Le Castor d'Europe, Castor d'Eurasie ou Castor commun (Castor fiber), autrefois appelé bièvre, est une espèce de mammifères aquatiques de la famille des Castoridés. C'est le plus grand rongeur autochtone d'Eurasie et de l'hémisphère nord. Son apparence est très semblable à celle du Castor du Canada (C. canadensis).
Après avoir failli disparaître, le Castor d'Europe a été classé espèce protégée dans plusieurs pays (dont la France, la Belgique, la Suisse et le Luxembourg), lui permettant de commencer à reconquérir une partie de ses habitats : les cours d'eau, les zones humides, les tourbières, les lacs, les étangs d'Europe et d'Asie. Il a fait l'objet d'opérations de réintroduction dans certains pays. Il reste néanmoins vulnérable en raison du récent effondrement de sa diversité génétique.
Cette « espèce-ingénieur » des écosystèmes est aussi une « espèce-clé » et facilitatrice en raison de sa capacité à retenir l'eau par ses barrages et de ce fait, à accroître la biodiversité en complexifiant et en ouvrant certaines parties des ripisylves, permettant l'expression d'une flore et d'une faune plus héliophiles. Capable de régénérer ou d'augmenter la diversité des espèces, il est considéré comme un « auxiliaire » de la renaturation et revitalisation des cours d'eau, nécessaire à la restauration écologique et à la vie sauvage des cours d'eau.
Description / Généralités vignette|Quand il nage en surface, les narines, les yeux et les oreilles du Castor d'Europe restent émergés. Ses yeux très latéraux lui procurent un large champ de vision. De loin ou dans l'eau, il peut être confondu avec le rat musqué ou le ragondin (dont le corps est toutefois moins immergé quand il nage ; le castor ne laisse visible hors d'eau que sa nuque et la moitié supérieure de la tête, alors que toute la tête et le haut du dos du ragondin émergent). Le rapport longueur de tête/longueur du corps (sans queue) est d'environ un cinquième pour le castor et d'un tiers pour le ragondin. Le risque de confusion peut poser problème car le retour du castor se fait dans un environnement où rats musqués et ragondins sont souvent présents et ces derniers, en tant qu'espèce exotique envahissante, peuvent être chassés ou piégés alors que le castor est strictement protégé.
Poids En France, un adulte pèse de 16 à selon l'INPN et en moyenne selon l'ONCFS ou 15 à selon A. Nolet ; pour à la naissance. En Finlande où cohabitent le Castor d'Europe et le Castor du Canada (introduit), le poids moyen d'une femelle européenne pleine est de (de ), celui d'une femelle non-enceinte de (de ) et d'un mâle (de ). Ces chiffres sont proches de ceux de Hinze (1950) pour le Castor du Canada (qui en zone froide pèse en moyenne , (pour une femelle adulte) et pour un jeune mâle, et pour une femelle d'un an). Ce poids varie saisonnièrement, augmentant en automne où des graisses sont stockées dans la queue. Le record actuel serait de 38 kg pour un castor du Rhône..
Taille Sa croissance semble terminée à l'âge de 3 ou 4 ans, comme celle de son cousin américain..Il mesure en France jusqu'à (queue d'environ – .– comprise) ce qui en fait le plus gros rongeur autochtone européen.
Il est depuis longtemps constaté une augmentation de la taille moyenne selon un gradient Est-Ouest (de l'Asie à l'Europe de l'Ouest) et aussi () selon un gradient nord-sud, sans que l'on sache encore si ces variations sont d'origine génétique ou liée aux contextes bioclimatiquesFrahnert S & Heidecke D (1992), Kraniometrische Analyse eurasischer Biber, Castor fiber L. (Rodentia, Castoridae) - Erste Ergebnisse, dans Materialen des 2. Internationalen Symposiums Semiaquatische Säugetiere, ed. R. Schröpfer, . Martin-Luther-Universität, Halle/Saale ; 15 (fiche Get Info).. Ces différences sont utilisées par les gestionnaires pour le maintien d'une diversité génétique au sein de la métapopulation Heidecke D (1986) « Taxonomical aspects of species conservation exemplified with the Eurasian beaver », Hercynia, N.F., , p. 146–161..
