thumb|Courtisans chinois jouant un match de polo, dynastie Tang, 706. thumb|Illustration du poème Guy u Chawgan, dynastie Safavide, 1546.

Le polo est un sport d'équipe équestre pratiqué par deux équipes de quatre joueurs. Les joueurs attelés sur leurs montures marquent des points par la conduite d'une balle en plastique ou en bois blanc dans le but de l'équipe adverse à l'aide d'un maillet à long manche. Le sport traditionnel de polo se joue sur un large terrain à gazon mesurant jusqu'à de long.

Historique Le polo est un sport équestre qui serait né chez les peuples cavaliers des steppes d'Asie centrale il y a au moins, et donc fort probablement chez les Scythes, puis rapidement adopté par les Perses qui comptaient de nombreux cavaliers scythes dans leurs armées. Une inscription persane, découverte sur une tablette en pierre près d'un ancien terrain de polo dans le Gilgit, sur la route de la soie, résume le sentiment des joueurs de polo : « Laissons les autres jouer à d'autres jeux ; le roi des jeux est toujours le jeu des rois ».

Le polo, appelé chaugan (maillet) en persan, est d'abord un entraînement pour les unités de cavalerie, le plus souvent la garde du roi ou d'autres troupes d'élite. Pour les membres des tribus guerrières, qui jouent avec plusieurs dizaines de cavaliers dans chaque camp, le sport est une bataille miniature. À cette époque le « jeu des rois » est un sport national en Scythie et en Perse, qui est joué intensivement par la noblesse « Polo », Encyclopædia Britannica, 2010.. Depuis l'Asie centrale ce sport se propage vers l'est à travers le Tibet, la Chine et le Japon, et vers l'ouest en direction de Constantinople « Polo », Encyclopædia Britannica, Eleventh Edition, 1910.. L'empereur romain Théodose II aurait construit un stade au sein des murs du grand palais de Constantinople afin de profiter de son sport favori. En Chine, le polo est vraisemblablement introduit par les Sogdiens par la Route de la Soie. Plusieurs souverains chinois en sont des amoureux fervents, comme l'empereur Tang Xuanzong () Horace A. Laffaye, The Evolution of Polo, McFarland, Jefferson, 2009 .. Les variantes du jeu sont nommées da-kyu au Japon, khis kouhou en Russie et djirid en Turquie. Les origines du nom moderne proviennent du Tibet, où il est connu sous le nom de pulu (balle), qui dans sa forme anglicisée donne l'actuel polo. Le jeu de polo, un loisir princier, est pratiqué dès le dans le monde islamique « Gobelet aux joueurs de polo », Musée du Louvre..

La littérature persane et son art nous donnent les plus riches histoires du polo dans l'Antiquité. Ferdowsi, le célèbre poète-historien iranien, donne certains récits de tournois royaux dans son épopée du , le Shâh Nâmeh (l'épopée des rois). Dans le premier récit, Ferdowsi idéalise un match international entre le Touran et les disciples de Siyāvash, un prince iranien légendaire des premiers siècles de l'empire. Le poète vante avec éloquence les compétences de Siyāvash sur le terrain de polo. D'après Ferdowsi, l'empereur sassanide Shapur II du aurait appris à jouer au polo alors qu'il n'avait que sept ans. Une des références les plus célèbres au polo dans la poésie persane est celle d'Omar Khayyam () dans les Quatrains, dans lesquels il se sert du polo pour illustrer une doctrine « A short history of chogân »..

L'émir musulman Nur ad-Din affectionnait beaucoup le polo. Il le pratiquait fréquemment, y compris la nuit, à la lueur des flambeaux. Son successeur Saladin aimait se délasser en jouant au polo pendant ses campagnes militaires. C'est le cas à Harran, en 1185, avant le siège de Mossoul Anne-Marie Eddé, Saladin, Flammarion, 2008 .. En Égypte, le polo est l'activité préférée des Mamelouks. La nécessité de contrôler son cheval, les virages serrés, et les vives accélérations permettent d'imiter les compétences exigées sur le champ de bataille. Au , le sultan mamelouk Baybars construit un hippodrome au Caire dédié aux sports équestres et aux matchs de polo James Waterson, « The Mamluks », History Today, 2006 .. À la même époque, Gengis Khan conquiert l'Iran et pénètre en Afghanistan. De ses campagnes en Asie mineure, il rapporte le jeu de balle à cheval, dont il favorise la pratique chez ses meilleurs guerriers. Les terrains de polo de Tamerlan, un de ses héritiers, sont encore visibles à Samarcande « History of the Equestrian Sport of Polo »..

