Pierre Le Loyer, sieur de la Brosse ( à Huillé (Anjou), près de Durtal - Angers, , est un magistrat, humaniste, poète, homme de théâtre et démonographe. Il est l'auteur de la première adaptation en français des Oiseaux d'Aristophane.
Biographie Pierre Le Loyer naît à Huillé, dans l'Anjou, près de Durtal, localité située sur le Loir, le Nous n'avons pas de document officiel attestant de la naissance de Le Loyer. La date du 24 novembre 1550 est donnée par Jean-Pierre Niceron dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, t. 26, 1734, p. 317 et ss. (Source: ). Il passe cinq ans à Paris où il fait ses humanités, avant de se rendre à Toulouse pour y étudier le droit. Il commence ensuite une carrière juridique, d'abord à Paris, où il séjourne quelque temps. À une date ultérieure à 1584, il retourne en Anjou et devient Conseiller au Présidial d'Angers, poste qu'il ne quittera plus.
Il meurt à Angers le , à l’âge de 84 ans, quelques semaines après l’incendie de son logement, des suites de brûlure. L'aîné de ses deux fils, aussi prénommé Pierre, lui succèdera dans la charge de conseillerLouis-Gabriel MIchaud, « Loyer, (Pierre Le) », in Biographie universelle ancienne et moderne, 1843, 2e éd., t. 25, p. 385-386. .
L'auteur Le Loyer eut une double passion: la littérature et les langues, et il sera l'auteur d'une production d'œuvres littéraires, à la fois variée et étalée sur une longue période. Dans sa jeunesse, il est influencé par la Pléiade, avant de devenir une autorité dans le domaine de la démonologie — ce pourquoi il reçut les éloges de la Sorbonne). Dans ses dernières années, il devint aussi un très bon connaisseur de la Bible, mais plutôt libre par rapport à l'orthodoxie dominante. Du côté des langues, il entreprit d'étudier l’hébreu, le chaldéen et l’arabe. Il se montrera aussi particulièrement attiré par la littérature grecque et la littérature hébraïque. Homme d'une vaste culture, il maîtrisait parfaitement le grec et l'hébreu.
Côté littérature, sa passion le poussa à écrire de la poésie durant toutes ses études à Toulouse. Et en 1572, il envoie une idylle, intitulé Second bocage de l'art d'aimer (sur sites.univ-lyon2.fr)., à l’Académie des Jeux floraux, qui lui décerne le « prix de l'Églantine » , soit la deuxième place du palmarès des Jeux floraux qu'elle organisait. Sa production poétique est contenue dans deux volumes : Erotopegnie ou Passe-temps d'amour, publié en 1571, et les Œuvres et mélanges poétiques, publié en 1579.
Il écrit également en 1578 une pièce intitulée La Néphélococugie ou la Nuée des Cocus, inspirée de la pièce Les Oiseaux d'Aristophane. Il s'agit là de la première adaptation d'Aristophane en français. Elle figure dans l'ouvrage de 1579 mentionné ci-dessus, qui porte en tête un quatrain de RonsardPaul Laumonier, Tableau chronologique des œuvres de Ronsard, Paris, Hachette, 1911; voir « 1578 (août-septembre) » et la note afférente. Achille de Rochambeau, La famille de Ronsart : recherches généalogiques, historiques et littéraires sur P. de Ronsard et sa famille, Paris, A. Franck, 1868, p. 234-235, chap. XXXV, « PIERRE LE LOYER ». : Pierre Le Loyer appartient à la génération des poètes Claude de Pontoux, Philibert Brétin, Pierre Boton, réunis par Marcel Raymond, dans son livre Influence de Ronsard sur la Poésie française (1550-1585), sous l'appellation des «Poètes de province», des écrivains dont la carrière se situait autour de 1570.
Œuvre vignette|Plaque commémorative à Huillé, 1936. Comédies En théâtre, il est l'auteur de deux comédies: d'une part, Le Muet insensé (1576), pièce dans laquelle on trouve un mélange des influences de la farce française, du théâtre grec et du théâtre latin, de la prose narrative et de ses thèmes — par exemple Rabelais ainsi que les nouvelles et comédies italiennes. On peut parler de comédie « démonologique » en ce sens qu'elle se fonde sur l'observation que notre terre est pleine d'inepties, d'absurdités, et que les fables des astrologues ou des magiciens y sont fort répandues. Il s'agit d'une pièce en cinq actes, écrite, selon Louis-Gabriel Michaud, en vers de huit syllabes. Le Muet insensé est de nouveau publié en 1579 dans son deuxième recueil poétique et comporte des modifications substantielles.
Ce recueil comporte également une seconde comédie : La Nephelococugie, qui est, on l'a dit, la première adaptation des Oiseaux d’Aristophane. Son sous-titre précise qu'il s'agit d'une . L'auteur écrit sa pièce dans un système qu'il nomme et qui fait intervenir des vers variés à l'imitation de la pièce grecque. Selon les chercheurs A. Bettoni et D. Gentili, ce travail est une belle réussite. Loin de se limiter à une traduction, la Nephelococugie est une adaptation où Le Loyer fait aussi bien preuve de ses qualités d'helléniste que de son génie littéraire. Cette comédie n'est pas divisée en actes. Comme dans la comédie ancienne, ce sont les interventions du chœur qui rythment la représentation.
