Pierre Jean Robiquet, né à Rennes le et mort à Paris le , est un chimiste français, auteur d'avancées fondatrices dans l'identification des acides aminés, avec la reconnaissance du premier d'entre eux : l'asparagine ; dans l'émergence de l'industrie des colorants industriels, avec l'identification de l'alizarine, et dans l'élaboration des médicaments de synthèse, avec l'identification de la codéine.
Biographie Une jeunesse modelée par les soubresauts de la Révolution Française Issu d'une famille de laboureurs éduqués de la Manche (Anneville), son père Jean-François Robiquet (1749-1820) quitte les terres paternelles vers 1770 pour s'établir dans les milieux de libraires et imprimeurs de Rennes, où il tenait boutique rue Royale. Il épouse en l'église Saint-Germain de Rennes, le , Marguerite Jeanne Miché (1754-1803), native de Rennes. Ce père attentif et visiblement ambitieux s'efforce de donner une solide éducation à ses enfantsFrançois Guillaume, un frère aîné de Pierre Jean, devint ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, ses sœurs épouseront l'une François Cousin-Danelle, originaire comme les Robiquet d'Anneville, qui prit vraisemblablement la succession de son beau-père comme imprimeur-libraire à Rennes, et l'autre Jean-Baptiste Marteville, un officier des armées de la Révolution originaire de Saint-Malo.
Pierre Jean, baptisé le en la paroisse Toussaints, a trois frères : François Guillaume (1777-1845), Jean-Baptiste (1778-1782) et Henry Michel Georges (1780-1781), ainsi que deux sœurs : Henriette Jeanne Hyacinthe (1782-1851) et Zoé Henriette (1789-1875). Sa famille semble avoir l'ambition de destiner Pierre Jean à l'état d'architecte, et l'envoie fort jeune au collège de Château-Gontier, un établissement fort réputé de l'époque. Les bouleversements de la période révolutionnaire en disposent tout autrement : ce collège ayant été fermé, comme la plupart des établissements sous obédience religieuse dès les troubles graves de la Révolution française de fin 1792/début 1793, le jeune Robiquet revient dans sa famille ; son père et sa mère, coupables de sympathies girondinesselon la notice de , volume 36, p. 190-192, sont emprisonnés, tous leurs biens confisqués. Pierre Robiquet aurait alors trouvé un bref refuge chez un menuisier, puis, et c'est un tournant décisif, il est placé, sans doute via des relations de famille, chez un pharmacien de Lorient du nom de Clary, chez qui il serait resté un an, du an II au 4 prairial an III (soit du au ). Il est ensuite pris quelque temps comme garçon de laboratoire dans le laboratoire de Chedeville, pharmacien de la marine à Lorient ; dans cet établissement, les fabrications chimiques sont conduites à une échelle significative et il accède à des éléments de formation de chimiste et aux méthodes de fabrication industrielle des produits ; il a tout juste quinze ans.
Ses parents ayant recouvré leur liberté, il revient auprès d'eux à Rennes et reprend un cours normal de formation au sein de l'école centrale de la villeCes structures éphémères d'enseignement secondaire remplaçaient alors les collèges d’Ancien Régime, désorganisés par la Constitution civile du clergé et dans leur quasi-totalité fermés au plus fort de la Révolution, avec une volonté inscrite dans les programmes de développer l'enseignement scientifique, dont la physique expérimentale et la chimie. À l'issue de ses études secondaires, il se rend à Paris pour y perfectionner son éducation pharmaceutique, notamment en suivant le cours d'Antoine-François Fourcroy, et entre comme pensionnaire dans un établissement que celui-ci a formé pour la fabrication de produits chimiques avec Louis-Nicolas Vauquelin, où il se lie d'amitié avec Louis Jacques Thénard, avec lequel il commence une étude sur les calculs de la vessie.