Au , le polo est introduit en Inde par les conquérants musulmans. Le sultan indien Oybeck, fondateur de la dynastie des esclaves, meurt accidentellement en 1210 à Lahore, au cours d'un match de polo, empalé par la corne de sa selle après une chute « History », Federation of International Polo.. Une autre victime du sport, l'empereur byzantin Jean VI Cantacuzène (), perd l'usage d'un bras et d'une jambe à la suite d'une mauvaise chute au cours d'un match. Bâbur, le fondateur de la dynastie moghole, instaure le polo comme le plus populaire des sports royaux. Son petit-fils, l'empereur Akbar (), est aussi un amateur de polo. Il organise même parfois des parties nocturnes. « On se sert alors de balles faites d'un bois à combustion lente. Enflammées, elles irradieront fortement et illumineront le jeu. Pour magnifier encore la partie, il arrive que le roi fasse fixer des morceaux d'or à l'extrémité de son maillet. Si certains se détachent au cours du jeu, ils pourront être ramassés par le premier joueur qui les trouvera ». Ses grandes écuries, que l'on peut encore admirer à Agra en Inde, abritaient ses poneys de polo. À Ispahan, la place Naghsh-e Jahan, longue de , est en fait un terrain de polo construit par le shah d'Iran Abbas au . Le sport est restauré au Japon au par le huitième shogun, Tokugawa Yoshimune. Le dernier shogun Tokugawa Yoshinobu en est un des derniers amateurs « Polo History »..

Les planteurs de thé anglais de Calcutta découvrent le sport dans l'état de Manipur, à la frontière de la Birmanie, vers 1854. Ils fondent le premier club de polo à Silchar en 1859, dans l'Himalaya. Après le club de Calcutta, un troisième club de polo est fondé à Malte en 1868, par des officiers de marine britanniques, comme une escale sur le chemin entre l'Inde et l'Angleterre. En 1869, le de Hussards et le de Lanciers s'affrontent au cours du premier match de polo en Europe. Mais l'organisation du polo dans ce pays date de son adoption par le club de Hurlingham de Londres en 1873. L'année suivante, le comité du club forme le premier règlement, réduisant le nombre de joueurs à cinq et incluant le hors-jeu. En Argentine le polo est importé par les immigrants anglais, notamment dans la province de Santa Fe. En 1875, David Shennan organise le premier match sur le sol argentin « Histoire du polo en Argentine ». En 1876 se déroule le premier match de polo aux États-Unis à l'issue duquel est fondé le club de Westchester de New York « Polo in America has advanced », The New York Times, 19 mai 1913 .. La même année, le sport est introduit en Australie par un officier anglais. En France, le premier match se joue à Dieppe en 1880, et oppose une équipe française à une formation anglaise Jean-Luc A. Chartier, Cent ans de polo en France, Polo Club Edition, Paris, 1992 ..

La taille des équipes est réduite à quatre, aux États-Unis en 1881 et en Angleterre en 1883. En 1888, un système de handicap est mis en place afin de rendre les tournois plus équitables. La Polo Association, fondée en 1890, standardise les règles du jeu. Aux Indes et en Europe Winston Churchill était un très bon joueur de polo. La première compétition internationale a lieu en 1886. Elle oppose les États-Unis à l'Angleterre à l'occasion de la Westchester Cup. L'Angleterre défend son titre avec succès en 1902 mais perd face aux États-Unis en 1909. Les règles du jeu des deux pays vont ensuite s'assimiler, les États-Unis autorisant le crochetage du maillet, l'Angleterre abandonnant la règle du hors-jeu. Dans les années 1920-1930, le polo devient de plus en plus populaire en Argentine et en 1929, la première Copa de las Americas est disputée entre les deux pays. Depuis lors, l'Argentine est le maître incontesté du polo international. Le polo devient le sport national argentin, et la fréquentation des stades atteint jusqu'à spectateurs.