Poésie En 1571, il publie Erotopegnie ou Passe-temps d'amour, dont le titreDu grec ancien (A. Bailly, Dictionnaire grec-français, ). suggère — et le sous-titre explique — qu'il s'agit de poésies de différents genres, qu'unit le thème de l'amour.
En 1579, il publie Œuvres et mélanges poétiques, réédition augmentée de l'Erotopegnie, avec une version revue et corrigée de L'Art d'aimer et du Muet insensé. On y trouve aussi un texte antérieur qui n'avait pas été repris dans l'Erotopegnie, intitulée Idylie (sic) Le Loir Angevin. Selon La-Croix-du-Maine et Antoine Du Verdier, auteurs de Les Bibliothèques françoises (t. II, 1772, 294), c'est ce poème qui a valu à Le Loyer son prix une réimpression du Muet insensé, auquel sont ajoutés plusieurs textes: Amours de Flore, Idylles, et les Bocages de l'art d'aimer, imités d'Ovide ; également, des Sonnets, des Épigrammes ainsi que la Néphélococugie ; les Folatries et Ébats de jeunesse, ainsi que quelques pièces en grec et en latin.
Démonologie Discours et histoires des spectres Dans le domaine de la démonologie, Le Loyer publie en 1586 IIII (=IV) livres des spectres ou apparitions et visions d’esprits, anges & demons se monstrans sensiblement aux hommes, dont le succès l'incita a le rééditer par deux fois au début du .. Puis en 1605, il donne les Discours et histoires des spectres, visions et apparitions des esprits, anges, démons et âmes se montrant visibles aux hommes, en huit livres, et il le réédite en 1608, à l'identique, exception faite de la correction d'erreurs et d'un titre — Discours des spectres ou visions et apparitions des esprits, comme anges, demons et ames, se monstrans visible aux hommes — dans la mesure où, d'une part, le spectre y est défini comme esprit qui apparaît et se fait voir, et d'autre part trois catégories d'esprits sont distinguées: les anges, les démons et les âmes.
Selon Michaud, Le Loyer explique vouloir Contrairement à Edom (v. ci-dessus), les Discours constituent un ouvrage tout à fait rationnel; son auteur prend part à un débat important de son époque, dans lequel s'opposent rationalistes et sceptiques, et même en un certain sens calvinistes et Église catholique.
Le livre s'inscrit dans Claude-Gilbert Dubois cité dans .. M. Colosson. ajoute que
Edom ou les Colonies iduméanes Quant à Edom ou les Colonies iduméanes en l'Asie et en l'Europe ; colonies d'Hercule Phénicien et de Tyr, paru en 1620, réédité en 1623, Selon Marianne Closson, les deux volumes de cet ouvrage étaient les prémisses d’un très vaste et difficile projet (difficulté dont l'auteur était conscient) : il ne s'agissait de rien de moins que d'établir . Le livre est et on peut le classer dans ce que Charles Nodier appellera les qui, précise Closson, .
Le Loyer pensait devoir remplir une mission. Et c'est ainsi qu'il lisait, sous forme d'anagramme, dans un vers d'HomèreOdyssée, livre 11, vers 183 (Noémi Hepp, « Les interprétations religieuses d'Homère au », Revue des Sciences Religieuses, t. 31, n° 1, 1957. p. 34-50 (v. p. 46, n. 4). , ceci : ; et comme il restait quatre lettres (susceptibles d'avoir une valeur numérale) qui n'entraient pas dans l'anagramme, il en fit la date de 1620, date à laquelle .
L.G. Michaud précise que Le Loyer affirme avoir été annoncé non seulement par Homère mais par les prophètes, et qu'il prétend être le personnage dont Issachar (le neuvième fils de Jacob) n'était que la figure. En effet, en français, Issachar signifie « le loyer » (ou « homme à louer »Cf. Genèse, 30:16: « Et Jacob vint des champs sur le soir, et Léa sortit à sa rencontre, et dit: C'est vers moi que tu viendras, car je t'ai loué pour les mandragores de mon fils. » (Trad. Darby Bible)) si bien que c'est à lui, Le Loyer, que revient, par la bénédiction de Moïse, de connaître et d'expliquer l'origine de toutes les nations. Toujours selon Michaud, se basant sur de telles découvertes, Le Loyer affirme que les habitants de l'Anjou tirent leur origine d'Ésau, chose qu'il veut prouver par les racines des noms des hameaux et des fermes qui environnent Huillé, ne doutant pas que les fils d'Ésau se soient d'abord arrêtés dans ce village, à partir duquel ils se sont répandus dans l'Anjou.
Jugements Selon L.G. Michaud,
Pour Pierre BaylePierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, vol. 16, p. 490. , la Néphélococugie, est Quant au jugement de Bayle sur son auteur, il est très positif:
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
Œuvres
Pierre Le Loyer, Le Muet insensé, texte édité et présenté par Anna Bettoni et Dino Gentili, in Théâtre français de la Renaissance, 2e série, vol. VII: « La Comédie à l'époque d'Henri III (1576-1578) », Florence, 2015, 666 (Le Muet: p. 1-163). ; (sur jstor.org; accès payant)
Études
Marcel Raymond, Influence de Ronsard sur la Poésie française (1550-1585), Genève, Slatkine-reprints, 1993 , 792 p. (v. chap. XVI)
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