En 1799 (il a alors 19 ans), à l'armée d'Italie, où il se trouve presque aussitôt enfermé dans Gênes, que défend Masséna, et où il doit supporter toutes les privations d'un siège. Il assiste par la suite aux cours du physicien Volta et de l'anatomiste Antonio Scarpa.
De retour en France, il est employé à l'hôpital militaire de Rennes, puis nommé à l'hospice militaire du Val-de-Grâce à Paris. Il entra dans le laboratoire particulier de Louis-Nicolas Vauquelin, obtenant notamment avec lui en 1806 un amino-acide aux propriétés diurétiques extrait de l'asperge, qu'ils appellent « asparagine ».
Robiquet est reçu pharmacien le , se marie avec une cousine germaine, Laurence Robiquet (1788-1866), et établit une pharmacie, à laquelle il annexe un laboratoire de produits chimiques.
Professeur puis administrateur de l'École de Pharmacie Le , par décret de Napoléon, il est nommé professeur-adjoint d'histoire naturelle des médicaments de l'École de Pharmacie, en remplacement de Jacques Paul Vallée, devenu titulaire de la chaire (il succède à André Laugier). Il donne à ses leçons beaucoup d'éclat par les applications qu'il sait faire de la chimie et de la physique à l'étude des minéraux et à celle des drogues simples, applications jusque-là peu pratiquées.
Robiquet est aussi répétiteur de chimie à l'École polytechnique — mais les différents biographes donnent des versions un peu différentes de cet épisode : le font nommer à ce poste avant qu'il n'accède à l'École de pharmacie, les autres, vol. 36, p. 191 l'y voient succéder à Cluzel, décédé en 1813.
Jacques Paul Vallée (1772-1814) n'occupe sa chaire à l'École de Pharmacie que peu de temps et Robiquet lui succède une nouvelle fois, devenant professeur titulaire dès le , avec comme adjoint, à compter du , Joseph Pelletier (nommé par Louis XVIII), lequel conduit en parallèle des recherches de type similaires qui font de lui, entre autres choses, le découvreur de la quinine avec Joseph Bienaimé Caventou en 1820.
Après 10 ans de professorat, sa santé le contraint d'abandonner sa chaire de professeur titulaire. Il devient alors administrateur trésorier de l'École de Pharmacie (le , par arrêté ministériel), et son adjoint Joseph Pelletier lui succède (par décret de Charles X le ).
La Société de Prévoyance des Pharmaciens (1826) À partir de 1819 et jusque 1826, il est l'animateur d'une longue démarche de mise en place d'une « prévoyance » active entre les pharmaciens, qui se couronne par la mise en place en 1826 de la « Société de Prévoyance des Pharmaciens du département de la Seine »Union des Pharmaciens de la région parisienne : en 1819, il participe à la création de l'éphémère « Société des pharmaciens de la Seine » (semble-t-il sur une proposition originale de Charles-Louis Cadet de Gassicourt, dont Charles Derosne préside le premier Bureau mis en place le ; cette « Société » s'était donnée comme but « de rendre à la profession pharmaceutique toute la considération qu'elle méritait et de faire disparaître les abus auxquels elle était en proie » et projetait de comprendre en outre une caisse de secours mutuels et de prévoyance) ; entre 1820 et 1824, il participe dès les premiers moments de l'animation des « Banquets de l'Union des Pharmaciens » (mis en place le sur une proposition originale de cinq pharmaciens : Reymond, faubourg Saint-Honoré ; Dublanc aîné, rue du Temple ; Dublanc jeune, rue Saint-Martin ; Moutillard aîné, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et Moutillard cadet, rue Saint-Honoré) ; le , lui et cinq autres membres (Benoit, Auguste Dublanc le jeune, Fée, Moutillard, Parra, Raymond) sont délégués par les participants des « Banquets d'Union » en une commission chargée de la rédaction du règlement de formation d'une Caisse de Secours et de Prévoyance entre les Pharmaciens du département de la Seine ; le , le projet de règlement est adopté et un comité provisoire constitué, dont il est nommé président (assisté de Benoit, vice-président ; Fée, secrétaire ; Auguste Dublanc, secrétaire adjoint ; Reymond, trésorier ; Felix Cadet de Gassicourt, Caylus, Delondre, Hernandez, Marchand et Parra, administrateurs) ; les réunions de la Commission provisoire eurent lieu chez son président, Robiquet, et aboutissent à la première assemblée générale () à l'École de Pharmacie ; le bureau définitif, élu en 1826, se composa de Robiquet, président ; Pelletier, vice-président ; Dublanc jeune et Felix Cadet de Gassicourt, secrétaires ; Delondre, trésorier ; Reymond, Caylus, Hernandez, Marchand et Baget, assesseurs ; la Société de prévoyance des pharmaciens était née.
