordres affectant la toiture et les façades conduit à élargir le chantier. La réouverture est alors reportée à 2030 et le coût total du projet est estimé à 23 millions d'euros.
Le musée thumb|left|upright=0.8|Entrée rue de Monceau. thumb|250px|Le grand salon.|alt=
Pour l’amour de l’art Au début du , les Camondo, une famille juive sépharade, fondèrent une banque qui était devenue l’une des plus importantes de l’Empire ottoman. Ils furent anoblis en 1867 par Victor-Emmanuel II en remerciement de leur soutien financier à la réunification de l’Italie.
À la fin du Second Empire, les deux frères Camondo, Abraham-Behor et Nissim, quittent Constantinople et se fixent à Paris, où leur banque est établie depuis 1869.
Leurs fils, les cousins Isaac et Moïse, deviennent, sous la République, des collectionneurs avertis et des personnalités bien connues dans le monde de l’art.
Moïse se passionne presque exclusivement pour le français ; pendant plus de cinquante ans il achète aux ventes des plus grands amateurs d'art de l'époque : le baron Jérôme Pichon (1878), le baron Léopold Double (1881), Pierre Decourcelle (1911), Jacques Doucet (1912), Joseph Bardac, de Polès (1927), Stroganoff (1931), Louis Burat, Georges Haviland, Georges Blumenthal (1932), Charles Ephrussi, C. Lelong, etc.
Dans un Paris devenu le centre européen du négoce d'art à la charnière des deux siècles, il réunit une collection unique de rares meubles et objets d'art décoratif issus du riche patrimoine de l'ancienne aristocratie française mis alors sur le marché, et un ensemble de boiseries anciennes pour leur servir de cadre. Depuis 1890, il est client régulier des Seligmann père et fils, grands antiquaires parisiens d'origine allemande :
Jacques, qui acheta en 1909 l'ancien hôtel de Sagan rue Saint-Dominique, vendra à Moïse des meubles ayant fait partie de la fameuse collection Hertford-Wallace, autrefois abritée dans le pavillon de Bagatelle et dans un immense appartement de maître (2, rue Lafitte), dont le riche contenu fut acheté en à Lady Sackville-West, héritière du secrétaire de Richard Wallace, puis homme de confiance et légataire de sa veuve (hors ce qui a constitué le musée londonien éponyme, inauguré en 1897) ; la même année, Seligmann cédera à Camondo le mobilier Louis XVI du grand salon pour l'importante somme de ; Arnold, devenu son fournisseur attitré et qui partage son goût pour la symétrie, lui dénicha en Angleterre le pendant d'un en laque par l'ébéniste Garnier, que les deux frères lui avaient vendu trente ans avantNora Şeni et Sophie Le Tarnec, Les Camondo ou l'éclipse d'une fortune, Actes Sud, 1997, et 219..
Afin de mettre en valeur ses collections, il fait construire une vaste demeure d’apparence classique mais dotée du dernier confort moderne.
thumb|250px|La bibliothèque lambrissée.|alt=
Nora Şeni et Sophie Le Tarnec, et 219.. Mais en août suivant, la Première Guerre mondiale éclate et trois ans plus tard son fils Nissim, célibataire à 25 ans, meurt dans un combat aérien le .
Agencement et legs Jusqu’à sa mort en 1935, Moise de Camondo s’emploie à parachever son œuvre de « reconstitution d’une demeure aristocratique du » :
« Seule comptait vraiment encore à ses yeux sa collection d'œuvres d'art. Jusqu'au bout, il songea à l'enrichir. Oserait-on dire : à la perfectionner ? Rien ne l'excitait plus comme de traquer l'œuvre introuvable »G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga dans Gold Gotha, Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, , et Assouline, ..
Bien que Camondo ait encore pour héritiers sa fille Béatrice et ses deux petits-enfants, il décida en 1924 de léguer l’hôtel et les collections qu'il contiendrait à sa mort, en souvenir de son fils à qui il l'avait destiné, au musée des Arts décoratifs de Paris dont à ses yeux ils auraient constitué une sorte d'annexe, sa gestion étant confiée à l'Union Centrale des Arts Décoratifs (U.C.A.D.), qu'une convention venait de lier à l'État; il est inauguré officiellement par sa fille et ouvert au public le .
Conformément à des instructions testamentaires très précises, le musée montre encore les collections dans la présentation qu'il a choisie :
G. van der Kemp à José-Luis de Vilallonga dans Gold Gotha, Seuil-le-Livre-de-Poche, 1972, , et Pierre Assouline, Le dernier des Camondo, Gallimard, 1997 ; , 254..
G. van der Kemp à Vilallonga dans Gold Gotha , et Assouline -254..
Le musée de 1940 à 1945
En 1940, le musée ferme ses portes et des scellés sont posés pour protéger ses intérieurs et les rares collections restantes (principalement la bibliothèque de livres en provenance du château de Valençay acquise en 1935 et non évacuée).
Au préalable, face à l'invasion nazie, l'administration des Musées Nationaux a fait évacuer en urgence toutes les collections de meubles et objets d'art vers le même château de Valençay, sur invitation de son propriétaire d'alors : Boson de Talleyrand-Périgord, Duc de Dino et Prince de Sagan. Les châteaux de Cheverny, Chambord et Fougères-sur-Bièvre servent également de dépôts, dont la coordination de la conservation est assurée par Jacques Guérin puis Hans Haubb à partir de 1941.