Organes des sens Cet animal est doté d'une d'une vision diurne lui permettant de discriminer les couleursRichard PB (1978) « Recherches sur la vision du Castor (C. fiber et C. canadensis). I. La discrimination chromatique ». Mammalia, vol. 42, , p. 365-376 (résumé)., en revanche sa vision nocturne est très faible ce qui incite à le classer comme semi-nocturne plutôt que nocturne (quand il n'est pas dérangé, il est plus actif le jour et l'est nécessairement près du cercle polaire où, du fait du soleil de minuit, il n'existe plus de vraie nuit en été).
La recherche de nourriture, ses déplacements de nuit, son séjour dans le noir de sa hutte ou de son terrier sont facilités par un excellent odorat, une bonne ouïe et des "moustaches" et des poils tactiles (vibrisses) situés au niveau des sourcils.
Pelage vignette|Castor d'Europe photographié dans la région de Tczew, dans le Nord de la Pologne. Les populations nordiques ont un pelage généralement plus foncé qu'au sud. Le pelage du castor est très dense ( à ) et composé de deux sortes de poils, l'un étant plus long, lisse et dur, et l'autre un fin duvet)Keller A (1983), « Étude comparative des différentes structures pileuses du Castor canadensis (Kuhl) et du Castor fiber Linné (Mammalia, Castoridae) », Revue Suisse de Zoologie, , .. Sa couleur varie du blond à reflets roux à une couleur foncée (plus au nord et à l'est de l'Europe). La mue se produit d'avril à juillet. Selon lEncyclopédie cynégétique d'Henri Agasse (1794), dans les contrées du nord les plus reculées les castors étaient , mais Henri Agasse (1794), Encyclopédie méthodique : Dictionnaire de toutes les espèces de chasses, Paris, Henri Agasse, 456 (lire en ligne, sur books.google.fr..
Forme Le castor a une forme relativement trapue au sol et fuselée dans l'eau.
Ses mains (pattes antérieures) longues de , sont munies de cinq doigts griffus non palmés, aptes au fouissage, avec un pouce opposé facilitant la préhension. Le premier doigt est rudimentaire, évoquant un ongle long et recourbé ne touchant pas le sol quand l'animal marche, les autres ongles sont plus forts et, sauf le second, émoussés par l'usage. La paume porte sous le premier doigt un coussinet rigide et épais qui renforce la préhension. Au repos le pouce est enfermé dans la paume, comme chez les primatesRichard PB (2009), « Les pattes du Bièvre (Castor fiber) », Mammalia, , , novembre 2009, , ,
Le pied (de ) possède complètement palmés, avec un ongle double au second doigt, lui servant de « peigne » quand il entretient sa fourrure.
Queue Sa queue plate est remarquable pour un mammifère. Elle est noire, plate, ovale, épaisse et musculeuse, large de et longue d'environ ; elle cache . Elle lui sert de trabilisateur (contrepoids lors des déplacements de matériaux), de traîneau pour les jeunes, de propulseur et de gouvernail, d'avertisseur (en cas de danger, il frappe l'eau d'un grand coup de queue à plat) mais aussi de réserve hivernale de graisse et d'échangeur thermique (il la plonge dans l'eau fraîche quand il fait chaudSteen I & Steen JB (1965), « Thermoregulatory importance of the beaver's tail », Comp. Biochem. Physiol., vol. 15, p.267-270 (2855) (résumé).Zahner, Volker;, & Müller, Reinhold (2003). Thermoregulation — a main function of the beaver tail, dans Proc International Beaver Symposium, VZZ, Arnhem (poster).). Cette queue est protégée par des écailles ou de pseudo-écailles sur les 2/3 de sa longueur et couverte de poils à sa jonction avec le corps.
Dentition Sa formule dentaire est décrite comme suit : , et par demi-mâchoire.
Cloaque et glandes anales Les glandes anales produisent du castoreum stocké dans deux poches et jouant au moins un rôle majeur sur le plan de la communication olfactive. Les orifices uro-anaux et génitaux débouchent dans une seule et même cavité (pseudo cloaque).