Distinctions académiques
Membre de la Société de pharmacie, il en est secrétaire général en 1817 (il le sera jusqu'en 1824), puis président en 1826, et à nouveau secrétaire général de 1828 à sa mort en 1840.
Il devient membre titulaire de l'Académie royale de médecine le , à sa création, est admis chevalier de la Légion d'honneur en 1830, et enfin entre à l'Académie des sciences où il fut élu le dans la section de chimie, en remplacement de Jean-Antoine Chaptal.
Travaux Pierre-Jean Robiquet développe tout au long de sa carrière une démarche entièrement axée sur l'obtention de principes actifs extraits de différents organismes vivants dont la pharmacopée traditionnelle a mis en évidence des propriétés analgésiques, curatives ou toxiques.
Des méthodes d'analyse exemplaires Son étude pionnière sur la cantharidine, démontrant, dès 1810, la possibilité d'extraire le principe actif d'une matière médicamenteuse complexe, peut être considérée comme fondatrice pour les recherches de chimie appliquée et ouvre la voie à de nombreuses recherches dès les années qui suivent.
À la suite de sa nomination à l'Académie des Sciences, il cède sa pharmacie et consacre dès lors le reste de sa vie à des recherches dans son laboratoire, renonçant à toute espèce de relation de société, même au professorat, que dans les derniers temps ses problèmes de santé allant croissant ne lui permirent plus de continuer.
L'un de ses élèves les plus brillants de l'École de Pharmacie, Théodore Gobley, qui deviendra un pionnier de l'étude chimique des constituants du cerveau, découvreur de la classe des phospholipides et qui sera Président de l'Académie Nationale de Pharmacie, devient son collaborateur, puis son gendre, en épousant en 1837 Laure Robiquet, une de ses deux filles (l'autre, Eugénie, épouse également un pharmacien, Adolphe Guillemette, en 1835), tandis que son fils Edmond (1822-1860) embrasse lui-même la carrière de pharmacien chercheur. Pierre Robiquet est également le mentor d'Antoine Bussy, son élève à l'Ecole Polytechnique, qui sera le découvreur du béryllium et un pionnier de l'étude des solvants organiques et notamment de l'acétone, futur président de l'Académie de Médecine puis de l'Académie de Pharmacie.
Dans les dernières années de sa vie, il a plusieurs de ses amis pour collaborateurs, avec lesquels il publia Recherches sur les amandes amères et leur huile volatile, Recherches sur les semences de moutarde, Recherches sur la garance. Ces travaux ont enrichi la science de corps remarquables sous les points de vue théorique et pratique. Ainsi, l'amygdaline, par sa transformation en acide hydrocyunique, en hydrure de benzoyle, etc., sous l'influence de la synaptase émulsine et de l'eau, présente un fait aussi important pour l'histoire de l'affinité que pour l'analyse immédiate des matières organiques. Enfin, les principes colorants rouges de la garance, de la purpurine, et surtout de l'alizarine, ont enrichi à la fois la chimie et l'industrie.
Il vit ainsi jusqu'au mois d'avril 1840, où, frappé subitement au milieu de ses travaux d'une affection cérébrale, il est obligé de les interrompre et succombe après quelques jours de souffrances, âgé de 60 ans.
La mise en évidence des acides aminés