Le polo a été sport olympique en cinq occasions : 1900, 1908, 1920, 1924 et 1936 « Les sports olympiques disparus du programme ».. La dernière équipe championne olympique a été la sélection argentine, médaille d'or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Ses joueurs historiques étaient Luis Duggan, Roberto Cavanagh, Andrés Gazzotti et Manuel Andrada « Médaillés en 1936 ».. La Fédération internationale de polo (FIP), fondée en 1983 et dont le siège se trouve à Beverly Hills en Californie, organise la Coupe du monde dont les matchs attirent chaque année des milliers de spectateurs.

En France, le premier match de polo est organisé par le duc de Guiche, Agénor de Gramont (1851-1925), contre une équipe anglaise à Dieppe en 1880, et s'achève sur le score sans appel de 11-0 en faveur des Anglais.. La première victoire d'une équipe française sur une équipe anglaise intervient en 1898, lors de la Coupe internationale organisée par le Polo-Club de Paris, créé en 1891.. Il regroupait de riches jeunes gens, dont Maurice Raoul-Duval, futur médaillé olympique, et son frère, René Raoul-Duval. Le polo s'installe à Deauville à partir de 1895.

En Europe, le polo est considéré comme un sport aristocratique en raison de la nécessité de disposer d'un cheval. Ainsi, dans les années 1890, le polo-vélo commence à se développer, plus accessible aux classes sociales moins favorisées..

Le fils d'Agénor de Gramont, Armand de Gramont (1880-1962), sera à l’origine de la création du Polo-club de Deauville en 1907 avec le baron Robert de Rothschild (1880-1946) et le capitaine Joseph JaubertBiographie de son père, Jean-Henri Jaubert. (1868-1947), ainsi que du Polo-club de Cannes (également appelé Polo-club de la Côte d’azur) en 1908 avec le prince Ghika et le baron de Meyronnet Saint Marc.

Après les horreurs de la Grande guerre, les « années folles » sont propices au développement de ce sport. Les régiments de cavalerie qui se dotent de leurs propres équipes vont jouer un rôle déterminant dans le succès du polo dans l’entre-deux-guerres, période que l’on peut considérer comme l’âge d’or du polo en France. La fine fleur de la Cavalerie française va donc redoubler de virtuosité lors des nombreuses compétitions organisées sur le territoire : Deauville, Bagatelle, Biarritz, Vichy, Royan, Toulouse, Bordeaux, Vittel, Perpignan, Limoges, Aix-les-Bains..On ne compte plus les manifestations équestres où sont engagés les meilleurs éléments des régiments de cavalerie. Les pouvoirs publics encouragent cet engouementCirculaires ministérielles du 22 octobre 1920, du 31 janvier et 14 mars 1921. et définissent les conditions de participation des officiers et sous-officiers aux épreuves publiquesBulletin officiel du ministère de la Guerre n° 49 du 3 décembre 1923.. En effet, « le jeu de la balle à cheval développe l’esprit de lutte et de décision, et requiert une conduite exacte du cheval à l’allure la plus rapide ». Cuirassiers, Hussards, Dragons, Chasseurs et même artilleurs s’affrontent avec ardeur lors de compétitions où se distinguent particulièrement les , , hussards, les , , , , dragons ou le régiment de chasseurs à cheval. Leurs meilleurs joueurs ont pour noms : d’Arexy, Brau, Wallon, d’Allens, d’Arras, d’Hebrail, Portzamparc, Augère, Abrial, Rollin, Bezard-Falgas., d’Audibert, Pastier, Deschamps, Mauléon, Malcor, Decham..

Face à cet intérêt grandissant et à la multiplication des clubs, le polo se structure et la Fédération des Polos de France voit le jour le . Le duc Louis Decazes en est élu président, le duc de Guiche vice-président. Le comte Pastré en est le secrétaire et le baron Robert de Rothschild, le trésorier.