Dimorphisme sexuel Comme chez le castor américain, il n'existe pratiquement pas de dimorphisme sexuel apparent, sauf que la femelle porte deux paires de mamelles.
La seule méthode de sexage sûre, non invasive et ne nécessitant pas de capture est l'analyse génétique (à partir de poils en général)Kühn, Ralph, Schwab, Gerhard, Schröder, Wolfgang, & Rottmann, Oswald (2002). « Molecular sex diagnosis in Castoridae », Zoo Biology, vol. 21, , p. 305-308 (résumé).. Sinon, l'observation des mamelles ou du comportement est utilisée.
Selon une étude finlandaise, les mâles passent un peu plus de temps à voyagerFiona Sharpe, R. Rosell (2003), « Time budgets and sex differences in the Eurasian beaver », Animal Behaviour, vol. 66, , p. 1059-1067 (résumé)., ils patrouillent plus loin que les femelles. Ils passent probablement plus de temps à marquer la périphérie éloignée de leur territoire.
Les comportements et le marquage odorant diffèrent selon le sexe des individus ; quel que soit le type d'habitat, les mâles et femelles utilisent leurs glandes odorantes qui, ensemble, ont un poids semblable quel que soit le sexe. Les glandes anales des mâles sont cependant nettement plus développées que celles des femelles, alors que ceux-là ont des sacs odorants plus petits que celles-ci. Le fait de passer plus de temps à marquer son territoire diminue la taille des sacs odorants, ce dimorphisme sexuel pourrait donc provenir d'un dimorphisme comportemental.
Chez un castor mort ou capturé puis endormi, la présence/absence de l'os pénienOsborn, D. J. (1955), Techniques of sexing beaver, Castor canadensis. Journal of Mammalogy, 36(1), 141-143 (résumé).Rosell, Frank, & Sun, Lixing (1999). « Use of anal gland secretion to distinguish the two beaver species Castor canadensis and C. fiber », Wildlife Biology, vol. 5; , p. 119-123 (résumé). identifiable par l'exploration du cloaque ou par échographie interne renseigne sur le sexe de l'individu.
Fèces Les excréments, encore riches en résidus de matière ligneuse, allongés, mesurent environ ; ils sont émis dans l'eau où ils nourrissent les poissons et divers invertébrés.
Durée de vie Peu de données sont disponibles au sujet de la durée de vie des castors sauvages ; le castor vivrait de . En captivité, il a dans un cas au moins vécu ..
Évolution du Castor d'Europe Aspects paléontologiques vignette|Squelette fossile (Pléistocène) de Castor d'Europe trouvé dans les grottes de Punkva (grottes karstiques de Moravie)
Origines Des travaux issus du séquençage des génomes mitochondriaux complets des deux espèces de castors existant actuellement laissent penser que, dans l'arbre phylogénétique des rongeurs, il s'est séparé d'un groupe d'écureuils à queue écaillée (Anomalurus) il y a environ d'années ; puis les castors canadiens et eurasiatiques auraient divergé d'un ancêtre commun il y a plus de sept millions d'années (ce résultat est cohérent avec l'hypothèse d'une migration de Castor d'Eurasie vers l'Amérique du Nord dès d'années, phénomène qui aurait pu conduire à leur spéciation). L'ancêtre commun des populations-reliques de castors eurasiatiques actuelles aurait vécu il y a environ (plus tôt qu'on ne le pensait). Le taux de substitution de l'ADN mitochondrial du Castor est considérablement inférieur à celui des autres rongeurs, très probablement en raison de sa durée de vie plus longue. Des preuves fossiles. montrent que le Castor est présent en Europe de l'ouest au moins depuis le Miocène supérieurVeron G (1992), Histoire biogéographique du castor d'Europe, Castor fiber (Rodentia, Mammalia). Mammalia, 56(1), 87-108 (résumé)., soit environ 20 millions d'années. Ses ancêtres ont donc fait partie, à la fin de l'ère tertiaire, des premiers mammifères capables de significativement modifier leur environnement (avec les ruminants, mastodontes, dinothériums, et les premiers singes pratiquant une bipédie partielle, mais bien avant l'apparition du genre Homo).