Accompagné d'autres collections publiques et privées - Rothschild, David-Weill, Guimet ou Cognac-Jay - le dépôt est confié de fait à Gérald Van der Kemp et Carle Dreyfus (alors tous deux conservateurs au Louvre). Dreyfus fut écarté par les lois anti-juives de Vichy, mais resta à proximité du château durant toute la guerre.
Le , un détachement de 50 SS de la SS Das Reich atteint Valençay. Dans leur remontée sanglante vers le front de Normandie, ils ont pour ordre de raser la ville, le château et tuer tous les habitants. Le village est incendié, quelques habitants sommairement exécutés. Cependant, Van der Kamp parvient à parlementer et joue sur la corde artistique sensible des officiers tandis que le Prince de Sagan, principauté germanique, fait jouer cette germanité.
Les collections intactes rejoignent progressivement Paris de 1945 à 1947.
D'une manière générale, l'hôtel comme les collections ont bénéficié de plusieurs éléments : En 1940, le musée créé post-mortem par Camondo n'a été inauguré par sa fille que quatre années auparavant, en 1936. Il n'était encore connu que de quelques « connaisseurs professionnels » ponctuellement reçus par Camondo au cours de déjeuners érudits intitulés « Louvre » ou « Marsan ». Parmi ces privilégiés, Carl Dreyfus, conseiller artistique attitré de Moïse de Camondo et conservateur au Louvre, qui accompagna l'évacuation des œuvres vers Valençay. Les Allemands n'ont pu ainsi y opérer des « repérages » puis des saisies ultérieures. L'ensemble du musée comme des collections n'était plus assimilable à un bien juif de par le legs réalisé au musée des Arts décoratifs. Il n'a donc pas subi la réglementation spécifique et spoliatrice instituée en 1941 par le régime de Vichy sur les biens juifs. Le goût des dignitaires du , au premier chef Hitler et Goebbels, se portait davantage sur les œuvres des écoles du Nord et de Haute Époque, comme les 333 tableaux hollandais et flamands de la collection Schloss, volée en 1943, que sur le mobilier et les arts décoratifs de la seconde moitié du au style jugé trop mièvre, même si évidemment le vol de toute chose rare et précieuse devait les enrichir ainsi que tous ceux qui surent profiter à des degrés divers de la situation et « blanchir » les grands profits du marché noir (cf. Emmanuelle Polack Le marché de l'art sous l'occupation, 1940 -1944, Tallandier, 2019).
Disparition de la lignée des banquiers Le , Béatrice de Camondo, séparée de Léon Reinach, son époux , vit avec sa fille Fanny, boulevard Maurice-Barrès à Neuilly. Continuant de mener une vie d'aristocrates et récemment converties au catholicisme, elles ne portent pas d'étoile jaune. Ce motif va provoquer leur arrestation par la police française à leur domicile familial puis leur internement au Camp de Drancy.
Son ex-époux Léon Reinach, qui vit avec son fils Bertrand, est en fuite vers l'Espagne. Les deux sont trahis par un passeur à Sentein (Ariège), puis arrêtés et également internés au camp de Drancy.
Le , le convoi 62 emmène personnes dont Léon, Bertrand et Fanny. Il arrive cinq jours plus tard à Auschwitz ; d’après le récit de survivants de ce convoi, Léon et Bertrand auraient été assassinés parmi les premiers, Fanny aurait, elle, succombé au typhus peu après.
Le , Béatrice fait partie du convoi n° 69 qui compte personnes et atteint Auschwitz le . À son arrivée, elle échappe à la chambre à gaz. Son décès dont les circonstances sont imprécises serait intervenu le , soit deux semaines avant l'évacuation forcée du camp par les SS à l'approche des troupes soviétiques
À l'inverse des collections de Moïse, seul reste de leurs biens un double piano de la maison Pleyel offert par les Reinach au couple en 1909. Il est conservé au château de Villemonteix (Creuse) après avoir transité par Vienne à la suite de la perquisition-saisie mobilière effectuée par la Gestapo lors de leur arrestation et de leur déportation avec leurs deux enfants.
La « renaissance » de Camondo
Depuis la création en 1985 du Comité pour Camondo, grâce à un mécénat international dont japonais, la maison, dont le décor et le mobilier avaient inévitablement vieilli, a retrouvé peu à peu son lustre d'antan : tissus retissés à l’identique, meubles, tableaux et objets restaurés. La photographie sans flash est autorisée.
À partir de 1997, l'ouvrage d'Assouline consacré à cette famille mit un heureux « coup de projecteur » sur ce musée longtemps oublié et contribua à la faire mieux connaître.
La gloire du goût français thumb|Escalier d'honneur.
Le portrait photographique de Nissim de Camondo en tenue militaire accueille toujours le visiteur à la billetterie.
Le circuit de visite débute dans l’imposant vestibule au fond duquel trône un large escalier de pierre de taille à la rampe en fer forgé copiée par la maison Baguès sur celle de l'hôtel Dassier à Toulouse .